L’or, gage de liberté et d’efficacité économiques

La thèse selon laquelle le libéralisme, voire « l’ultralibéralisme » serait à l’origine de tous nos maux ne résiste pas à l’examen. Les interventions systématiques et répétées des autorités publiques dans la vie économique et sociale montrent que l’étatisme est au moins aussi important.  Certes, les dérégulations massives, ainsi que le démantèlement des frontières au nom de la libre circulation des biens, des services et des capitaux ont fait des ravages. Mais, même aux Etats-Unis, l’utilisation de l’arme monétaire, budgétaire ou fiscale par les pouvoirs publics a pris des proportions gigantesques – au point que les USA ont été rebaptisés par certains USSA (« Etats-Unis socialistes d’Amérique »).

Que ce soit la socialisation des pertes du système bancaire ou les politiques de relance de l’activité,  les dernières initiatives du gouvernement américain ont de quoi faire enrager les libéraux. Surtout qu’en amont, la crise financière elle-même a été causée par une politique monétaire expansionniste : c’est à une stimulation artificielle du crédit et de l’endettement que l’on doit les célèbres bulles spéculatives dont l’éclatement a provoqué le krach Internet en 2000 et l’énorme collapsus de la fin 2008. Il faut bien l’admettre : les manipulations monétaires engendrent des crises financières et, par voie d’entraînement, économiques, de plus en plus rapprochées.

Pour comprendre pourquoi et comment les Etats (et derrière eux, l’oligarchie financière) ont pu pervertir à ce point le fonctionnement des économies, un article écrit par Alan Greenspan en 1966, et bien connu des défenseurs de l’or, est éclairant. Comble d’ironie, son auteur n’est autre que celui qui deviendra le président de la Fed de 1987 à 2006, et à ce titre, le grand ordonnateur du quantitative easing responsable des deux dernières grandes crises !

L’étalon-or et la croissance harmonieuse des économies

Dans L’or et la liberté économique, Greenspan montre que sans l’abandon de l’or comme étalon monétaire, les « étatistes » n’auraient jamais pu prendre les commandes : « Un antagonisme presque hystérique à l’encontre de l’étalon-or est ce qui unit les étatistes de toute livrée. On dirait qu’ils sentent peut-être plus clairement et plus subtilement que bien des défenseurs cohérents du laissez-faire que l’or et la liberté économique sont inséparables, que l’étalon-or est un instrument du laissez-faire et que l’un implique et nécessite l’autre ».

D’un point de vue monétaire, l’or possède presque tous les avantages aux yeux de Greenspan : rare, durable, transportable, homogène, divisible, il constitue la base d’un « système de banque libre protecteur de la stabilité et d’une croissance économique équilibrée ». Le métal jaune à lui seul n’existe pas en quantité suffisante pour satisfaire tous les besoins d’une économie qui se développe ; en revanche, un système de crédit fondé sur des réserves en or est à la fois assez souple pour autoriser l’expansion de l’économie et assez contraignant pour interdire une création monétaire (un volume de prêts) excessive.

En outre, un tel système étendu à tous les pays favorise le commerce international et la spécialisation des activités. « Alors même que les unités d’échange (le dollar, la livre, le franc) sont différentes d’un pays à l’autre, lorsque toutes sont définies en termes d’une masse d’or les économies des différentes nations se comportent comme une seule – aussi longtemps qu’il n’y a pas de restrictions sur les échanges ni sur les mouvements de capitaux. Le crédit, les taux d’intérêt, les prix ont tendance à évoluer de la même manière dans tous les pays ».

La Fed a provoqué la Grande Dépression

Quoique de façon incomplète, ce système de l’étalon-or a existé avant la première guerre mondiale. Mais un événement survenu en 1913, la création de la Réserve fédérale, marque selon Greenspan la fin de cette belle et libre organisation monétaire. A compter de ce moment, les interventionnistes de l’Etat-Providence vont tout faire pour accroître sans fin le crédit au nom de la lutte contre les récessions, pourtant très brèves sous le régime de l’étalon-or.

