A quoi servira le quantitative easing ?

500 ? 1000 ? 2000 ? 4000 milliards de dollars ? Voire 8000 à 10 000 milliards (!)… comme y invite Paul Krugman ? Les spéculations vont bon train sur la forme et le montant de l’assouplissement quantitatif (QE2) qui sera décidé ces 2 et 3 novembre par la Réserve Fédérale. Rarement celle-ci aura suscité une telle attente, certains annonçant même que la Fed doit prendre la décision la plus difficile de son histoire. Que Ben Bernanke déçoive sur l’ampleur du QE et les marchés risquent de plonger tandis que le dollar redressera la tête. Qu’il en fasse trop et c’est l’inverse qui se produira : une bulle sur les actions et les matières premières et un effondrement du billet vert. Il est donc sur le fil du rasoir.

Mais l’important n’est pas là. L’important est de savoir à quoi le quantitative easing peut bien servir et s’il apportera de vraies solutions à une Amérique en faillite.

Officiellement, il doit stimuler la croissance en favorisant à la fois la consommation – via les anticipations inflationnistes – et les exportations – via la baisse du dollar. Pourtant, bien que les marchés semblent parier sur le succès de ces injections de liquidités, il est douteux que cela ait des chances de fonctionner.

– Concernant la consommation : On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. Ce que veulent les Américains, c’est un emploi durable et un toit solide. Ils se désendettent et n’ont plus les moyens de dépenser davantage. Les forces déflationnistes sont toujours à l’oeuvre, et pour encore un bon moment. Les centaines, voire les milliers de milliards n’iront pas dans l’économie. Même chose pour la baisse de taux espérée afin de relancer le crédit.

– Concernant les exportations : L’espoir semble davantage de mise dans la mesure où un affaiblissement du dollar par rapport à l’euro confère un avantage concurrentiel sur les entreprises du Vieux Continent. Mais l’Europe n’est pas tout. La guerre monétaire engagée contre la Chine n’est pas gagnée d’avance. Certes, le yuan est légèrement remonté suite aux pressions de Washington. Mais l’écart de compétitivité est tel et l’industrie américaine en si mauvais état que ce ne sont pas quelques points gagnés sur la devise chinoise qui réduiront significativement le gigantesque déficit commercial des Etats-Unis.

QE2 : un nouveau plan de sauvetage des banques

Si le quantitative easing ne marche pas, et n’a du reste jamais marché (posez la question aux Japonais !),  pourquoi cette obstination de la Fed à s’enferrer dans ce type de politique, très risquée en termes d’inflation à moyen ou long terme, dont elle sait qu’elle n’aura aucun impact réel sur la croissance ?

Tout simplement parce que l’objectif majeur n’est pas là. Pas dans un dopage de l’économie américaine. Ce qu’il y a derrière cette émission monétaire massive, c’est le souci de sauver encore une fois le système financier. D’un côté les banques de Wall Street en faillite, atteintes par le scandale historique du Foreclosure Gate, qui leur coûtera, selon certaines estimations, 700 ou 800 milliards de dollars, lesquels s’ajoutent aux pertes liées aux MBS (mortgage-backed securities). De l’autre le Trésor lui-même, dont les obligations trouvent de moins en moins de souscripteurs alors même que la dette publique (14 000 milliards de dollars, en réalité bien davantage) s’alourdit de façon exponentielle.

La Fed va donc échanger de l’argent frais contre des actifs toxiques, ce qui permettra aux big banks de Wall Street de se recapitaliser. Parallèlement, elle achètera ses propres bons du Trésor via ces mêmes banques, qui sont des primary dealers, offrant ainsi aux grands créanciers étrangers de l’Amérique (Chine, Japon, etc.) la possibilité de se désengager sans provoquer un effondrement brutal du dollar.

L’avantage par rapport à un plan de sauvetage classique comme le TARP ? Il est essentiel : Aucun passage devant le Congrès ne sera nécessaire pour faire adopter ces mesures de renflouement, que ni les représentants ni l’opinion américaine ne supporteraient.

