Pourquoi la France veut sauver la Grèce

(dettes de la Grèce auprès des banques étrangères, en milliards de dollars – cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Et pourquoi l’Allemagne hésite à la laisser tomber… Au-delà de la question de l’euro, c’est, bien entendu, une histoire de gros sous. La France aurait moins à perdre que l’Allemagne à un défaut de paiement de l’Etat grec. Mais l’exposition totale de ses banques (Crédit Agricole, Société Générale, BNP Paribas) à l’économie grecque est plus importante que celle des banques allemandes (50 milliards d’euros contre 45) et sa quote-part au plan d’aide européen nettement inférieure à celle de l’Allemagne. Le bilan coût-bénéfice plaide donc davantage en faveur d’une intervention côté français.

Image : BRI, Der Spiegel

Publicités

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
Cet article, publié dans Actualités, Economie, Finances publiques, Monnaies, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

18 commentaires pour Pourquoi la France veut sauver la Grèce

  1. Jessiekay dit :

    La situation pour la Suisse a changé ainsi qu’en atteste une dépêche ats:

    « Peu de créances en Suisse

    Le déménagement au Luxembourg de la holding bancaire grecque EFG Group l’année dernière a fait reculer les banques suisses loin derrière dans la liste des créanciers de l’Etat et autres débiteurs grecs. Leurs prétentions sont passées de 64 à seulement 3,6 milliards de dollars.

    La Suisse est ainsi bien loin des banques françaises et allemandes, actuellement principaux bailleurs de fonds des emprunteurs grecs avec des créances à hauteur de respectivement 75 milliards et 45 milliards de francs. Selon des milieux financiers, cette évolution tient au départ de Genève pour le Luxembourg à fin 2009 de la holding EFG Group, qui contrôle également la banque EFG en Grèce. Le changement de domicile de la société, en mains de la famille de l’armateur et financier hellène Spiros Latsis, avait été à l’époque peu remarqué. /ats

    Donc rectification à apporter au fromage que vous mentionnez ci-dessus.

  2. kif-kif dit :

    Les expositions allemande et française sont assez comparables quand même. Les Allemands ont plus à perdre en effet sur les emprunts d’Etat mais les banques françaises sont plus engagées dans l’économie grecque dans son ensemble, c’est vrai.

    Avec les milliards supplémentaire que Bonn va mettre dans le plan d’aide, on peut c’est vrai considérer que la perte totale sera plus lourde pour l’Allemagne si elle aide la Grèce à payer les premières échéances que si elle ne fait rien…. puisque de toute façon la Grèce finira par faire défaut tôt ou tard.

  3. Jean LENOIR dit :

    La France et l’Allemagne ont des raisons d’aider les Grecs : les chiffres sont là , d’évidence.
    Toutefois, il est clair que les nouveaux prêts à mettre en place ne peuvent être accordés sans contrepartie.
    A l’analyse des contreparties de « restrictions » sociales exigées, au besoin imposées par la force, la vitrine des images télévisuelles va s’inscrire dans les neurones de nos compatriotes. L’exemple d’une pilule amère que l’on voit avaler par les voisins est hautement pédagogique. Au fond d’eux-même les téléspectateurs français comprennent mieux la problématique budgétaire des autres… que la leur.
    Plus le « matraquage » et les restrictions seront fortes chez nos amis hellènes plus cela aidera nos politiques le (proche ?) jour où cela nous arrivera… et ce n’est pas de l’intellectualisme théorique.
    Pas plus tard que ce matin et c’est une heureuse coïncidence (n’ayant pas lu votre « regards sur l’économie » que je découvre à l’instant, M Demeulenaere ) nous en avons parlé au bar de notre club de tir sportif, et quelques heures plus tôt à un dîner avec Associés, banquier et Notaire. Nous étions tous raisonnablement d’accord sur le fait que rien ne pourrait nous être évité en France.

    … Comme des gamins à l’école, parfois on se réjouit trop tôt de la punition qui tombe sur les uns, alors que la punition collective n’est pas loin.

  4. christopoulos dit :

    Lu ce soir sur Boursorama : « Sarkozy s’affiche à la tête du combat pour sauver la Grèce ».

    Ce type est fou ! Il n’a pas compris que la Grèce ne pourra pas éviter la banqueroute… sauf à lui régler toutes ses dettes pendant des années ?

