La descente aux enfers de la Grèce

Augmentation de 25% en deux ans des sans-abris, abandons d’enfants par leurs parents qui ne peuvent plus les nourrir, chômage galopant… Voilà ce qu’est la triste descente aux enfers d’un pays piégé par sa dette, auquel on refuse de faire défaut, de sortir de l’euro et même d’exprimer sa volonté par référendum. Et sur lequel on a été jusqu’à faire pression en menaçant de lui retirer sa souveraineté budgétaire ! Un scandale inouï.

(Soir 3, le 19 janvier 2012)

Nigel Farage s’insurge une nouvelle fois contre cette Europe allemande qui fait d’Etats-nations avec une histoire, une âme, une souveraineté, etc. des sortes de filiales en faillite que la maison mère devrait reprendre en main… Dans cette Europe de Bruxelles et de Francfort (pour ne pas dire de Berlin et de Washington), la démocratie n’est décidément plus qu’un souvenir.

(Bruxelles, le 1er février 2012)

Addendum : le discours de Sonia Mitralia, membre du Comité grec contre la dette et du CADTM international, devant la Commission sociale de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe le 24 janvier 2012 à Strasbourg. Elle y dénonce « une catastrophe humanitaire sans précédent en temps de paix » :

« Presque deux ans après le début du traitement de choc imposé par la Banque centrale européenne, la Commission européenne et le Fonds monétaire international à la Grèce, son bilan est catastrophique, révoltant et inhumain.

Tout d’abord, même les inspirateurs de ces politiques admettent maintenant ouvertement non seulement leur échec patent, mais aussi que leurs recettes étaient dès le début totalement erronées, irréalistes, inefficaces et même contre-productives. En voici une illustration qui concerne non pas une question secondaire mais le cœur du problème, la dette publique grecque elle-même. Selon tous les responsables du désastre grec, si leurs politiques (d’austérité plus que draconienne) s’avéraient efficaces à 100%, ce qui est d’ailleurs totalement illusoire, la dette publique grecque serait ramenée en 2020 à 120% de PIB national, c’est-à-dire au taux qui était le sien … en 2009 quand tout ce jeu de massacre a commencé ! En somme, ce qu’ils nous disent maintenant cyniquement, c’est qu’ils ont détruit toute une société européenne… absolument pour rien !

Mais, comme si tout cela ne suffisait pas, ils persistent à imposer aux Grecs – mais aussi pratiquement à tout le monde – exactement les mêmes politiques qu’eux-mêmes admettent qu’elles ont échoué. C’est ainsi qu’on est désormais en Grèce au septième « Mémorandum » d’austérité et de destruction de services publics, après que les six premiers ont fait preuve d’une totale inefficacité ! On assiste au Portugal, en Irlande, en Italie, en Espagne et un peu partout en Europe à l’application de ces mêmes plans d’austérité draconienne qui aboutissent partout au même résultat, c’est-à-dire enfoncer les économies et les populations dans une récession et un marasme toujours plus profonds.

En réalité, des expressions telles que « austérité draconienne » sont absolument insuffisantes pour décrire ce qui est en train de se passer en Grèce. Les salaires et les retraites sont amputés de 50% ou même, dans certains cas, de 70%. La malnutrition fait des ravages parmi les enfants de l’école primaire, la faim fait son apparition surtout dans les grandes villes du pays dont le centre est désormais occupé par des dizaines des milliers des SDF misérables, affamés et en haillons. Le chômage atteint désormais 20% de la population et 45% des jeunes (49,5% pour les jeunes femmes). Les services publics sont liquidés ou privatisés avec comme conséquence que les lits d’hôpitaux sont réduits (par décision gouvernementale) de 40%, qu’il faut payer très cher même pour accoucher, qu’il n’y a plus dans les hôpitaux publics des pansements ou des médicaments de base comme des aspirines. L’Etat grec n’est toujours pas capable, en janvier 2012 !, de fournir aux élèves les livres de l’année scolaire commencée en septembre passé. Des dizaines de milliers de citoyens grecs handicapés, infirmes ou souffrants des maladies rares se voient condamnés à une mort certaine et à brève échéance après que l’Etat grec leur a coupé les subsides et les médicaments. Le nombre de tentatives de suicide s’accroît à une vitesse hallucinante, comme d’ailleurs celui des séropositifs et des toxicomanes abandonnés désormais à leur sort par les autorités. Des millions de femmes grecques se voient maintenant chargées des tâches normalement assumées par l’Etat à travers ses services publics quand ceux-ci n’étaient pas encore démantelés ou privatisés par les politiques d’austérité. La conséquence en est un véritable calvaire pour ces femmes grecques : non seulement elles sont les premières à être licenciées et sont contraintes d’assumer les tâches des services publics en travaillant de plus en plus gratuitement à la maison, mais elles sont aussi directement visées par la réapparition de l’oppression patriarcale qui sert d’alibi idéologique au retour forcé des femmes au foyer familial.