« L’excès de crédit que la Fed injectait dans l’économie se déversait sur les marchés financiers, y provoquant une fantastique hausse spéculative. Avec retard, les responsables de la Réserve Fédérale tentèrent d’éponger les réserves en excès et réussirent finalement à freiner la hausse. Mais c’était trop tard : dès 1929 les déséquilibres spéculatifs étaient devenus si écrasants que cette tentative provoqua un reflux rapide et une démoralisation des entrepreneurs. Et l’économie américaine s’effondra. La Grande-Bretagne s’en tira encore plus mal, et plutôt que de subir les conséquences de sa folie passée, elle abandonna tout à fait l’étalon-or en 1931, détruisant ce qui restait de la confiance et déclenchant des faillites en cascade dans le monde entier. L’économie du monde s’enfonça dans la grande dépression des années 1930″.

44 ans plus tard, cet essai s’avère prémonitoire !

L’Etat-Providence, un mécanisme de confiscation de l’épargne

Mais pourquoi intervenir ainsi dans l’économie ? Est-ce vraiment pour faire face aux risques de récession ? Pas du tout, répond Greenspan : l’Etat-Providence est le mécanisme qu’ont inventé les gouvernants pour spolier les épargnants du fruit de leur travail, sous prétexte de redistribution des richesses. L’impôt étant visible donc limité, le déficit budgétaire devient le meilleur moyen pour confisquer la richesse grâce à l’inflation. On emprunte de l’argent sous forme d’obligations d’Etat financées grâce à l’accroissement illimité du crédit bancaire. Ce qui est naturellement impossible sous le régime de l’étalon-or.

« Voilà donc le minable secret de ces tirades étatistes contre l’or. Le déficit budgétaire n’est rien d’autre qu’une combine pour confisquer la richesse sans en avoir l’air. L’or apparaît comme le gêneur dans cet insidieux processus. Comme le protecteur des droits de propriété. Si on saisit cela, on n’a aucune peine à comprendre la haine des étatistes à l’encontre de l’étalon-or ».

Cinq ans après la publication de cet article, Richard Nixon achevait le processus de confiscation en mettant fin à la convertibilité-or du dollar.

A lire également : Le grand retour de l’or (Olivier Demeulenaere, Le Blog Finance)

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 52 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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11 commentaires pour L’or, gage de liberté et d’efficacité économiques

  1. Akli LE COQ dit :

    L’article est intéressant mais il faudrait peut être faire attention aux termes utilisés : étatistes, libéralisme et « L’Etat-Providence, un mécanisme de confiscation de l’épargne »…hum.

    Le libéralisme (éco, s’entend) n’existe pas car nous sommes dans un régime corporatiste où l’accumulation de capital a concentré les richesses aux mains de sociétés/personnes qui ont plus de moyens pour mettre des barrières à l’entrée d’un marché que les petites sociétés. Où les grandes sociétés/fortunes peuvent échapper à la solidarité fiscale et sociale là où les petites sont saignées par l’Etat. Où la démocratie est réduite au suffrage universel car les représentants de l’Etat sont encensés ou démolis via les instituts de sondages et les grands groupes de presse détenus par ces mêmes grandes sociétés. Où les grandes banques sont too big too fail et bénéficient de bail out de la part de leurs anciens collègues banquiers centraux quand les autres sont lâchées. Le système est un système nullement libéral mais corporatiste tenu par une oligarchie, là ce dernier mot est effectivement pertinent.

    Si on admet que libéralisme n’existe pas mais est en fait un corporatisme (permis par l’accumulation via les intérêts) qui instrumentalise les États, ça permet déjà d’appréhender l’étatisme sans raccourcis hasardeux…

    L’étatisme à la soviétique est un échec car il veut tout planifier et ne permet pas la concurrence des idées pour le progrès via l’innovation et la meilleure qualité des produits (le libéralisme dont tout le monde vante les qualités mais qui est idéal et non une réalité).
    L’étatisme de l’État-Providence dont vous parlez est un « échec » car il n’a duré que 30 ans et ne s’est pas étendu à la planète pour empêcher le dumping social et fiscal qui font que le « libéralisme » actuel repose sur la baisse des coûts et des salaires plus que sur la concurrence des idées…sinon on serait sur Mars, on tournerait au solaire/hydrogène/Fusion nucléaire, le cancer serait de la préhistoire et l’éducation et la faim des enjeux dépassés.