  5. Jean LENOIR dit :

    Je ne dirai pas comme Christopoulos que Sarko est fou. D’une part les réactions grecques vues au petit écran témoignent des mesures d’austérité mises en place et, de l’autre, c’est bien en saignant la dépense que se résolvent les problèmes. Le jour où il faudra trancher 30% des dépenses françaises, la voie de la réduction des déficits aura ses rails.

    La Grèce demain ? La fermeté le dira…

  6. christopoulos dit :

    M. Lenoir, je persiste et signe.

    Le soi-disant « plan d’aide » européen consiste en fait pour des pays endettés jusqu’au cou à s’endetter davantage pour prêter à la Grèce qui remboursera au fur et à mesure grâce à ces crédits…. on voit l’intelligence du mécanisme.

    Car ce sont des prêts…. que la Grèce est censée nous rembourser.

    De quelle manière, dites-moi ?

    Puisque parallèlement on l’étrangle avec le lacet du FMI et qu’on l’étouffe avec l’euro… et que de ce fait la croissance grecque ne risque pas de repartir, bien au contraire !

    Donc que va-t-il se passer ?

    L’idée géniale de Sarko et des technocrates de Bruxelles revient à emprunter avec le AAA des pays à grande signature pour un pays officiellement noté « obligations pourries (junk) ».

    Comme ce pays ne pourra pas sortir la tête de l’eau (ou pire) il ne remboursera jamais ses créanciers prestigieux et donc nous entraînera avec lui dans sa chute…. EFFET DOMINO GARANTI !!

  7. Jean LENOIR dit :

    Bon, ne nous emballons pas. Qu’il y-a-t-il de mieux à faire ? Comment un créancier rembourse-t-il ses dettes, s’il en a la volonté ? Il travaille et se sert la ceinture. Je parle par expérience : à titre personnel, désolé de parler de moi, je suis sorti de dettes importantes dues à de mauvaises affaires en me faisant aider par un membre de ma famille il y a de cela vingt ans. Ma famille a vécu dix ans à la portion congrue. Toutes les dettes ont été remboursées par beaucoup de travail et de sacrifices et… juste retour des choses j’ai enrichi mon prêteur par des investissements heureux les dix années suivantes (tout autant que moi-même) au prix d’un travail acharné.

    La vraie question est de savoir si les Grecs sont prêts à travailler pour redresser la tête ou de retourner aux années cinquante (les bourricots polluant moins que les voitures cela aurait l’effet bénéfique qu’on respirât à Athènes). Cela voudra dire que des personnes employées à des statuts non manufacturiers et non marchands devront retrousser leurs manches et changer d’activité.

    Je ne sais pas si les Grecs seront assez fiers pour cela : gagner leurs galons à partir de leur propre travail et efforts.

    Ne rien faire, c’est perdre nos milliards… alors que nous ne sommes AAA que par la protection de notre ancien statut de quatrième ancien « grand » et non par la qualité financière. Le pari aristotélicien que l’on doit faire est celui du choix, par ce membre européen, entre la logique du sursaut de fierté et du courage ou celle du chaos.

    Dans le premier cas nous n’évitons pas un chaos financier immédiat consécutif, en ne prêtant pas. Dans le second nous nous serons aidés en récupérant nos fonds et nous aurons nous, Français, un modèle pour éviter le chaos car je persiste à dire et à écrire que nous devons passer par la même cure d’assainissement.

    Tout au plus, et là je rejoins les Allemands, (ce n’est pas du cynisme mais du pragmatisme) pouvons-nous exiger des Grecs la garantie de leurs plus belles îles… ainsi que demain pourrait-on exiger de nous une hypothèque sur la Corse, dans une configuration identique.

    Lorsqu’on m’a aidé, la garantie de ma maison ne m’était pas demandée (car elle était sous crédit) mais c’était tout comme : nous l’aurions vendue en dernier ressort.

    Croyez-moi nous ne sommes pas assez « prestigieux » pour perdre 75 milliards de $, soit 50 milliards d’euros, tout de suite. Seule la voie, étroite, du pragmatisme réaliste s’ouvre devant nous. Même s’il y a de quoi trembler, quelle autre solution nous éviterait cela ?

