Chine : la fin du paradigme low-cost

La Chine exporte ses hausses de coûts. Officiellement, l’inflation y atteindrait 5,4% ; officieusement, ce serait bien davantage. Des coûts de production en hausse constante affectent la compétitivité-prix des produits chinois et fragilisent un modèle économique fondé sur l’exportation. Dans le même temps, les autorités sont obligées de céder sur les salaires pour étouffer la grogne sociale. Le salaire minimum augmentera cette année encore de 20% en moyenne en Chine et ce ne sera sans doute pas suffisant.

De l’inflation, la Chine en exporte d’autant plus aujourd’hui qu’elle est obligée d’en importer aussi : le yuan artificiellement faible (sans parler de la politique monétaire destructrice de Ben Bernanke !) accroît le coût des matières premières importées, et par ricochet les prix à l’exportation.

C’est donc toute l’organisation du commerce mondial qui commence à être remise en cause : dumping monétaire et social et conquête de vastes marchés côté chinois, importations à bas prix (rendant plus acceptable la déflation salariale) et délocalisations massives côté occidental.

Est-ce la fin d’une certaine mondialisation, voire le début de la « dé-mondialisation » ? Quoi qu’il en soit, les échanges internationaux vont devoir trouver un nouvel équilibre. Déjà, les industriels et les donneurs d’ordres occidentaux se tournent vers d’autres pays à la fois pour produire et pour s’approvisionner. Mais ces pays n’ayant pas l’envergure de la Chine, ils ne suffiront pas à absorber tout le surplus de commandes. Il faut donc se préparer à une « valse des étiquettes », qui ne nous sera pas trop dommageable si elle s’accompagne d’un retour, ou si l’on préfère d’une relocalisation de la production dans les pays actuellement importateurs.

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 56 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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2 commentaires pour Chine : la fin du paradigme low-cost

  1. Jean LENOIR dit :

    Bonjour,

    Et voilà donc : nous y sommes. Le beau désordre économique mondial est en train de monter en puissance. Augmenter légèrement la valeur du yuan (qui ne bénéficie qu’aux importations d’énergie et de matières premières, petite rectification dans l’intervention d’Alexander Law) n’est pas indolore, pas plus que les augmentations de salaires à deux chiffres. Si le marché chinois est un peu plus servi, tant mieux et qui doit s’en plaindre ?… Toutefois on peut douter de sa réelle capacité de marché intérieur à absorber la perte de volume liée aux hausses des coûts sur les marchés extérieurs. N’est-ce pas en mars 2011 que la Chine a affiché un premier déficit commercial ?

    Oui la Chine n’est pas un modèle, elle n’est que l’illustration en première grandeur de ce qui arrive lorsqu’on joue avec des dés pipés.

    En catastrophe, l’autorité financière a décidé du renforcement du ratio des capitaux immobilisés dans le bilan des banques. Il n’est à craindre que cela arrive trop tard pour la simple raison qu’une montagne de dettes pourries va s’amplifier avec l’affaissement du marché mondial.

    Corrélativement à une implosion financière, les difficultés ne pourront que s’amplifier, et, augmenter, de plus en plus, dans le futur, eu égard à la pyramide des âges désastreuse générée par la politique de l’enfant unique.

    Un nouveau brûlot est sur le point de s’embraser ; là, toutefois, nous ne pourrons pas agir car la Chine opposera son veto à toute intervention extérieure.

    La responsabilité originelle des Etats-Unis est cependant avérée et l’illustration des dégâts collatéraux (mais de premier plan) de la dette, encore de la dette et toujours de la dette, avec une monnaie qui ne mérite d’autre qualificatif que torchon de papier.

    Bonne soirée : ici en Nouvelle-Zélande c’est une bonne grosse tempête toute météorologique qui fait siffler et vibrer ma demeure.

    Jean LENOIR

  2. xavib dit :

    Très juste. Pour compléter, j’ajouterai que la Chine actuellement est assise sur deux bulles :

    – la bulle de leurs réserves en dollars qui est en train de faire pschiiit (comme dirait Chirac)

    – leur propre bulle de crédit qui va éclater un jour ou l’autre : voir par ex. leurs ghost cities, 62 millions de logements vides en Chine…

    En bref : ils sont à peine mieux que nous… sauf qu’ils échangent en ce moment leurs dollars contre des actifs réels : or, argent, pétrole, terres agricoles… Auront-ils le temps ??

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