Les bulles immobilières resurgissent

Alors qu’en France, 2ème pays le plus surévalué d’Europe, l’immobilier est en passe de corriger, voire de plonger, dans d’autres pays les prix s’envolent en raison des politiques monétaires irresponsables des banques centrales.

« À Berlin, les prix immobiliers ont augmenté de près de 10% en un an. À Toronto, où il se construit deux fois plus de gratte-ciel qu’à New York, les prix sont en hausse de 30% depuis 2006. En Australie, ils ont augmenté de 15,5% depuis 2007. Malgré la crise – ou à cause d’elle ! -, les bulles immobilières resurgissent.

Au Canada, les autorités s’en inquiètent. Les prix nationaux seraient surévalués de 75% par rapport aux loyers. En Australie, la bulle reste alimentée par l’immigration et la hausse des prix des matières premières, mais personne ne s’en soucie. « Cela fait pourtant penser à l’Espagne des années 2006-2007 ! », remarque l’économiste Patrick Artus.

En Europe, où les dernières bulles n’ont pas fini d’éclater en Espagne, en Irlande ou au Royaume-Uni, c’est le cas allemand qui intrigue le plus. En un an, les prix de l’immobilier ont grimpé de plus de 5% outre-Rhin. Dans le centre de Munich ou de Hambourg, les prix s’envolent, alimentés par des acheteurs étrangers.

Le phénomène est si nouveau, en Allemagne, qu’il mobilise l’attention des médias. Le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, s’en est ému dans une note officielle. Il tire argument de la hausse des prix immobiliers allemands pour demander à la Banque centrale européenne (BCE) de replier ses mesures d’assouplissement monétaire, qui ont abouti à injecter quelque 1000 milliards d’euros de liquidités dans le circuit du crédit depuis le mois de décembre.

Le bulle allemande a beau être modeste, comparée au reste du monde, le président de la « Buba » n’a pas tardé à trouver le coupable: cet argent frais injecté par milliards par les banques centrales depuis le début de la crise, en sus des taux d’intérêt maintenus à des taux historiquement bas, entre 0,25% et 1% de part et d’autre de l’Atlantique.

La politique monétaire de la Fed, la Banque centrale américaine – sur laquelle se calque la Banque centrale du Canada – et la thérapie de choc de la BCE écrasent les taux d’intérêt à court et long terme, notamment les rendements des obligations d’État à 10 ans, à partir desquels sont calculés les taux d’emprunts immobiliers des ménages qui s’endettent à taux fixe.

Les banques centrales doublement responsables

Profitant de l’aubaine, les ménages des pays les moins touchés par la crise financière de 2010 – Allemagne, Pays-Bas – s’endettent, parfois jusqu’à l’excès, comme au Canada, et font grimper les prix. Les spéculateurs, comme toujours, se joignent à la partie, moins à Berlin qu’à Vancouver, où les prix au mètre carré, comparés aux revenus disponibles, sont les plus élevés du monde anglo-saxon.

Les banques centrales sont doublement responsables. Non seulement elles baissent les taux, mais, en imprimant des billets, elles alimentent les craintes d’inflation et l’appétit pour les valeurs sûres, dont la pierre fait partie.

En Europe, la crise de la dette a propulsé l’immobilier au sommet des valeurs refuge, notamment en Allemagne. Alors qu’ils privilégiaient les dettes d’État italiennes ou espagnoles jusqu’en 2010, les investisseurs institutionnels allemands placent désormais leurs excédents d’épargne dans l’immobilier commercial. Les ménages qui ont de l’épargne à placer font le même raisonnement ».

Le Figaro, le 2 avril 2012

Lire aussi :

Quand osera-t-on crever la bulle immobilière ?

En Allemagne, les prix de la pierre grimpent

Le Canada en guerre contre l’excès d’endettement

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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9 commentaires pour Les bulles immobilières resurgissent

  1. BA dit :

    14 avril 1912 :

    Le Titanic vire, mais heurte l’iceberg par tribord et le choc fait sauter les rivets, ouvrant ainsi une voie d’eau dans la coque sous la ligne de flottaison. Les portes étanches sont alors immédiatement fermées par Murdoch afin d’éviter une voie d’eau plus importante. Mais l’eau commence à envahir les cinq premiers compartiments du bateau. Or, le Titanic ne peut flotter qu’avec au maximum quatre de ses compartiments remplis d’eau.

    Source : article « Titanic » dans Wikipedia.

    Cent ans plus tard, presque jour pour jour : le Titanic « ZONE EURO » a cinq compartiments remplis d’eau.