    Le gonflement de M3 et la croissance par la dette (et donc la haine de l’Or qu’ont les…oligarques confondus avec les « étatistes » et les « libéraux ») est la source des bulles et des crises de plus en plus grosses et rapprochées (jusqu’à la dernière soutenable) et est effectivement de « l’étatisme ». Mais il faut voir les causes et les moteurs de cet étatisme : les causes sont la mort de l’État-providence à la fin des 70″s et les moteurs sont les oligarques qui en a profité.

    Dans un « étatisme » et un état-providence classique, les sommes des plans d’aide auraient finis dans les trésoreries des particuliers qui consomment et des entreprises réelles qui produisent. Ici, le « keynesianisme pour les potes » a donné des fonds aux banques, qui les jouent en carry trade et en matières premières alors qu’elles se sont enrichis en endettant la population et découvrent aujourd’hui que leur richesse s’évapore car tout le monde a été appauvri. (sic)

    L’argent passe du travail et de l’épargne (vous pensez sûrement aux petits épargnants) de la population à l’accumulation de fortunes colossales (donc d’épargnes) via les intérêts de l’endettement.

    Nous sommes depuis les années 1970 dans un système de cavalerie financière où l’afflux d’argent (la fameuse confiscation) pour gonfler la valeur des actifs du système financier (qui repose sur l’endettement croissant de la population) doit être de plus en plus fort. D’abord volontairement par les investisseurs idiots spoliés (majoritaires) ou malins si initiés (oligarques et leurs serviteurs), ensuite par les ménages dans l’immobilier etc… Quand les bulles cumulées sont énormes et que le système de Ponzi s’essoufle par son gigantisme et que tout le monde veut se retirer car les actifs reposent sur des dettes non remboursables, on tente de le faire survivre de force via l’endettement des Etats.

    Et après ?

    Dans les faits, c’est la déviation du libéralisme authentique qui a provoqué le communisme en URSS et l’Etat-providence en Occident, une économie équilibrée car mixte. La déviation et l’échec du communisme en URSS a provoqué la relégitimation du libéralisme vicié qui a mis fin à l’Etat providence.

    Si le XXème siècle montre bien une chose, c’est que l’homme, en viciant ses deux grands idéaux (libéralisme et communisme, liberté et solidarité) , est passé d’un extrême décrédibilisée à un autre décrédibilisée.
    Aujourd’hui, l’Histoire montre que l’Etat-providence est le modèle qui concilie ses idéaux et produit les meilleurs résultats (croissance, innovation, pas de dette, réduction inégalités). Ne confondons pas le modèle lui-même et sa déviation par les oligarques pour le déligitimer et retarder sa mise en place planétaire 🙂

    • Idir dit :

      Bravo Akli tout est dit dans ton post, l’amalgame est bien trop souvent fait. Ce corporatisme est en faveur de la privatisation des bénéfices et de la nationalisation des pertes.
      Dans tous systèmes il y a une faille l’utopie communiste à montré ses limites, en faisant croire que le partage de toutes les richesses peut creer du développement mais la compétition poussé à l’extrême du libéralisme (auto régulation du marcher) à montré aussi ses failles surtout lorsque les règles sont tronquées (dumping, entente sur les prix, spéculation et délits d’initiés, etc…) au final seul l’éducation des populations peut eguiser son sens democratique et critique du systeme en place (Cf participation electorale US), et ainsi un bon systeme economique c’est quand le peuple est son propre régulateur à travers le choix de ses représentants, malheureusement le corporatisme est tel qu’une minorité possède les richesses en faisant payer la majorité et entretient l’illusion de democratie. La culture de l’individualisme est une arme stratégique du diviser pour mieux regner, et notre société egoiste est tel aujourd’hui que je nous vois mal revenir en arrière à moins d’un chamboulement révolutionnaire, car personne ne défendra son collègue le jour où il se fera virer : temps que je garde mon boulot je ne vais pas risquer ma situation pour mon voisin j’ai un crédit à payer après tous, le corporatisme nous tient tous… On nous a tous greffé des oeilleres Pour une vision plus courtermiste tapez 1 Pour plus d’individualisme Tapez 2 Pour faire payer les génération futur Tapez 3

      Bon mes idées sont confuses mais ceux qui partagent mes idées m’ont compris, et mon cynisme m’empeche d’être plus didactique.