    Jean LENOIR

  8. Montjoie dit :

    L’EURO FORT est une exigence allemande, et seul ce pays profite vraiment de cette situation. L’Allemagne se sert de l’euro fort pour importer à bas coût des matières étrangères. Dans le même temps, elle exporte dans tout l’Euroland sa marchandise technologique à prix lourd, tout en interdisant à ses partenaires européens toute dévaluation monétaire défensive. L’euro est un nœud coulant germanique autour du cou des autres pays. C’est l’Allemagne qui pourrit l’Europe avec ses critères monétaires intenables pour les autres économies, surtout pour les PIGS.

    Le cas de la Grèce est extrême. C’est un pays du tiers-monde que l’on contraint de vivre avec une monnaie beaucoup trop forte pour lui. Il lui faudrait d’urgence dévaluer sa monnaie (s’il en avait une) pour éponger un peu sa dette et relancer ses exportations. Mais le diktat européen VEUT OBLIGER le pays d’Homère à garder l’euromark. La Grèce va donc poursuivre inexorablement son endettement, et la misère sociale va exploser.

    La France a certes tout à perdre d’une banqueroute grecque, parce que, en cas d’insolvabilité d’Athènes, ses banques devront s’asseoir sur un surcroît de dettes. Mais l’Allemagne aussi a tout à perdre, car l’effondrement économique de la Grèce sonnerait le glas de ce IVème Reich qu’est l’Euroland.

    Pourtant cette aide ne sert à rien. Même avec de l’argent frais, la Grèce n’aura d’autre choix que de laisser filer encore son déficit abyssal sans pouvoir rien y faire, on va droit au KO.

    Le malheur, dans cette affaire, c’est que le remède sera pire que le mal. Avec ce plan de relance de la Grèce, la France va augmenter sa dette tout en sachant pertinemment qu’elle ne sera pas remboursée. C’est une fuite en avant vers un précipice.

    SARKOZY porte une responsabilité historique dans cette affaire.

    La seule solution serait d’en finir avec l’euro. Certes il y aurait de la casse. Mais, en continuant à financer le tonneau des Danaïdes, il y aura encore plus de casse.

    • Parfaitement d’accord avec vous sur la folle fuite en avant de l’Euroland. L’image du tonneau des Danaïdes est très juste, elle me vient souvent à l’esprit concernant la Grèce.

      La zone euro court à sa ruine, tous ces plans d’aide (qui n’en sont pas puisqu’il s’agit de prêter à 5% des sommes empruntées à 3 ou 3,5% sur 10 ans dans le cas de la France ou de l’Allemagne) ne font que retarder l’échéance finale, tant sont calamiteuses les finances publiques de la plupart des pays européens (et non européens d’ailleurs : on ne parlera jamais assez des Etats-Unis !).

      Dans quelques mois, l’Allemagne cessera sans doute les frais quand elle s’apercevra que le compte (grec) n’y est pas et la Grèce sera obligée de se mettre en cessation de paiement.

      Je vous invite à lire le très bon article de Roland Hureaux sur Marianne2, Crise grecque : le grand concours de mensonges européen.

      En revanche, je ne comprends pas très bien le procès que vous faites aux Allemands – et vous n’êtes pas le seul. Certes, l’euro fort a été profitable à l’Allemagne jusqu’à présent. Certes, celle-ci exporte beaucoup plus vers ses partenaires européens que ces derniers n’importent ses produits. Mais enfin, par quelle étrange faiblesse de raisonnement faudrait-il que l’Allemagne s’autoflagelle de sa réussite ? N’est-elle pas le deuxième exportateur mondial derrière la Chine ? Depuis quand les bons élèves doivent-ils être montrés du doigt ? Ce n’est pas la faute des Allemands si la Grèce a triché pendant des années sur l’état réel de ses finances, si sa compétitivité est extrêmement faible, si elle a pu emprunter à faible coût sur les marchés grâce au parapluie de l’euro, si elle met en danger l’avenir de l’euro…

      L’Allemagne n’a accepté de sacrifier le mark qu’à la condition que l’euro soit également une monnaie forte, que les autres pays s’engagent à respecter un certain nombre de critères de rigueur et de stabilité. On peut penser ce qu’on veut de ces critères et de l’orthodoxie monétaire de la BCE, il n’empêche que les pays qui ont adhéré à l’euro ont librement accepté à l’époque ces critères – avant de les bafouer allégrement.

