Marc Fiorentino : « Il faut nationaliser les banques pour 3 ou 4 ans et leur interdire les activités de marché »

Quelle est la responsabilité des banques dans la crise ? Faut-il les sanctionner ?

La responsabilité revient à la fois aux hommes politiques et aux banques. Aux politiques parce qu’ils n’ont pas su ou pas voulu contrôler les banques. Aux banques parce qu’elles ne se sont pas imposées elles-mêmes des limites. La crise de 2008 constituait l’opportunité de changer de mentalité. On ne l’a pas saisie. C’est comme si, après un infarctus, le malade avait continué à manger encore plus gras et à faire encore moins d’efforts ! On a donné de l’argent aux banques sans contrepartie, sans fixer de limites à la spéculation. Par exemple, on a donné aux banques un chèque en blanc pour acheter de la dette souveraine sans provisionner les pertes possibles.

Quelle est la solution ?

Il faut nationaliser les banques pour 3 ou 4 ans. Il n’y a pas d’autre solution. Et il faut leur interdire les activités de marché. Il n’y a pas de raison pour que les banques spéculent. Elles sont là pour encaisser les dépôts et distribuer du crédit. La spéculation doit être réservée aux fonds spéculatifs…

Les banques sont-elles prêtes à accepter cela ?

Les banques ne sont prêtes à rien. Pour nous, les contribuables, le jeu, c’est pile on perd et face elles gagnent ! La collusion entre le monde financier et le monde politique est tel qu’on ne sait plus qui prend les décisions. Le sauvetage de la Grèce se discute-t-il à Bercy ou dans le bureau du patron de la BNP ? Il faut un signe fort pour que la confiance revienne. Les banques vont devoir se recapitaliser, comme le dit Christine Lagarde. Les banques centrales mettent de l’argent dans les banques mais cet argent est détourné vers les marchés financiers. Pendant ce temps, on est déjà dans une économie de guerre, de guerre financière. C’est pourquoi l’or flambe.

Pourquoi la Société Générale apparaît-elle comme la plus exposée, en France ?

Parce qu’elle est fragilisée par des affaires à répétition et qu’elle est la plus impliquée sur les marchés financiers.

Votre pronostic pour les mois qui viennent ?

Très sombre si le pouvoir politique ne prend pas des décisions fortes. Pas des décisions comme relever la TVA sur les parcs à thèmes. De vraies décisions. Le pouvoir ne doit pas capituler face aux banques.

Marc Fiorentino, L’Est Républicain, le 6 septembre 2011 (propos recueillis par Ludovic Bassand)

Lire aussi :

Refonder d’urgence le système bancaire

Marc Fiorentino : « Personne ne sait, actuellement, combien valent les banques occidentales »

Addendum : extrait de C dans l’air (France 5) du 7 septembre, « L’UMP se fait des niches ».

Regardez-bien, surtout la fin. Les vérités que Fiorentino lâche sur les banques n’étonneront pas les lecteurs de ce blog, mais ça décoiffe…

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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5 commentaires pour Marc Fiorentino : « Il faut nationaliser les banques pour 3 ou 4 ans et leur interdire les activités de marché »

  1. BA dit :

    Les banques sont gavées de créances irrécouvrables : les dettes souveraines de cinq Etats européens en faillite.

    L’exemple le plus caricatural : la dette souveraine grecque va coûter des centaines de milliards d’euros aux banques européennes.

    Mercredi 7 septembre 2011 :

    Crise de la dette : la justice allemande valide les aides à l’euro.

    La plus haute instance judiciaire allemande a jugé à cet égard que le gouvernement « avait l’obligation d’obtenir le feu vert préalable » de la commission budgétaire du Bundestag, la chambre basse du parlement, avant de prendre un quelconque engagement.

    Pas question par ailleurs pour Berlin de ratifier des accords prévoyant une « communauté de dettes (…), surtout si elle est liée à des conséquences difficilement prévisibles », ont prévenu les juges suprêmes, ce qui peut donner des arguments aux adversaires des obligations européennes communes ou « eurobonds ».

    http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=7c6991258e29eab8c386806b32d20fa3

    En clair :

    – L’Union Européenne ne deviendra jamais une union des dettes.