On pourrait continuer presque à l’infini cette description de la déchéance de la population grecque. Mais, même en se limitant à ce qu’on vient de dire, on constate qu’on se trouve devant une situation sociale qui correspond parfaitement à la définition de l’état de nécessité ou de danger reconnu depuis longtemps par le droit international. Et ce même droit international oblige expressément les Etats à donner la priorité à la satisfaction des besoins élémentaires de ses citoyens et non pas au remboursement de ses dettes.

Comme le souligne la Commission du droit international de l’ONU à propos de l’état de nécessité : « On ne peut attendre d’un État qu’il ferme ses écoles et ses universités et ses tribunaux, qu’il abandonne les services publics de telle sorte qu’il livre sa communauté au chaos et à l’anarchie simplement pour ainsi disposer de l’argent pour rembourser ses créanciers étrangers ou nationaux. Il y a des limites à ce qu’on peut raisonnablement attendre d’un État, de la même façon que pour un individu. »

Notre position, partagée par des millions de Grecs, est claire et nette et se résume au respect du droit international. Les Grecs ne doivent pas payer une dette qui n’est pas la leur pour plusieurs raisons.

Primo, parce que l’ONU et les conventions internationales -signées par leur pays mais aussi par les pays de leurs créanciers- intiment à l’Etat grec de satisfaire en toute priorité non pas ses créanciers mais plutôt ses obligations envers ses nationaux et les étrangers qui se trouvent sous sa juridiction.

Secundo, parce que cette dette publique grecque, ou au moins une part très importante, semble réunir tout les attributs d’une dette odieuse, et en tout cas illégitime, que le droit international intime de ne pas rembourser. C’est d’ailleurs pourquoi il faudrait tout faire non pas pour empêcher (comme l’Etat grec le fait maintenant) mais plutôt pour faciliter la tache de la Campagne grecque pour l’audit citoyen de cette dette afin d’identifier sa part illégitime.

Notre conclusion est catégorique : la tragédie grecque n’est ni fatale ni insoluble. La solution existe et la répudiation, l’annulation et le non paiement de la dette publique grecque en font partie en tant que premier pas dans la bonne direction. C’est-à-dire, vers le salut de tout un peuple européen menacé par une catastrophe humanitaire sans précédent en temps de paix… »

Source : CADTM

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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9 commentaires pour La descente aux enfers de la Grèce

  1. panzer dit :

    La moitié des jeunes grecs au chomedu et ils ont pas encore foutu dehors ces pieds nickelés de politicards? hallucinant !!!

    • Buldozer dit :

      Tu sais, si tu les paie, il te suivront ou tu veux…
      Mais dépêche toi, l’argent disparait rapidement ses temps-çi !

  2. BA dit :

    Samedi 4 février 2012 :

    Grèce : la résidence du président caillassée.

    Une trentaine de jeunes ont lancé des pierres aujourd’hui contre la résidence du président grec Carolos Papoulias dans le centre d’Athènes, causant de légers dégâts au bâtiment, a-t-on appris de source policière.

    Carolos Papoulias, âgé de 82 ans, qui a été pendant de nombreuses années ministre des Affaires étrangères dans des gouvernements socialistes, est l’un des hommes politiques les plus respectés en Grèce.

    Sa popularité a cependant été sérieusement écornée après qu’il eut été accusé au cours des six derniers mois de se plier aux injonctions de l’Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI) pour la mise en oeuvre d’un sévère plan d’austérité pour faire face à la crise de la dette.

    Le Grèce mène actuellement de rudes négociations pour obtenir de ses créanciers publics l’effacement partiel de sa dette, mais elles sont conditionnées à un autre accord, qu’elle doit conclure avec ses créanciers publics (UE, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international).

    Pour lui octroyer un nouveau prêt international de 130 milliards de dollars, ces derniers exigent des partis représentés dans le gouvernement grec de coalition des engagements sur des mesures d’ajustement structurel, au-delà des élections générales anticipées prévues ce printemps.

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/02/04/97001-20120204FILWWW00511-grece-la-residence-du-president-caillassee.php

  3. Jean LENOIR dit :

    Prêter, prêter, prêter et rembourser en cascade. Amputer la société de tous ses pieds, dans le pays qui a inventé la démocratie. Casser toute structure car même les réformer n’est plus possible…
    Regardez donc la tête de ces députés européens et vous verrez qu’ils sont inquiets… non pas pour les Grecs, non pas, mais pour leur position qui s’effondrera le jour où s’effondreront les nations.
    C’est de cela qu’ils sont véritablement inquiets. La limite de la démocratie (de son absence) de cela ils se foutent bien. Mais tout de même cela sent le roussi… alors même qu’il ne sera plus possible bientôt de pantoufler dans le privé car tous les jouets auront été cassés.

    Ah, j’ai oublié de dire bonjour : pardon, mais je n’en ai plus le coeur. Un de mes amis, avocat, m’a demandé, jeudi, si je comptais abandonner la nationalité française. Ce n’est pas que je n’y songe jamais tant je suis dégoûté du triste état où le pays fût quarante ans durant conduit comme un bateau ivre, mais c’est encore trop tôt car il me faudra quelque quatre ans pour obtenir la nationalité néo-zélandaise …et aussi de savoir si le démembrement de mes sociétés qui a suivi au Luxembourg la création d’une Soparfi pourra aboutir en Nouvelle-Zélande.

