« En finir avec le tabou de l’euro »

Je fais partie de ceux qui ont accueilli la création de l’euro avec le plus grand scepticisme. A mon sens, l’euro est un contresens économique, une pure construction idéologique. Le péché originel a été de croire que la monnaie unique serait l’instrument qui «ferait» l’Europe. En oubliant le vieux principe suivant lequel à une monnaie doit correspondre un Etat.

Sans politique budgétaire, fiscale, sociale unique, sans transferts financiers entre régions riches et régions pauvres, une monnaie unique ne peut tenir le choc dans la durée. C’est la fameuse théorie de la zone monétaire optimale, que j’ai toujours défendue dans ce blog et ailleurs. Il est d’ailleurs amusant de voir que nombreux sont les économistes, les journalistes et les commentateurs à s’y rallier depuis quelque temps. Convertis par l’évidence de la catastrophe ?

En réalité, certains s’appuient sur l’échec de l’euro pour réclamer qu’on aille encore plus loin «dans le sens de la gouvernance économique et politique de l’Europe» (Christian de Boissieu). Le choix, selon eux, est entre l’intégration totale et la désintégration. Mais Rome ne s’est pas faite en un jour. Et de toute façon il est maintenant trop tard. Le château de cartes est en train de s’effondrer. C’est ce qu’explique très clairement Nicolas Dupont-Aignan dans cet entretien réalisé à l’Assemblée nationale après le vote par les députés du plan d’aide de 17 milliards d’euros sur 3 ans en faveur de la Grèce.

Ces 17 milliards d’euros ne sont pas un prêt, nous dit-il, mais un don des contribuables français aux banques créancières – qu’ils ont pourtant déjà sauvées une première fois. La Grèce ne pourra jamais nous rembourser, elle «sombrera avec nos économies». L’implacable rigueur va lui enfoncer la tête sous l’eau et la mener à la faillite : sans dévaluation, la Grèce ne retrouvera pas le chemin de la croissance et de la réduction des déficits. Il lui faut donc – avec la France et quelques autres pays – sortir de l’euro surévalué, retrouver une monnaie nationale qui relancera le tourisme et les exportations. Faute de quoi, c’est l’Europe toute entière qu’elle entraînera dans sa chute.

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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8 commentaires pour « En finir avec le tabou de l’euro »

  1. patrick R. dit :

    le texte de l’intervention de NDA en séance de nuit à l’assemblée nationale… pas un sauvetage de la Grèce, un « sabordage » ! :

    http://www.marianne2.fr/Dupont-Aignan-le-plan-d-aide-a-la-Grece-est-un-sabordage_a192543.html

    cdlt.

  2. Jean LENOIR dit :

    Bonjour,

    Je ne suis pas d’accord quant à supprimer l’euro. Si la monnaie unique est supprimée, le mauvais ciment, j’en conviens, qu’est l’euro fera éclater l’Europe.
    Par où l’Europe est-elle détruite sinon par les nationalismes et ceci depuis l’origine en raison de la médiocrité des messages (y compris celui de De Gaulle) lié au manque d’ambition de projets.
    Et pourquoi croyez-vous cela ? parce que les européens n’ont pas su créer une harmonisation des systèmes économiques et sociaux, indispensables pour donner un caractère balancé au paysage économique. Aussi parce que les messages des politiques ont été flous, byzantins, confus à l’extrême pour la raison que les ambitions personnelles ne favorisent pas le dialogue, la construction et les mesures.
    Il n’est que de regarder les mécanismes confus et boiteux, à géométrie variable dans le temps, mis en place pour l’agriculture pour se rendre compte que l’Europe n’est qu’un gigantesque frein de Maxwell qui surchauffe à mort.
    Mais si la monnaie (presque) unique vole en éclat demain, alors nous allons revenir à pire : dissensions entre les états, mesures de protection temporaire… et les traités seront déchirés.
    Voulons-nous cela ? Non. Voulons-nous que les banquiers continuent à faire n’importe quoi ? Non. Voulons-nous nous laisser continuer à voter sur des textes idiots et obscurs ? Evidemment non.
    Deux choses restent à faire : sauver les individus et non les banques – quitte à faire de la dette qu’elle profite aux personnes – et interdire toutes les opérations à terme.
    Je sais, on va me dire que je suis un utopiste mais ce sont aux individus et aux entreprises de se couvrir des aléas de la conjoncture et non à des « croûteurs » de commissions et de bonus de fabriquer des gains sur du vent.

    Et par-dessus tout, encore et encore, faire comprendre, même si c’est dur qu’un corps d’état trop nombreux et trop intervenant est contre-productif. Contre-productif en terme de coût, contre-productif en terme d’assistance, contre-productif en terme de compétitivité.

    Lorsque les hommes politiques auront compris que l’inflation de règles, d’interventions et de décisions est préjudiciable aux agents sociaux qu’ils contribuent à étouffer sous les prélèvements, alors un grand pas vers le retour au bonheur sera fait. Pourquoi croyez-vous que nos compatriotes sont les plus gros consommateurs au monde d’anxiolytiques ? Parce qu’ils ont peur du lendemain auquel on les a si bien habitué… et tondu. Toute organisation non concurrentielle coûte 30% de plus que la concurrence : il convient donc que l’état français baisse ses prix de revient de 30%.