    – Et il n’y aura jamais d’eurobonds.

    – De toute façon, les Etats européens riches n’arrêtent pas de répéter qu’ils sont contre la création d’eurobonds.

    – Bon, maintenant, qu’est-ce qu’on fait des cinq Etats européens en faillite ?

    J’aimerais que Nicolas Sarkozy, François Fillon, François Baroin, etc, répondent clairement à cette question :

    « Maintenant, qu’est-ce qu’on fait des cinq Etats européens en faillite ? »

    • H Ponchorion dit :

      L’Expansion titre : L’Allemagne retrouve sa fibre européenne 🙂

      Mais bien sur !!!

      Maintenant à chaque fois que Merkel va vouloir sortir le porte monnaie. Cela va entrainer des discutions interminables avec le Bundestag.

      Et du temps que l’herbe pousse. L’âne a le temps de mourir.

      Les marchés ne s’y sont pas trompé

      Emprunt Grec à 1 an : +9,57% pour atteindre le taux stratosphérique de 96,95%

      Taux à deux ans +4,97% à 54,91

      Taux à 10 ans +1,349% à 20,08

  2. Jean LENOIR dit :

    Bonjour (petit matin en NZ)

    Bien sûr qu’il faut absolument casser la dynamique perverse des banques. Je partage totalement l’avis de l’interdiction faite aux banques de dépôt de trader. Que des investisseurs créent des institutions pour acheter des billets de loto ou pour se donner des frissons à la roulette, c’est leur problème, mais cela doit être uniquement à leur risque et pas à celui de clients déposant.

    Nationaliser : là je suis plus circonspect. L’Etat au sein des banques ça ne me plaît pas. Bien sûr l’Etat peut faire le ménage, mais aussi « piquer » dans la caisse. En fait la question me paraît insoluble car l’effet pervers du défaut des banques (il va venir) se traduira par un immense nouveau CDR dont on sait ce qu’il continue à coûter aux clients ainsi qu’aux non-clients devenus contributeurs forcés.

    Les politiques sont acculés : ils n’aiment pas cela. Cependant le choix ne va pas leur être donné longtemps de continuer à nous dire que la situation est sous contrôle. Cette grande crise financière avait été prévue il y a plus de 40 ans et même de Gaulle s’était insurgé en 1965 du droit que s’arrogeaient les Etats-Unis d’inonder le monde de dollars et affirmait qu’il n’existait qu’une monnaie : l’or.

    Les Experts du Club de Rome avaient totalement raison et ils ont été ignorés, bafoués par les décideurs avec les résultats qu’on connaît.

    Jean LENOIR

  3. J’ai ajouté en fin d’article une petite vidéo que je vous invite à regarder, avec Fiorentino qui remet quelques points sur les i…

  4. Tarse dit :

    Pourquoi la Société Générale souffre plus que la BNP:

    « Comme la plupart des banques européennes, la Société Générale est très exposée aux dettes souveraines. Fin juin, le régulateur européen (EBA) estimait que la banque dirigée par Frédéric Oudéa détenait 2,65 milliards d’obligations grecques, 2,2 milliards d’espagnoles et 3,3 milliards d’italiennes. La situation est potentiellement explosive. Si comme cela semble se dessiner, la Grèce, dont une partie de la dette a déjà été restructurée au détriment des créanciers privés, fait défaut, les banques européennes risquent très gros. Mais le scenario du pire serait que l’Italie et l’Espagne se retrouvent dans une situation identique. Or dans ce cas, BNP, avec 22 milliards d’euros d’obligations italiennes dans ses coffres, serait encore plus exposée. Elle est pourtant relativement épargnée. Comment expliquer cette différence de traitement entre les deux banques? »

    Suite là:

    http://lexpansion.lexpress.fr/entreprise/pourquoi-la-societe-generale-souffre-plus-que-la-bnp_261887.html

    Cordialement.

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