Les banques au pied d’un mur de dettes

Demain jeudi 1er juillet, plus d’un millier de banques implantées sur le Vieux Continent vont devoir rembourser à la banque centrale européenne (BCE) 442 milliards d’euros empruntés il y a un an au taux fixe de 1%. C’est un record. Pour les aider à passer ce cap en douceur, la BCE a mis à leur disposition un volume illimité de liquidités. Au total, 171 banques de la zone euro ont profité de cette facilité pour demander et obtenir 131,9 milliards d’euros de prêts sur 3 mois à 1%. C’est moins que les 250 milliards que certains économistes attendaient… Du coup, on entend déjà des commentaires rassurants ! Mais d’ici la fin de l’année, ces banques vont devoir faire face à 560 milliards d’euros d’échéances de dette. Avec Bâle III, ensuite, elles devront trouver jusqu’à 1500 milliards d’euros de liquidités supplémentaires auprès des marchés et de leurs clients.

On le voit, les banques européennes n’ont pas résolu leurs graves problèmes d’endettement. Le marché interbancaire est presque totalement paralysé en raison de la méfiance qui s’est installée : comme aux pires heures de la fin 2008, les banques n’ont plus aucune confiance les unes dans les autres. Aussi, pour tenter de dénouer la situation, des « stress tests » (tests de résistance) ont-ils été annoncés pour juillet.

C’est de toute évidence un leurre. Qui peut croire que les résultats de ces tests traduiront fidèlement l’endettement actuel des banques européennes ? Déjà, on a appris que parmi les critères retenus ne figurait pas l’exposition aux dettes souveraines ! Le contraire eût d’ailleurs été étonnant, voire inconcevable : dévoiler l’extrême fragilité du secteur bancaire aurait pour conséquence de le faire plonger, et avec lui tout le système financier.

Le problème ne se pose pas seulement pour l’Europe. Un rapport de la banque d’Angleterre établit que l’ensemble des banques dans le monde auront à rembourser ou refinancer 5000 milliards de dollars de dettes d’ici 2013. Mais les banques européennes sont en première ligne : les banques britanniques d’abord, qui vont devoir doubler leur refinancement (25 milliards de livres à lever chaque mois pendant les deux prochaines années et demie, contre 12 milliards actuellement), mais aussi françaises et allemandes. Ainsi, les banques allemandes devront augmenter de 50% leurs émissions de dette en 2011 et les banques françaises devront émettre sur les marchés les mêmes montants qu’entre 2005 et 2007, avant la crise.

Le secteur bancaire des pays du Sud ne se porte pas mieux, c’est le moins qu’on puisse dire. Le mois dernier, les banques ibériques ont emprunté 85,6 milliards d’euros à la BCE. Un record qui représente le double de ce qu’elles empruntaient avant la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008. Les seules banques portugaises ont emprunté à la BCE près de 36 milliards d’euros en mai, contre 17,7 milliards en avril.

Les banques européennes, mais aussi occidentales, vont-elles alors se fracasser contre le mur de la dette ? Ce n’est pas encore certain. Ce qui semble probable en revanche, c’est qu’elles vont se bousculer au portillon du refinancement. La crise de l’euro compliquant encore les choses, les marges des banques vont se réduire fortement. Et compromettre un peu plus les chances d’une reprise économique déjà bien entamées par la généralisation des plans de rigueur en Europe.

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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14 commentaires pour Les banques au pied d’un mur de dettes

  1. Ping : Les banques au pied d’un mur de dettes « LA BOUSSOLE

  2. Jessiekay dit :

    Et les ratios de capital ne sont pas encore appliqués ! Un beau meli-melo en perspective avec la taxe sur les banques : un muselage en ordre coordonné ou le début de la fin de la libre entreprise ? Pour en savoir plus consulter le site du Carton Rouge du Citoyen: http://www.cartonrougeducitoyen.ch/

  3. Alcide dit :

    …C’est un record. Pour les aider à passer ce cap en douceur, la BCE a mis à leur disposition un volume illimité de liquidités. Au total, 171 banques de la zone euro ont profité de cette facilité pour demander et obtenir 131,9 milliards d’euros de prêts sur 3 mois à 1%. ..Tout le monde s’extasie devant un quasi certain refinancement de 132 milliards ? et considérerait que c’est un succès !
    Il faudrait qu’ils donnent la définition de l’échec pour essayer d’y voir un peu plus clair.
    Ces gens-là nous ont anesthésié avec des chiffres monstrueux on parle maintenant de centaines de milliards d’euros, avant quand le montant était en francs, cela déjà effrayait les foules, maintenant en euros ça passe comme une lettre à la poste, quand il n’y a pas grève…

  4. phillip_51 dit :

    Le système couve un monstre ; un gigantesque schéma de Ponzi à la Madoff qui va plomber l’économie mondiale pendant des années…

    Garez-vous, prenez vos précautions…

  5. Chris dit :

    Le trouillomètre des marchés est à zéro. Hier le CAC a dévissé de manière incroyable sans doute en partie à cause de cet énorme remboursement à la BCE.
    Laquelle BCE soit dit en passant a rajouté aux 131.9 milliards de liquidités encore 111 milliards d’euros sur 6 jours ! Comme quoi les banques de l’Euroland manquent toujours cruellement de liquidités et sont loin d’avoir sorti la tête du sac.
    Du coup la planche à billets marche du feu de dieu mais dans quel état sera finalement le bilan des banques centrales à ce rythme là ?

