Le Portugal dans la ligne de mire

Il va y avoir une belle ambiance au sommet européen demain et après-demain ! Faudra-t-il aider les Grecs tout en préparant déjà un plan pour les Portugais ? L’agence de notation financière Fitch vient d’annoncer qu’elle abaissait d’un cran la note de la dette à long terme du Portugal, de « AA » à « AA-« , en l’assortissant d’une perspective négative. La Bourse du Portugal a aussitôt plongé, perdant 2,20%. « Même si le Portugal n’a pas été affecté outre mesure par la crise mondiale, les perspectives de reprise économique sont plus faibles que pour les 15 autres membres de la zone euro, ce qui va peser sur ses finances publiques à moyen terme », a estimé dans un communiqué Douglas Renwick, l’un des responsables de Fitch.

Le gouvernement de Lisbonne avait cherché à parer à ce risque en élaborant un « programme de stabilité et de croissance » dont l’objectif est de ramener son déficit public à 2,8% du PIB en 2013 :  réduction brutale des dépenses, hausse de certains impôts, gel des investissements publics et relance des privatisations. Cela n’a visiblement pas suffi à rassurer Fitch.

Pourtant, si l’on s’en tient au strict critère de la dette souveraine, comme le fait LEAP/ Europe 2020 dans son dernier bulletin de mars, le cas portugais ne semble pas être le plus préoccupant. Affinant son classement du risque pays en écartant les indicateurs que sont les taux d’inflation, de chômage, de croissance ou la dette publique – tous sujets à caution car trop aisément manipulables, ils sont devenus en quelque sorte des éléments de « communication financière » –, le think tank a revu sa liste en se concentrant sur le critère des déséquilibres fiscaux : pourcentage du déficit public par rapport au PIB en 2009 et 2010 ; besoin de financement induit en valeur absolue ; probabilité de mise sous contrôle de l’évolution du déficit à l’horizon 2012/2013.

Or, à cette aune des déséquilibres fiscaux, le Portugal est le moins dangereux des huit :

  1. Etats-Unis
  2. Royaume-Uni
  3. Irlande
  4. Pays-Bas
  5. Japon
  6. Espagne
  7. France
  8. Portugal

(rouge = tendance à l’aggravation, va rester dans cette liste d’ici 2012/2013 et probablement monter dans le classement ; orange = tendance à la stabilisation, va rester dans la liste ; vert = tendance à l’amélioration, va probablement sortir de la liste)

Faut-il alors en conclure que les seuls fondamentaux n’expliquent pas tout ? Paul Jorion le disait déjà début février : « Je dis qu’il y a à nouveau un petit jeu sur les Credit-Default Swaps (CDS). Cette fois, ce n’est plus 1) Bear Stearns 2) Lehman Brothers 3) Merrill Lynch mais 1) Grèce 2) Portugal 3) Espagne ».

Et plus loin : « Il n’est pas question de salaires trop élevés : il s’agit de dominos, et de la même manière que le nom de Lehman Brothers était écrit dans le ciel le jour où Bear Stearns est tombé, le nom du Portugal s’inscrira au firmament le jour où la Grèce fera défaut sur sa dette ». Enfin, le célèbre blogueur dénonçait « la combinaison mortifère des notations de la dette publique des Etats par les agences de notation et les positions nues des Credit-Default Swaps, ces paris faits par des gens qui ne courent aucun risque mais créent du risque systémique à la pelle, dans un seul but : d’énormes gains personnels ».

Spéculation à haut risque pour le système, certainement. Mais on ne peut s’empêcher de penser que le choix des pays n’est pas innocent : il s’agit aussi de continuer à tester la solidité de l’euro en s’attaquant à des morceaux de plus en plus gros…

[Lire aussi : « Un subprime géant, ça vous dit ? », par Isabelle Mouilleseaux]


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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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7 commentaires pour Le Portugal dans la ligne de mire

  1. FADO dit :

    c’est vrai que tout ce scénario s’enchaine trop bien pour être honnête….. à peine le problème de la Grèce sur le point d’être réglé, c’est le tour du Portugal.

  2. Jean LENOIR dit :

    Bel usage de la mauvaise foi et de la manipulation. Quelle monnaie devrait d’effondrer Agence Fitch au regard de l’euro ?…
    Temporairement cela sert à maintenir l’US $ et, si j’étais opérateur chinois, je miserais contre l’euro avec la complicité de Fitch.
    Manipulations, relisez « LE PRINCE », manipulations : tout ceci ne se terminera pas bien. Bien d’accord avec FADO.

  3. Pangalos dit :

    Theodore Pangalos, Premier ministre adjoint grec, a déclaré lundi dans un entretien que ce qui arrive à la Grèce va très probablement arriver à d’autres dans la zone euro, et que le Portugal pourrait être la prochaine victime :

    « You are the next victims … I hope it doesn’t happen and the solidarity prevails and we find an exit from this escalation (of borrowing costs). But if this does not happen, the next probable victim will be Portugal, » he said. Asked whether he thought the crisis will spread in the euro zone, Pangalos said: « Yes, certainly. »

    « What happened to us (Greece) now is because we are in a worse situation, but it could also happen in Spain and Portugal, » he said.

    http://www.reuters.com/article/idUSTRE63418I20100405

  4. sam dit :

    5 mai : Moody’s pourrait dégrader la note du Portugal d’un à deux crans…

  5. news dit :

    AFP, Paris le 24 juin 2010. Les banques portugaises ont doublé le mois dernier leurs emprunts à la Banque centrale européenne (BCE) à près de 36 MILLIARDS D’EUROS, selon des données publiées mercredi par la Banque du Portugal (BdP).

    D’après le bulletin mensuel de juin de la BdP, les banques portugaises ont emprunté à la BCE 35,8 milliards d’euros en mai, contre 17,7 milliards en avril. « C’est une hausse énorme, mais qui n’est pas vraiment surprenante. Cela confirme que les banques portugaises ont des difficultés à émettre de la dette, surtout à l’étranger », a déclaré à l’AFP Joao Pereira Leite de la Banco Carregosa.
    Selon cet analyste, le système financier portugais est fortement pénalisé par la hausse des taux de rendement de la dette souveraine portugaise, en raison de la détérioration des finances publiques du pays. Le Portugal a réussi à lever mercredi 943 millions d’euros à l’issue d’une émission obligataire sur 5 ans, mais à un taux moyen de 4,657% contre 3,701% lors d’une opération comparable fin mai.
    « Si l’Etat portugais se refinance à 4,6%, cela signifie que les banques portugaises devraient payer 6 ou 7% d’intérêts sur les marchés financiers, contre 1% auprès de la BCE », a expliqué M. Pereira Leite.

  6. 885cives331 dit :

    La presse française rapporte peu ces faits pourtant incontestables:une autre voie existe,l’alternative est possible.Le Portugal démontre qu’une politique plus efficace économiquement et plus juste socialement peut être mise en oeuvre.L’inefficacité de la voie macroniste est patente.En lieu et place de l’autoritarisme il faut de la négociation et du dialogue.En lieu et place de l’austérité inefficace économiquement et injuste socialement il faut favoriser le développement économique.La France tourne le dos à cette perspective et se trouve,par voie de conséquence,dans l’impasse d’un faible développement économique.A l’inverse le Portugal s’inscrit dans une logique de développement économique durable,à long terme.En effet le Portugal ne néglige pas les énergies renouvelables ce qui est évidemment très positif.There is an alternative !

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