      Les Allemands sont les seuls à s’être serré la ceinture depuis l’époque du chancelier Schröder. Qui empêchait les autres de faire de même ? Aujourd’hui, les Allemands sont piégés par l’euro, la faillite de leurs partenaires financiers serait celle de leurs principaux partenaires commerciaux. Mais Angela Merkel a soigneusement évité d’engager l’Allemagne sur la voie d’une intégration plus poussée, elle garde donc toutes les cartes en main.

  9. Jean LENOIR dit :

    Désolé,
    A nouveau sur le fil. Les fondamentaux sont les mêmes pour tout le monde. « Dépenser plus que ce l’on gagne ne permet pas d’éviter les ennuis ». Ce n’est pas de moi, c’est d’Abraham Lincoln il y a un siècle et demie.
    Je ne porte pas particulièrement dans mon coeur Sarko, mais il n’est pour rien dans le train de vie de la Grèce qui a menti sur ses comptes.

    Jean LENOIR

  10. flinguage dit :

    l’âge légal de mise à la retraite va passer en Grèce de 53 à 67 ans ( !).

    et pourquoi pas 120 ans ?
    à 67 ans, même en déremboursant un maximum de médicaments, il restera encore des survivants…

  11. Le chiffre de 53 ans, que les médias ont repris d’un article du Financial Times, est apparemment erroné : il s’agit non de l’âge légal mais de l’âge moyen de départ à la retraite.

    L’âge légal en Grèce est de 65 ans pour les hommes et de 60 ans pour les femmes.

    • topic25 dit :

      Oui, cette reprise en boucle dans les médias est véritablement scandaleuse : où est la déontologie de journalistes qui ne vérifient même pas leurs informations ?
      Sur AGORAVOX un article démonte cette manipulation :

      http://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/desintox-les-grecs-et-la-retraite-74461

      « Cette affaire donne sérieusement à réfléchir sur la nature du travail accompli par les journalistes… Est-il normal qu’ils soient si nombreux à véhiculer de telles informations sans les vérifier, sans même chercher à les comprendre ? Suffit-il de recopier et répéter des informations données par des agences de presse pour faire du journalisme ? La tâche d’un journaliste n’est-elle pas d’exercer un regard critique sur ces dernières et de les expliquer aux citoyens si nécessaire ? »

  12. Etienne dit :

    Si j’ai bien compris le contribuable français va payer 16 milliards 800 millions d’euros à la Grèce pour que celle-ci puisse rembourser les banques européennes, principalement françaises et allemandes, qui craignaient de ne jamais revoir leur argent.

    Ainsi les banquiers se paieront leurs bonus bien mérités.

    Ainsi la Grèce pourra continuer à vivre quelques mois ou quelques années au-dessus de ses moyens … jusqu’à l’inévitable faillite …

    Et c’est le contribuable français qui aura payé la note … moindre mal !

    Les emprunts russes, qui s’en souvient encore ?

  13. Jean LENOIR dit :

    Si la rue l’emporte à Athènes, alors le défaut de paiement n’est pas loin. Pour le cas où la Grèce reçoit les fonds de ses bailleurs et fait trop peu, la contagion de son comportement sera dévastatrice et le défaut de paiement ne sera décalé que de quelques mois. Enfin si des mesures conduisent à une bonne gouvernance de ses finances publiques et à une drastique réduction des déficits, aucun pays d’Europe ne pourra ne pas faire de même.

    Seule consolation immédiate, l’Europe sera moins chère cet été… si le soleil veut bien revenir.

    Il faudra néanmoins de longues, longues années avant que ne se rééquilibrent les fondamentaux.

    Ad angusta per augusta…

    Jean LENOIR

  14. JP dit :

    Un point n’a pas été souligné par les commentateurs: la France et l’Allemagne vont payer pour le plan de soutien de la Grèce ; OK normal puisque leurs banques sont très exposées à la dette grecque…. mais la Grande-Bretagne, qui a 10 milliards d’obligations grecques, « elle, ne paie rien »…. !!!! pas moi qui le dit mais Hans-Werner Sinn, président de l’institut de recherche économique Ifo….

    salutations,
    JP

  15. bah dit :

    bah JP c’est normal !! les Anglais ne sont pas dans l’Europe ils n’ont pas à essuyer les plâtres des autres(d’ailleurs ils ont assez d’ennuis comme ça les pauvres)

  16. Domi dit :

    Le parlement grec a approuvé un projet controversé de construction d’une méga-mosquée à Athènes, financée par les contribuables pour un coût estimé à 16 millions d’euros ……

Répondre à Jessiekay Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s