  2. @Akli Le Coq :
    Mon article vise à souligner l’intérêt d’un ordre monétaire international fondé sur un actif réel, stable et universel, plutôt que sur une monnaie nationale manipulable à merci – qui a pour résultat de transformer l’ordre monétaire en un désordre générateur de crises et d’appauvrissement. Aussi ai-je déroulé l’argumentaire de Greenspan en faveur de l’étalon-or sans m’occuper de discuter la sémantique. L’usage qu’il fait des termes « étatistes » ou « Etat-Providence » est bien sûr un peu daté, voire sujet à des « raccourcis hasardeux », et vous avez raison de les nuancer. D’autant que ces termes ont des acceptions multiples.

    Je vous rejoins dans le constat que l’étatisme comme le libéralisme sont aujourd’hui le refuge ou l’alibi de corporatismes très puissants, notamment l’oligarchie financière que je mentionne dans l’article. Mais votre vision social-démocrate de l’économie et de la place que doit y tenir l’Etat n’est pas la mienne.

    L’Etat-providence n’est pas à mes yeux une « déviation » du libéralisme, mais la réponse sociale (ou socialiste) apportée lors de la révolution industrielle à une économie qui n’assurait plus une protection suffisante des personnes. Après 1945, la prospérité a permis de renforcer encore la protection sociale et d’organiser une vaste redistribution des richesses, en opérant des transferts directs de revenus. Mais ce modèle des Trente Glorieuses est aujourd’hui dépassé, en raison de structures démographiques, sociologiques, organisationnelles elles-mêmes dépassées. Les risques traditionnels ont changé (la retraite, la santé, etc. n’ont plus la même signification) tandis que d’autres risques ou aléas sont apparus (dépendance, précarité, (ré)insertion, etc.).

    En même temps, l’Etat devenu obèse s’occupe de tout et de n’importe quoi, subventionne à tout va, crée des dépendances financières, de l’assistanat, des clientèles (sans doute ce que dénonce Greenspan quand il parle des « combines » redistributives). Comme ses ressources ne sont que le produit de ses prélèvements sur l’économie active (il ne crée ni ne produit rien lui-même), son interventionnisme croissant va de pair avec un rétrécissement croissant de la base de cette économie. Et pour peu qu’une crise exogène s’ajoute à cette crise endogène, l’Etat-providence se retrouve dans une impasse financière.

    Il est faux de croire que les interventions de l’Etat « relancent » l’économie, directement ou indirectement, puisque pour les financer il tend à assécher les sources de la richesse nationale. L’Etat n’est pas mieux placé que les entreprises pour savoir quels investissements seront véritablement créateurs de richesses et d’emplois, et il perturbe le jeu de la concurrence en prétendant le corriger. Cela dit, je ne suis pas un adepte de la concurrence pure et parfaite, l’Etat a un rôle de contrôle et d’encadrement afin d’assurer les conditions d’une concurrence loyale : éviter la formation de monopoles ou d’oligopoles par exemple, ou protéger nos frontières contre toutes les formes de dumping.

    Vous écrivez : « l’État-Providence dont vous parlez est un « échec » car il n’a duré que 30 ans et ne s’est pas étendu à la planète pour empêcher le dumping social et fiscal qui font que le « libéralisme » actuel repose sur la baisse des coûts et des salaires plus que sur la concurrence des idées… ».

    L’Etat-providence n’est pas mort ! Il est contesté, ses prérogatives sont réduites dans certains cas, mais si vous considérez le niveau des prélèvements obligatoires en France par exemple, il est difficile de l’imputer au seul financement des missions régaliennes de la puissance publique. Et la dette, monétisée grâce à l’inflation, est en partie le fruit des dépenses sociales de l’Etat. Quant à penser qu’on aurait pu ou dû l’étendre à la planète, c’est une douce utopie. Songez qu’une grande partie de la planète étouffait sous le joug du collectivisme et n’aspirait qu’à retrouver la liberté, sous toutes ses formes, contre l’omnipotence de l’Etat. Un système de protection sociale oui, un Etat qui s’immisce dans tous les aspects de la vie économique et sociale, je ne crois pas.

