La reprise américaine : mythe ou réalité ?

Un mythe, bien évidemment… Une illusion entretenue par le ZIRP et le QE, la politique monétaire ultra-accommodante de la Fed. Cette reprise sous perfusion, qui ne crée pas de vrais emplois productifs, ne pourra sans doute pas se prolonger au-delà des élections de novembre. Myret Zaki, rédactrice adjointe du journal suisse Bilan, le dit : « Si le taux de chômage tombe sous les 7%, mais que ce n’est dû qu’à des « emplois de bulle », il n’y aura pas de croissance ; juste du déficit ».

« On parle de « reprise », aux Etats-Unis. Difficile d’imaginer terme plus vendeur en année électorale. La légende veut que les stimuli aient enfin agi. Que Ben Bernanke, le président de la Fed si injustement critiqué, ait réussi à « sauver » l’économie. L’argument de reprise repose sur les créations d’emplois, meilleures qu’attendu. Mais de quels types d’emplois s’agit-il ? Rendent-ils les Etats-Unis plus riches, ou plus pauvres ? Pour le savoir, il suffit de regarder le déficit commercial. Il s’élevait en janvier à 52,6 milliards de dollars, un record depuis l’été 2008. Si les emplois créés depuis la crise avaient été productifs, il se serait réduit. L’Amérique crée le mauvais type d’emplois. Ce sont surtout des emplois non durables dans le secteur des services (immobilier, santé, finance). Il y a très peu de jobs permanents, productifs, créés dans le secteur manufacturier, qui auraient permis aux entreprises d’exporter davantage de biens, et de réduire le déficit commercial.

Parce qu’il y a si peu d’Américains qui produisent, les salaires de ces nouveaux emplois fragiles vont se dépenser sur des produits fabriqués à l’étranger. C’est ainsi que le déficit se creuse, et ce malgré la chute de 20% du dollar depuis 2006 face à l’euro, au yen, au yuan et au real. Quant aux effets de ces emplois sur l’économie américaine, ils permettent de faire tourner l’économie, mais dans un sens qui renforce la précarité : ces nouveaux consommateurs, incités par les taux zéro à dépenser plutôt qu’à épargner, empruntent l’essentiel de ce qu’ils dépensent, générant d’autres emplois dans le commerce de détail et les services, qui sont eux aussi non durables puisque leur existence repose sur des dépenses à crédit. A votre avis, que se passera-t-il quand le stimulus de la Fed cessera ? A la moindre hausse significative des taux d’intérêt, cette économie de bulle explosera, une fois de plus, et les emplois qu’elle avait générés disparaîtront avec elle, une fois de plus. C’est pourquoi, la Fed est bloquée dans une situation de stimulus perpétuel, qu’elle ne pourra masquer longtemps sous des arguments de « reprise ». En créant beaucoup de consommateurs à crédit, mais pas de producteurs, le pays voit donc ses comptes nationaux se détériorer, et c’est là le signe des travers de cette politique, contraire à la prospérité à long terme du pays. Dès lors, quand bien même le taux de chômage tomberait sous les 7%, mais que ce serait dû à des « emplois de bulle » supplémentaires, cela ne ferait que creuser le déficit commercial, révélant sans équivoque le tour de passe-passe ayant permis cette réjouissante « embellie » à but électoral.

Un taux réel de chômage de 22,4%

Il convient d’examiner plus avant ce que signifie une baisse du taux de chômage. Lorsqu’il est passé de 9 à 8,6 % en décembre, il fallait avoir en tête que sur ce seul mois, 315 000 travailleurs avaient quitté cette statistique, cessant d’envoyer des CV et de répondre à des offres d’emploi. Ce qui a entraîné une baisse mécanique du taux de chômage. Enfin, si l’on réinsère la population des chômeurs découragés à long terme, exclus des chiffres officiels depuis 1994, le taux de chômage aux Etats-Unis est aujourd’hui de 22,4%*. Parlons à présent de l’inflation, véritable frein à la croissance. Officiellement, elle se situe à 3% en février. Mais là encore, la méthode officielle des années 1980, modifiée, depuis, pour produire des chiffres plus inoffensifs, donne un taux de 10%. Cela explique mieux pourquoi le consommateur américain a le sentiment quotidien, dans les supermarchés et devant la pompe à essence, d’une perte de pouvoir d’achat non reflétée par l’indice des prix officiel. On peut enfin s’interroger pourquoi, s’il y a reprise, la Fed veut maintenir ses taux au niveau extrême de 0% jusqu’en 2014. La banque centrale, qui n’a aucunement exclu un troisième assouplissement quantitatif (et donc des perspectives fortement inflationnistes) dans les minutes de la Fed de ce début avril, sait que l’économie américaine, malade mais maintenue sous perfusion du crédit, ne supportera plus jamais une remontée des taux. Combien de temps le sursis durera-t-il ? Moins qu’on ne le croit. Après les élections de novembre, la façade pourrait se fissurer ».

Myret Zaki, Bilan, le 11 avril 2012

* Source: Shadow Government Statistics: shadowstats.com

Addendum : l’intervention d’Olivier Delamarche sur BFM Business hier, pour qui le taux de chômage réel est de 18% aux Etats-Unis.

(BFM Business, le 10 avril 2011)

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 55 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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5 commentaires pour La reprise américaine : mythe ou réalité ?

  1. Geraldine dit :

    Oui et c’est pareil en Europe : les marchés drogués au LTRO et aux taux bas… dès que l’effet des complaisances et des facilités de la BCE s’estompe, les marchés plongent…. cf. hier.

  2. zorba44 dit :

    Lorsqu’une famille française est en commission de surendettement, il est certain que cette famille ne va pas relancer l’économie. Personne ne va contester cela. Alors qu’on nous dise comment des états surendettés pourraient voir leur économie relancée ?

    Jean LENOIR

  3. planet dit :

    Finalement tout le monde est dans la même galère….. tous les pays. Ce qui revient à dire si on ne dénonce pas cette dette odieuse et illégitime, le pouvoir exorbitant des banquiers et leurs spéculations aveugles aux souffrances des peuples on ne s’en sortira pas !

  4. Momo dit :

    On aimerait savoir pourquoi ces dettes (d’Etats et de particuliers) seraient « illégitimes » ?
    Qui a prété et prête (encore) sinon ceux qui placent leurs épargnes directment (achats d’actifs) ou indirectement (fonds de pension, Sécurité Sociale, « zinzins », etc…) ?
    Ne voit-on pas (ex. « Planet ») qu’il s’agit, à la base, de notre argent à tous ?
    C’est effarant de lire celà bien que ce soit, hélàs, très répandu !
    A quand un minimum de connaissances en matière d’économie, dite « libérale », pour tous les citaoyens ??

  5. DrStefool dit :

    « Parce qu’il y a si peu d’Américains qui produisent, les salaires de ces nouveaux emplois fragiles vont se dépenser sur des produits fabriqués à l’étranger. » ??? On ne peut imaginer raisonnememnt plus specieux. La fabrication cree tres peu de valeur, La fabrication des produits a l’etranger fait gonfler les profits des entreprises americaines: Tommy Hilfiger, Nike, Apple, Dell, HP, Kindle d’Amazon, les ampoules GE, … you name it. Lorsque les salaires de ces nouveaux emplois fragiles depensent, ils contribuent a enrichir des entreprises americianes. Il y’a la comme un processus vertueux. Au passage l’economie americaine ne cree pas que des emplois fragiles, il y’;a une tension sur l’emploi des plus qualifies, au point que ca recrute beaucoup a l’etranger.

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