    Voilà où se trouve réduite la clairvoyance à très très long terme, pendant infini au court termisme politique destructeur de toute société. Mais peut-on reprocher aux citoyens de la multitude de ne faire que croire aux promesses et aux programmes bancals et intenables, alors qu’on n’écoutera pas le raisonnement froid mais sensé.

    Comme le terrorisme du radar routier lequel ne crée que des rentrées fiscales honteuses (et remplit les poches de la société amie du pouvoir qui les fabrique), le terrorisme politique européen fait encore plus fort il ne résout rien et détruit la société.

    Tous méritent la corde et plus comme les trafiquants de drogue à Singapour ou à Bangkok eux qui dépouillent les honnêtes gens pour corrompre de leurs doses imbéciles d’injection d’argent.

    Ne me parlez plus de politique, cela est un mot creux de sens, mais parlez seulement de grands criminels dirigeants.

    Jean LENOIR

  4. BA dit :

    Dimanche 5 février 2012 :

    Aucun accord n’a été trouvé dimanche entre les chefs des trois partis de la coalition gouvernementale en Grèce et la troïka des bailleurs de fonds du pays sur les réformes, et la réunion chez le premier ministre reprendra lundi, ont indiqué deux chefs de parti.

    La troïka demande encore plus d’austérité, que le pays est incapable de supporter, a déclaré le leader de la Nouvelle Démocratie (droite) Antonis Samaras en sortant d’une réunion de cinq heures chez le Premier ministre grec.

    Le leader d’extrême-droite Georges Karatzaferis a fait valoir qu’il ne voulait pas contribuer à l’explosion d’une révolution en acceptant les mesures demandées.

    http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___Grece_pas_d_accord_avec_la_troika_la_reunion_reprendra_lundi_050220122002.asp

  5. BA dit :

    Lundi 6 février 2012 :

    Dette de la Grèce : les discussions se prolongent mais le compte à rebours est lancé.

    Les dirigeants des partis politiques de la coalition gouvernementale grecque sont sommés de donner leur accord lundi aux réformes de structure et d’austérité demandées par les bailleurs de fonds du pays, pour éviter un défaut de paiement du pays en mars.

    Réunis dimanche pendant cinq heures, les chefs des trois partis (socialiste-droite et extrême-droite) représentés dans le gouvernement de Lucas Papademos ont réussi à s’entendre sur le volume des économies à réaliser (1,5 point de PIB), sur la mise en place de réformes visant à abaisser les coûts de production et sur un schéma de recapitalisation des banques.

    Mais ils ne sont pas parvenus à surmonter leurs objections à toutes les mesures d’austérité demandées par la zone euro et le Fonds monétaire international et à s’engager publiquement à appliquer les impopulaires réformes, condition pour obtenir le déblocage d’un nouveau prêt vital d’au moins 130 milliards d’euros.

    Un point dur des discussions porte notamment sur l’insistance des bailleurs de fonds d’abaisser le salaire minimum en Grèce, solution rejetée par les partenaires sociaux et les partis.

    Or le temps presse : Athènes a impérativement besoin de boucler un accord rapidement car le pays n’a pas les moyens de rembourser 14,5 milliards d’euros de prêts qui arrivent à échéance le 20 mars, et risque la cessation de paiements à cette date.

    Désormais le compte à rebours est lancé.

    http://www.boursorama.com/actualites/dette-de-la-grece-les-discussions-se-prolongent-mais-le-compte-a-rebours-est-lance-4d88f9d495ac70d34ab9fac92ea0fc19

  6. BA dit :

    Lundi 6 février 2012 :

    Dette : la Grèce est déjà au-delà des délais.

    Les discussions entre la Grèce et ses créanciers pour éviter au pays le défaut de paiement au pays en mars sont déjà au-delà des délais prévus, a averti lundi un porte-parole de la Commission européenne.

    « La vérité, c’est que nous sommes déjà au-delà des délais », a déclaré Amadeu Altafaj, porte-parole du commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, ajoutant que la balle est dans le camp des autorités grecques à ce stade.

    http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___Dette_la_Grece_deja_au_dela_des_delais_060220121302.asp

  7. Jean LENOIR dit :

    Cher BA,

    Au-delà de quels délais ? LOL Il n’y aura aucun remboursement et du sang partout si ça continue.
    Cordialement

    Jean LENOIR

  8. BA dit :

    « On n’avait pas vu ça en Grèce depuis l’Occupation. »

    Menacés par la famine, comme pendant la Seconde Guerre mondiale, les Grecs ont l’impression de replonger dans la dictature. Economique, cette fois.

    Par MARIA MALAGARDIS, envoyée spéciale à Athènes.

    http://www.liberation.fr/economie/01012386707-on-n-avait-pas-vu-ca-en-grece-depuis-l-occupation

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