  3. Jean LENOIR dit :

    Votre article est illustrateur de la perversion économique laissée aux décisions de politique opportuniste des gouvernants sur les périodes couvertes. Dans aucune entreprise de l’économie réelle on ne pourrait ni on accepterait le fait d’aller à de telles dérives… au nom, à mes yeux, du triomphe de l’élection dite démocratique.
    C’est là qu’il faut repenser le système afin d’éviter que l’ambition et la folie des peintres en bâtiment ne conduise à l’effondrement cataclysmique (je ne dis pas volontairement dépression et ne parlons pas de récession !).
    J’ai inventé en 2008 le concept du naufrage du Titanic (Bill Bonner du Cercle Agora peut témoigner de mon mail du 19 juin 2008 qui a été repris depuis à maintes reprises) qui taillait en pièces le fait que la crise financière, c’était encore le leitmotiv de l’époque, ne touchait pas à l’économie réelle.
    J’ai compris adolescent (j’avais des lectures pas de mon âge) au début des années 60 que les experts du Club de Rome avaient raison et c’est bien leurs prédictions qui n’ont pas manqué de se réaliser en raison de la déliquescence des démocraties occidentales.
    J’ai aussi compris qu’il était inutile de chercher à contrecarrer l’affaissement de l’étoile économique et son extinction en étoile naine.
    Ainsi comme n’importe quel animal, j’ai donc su qu’il fallait faire avec et j’ai trouvé mes solutions individuelles, à chaque fois au bon moment avec les moyens qu’il fallait.
    Une existence paisible moins cognitive m’aurait convenu…
    Prochaine étape de mon existence la Nouvelle Zélande pour développer des concepts de maisons autarciques à bon marché – dans un pays efficace et jeune et profiter sereinement de la vie, enfin !

    Vive l’or : mon assurance vie monétaire.

  4. Akli LE COQ dit :

    J’ai probablement mal exprimé mes idées car vous ne semblez pas m’avoir entièrement compris :

    « L’Etat-providence n’est pas à mes yeux une « déviation » du libéralisme, mais la réponse sociale (ou socialiste) apportée lors de la révolution industrielle à une économie qui n’assurait plus une protection suffisante des personnes.  » —> je ne crois pas avoir dit que l’Etat-providence ETAIT une déviation. J’ai au contraire cherché à montrer que l’Histoire montre que l’ultralibéralisme et le soviétisme sont des déviations qui aboutissent sur des échec alors que l’Etat providence des années 1945-1975 est le meilleur système, pourvu qu’il soit financé par un partage fiscal empêchant accumulation, monopoles et transferts de richesses via les intérêts de la dette.

    « Après 1945, la prospérité a permis de renforcer encore la protection sociale et d’organiser une vaste redistribution des richesses, en opérant des transferts directs de revenus. » —> C’est exactement l’INVERSE qui s’est produit et quand les systèmes de protection/redistribution/impôts ont été démantelés dans les années 1970, la prosperité s’est transformé en stagflation entrecoupé de périodes de croissances/bulles fondées sur la cavalerie.

    « l’Etat-providence se retrouve dans une impasse financière. » —> Encore une fois, la réflexion est dans les causes et non le constat.

    « Et la dette, monétisée grâce à l’inflation, est en partie le fruit des dépenses sociales de l’Etat. Quant à penser qu’on aurait pu ou dû l’étendre à la planète, c’est une douce utopie. » —>Trop de dépenses (maladie, vieillesse en hausse) OK. Mais pourquoi ne pas mentionner le fait que l’appauvrissement/endettement est aussi liée à la baisse des recettes (niches fiscales, IR reposant sur les classes moyennes, supressions de tranches de l’IR, évasion fiscale, concurrence, bouclier et paquet fiscal…) ?
    Pour le côté utopique de la social-démocratie à l’échelle mondiale, mon point de vue est effectivement marginal. J’étais jusque récemment de votre avis sur la faisabilité. Mais c’est en fait plus pragmatique et moins suicidaire que l’utopie actuelle : considérer que l’économie peut assurer d’elle même un équilibre entre production (offre proposé par des multinationales monopolistiques allant de pays sous-fiscalisés/développés en pays sous-fiscalisés/développés) et consommation (demande assurée par des chômeurs occidentaux grâce au crédit accordé par les oligarques via les travailleurs financiers occidentaux) sans produire de cavalerie financière qui débouche sur des crises et des boucheries à la fin…

    • « Dans les faits, c’est la déviation du libéralisme authentique qui a provoqué le communisme en URSS et l’Etat-providence en Occident… » : j’ai bien lu.