    Fini le temps des grands raouts à quelque 5 000 euros par tête. Fini les privilèges tels que ceux des conservateurs des hypothèques inutilement inflationnistes. Fini les retraites d’état. Fini la Sécurité Sociale. Fini les transports subventionnés par les impôts pour des salariés aux revenus et privilèges indécents…

    Oh je sais, je ne vais pas me faire des amis ce soir : mais on est si près du grand soir économique et politique… que je m’en f…. et contref…. toujours au nom de ma liberté de penser

    C’est vrai que ce soir la réunion précipitée des chefs d’état pour créer une cagnotte dans la catastrophe (et avec quel argent) est risible et ne fera pas monter les marchés demain… allons soyons charitables peut-être quelques heures, par extraordinaire même, quelques jours. Nos gouvernants eux-mêmes et leurs sub-strates ont intérêt à aller acquérir pelle, binettes et autres instruments pour pouvoir se nourrir demain.

    Lol

    Jean LENOIR

  3. Jean LENOIR dit :

    Ils ont réussi ! La BCE et la FED rachètent les dettes pourries des états ! Traders du monde entier réjouissez-vous !…
    Quelques instants, quelques bonnes journées de spéculation à la hausse, avant le prochain épisode !
    J’ai lu qu’on avait appuyé sur un bouton thermo-nucléaire : excellente définition.

    Ils l’ont fait !

  4. Zelib dit :

    C dans l’air à l’instant sur FR5 : Emmanuel Lechypre avoue qu’aucun économiste n’est en mesure de savoir si le coût d’une sortie de la Grèce de l’euro serait supérieur ou non à son maintien dans le système.
    Personne ne l’a contredit sur le plateau.
    INCROYABLE! Tous les « avis autorisés » nous rebattaient les oreilles depuis des semaines et des semaines sur l’impossibilité technique et économique de la chose!! Trop compliqué et coûteux!!
    Ces messieurs bien établis… les détenteurs du savoir et de la vérité jetteraient enfin le masque?
    On sent que le vent tourne à vitesse grand V(ent).

  5. Pour sauver la Grèce, Nicolas Sarkozy aurait menacé de sortir la France de l’euro, selon Zapatero, cité par El Pais

    (AFP) – Il y a 1 heure

    MADRID — Le président français Nicolas Sarkozy a menacé de sortir la France de l’euro pour forcer l’Allemagne à accepter le sauvetage de la Grèce, a déclaré le chef du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero, selon des propos rapportés au quotidien El Pais de vendredi.

    Le journal, proche des socialistes au pouvoir en Espagne, affirme que M. Zapatero a affirmé cela lors d’une réunion mercredi avec des barons de son parti, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) à Madrid.

    M. Sarkozy a exigé vendredi dernier « un engagement de tous, pour que tout le monde aide la Grèce, chacun selon ses moyens, ou la France réexaminera sa situation dans l’euro », aurait déclaré M. Zapatero selon El Pais, qui n’identifie pas le responsable qui lui a transmis cette déclaration.

    Les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro se sont réunis vendredi dernier à Bruxelles pour entériner le plan d’aide à la Grèce, paquet de 110 milliards d’euros de prêts sur trois ans, de l’eurozone et du FMI.

    La décision de sauver la Grèce de la banqueroute n’a pas été prise facilement, notamment à cause de la réticence de l’Allemagne.

    « Sarkozy a tapé du poing sur la table et menacé de se retirer de l’euro, ce qui a tordu le bras d’Angela Merkel » la chancelière allemande, selon un autre responsable socialiste ayant écouté M. Zapatero.

    « La France, l’Italie et l’Espagne ont fait front commun face à l’Allemagne et Sarkozy en est arrivé à menacer Merkel de rompre le traditionnel axe franco-allemand », qui est un véritable moteur de l’Union européenne, selon un autre assistant à la réunion.

    L’Espagne est, avec le Portugal, un des pays de la zone euro fragilisé par la détérioration de ses finances publiques, et M. Zapatero a été contraint d’annoncer mercredi des mesures d’austérité supplémentaires et impopulaires, sous la pression des marchés et de ses partenaires européens.

    Selon El Pais, le chef du gouvernement a recours depuis quelques jours à une rhétorique dramatique devant les membres de son parti pour les convaincre de la gravité de la crise traversée par la monnaie unique ces dernières semaines.

  6. venceslas dit :

    Un sacré « coup de poker » pour reprendre votre formule !!
    « Payant » celui-là, dans tous les sens du terme : le pari est gagné, la France est restée dans l’euro la Grece est sous perfusion mais ça coutera 750 milliards d’euros !!!! LOL

    • G.Parot dit :

      Pas sûr que ce soit payant venceslas, on est revenu à la case départ. Le CAC dégringole (baisse encore de 4,59% aujourd’hui).. l’or est à son top historique (1000 euros l’once auj. aussi).. l’euro retombe à son plus bas de 18 mois.. Paul Volcker a enfoncé le clou en parlant de possible désintégration..

  7. Jean LENOIR dit :

    Politique chantage… n’importe quoi. On se croirait dans une cour d’école

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