Sur le « sauvetage » de la Grèce par la Chine

Le Petit Poucet grec, étranglé par sa dette, sera-t-il sauvé par le géant chinois ? « La Chine est l’amie de la Grèce, et c’est dans les moments difficiles que l’amitié s’éprouve »Un bel exemple de fraternité. En visite à Athènes, le premier ministre Wen Jibao a annoncé que la Chine « participera à l’achat de nouvelles obligations grecques » quand le pays reviendra sur les marchés financiers, dès l’an prochain.

Ce n’est pas tout. Les deux partenaires prévoient de porter à 8 milliards de dollars (contre 4 aujourd’hui) leurs échanges commerciaux d’ici 2015. Outre deux accords cadre pour développer les investissements chinois en Grèce, Pékin et Athènes ont signé 11 accords commerciaux privés.

Pour la Grèce, actuellement sous perfusion du FMI et de l’Union européenne, ce « vote de confiance » (dixit l’ambassadeur de Chine en Grèce) est une sorte de miracle. Jusque là, tout le monde s’attendait à ce qu’elle fasse défaut dans quelques mois.

Mais la Chine n’apporte pas son aide par amitié ou philanthropie. D’abord, elle met la main sur un certain nombre de secteurs stratégiques (ports, marine marchande, chemins de fer, transport routier, construction, télécommunications, tourisme, matières premières, etc.), qu’elle avait déjà commencé à investir en 2008 avec notamment la concession pour 35 ans de 2 quais du Pirée, le port d’Athènes, au groupe chinois Cosco. Ensuite, la Chine achètera des obligations grecques très juteuses et dont le risque est presque nul grâce à la garantie financière de l’Union européenne. Ce qui fait dire à certains que c’est l’Europe qui finance des investissements chinois qu’elle-même n’a pas su – et aurait dû – faire. Le loup est entré dans la bergerie avec le consentement des moutons eux-mêmes.

En effet, la Chine veut faire de la Grèce sa « porte d’entrée » (son cheval de Troie) en Europe et dans les Balkans. Athènes est la tête de pont des ambitions chinoises sur le Vieux Continent. Non seulement sur le plan industriel et commercial, mais également sur le plan monétaire. Car il sera difficile désormais pour un gouvernement européen d’adresser des critiques à Pékin sur la sous-évaluation du yuan !

Sans compter que ce soutien apporté à la Grèce est peut-être aussi le moyen pour les Chinois de faire sauter le verrou qui empêche l’euro de monter davantage. Et donc de mieux enfoncer l’Europe… Ils l’ont déjà fait avec leurs concurrents japonais en achetant des bons du Trésor pour faire monter le yen, ils le feront également avec les pays périphériques de la zone euro : Grèce, Irlande, Portugal, Espagne, etc.

C’est en tout cas la thèse de Marc Fiorentino. Affaire à suivre !

Publicités

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
Cet article, publié dans Actualités, Economie, Matières premières, Monnaies, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour Sur le « sauvetage » de la Grèce par la Chine

  1. arbresec dit :

    Qu’on ne s’étonne pas, après ça, du retour des nationalismes en Europe…

    Si je me rappelle bien, dans les années 80, l’Europe n’hésitait pas à mettre des taxes de 100% sur certains produits Japonais à l’import. Pourquoi n’ose-t-elle plus le faire aujourd’hui ?

  2. Jean LENOIR dit :

    Dans le grand cirque des déficits et des déséquilibres, la Chine offre un échange particulièrement astucieux : elle remplace ses dollars (et à mon sens le mouvement devrait s’accélérer avec la chute du dollar) dans des investissements têtes de pont que vous avez raison d’appeler stratégique. Astucieux… à première vue.

    On serait dans l’erreur, en effet, en oubliant les dettes énormes qu’ont suscitées les Etats et pour lesquelles, les contribuables de ces mêmes Etats, seront durement mis à contribution. Or ce n’est pas de nature à relancer l’économie, donc les recettes fiscales ne seront pas là et les bulles financières vont continuer à s’enfler.

    J’ose formuler, Chine comprise, qu’on sera peut-être surpris de voir les batailles de parité s’entrechoquer avec les inflations nationales que ne pourront ni ne voudront empêcher les états. Il est difficile de voir la sortie de ce maelström financier à propos duquel j’ai écrit dès 1996.

    La sommation des échéances énergétiques, des effondrements sociaux ne peut conduire qu’à d’inévitables désordres si les états ne licencient massivement leurs fonctionnaires en rationalisant leurs tâches et en dépouillant leurs fonctions de toute invasion des rouages économiques. C’est encore, en effet, les industriels qui savent le mieux ce qu’ils faut faire quand on ne les polluent pas avec les influences politiques – ces mêmes influences qui faussent le jeu et finalement perdent les agents économiques tout illusionnés des fards de la Cour.

    On n’a que trop besoin des capitaux d’investissement pour effectuer des virages fondamentaux dans l’économie de la préservation de la ressource et de l’utilisation des forces éternellement renouvelables de la nature qui sont certes des énergies renouvelables mais aussi d’indispensables segments de la vie.

    A bien réfléchir, nos démocraties trop ancrées dans la communication, ont perverti nos réflexes et nos pensées. Les hommes politiques ont besoin d’éternels liftings pour tenter de se maintenir. J’aime la société qui sert et qui fabrique car justement lorsque cela ne va pas, on peut en sortir ou en être séparé et rebondir, évitant d’être inféodé aux pitreries de la doctrine (mal pensée) mais si apparemment bien pensante.

    C’est un contresens que commettent les hommes politiques de vouloir s’occuper de choses pour lesquels ils ne sont pas compétents, jouant aux mots ou aux apprentis-sorciers quand ils ne veulent que faire rebondir les acteurs économiques par des mots et des idées non vérifiées – un peu comme si les industriels de la pharmacie venaient à lancer des formules sur le marché sans aucun test, sans savoir si cela guérit, n’a aucun effet ou alors tue tout simplement.

    Les hommes politiques chinois n’échapperont pas à cette fatalité qui ne fait rien pour le moment pour guérir les sociétés de leurs maux car nous sommes à 99% hors de la bonne voie. Ils feraient mieux de jouer au Mahjong.

  3. adiboo dit :

    Acheter de l’or ou mourir…

    J’ai bien dit « acheter », pas « vendre » à tous ces escrocs du rachat à 12 euros le gramme !!

  4. brandao dit :

    La Chine sur le point d’acheter de la dette portugaise ?

    « Nous sommes à genoux devant la BCE ; le Portugal est hors des marchés » a dit Antonio Borges, un économiste.

    Si la BCE lâche le Portugal, celui-ci est mort.

    Le président chinois fera une visite au Portugal du 4 au 7 novembre ; la Chine est prête à aider le Portugal comme elle a aidé la Grèce, selon des déclarations d’officiels chinois.

    http://www.melvineenaction.com/Europe/Portugal-Nous-sommes-a-genoux-devant-la-BCE.html

  5. Spanish dit :

    Après la Grèce et le Portugal, la Chine a annoncé vouloir aider l’Espagne à se sortir de la crise… Bienvenue dans la future Chineurope !

    « La Chine est prête à faire «des efforts» pour aider l’Espagne à sortir de la crise économique et financière, a annoncé l’ambassadeur de Chine à Madrid cité par la presse officielle lundi, à la veille de la visite d’un haut responsable chinois en Espagne. »

    http://www.cyberpresse.ca/international/asie-oceanie/201101/03/01-4356792-la-chine-aiderait-lespagne-a-se-sortir-de-sa-crise-economique.php

Ecrire un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s