      « Après 1945, la prospérité a permis de renforcer encore la protection sociale et d’organiser une vaste redistribution des richesses, en opérant des transferts directs de revenus. » —> C’est exactement l’INVERSE qui s’est produit et quand les systèmes de protection/redistribution/impôts ont été démantelés dans les années 1970, la prosperité s’est transformé en stagflation entrecoupé de périodes de croissances/bulles fondées sur la cavalerie.

      Là, il me semble que c’est vous qui ne m’avez pas bien lu. J’ai parlé de 1945, pas des années 70. La sécurité sociale a été créée juste après la guerre, à partir des propositions du CNR. L’Etat-providence s’est développé pendant les Trente Glorieuses. Quant à la stagflation des années 70, elle trouve son origine dans le choc pétrolier, non dans le « démantèlement » supposé (ou imaginaire) de l’Etat-providence.

      Enfin, la dette : j’ai bien précisé que celle-ci était « en partie » causée par les dépenses sociales de l’Etat. J’aurais pu élargir mon propos aux dépenses du secteur public en général, qui atteignent un record dans notre pays. Pour ce qui concerne la baisse des recettes, elle est soit conjoncturelle, soit structurelle ; mais dans ce dernier cas, la responsabilité de l’Etat est généralement aussi en cause (« Trop d’impôt tue l’impôt »).

  5. Jean LENOIR dit :

    Il faut considérer en toute chose, la globalité et les intentions – la nécessité et les dangers de la servir – enfin la nature des besoins des hommes et l’excès qu’il peut y avoir à la satisfaire.
    L’ère industrielle s’est faite sur les salaires bas des travailleurs, comme les châteaux-fort se sont construits pierre à pierre à la sueur et au labeur écrasant imposé aux serfs.
    La différence entre l’ère industrielle et le moyen-âge est que le deuxième ne vise qu’à permettre au Seigneur d’asseoir sa domination d’ex chef de bande des temps plus reculés mais aussi de garantir les gens de son fief derrière les remparts qu’ils ont contribué à ériger contre l’insécurité, tandis que l’ère industrielle organise la production de masse à coups de capitaux économisés sur les salaires. L’exemple du textile est éloquent : au 19ème siècle derrière les remparts des usines du Cateau Cambrésis, pour illustrer mon propos, le développement extraordinaire se fait à partir d’une société fondée sur le paternalisme social. Je cite ici l’ouvrage « La Famille Seydoux au Cateau-Cambrésis – cent cinquante ans de présence et vous apporte une réponse différente de la cavalerie financière.
    Je cite : « La création du Cercle industriel du Cateau-Cambrésis traduit la préoccupation sociale de Charles Seydoux (1827-1896) pour les loisirs de ses employés. Cette société privée est formée particulièrement pour les employés de la Fabrique Paturle Lupin Seydoux Sieber et Cie. Les sociétaires peuvent se réunir le soir et les jours de fête, dans un local situé dans la propriété de Charles Seydoux. Si les discussions politiques sont interdites, la lecture de livres et de journaux choisis, les jeux de cartes et le billard sont permis, accompagnés de café.
    Le but explicite de ce club est d’empêcher les employés de fréquenter les estaminets et les cabarets et d’y contracter de mauvaises moeurs, voire de mauvaises idées.
    … je résume … Deux femmes ont plus particulièrement oeuvré en faveur des institutions sociales qui sont créées (Mme Auguste Seydoux, née Anne Ponsin *1797-1886* et Mme Charles Seydoux, née Blanche Renard *1837-1922* : la première avec son mari créera les premières pensions de retraite et offrira à la mort de son mari la somme de 200 000 francs or destiné à l’alimentation des rentes viagères, et financera la construction du système de distribution des eaux – la seconde crée la Société Maternelle et agrandit l’hopital Paturle en créant dix lit supplémentaires. Sont également créés au cours de ce siècle L’école de filles de la rue de Saint-Quentin, La crèche, L’école primaire de garçons, L’asile Saint Charles…

    On est très loin des patrons cupides. Ces familles sont celles de patrons travailleur qui réinvestissent leurs bénéfices dans des investissements productifs car les patrons jouisseurs eux sont balayés par les améliorations techniques et des produits de meilleure qualité.