Lire aussi :

The biggest bank robbery in history ? More quantitative easing = backdoor bailouts for the big banks without having to go through Congress

Fed asks dealers to estimate size, impact of debt purchases

QE : the numberless oblivion

The Fed’s Magic Money-Printing Machine (Matt Taibbi)

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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9 commentaires pour A quoi servira le quantitative easing ?

  1. Armaggedon dit :

    oui c’est bien de le dire que les motifs officiels : « croissance  » , « emploi » sont bidons.
    l’essentiel c’est le systeme financier et politique , encore qu’il va y avoir de la casse
    quand même ! D’une certaine manière les Krugman , Martin Wolf et consorts ont raison
    600 milliards de $ c’est ridicule ! Mais comment rester crédible en annonçant plus ?

  2. Thomas dit :

    Finalement c’est « seulement » 600 milliards… une paille !
    75 milliards par mois jusqu’à fin juin.
    Mais ça évoluera certainement en fonction de la situation économique… ou +tôt bancaire et financière. La Federal Reserve fait « table ouverte » pour les banksters !

  3. Go! dit :

    « effet bulle » confirmé : CAC 40 en hausse ce matin, de presque 2%.

    les banquiers aiment la création de monnaie….. c’est pour eux.

  4. milin dit :

    “- Concernant la consommation : On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. Ce que veulent les Américains, c’est un emploi durable et un toit solide. Ils se désendettent et n’ont plus les moyens de dépenser davantage. Les forces déflationnistes sont toujours à l’oeuvre, et pour encore un bon moment. Les centaines, voire les milliers de milliards n’iront pas dans l’économie. Même chose pour la baisse de taux espérée afin de relancer le crédit.”
    Oui les consommateur endettés vont continuer à se désendetter plutôt que de reconsommer. Mais il ne faut pas oublier les consommateurs fortunés, qui en cas d’anticipation inflationistes consommeront et investirons. Je pense comme l’auteur que la majorités des agents économiques sont toutefois dans la première classe: les surendettés.

    “Si le quantitative easing ne marche pas, et n’a du reste jamais marché (posez la question aux Japonais !),  pourquoi cette obstination de la Fed à s’enferrer dans ce type de politique, très risquée en termes d’inflation à moyen ou long terme,  si elle sait que cela n’aura aucun effet sur la croissance ?”
    Je pense au contraire que ça marchera: l’inflation massive va rapetisser la masse de dette et accélérer le désendettement.

    “L’avantage par rapport à un plan de sauvetage classique comme le TARP ? Il est essentiel : Aucun passage devant le Congrès ne sera nécessaire pour faire adopter ces mesures de renflouement, que ni les représentants ni l’opinion américaine ne supporteraient.”
    oui et de plus ca a l’avantage de renflouer avec l’ensemble des détenteurs d’USD (via inflation) donc la planète entière, plutôt que seulement le contribuable us. Avantage au citoyen us mais pas au “rest of the world”.

  5. Yoann dit :

    Le QE c’est quoi ? Une dévaluation du dollar. Elle est censée relancer les exportations US mais c’est un artifice qui n’ira pas loin.

    Si le QE1 n’a pas marché, pourquoi le 2 devrait-il marcher ?

    Les anticipations inflationnistes ?
    Comme le dit M. Demeulenaere, on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, les Américains n’en peuvent plus d’être endetté jusqu’au cou.

    Tout ce que le quantitative easing va gonfler, ce sont les bulles d’actifs, càd les poches des copains banquiers et gérants de hedge funds.

    Et les prix du pétrole, de l’alimentation, etc etc. Pauvres Américains, ça va être la la fin de la vie facile.