    L’eau est entrée dans le compartiment grec, ensuite l’eau est entrée dans le compartiment irlandais, ensuite l’eau est entrée dans le compartiment portugais.

    Maintenant, l’eau entre dans le compartiment espagnol et dans le compartiment italien.

    L’Espagne et l’Italie entraînent maintenant tous les autres Etats européens vers le fond de la mer.

    Comment les Bourses réagissent-elles au naufrage de l’Espagne et de l’Italie ?

    Italie : – 3.43%
    Espagne : – 3.58%
    Suisse : – 0.87%
    Pays-Bas : – 1.53%
    France : – 2.47%
    Norvège : – 1.01%
    Russie : – 0.46%
    Pologne : – 1.26%
    Allemagne : – 2.36%
    Belgique : – 1.53%
    Royaume Uni : – 1.03%

    Le Titanic « ZONE EURO » prend l’eau de toutes parts.

    • Geraldine dit :

      Le Titanic oui… mais le Concordia aussi. Dont les différents étages portaient chacun le nom d’un pays européen… Tous coulés.

  2. Ping : Les bulles immobilières resurgissent « Poètes Indignés "P.I"

  3. zorba44 dit :

    Merci BA

    Pour ceux qui n’auraient rien compris : qu’ils vous lisent.
    Bon WE

    Jean LENOIR

  4. BA dit :

    Samedi 14 avril 2012 :

    Sur son blog, Paul Jorion écrit :

    L’ÉCLATEMENT DE LA ZONE EURO : L’INSTANTANÉ.

    Ce que vous voyez sur ce graphique produit par l’agence de presse Bloomberg, c’est l’éclatement de la zone euro. Sous la ligne horizontale, on voit les sommes qui quittent de mois en mois différents pays tandis qu’au-dessus de la ligne horizontale, on retrouve les mêmes sommes ventilées par pays où ces sommes aboutissent.

    Les gagnants : 1. Allemagne, 2. Pays-Bas, 3. Luxembourg.

    Les perdants (les plus tristes en premier) : 1. Italie, 2. Espagne, 3. Irlande, 4. Grèce, 5. Portugal, 6. Belgique.

    Le graphique a été produit par la rédaction de Bloomberg à partir des données fournies par les banques centrales des différents pays de la zone euro. Un pays dont l’argent sort, en signale les montants. De même pour un pays qui le reçoit, la réglementation intérieure de la zone euro obligeant le pays receveur de prêter le même montant au pays donneur.

    Si des sommes quittent un pays, c’est bien sûr que leurs habitants (riches) craignent de se retrouver du jour au lendemain en possession de lires, pesetas, punts ou Irish pounds, drachmes, escudos, francs belges, dévalués.

    Pour donner un ordre de grandeur, en mars, par exemple, 65 milliards d’euros ont quitté l’Espagne.

    N.B. : La Suisse n’étant pas dans la zone euro, les mouvements de capitaux vers la Suisse n’apparaissent pas sur le graphique.

    http://www.pauljorion.com/blog/?p=35925

  5. Arthur Degere dit :

    La bulle de l’immobilier en FRance (vidéo) :
    –>

  6. « Quand l’immobilier augmente, c’est toujours aux dépens des jeunes pauvres et au bénéfice des vieux riches ».

    Les rentiers de la génération des soixante-huitards, exactement.

    C’est la clientèle privilégiée de l’UMP et du PS.

    Il n’y a donc rien à espérer de l’élection d’un Hollande ou d’un Sarkozy, candidats de l’immobilisme et du statu quo.

    Si la bulle de l’immobilier éclate en France, ce ne sera pas grâce à eux mais grâce à la crise qui aura finalement eu raison de cette aberration et de cette injustice.

    Travail, logement, pouvoir d’achat : le tiercé gagnant du futur conflit entre générations…

    D’ailleurs si on regarde les chiffres, les jeunes se détournent massivement de Sarkozy et de Hollande, ils se tournent vers Marine le Pen (et Nicolas Dupont-Aignan dans une moindre mesure).

    Un certain nombre adhèrent aussi aux discours de Mélenchon, mais c’est de l’escroquerie.

    • matbee dit :

      Oui, c’est pour ça que contrairement à ce que le système oligarchique veut nous mettre dans la tête, le « vote utile » (Hollande ou Sarko) est inutile… et même contre-productif.

      On doit tout remettre à plat.

  7. Ping : L’économie australienne : “la plus grande bulle économique de l’histoire récente” selon Albert Edwards « Poètes Indignés "P.I"

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