    L’histoire, à ce jour, a conservé à la ville du Cateau le nom de ces industriels alors que la ville est largement sinistrée depuis plus de trente ans.

    On ne dira jamais assez les crimes économiques des Greenspan, Bernanke… à côté desquels Madoff n’est qu’un pale escroc. On ne dira jamais assez que les politiques de tout bord ont joué aux apprentis sorciers en laissant s’organiser une société d’assistés à crédit et sur le dos des élections. On ne dira jamais assez que les hommes ont trop cru en la société pour se croire affranchi de l’effort et du travail par des prébendes excessives destructrices d’emploi au nom de la concurrence. En ce sens les syndicats (depuis quelques lignes, je viens du global au « franchouillard national ») qui n’ont pas été loin des patrons jouisseurs dans leur démarche puisque l’état sacrifiait l’autorité sociale à la « vente » de ses élections.

    Oui on ne dira jamais assez que le tort initial et final revient à la démagogie des politiques uniquement soucié de leur élection ou de leur réelection et, qu’à l’échelle du globe, la décadence politique succède à la décadence économique – fauteur de ruines générales à venir et de grands troubles.

    Il y a de quoi être perturbé par les écarts entre le savoir et les réalisations techniques, et la totale médiocrité criminelle de ceux qui osent parler d’industrie ou d’ingénierie financière qui ne sont devenus que des prétextes à se servir. Ils devraient avoir peur ceux qui ont emprunté ces voies là car la vindicte du peuple finira par se retourner contre eux…

    Mais je suis comme vous, je n’aime pas les boucheries, je ne suis pas né du ventre de ma mère pour en éventrer d’autres…

    … d’où ma réaction individuelle la plus morale possible pour protéger les miens et continuer à entreprendre même s’il n’y a plus grand chose à espérer.

  6. Akli LE COQ dit :

    @ Jean Lenoir

    Mon dernier commentaire s’adressait à M. Demeulenaere.

    Mais l’histoire du Cateau-Cambrésis est intéressante.

    • Gilou dit :

      @ Akli Lecoq

      Vous voulez plus d’Etat providence et en même temps plus d’Europe : vous ne sentez pas comme une contradiction ?
      L’Europe de Bruxelles nie la souveraineté des Etats, elle ne veut plus d’Etats… et elle fait tout pour empêcher la dépense publique (critères de Maastricht et pacte de stabilité), en gros c’est une Europe libérale mâtinée de dirigisme socialiste !
      Les européistes béats me font rire, ils crient « Europe ! Europe ! »….. mais ils ne voient pas que l’Europe, c’est la fin des systèmes de protection sociale parce que l’Europe et la mondialisation, c’est la même chose.
      En France, on crève d’être à la fois trop interventionnistes, fiscalement étranglés…. et sans protection contre les vents de la concurrence déloyale, la concurrence sans frontières.
      Une France prise en tenaille !!

  7. Akli LE COQ dit :

    « Vous voulez plus d’Etat providence et en même temps plus d’Europe : vous ne sentez pas comme une contradiction ? »

    Non. C’est un peu comme dire « Vous voulez plus de social et en même temps plus de France » au motif que le gouvernement fait dans la casse sociale : c’est un constat et non un argument.

    Hormis l’influence politique écrasante du vieillissement de la population européenne, rien n’oblige l’UE à rester la même chose que ce qu’elle est aujourd’hui, et que je regrette comme vous.

  8. Stand61 dit :

    « THE GOLD STANDARD : GENERATOR AND PROTECTOR OF JOBS »

    by Hugo Salinas Price

    http://www.plata.com.mx/mplata/articulos/articlesFilt.asp?fiidarticulo=161

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