  6. asse42 dit :

    C’est la dernière fumisterie du nouvel ordre mondial des banksters. Comme ils doivent absolument relancer la consommation, et comme il ne leur faut surtout pas augmenter les salaires donc les charges donc l’inflation donc hausse des taux d’intérêt donc moins de bénéfices pour eux, ils ont encore choisi de s’enfoncer encore plus en jouant leur dernière carte: baisser au maximum le coût du crédit pour inciter les gens à reconsommer en s’endettant auprès des banksters. Ils espèrent donc que les citoyens américains notamment retombent dans le panneau. J’espère bien que non! Et la meilleure façon de leur mettre un coup de pied au c… est de refuser leurs crédits. Ils vont être bien emmerdés:
    http://lesouffledivin.wordpress.com/2010/11/05/les-citoyens-us-tiennent-larme-de-destruction-massive-entre-leurs-mains-refuser-le-credit/

  7. milin dit :

    Yoann,

    le probleme principal, c’est la dette.
    et le QE allege mécaniquement la dette car il dévalue le dollar et son pouvoir d’achat.
    je pense que ca marchera, et le signe sera visible quand on verra une hausse des salaires.

    Imaginons dans l’absolu que la Fed prete 100 trillions d’usd à 0% au gourvernement. Celui-ci rembourse immédiatement ses 14 trillions de dette publique vers ses autres créanciers, supprimant du coup la lourde charge d’intérêt qu’il paye aujourd’hui.
    Ensuite le gouvernement prête également aux entreprises et aux ménages via des banques commerciales nationalisées afin de leur refinancer à 0% leur dette.
    Super, à ce stade les dette publique et privée sont toujours aussi grandes, mais leur service (l’intérêt) tombe à zéro, augmentant le pouvoir d’achat et réduisant les risques de faillite.
    3e étappe, décisive, le gouvernement fait monter les salaires en baissant les impôts, en subventionnant les entreprises, et en élevant les rémunérations de la fonction publique.
    Cette hausse des salaires est également induite par l’inflation des prix à l’importation (suite à l’augmentation de la masse monétaire us et la baisse des taux de change du dollar).
    La hausse des salaire est le point d’inflexion à partir duquel l’inflation repart très haut et permet aux surendettés de rembourser rapidement leur dette grace à leur hausse de salaire ainsi qu’à la baisse du poids des intérêts.

  8. Armaggedon dit :

    A mon avis le plan de la fed est plus subtil et plus machiavelique que soupçonné .-
    On raisonne toujours dans un cadre national , c’est inoui alors qu’on a la mondialisation !-
    Le principal reproche fait à la fed est que c’est argent va surtout servir à faire monter les actifs en particulier étrangers (ou multinationaux si vous voulez ), d’où la montée des monnaies des émergents .
    C’est justement là , à mon avis qu’est la ruse , obliger ces émergents à désépargner , consommer et signer des contrats ‘US’, en $ s’entend . (Ceux qui révent encore d’une relance occidentale peuvent s’assoir dessus … mais qu’est ce qui leur faut pour comprendre ! ; On s’en fout ! La subversion ? avec 2/3 de domestiques dans la population , c’est une plaisanterie !)

  9. Yoann dit :

    Milin :

    Je ne pense pas que le problème de la dette sera résolu comme ça, d’un coup de baguette magique, en faisant prendre à la Fed le rôle de prêteur en dernier ressort.

    D’une part, ça voudrait dire qu’elle alourdirait son bilan d’un trillion de dollars chaque année pendant au moins 20 ans… QE sur QE, sans fin… et que deviendrait alors le dollar ? Il ne vaudrait plus rien du tout, faisant fuir tous les investisseurs. Or un dollar qui ne vaut plus rien du tout signifie une nation américaine proche de la misère, dont tout le patrimoine et les actifs seraient rachetés par les étrangers à monnaie forte (ou beaucoup moins faible).

    D’autre part, les créanciers ne se laisseraient pas faire : rétorsions commerciales, politiques, etc.

    En clair, un Empire US tiers-mondisé !

    Pour ce qui est de l’inflation, je ne pense pas qu’elle serait suivie mécaniquement par une hausse des salaires : comment cela se pourrait-il alors que les entreprises américaines luttent à armes inégales avec les pays à bas coût de main-d’oeuvre ?

    Non, vraiment, qui peut croire que les formidables problèmes STRUCTURELS que connaissent les Américains pourront être résolus par la seule politique MONETAIRE – pour ne pas dire un TOUR DE PASSE-PASSE monétaire ?

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