Opinion, vérité et élections (B. Bertez)

« Petite variation sur ce qui est au cœur du malaise des démocraties, le règne de l’opinion et son corollaire, la dictature de la communication.

La démocratie repose sur un mythe : une voix en égale une autre. Tout le monde le sait, mais s’en accommode. Pourquoi ? Parce qu’il ne faut surtout pas que puisse être contestée la légitimité de ceux qui gagnent le concours de beauté des meilleurs maquilleurs. Le seul moyen de dire non est devenu le non-vote, vote blanc ou abstention. D’où la lutte des partis et des leaders, toutes tendances confondues, pour faire voter. Pour défendre le mythe. Le mythe est acceptable tant qu’il s’accompagne d’un objectif : faire progresser les citoyens, les éclairer, les élever à la conscience politique. Il cesse de l’être quand la tromperie, le mensonge, l’escamotage sont les moyens dominants de gagner les suffrages. Dans ce cas, force est de reconnaître qu’un consentement et un vote viciés ne sont guère différents d’une extorsion. La violence se dissimule derrière les processus dits démocratiques, dès lors que tout a été fait, comme c’est devenu pratique courante, pour travestir, donner une idée fausse des situations, des diagnostics, des remèdes, de leurs coûts et de leurs conséquences non-voulues.

Un seul exemple, déterminant. Devant la crise, on vous a dit que le seul remède était l’austérité. A ceux qui ont dit l’austérité n’est pas le remède, elle tue le patient, il a été répondu par un haussement d’épaules. Maintenant que le patient faiblit, menace de se révolter, maintenant que la colère gronde et que le vent tourne, il est décrété qu’il faut que l’austérité s’accompagne de mesures de croissance ; autrement dit, il faut appuyer sur le frein et l’accélérateur en même temps. Comment ? Par les dépenses publiques voyons, par l’accroissement des dettes voyons, par la création monétaire voyons. En clair, pour lutter contre les dettes, on provoque la récession ; pour lutter contre la récession, on augmente les dettes, et les dettes, on les refinance  par la création monétaire auprès de la Banque Centrale !

Qui parle des conséquences escamotées, mais garanties, incontournables, à savoir l’augmentation du pouvoir des apparatchiks non-élus, prébendiers, la baisse du poids du secteur privé, la hausse des impôts, la baisse de la capacité du privé à consommer, à embaucher et l’avilissement garanti, voire recherché, de la monnaie.

Qui ne voit, simple bon sens, qu’appuyer sur le frein et l’accélérateur en même temps ne donne qu’un seul résultat, garanti à 100% : l’inflation. Si vous accélérez tout en freinant, vous n’avancez pas plus vite, mais une chose est sûre, cela chauffe.

Dans une authentique démocratie, les politiques auraient dit :

– Nous sommes en situation d’insolvabilité conjointe des Etats et du secteur bancaire qui nous a financés

– Nous ne voulons pas changer la société et nous voulons sauver les banques, les banquiers et leurs apporteurs de capitaux

– Nous allons vous imposer de nous resolvabiliser, ce qui nous permettra de sauver les banques, les banquiers, leurs apporteurs de capitaux.

En contrepartie, vous vivrez moins bien, vous paierez plus d’impôts, nous multiplierons les contrôles, nous limiterons les mouvements des hommes et des capitaux. Bref, nous accentuerons le socialisme de nos sociétés, c’est le prix à payer pour sauver, pour sauver… le capitalisme bancaire.

Nous allons détruire, laminer par l’impôt, les droits de succession, l’inflation, les patrimoines que vous, petits capitalistes de l’épargne, de la production, de l’effort et de l’emploi, avez constitué années après années, pour que le capital financier, dont les fonds tombent du ciel de la Banque Centrale, gratuitement, puisse continuer à jouer… et à financer nos largesses. Car derrière le galimatias, derrière le métafoullis des propositions disparates, derrière le catalogue, derrière l’assemblage de vérités fragmentaires, c’est bien de cela qu’il s’agit : la destruction de votre capitalisme national, historique constitué génération après génération au profit du capital financier international. La destruction de votre ordre social à vous, le vôtre, celui dont vous avez hérité de vos parents, la destruction de votre bourgeoisie, pour préserver l’ordre kleptocratique. Détruire le spécifique, voilà l’enjeu des deux politiques proposées. Derrière les soi-disant mesures, derrière le catalogue dont on vous cache la cohérence, c’est un enjeu de société. Un enjeu de la place de la France dans l’Europe, dans le monde. Un enjeu de votre place dans le pays. Mais c’est vrai, il y a quand même une différence entre les deux votes, une différence cynique car, sans vous le dire, on vous suggère : si tu es avec moi, nous prendrons le bien du voisin ; si tu es contre moi, nous prendrons le tien.

Et si les politiques au pouvoir cachent la Vérité, l’opposition aurait dû la dire ; si, ni la majorité, ni l’opposition ne la disent, alors c’est aux corps intermédiaires de faire leur travail et de l’exposer ».