  6. Cécilia dit :

    A mon avis ces injections de liquidités de mois en mois pour éviter aux banques percluses de dettes de faire faillite, c’est reculer pour mieux sauter.

    Comment feront-elles in fine pour rembourser de l’argent qu’elles n’ont pas, et n’auront jamais ?

    Entre leurs montagnes d’actifs toxiques (autrement dit du néant) et les défaillances de leurs débiteurs – entreprises et ménages – qui ne rembourseront pas leurs emprunts du fait de la crise économique…

  7. SismiX dit :

    Quand une branche est pourrie (dit le proverbe) on la coupe… une solution pourrait être de se passer des banques qui n’irriguent plus l’économie réelle et de plus la mettent en danger de crise systémique.

    Pour cela je trouve l’initiative de SIEMENS très intéressante, ils ont déposé une demande de licence auprès des autorités pour pouvoir créer leur propre banque…
    Siemens a 9 milliards d’euros de liquidités qu’elle veut prémunir contre les crises bancaires, elle veut des « placement sûrs ». C’est à mon avis parfaitement légitime et sensé !

    http://www.zdnet.fr/actualites/siemens-veut-creer-sa-propre-banque-39752769.htm

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/06/29/siemens-cree-sa-banque-afin-de-s-affranchir-des-etablissements-traditionnels_1380459_3234.html

  8. Jean LENOIR dit :

    Bonjour,

    L’histoire dira un jour que le chaos financier a été institué par une nouvelle drogue : la monétisation à l’infini de la dette.

    Vu que je ne suis pas consommateur de monétisation, mais que, comme beaucoup, j’ai pu voir les effets de la drogue sur hommes et femmes en phase d’intoxication ultime, j’ai peur car il s’agit d’une drogue imposée.

    Bien sûr que nous sommes aux portes de l’enfer financier, de l’enfer économique et de l’enfer tout court.

    Je le sais, je le savais mais les décisions prises par les états nous engagent tous et ce que je ne sais pas c’est comment les précautions que j’ai prises en amont sur plusieurs années vont se comporter, lorsque ce sera fort chabrol.

    Dieu ait pitié de nous autres car ils ont tout cassé.

  9. Alcide dit :

    Le cocktail mortel de l’argent dette privé à cours public forcé et d’usage obligatoire !
    Une véritable monstruosité créée par les lois scélérates des politiciens du monde entier .
    Cette remarque par Henry Makow concernant la monnaie « … Personne ne peut posséder un moyen d’échange il doit être public… » est certainement le résumé de la cause de la putréfaction actuelle du système.
    http://www.savethemales.ca/
    Il faut vraiment que nos parlementaires soient des crétins sans âme pour tolérer ce genre de chose qui s’applique hélas à la lettre à la France , tout comme le souligne Henry Makow sur la situation étasunienne.
    Le piège de l’argent dette privé est mondial.
    La dette publique totalement anticonstitutionnelle doit être répudiée , les banques mises en faillite , l’escroquerie des réserves fractionnaires pénalement interdite. Sinon ce sera le renflouement sans fin des banques qui prêtent l’argent qu’elles n’ont pas.
    Il est maintenant mécaniquement impossible de rembourser cette dette publique , totalement faite d’argent privé comme nous l’impose l’article 123 du traité de Lisbonne joyeusement imposé par tous nos branquignols politiques , certainement payés pour le faire…

  10. Jean LENOIR dit :

    Certes, Alcide…

    A crime économique contre l’humanité… les réverbères… Trop de mal et de souffrances imposées méritent l’éradication

  11. info dit :

    en juin les banques espagnoles ont emprunté 126 milliards d’euros à la Banque Centrale Européenne…. véridique !

  12. stress man dit :

    Oui mais il n’y a pas que les banques espagnoles qui sont au plus mal. Les fameux stress tests dont on aura les résultats après-demain sont faits pour rassurer, gagner du temps mais ça ne suffira sûrement pas.

    Lisez ici :

    « Les « stress tests » visent à évaluer la solidité des banques en cas de nouvelle dégradation de l’environnement économique, et à repérer les établissements insuffisamment capitalisés, donc susceptibles de faire faillite. Une note du Crédit Suisse qui circule depuis deux jours confirme que les Caisses d’épargne espagnoles et des banques régionales allemandes sont toujours en difficultés, et qu’il sera nécessaire de les refinancer à hauteur de 36 milliards d’euros pour les premières et de 34,5 milliards d’euros pour les secondes, et vraisemblablement encore 6 milliards pour des banques grecques. Soit à peu près 80 milliards d’euros au total. Les résultats seront publiés vendredi à 18h, de sorte à ne pas affoler les bourses et de laisser le temps aux institutions européennes d’appliquer les mesures nécessaires pendant le week-end. »

    http://www.mecanopolis.org/?p=18850

  13. Jean LENOIR dit :

    Stress test : quelle communication hier !… « Tout va très bien Madame la Marquise, tout va très bien. Mais voulez-vous enfin que l’on vous dise, tout va très bien tout va très bien…

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