Bruno Bertez, le 1er mai 2012

En lien : Code et mode d’emploi : Opinion, Vérité, Subjectivité

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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8 commentaires pour Opinion, vérité et élections (B. Bertez)

  1. njaisson dit :

    Je pense que les fonctionnaires qui sont fort nombreux dans ce pays ne réalisent bien l’enjeu du scrutin dont ils sont pourtant les principaux intéressés. En effet le délire budgétaire proposé par le candidat Hollande aura tôt fait de précipiter l’issue inéluctable à la crise, qui est l’imposition de mesures drastiques d’austérité dont ils seront les premières victimes, comme les exemples italien, espagnol et grec nous l’ont démontré amplement ces derniers mois et dernières années. Sarkozy constitue en effet un des « assets » principaux dont dispose la France pour parer les attaques dévastatrices des marchés sur sa dette que seule la complaisance des banques d’investissement permet encore de financer à 3% et non à 6% ou 8%. Dès lors que ce verrou saute, c’est tout l’édifice de papier européen fondé sur le tandem franco-allemand qui sera emporté, comme la presse anglo-saxonne nous le serine à longueur de page dans le FT ou le Telegraph. Qu’on se le dise, les banques n’attendent que la venue du faisan pour décharger leurs « grandes batteries » longtemps tenues au repos, malgré les envies pressantes des camarades traders de se payer un nouveau PIGS. Dans ces conditions, ce n’est pas Hollande que les Français vont élire, mais une nouvelle Troïka européenne qui sera spécialement chargée de faire appliquer des mesures d’austérité, bien réelles cette fois, au nom de la remise sur pied de l’Etat français menacé d’inefficacité par des politiques irresponsables pris au piège de leurs créanciers. Hollande parle comme si il disposait d’une liberté de choix en matière de politique économique faisant fi de tous les engagements pris ces cinq dernières années, comme s’il suffisait de changer de président pour changer de politique. C’est risible. Et nos fonctionnaires vont vite déchanter comme ils seront mis devant les paper boards de Roland Berger, dont les consultants seront sans doute leurs premiers professeurs d’économie. Au lieu de penser uniquement en termes de budget à dépenser, il va leur falloir penser dépenses et recettes en partie double. Imaginez la révolution mentale! Les défilés bariolés de drapeaux rouges, n’y changeront rien, parce que les banquiers chinois ou qatari leur rappelleront qu’en l’absence de performance économique rien ne justifie un salaire dix fois plus élevé que dans les pays en développement. Voilà le sort auquel le peuple de gauche est en train de s’abonner en votant pour l’illusion monétaire qui a trop longtemps été financée au mépris de la création de richesse que nos politiques ont transféré à l’étranger sous prétexte de faire payer la dette par la vente des actifs de l’économie réelle française. Ils nous restent une fonction publique pléthorique et plus rien en face pour la financer, si ce n’est des créanciers très pressés de nous mettre au diapason de la population mondiale, c’est-à-dire à la portion congrue du fonctionnaire vietnamien

    • Patriote dit :

      Donc vous votez Sarkozy ? Mais Sarkozy n’est qu’une digue de papier face à la cupidité déferlante des marchés (alias les spéculateurs). Il résistera à peine plus longtemps que Flamby. Les traders sont prêts à passer à l’attaque. Le 7 mai, un nouveau PIIG verra le jour.

      • osiris05 dit :

        Je ne crois pas le Batave pire que le Hongrois, je pense même qu’avec Sarko la France serait vendue encore plus vite aux intérêts financiers ! Sa relation aux puissance d’argent est plus étroite, son sens de l’intérêt public passe toujours après l’obéissance aux intérêts privés… Mais bon, ce sont deux frères siamois, avec eux le Système n’a rien à craindre…

  2. Momo dit :

    Aux corps intermédiaires à faire ce travail? Si vus parlez des élus, c’est une aimable plaisanterie!Leur préoccupation majeure est encore leur réèlection dans des fauteuils fort bien payés et pour celà ils doivent -ou se croient obligés, vu l’ambiance- de raconter de belles histoires du genre « demain on rasera gratis » et de dépenser à tout va et faire ainsi leur clientèle, etc…Ce devrait être, depuis toujours et non à la dernière heure, le rôle des médias, ce 5° réèl pouvoir. Mais vu leurs compétences en économie, même élémentaire et leur gôut pour cette discipline peu sexy…..ce n’est pas encore pour le prochain qjinquinat !

  3. BA dit :

    Jeudi 3 mai 2012 : les banques espagnoles ont dans leurs livres 225 milliards d’euros d’actifs pourris.

    « Les banques espagnoles ne reconnaissent pas tous les risques. Beaucoup de leurs débiteurs sont les promoteurs immobiliers, avec des capitaux propres négatifs, ils ne peuvent même pas payer les intérêts de leur dette », a déclaré jeudi Fernando R. Rodriguez de Acuna, président du conseil, dans une interview téléphonique accordée à Reuters.

    Rodriguez a déclaré que, selon les données publiées par 92 % des banques espagnoles à la fin de l’année 2011, les crédits problématiques pourraient s’élever à 225,200 milliards d’euros, près de 50 milliards d’euros de plus que les dernières données officielles de la Banque d’Espagne, datant du premier semestre de 2011.

    « Los bancos no reconocen todos los riesgos. Muchos de sus deudores son promotoras inmobiliarias con un patrimonio negativo, que no pueden ni siquiera pagar los intereses de su deuda », dijo el jueves Fernando R. Rodríguez de Acuña, presidente de la consultora, en una entrevista telefónica con Reuters.

    Rodríguez dijo que, de acuerdo con los datos publicados y extrapolados por el 92 por ciento de los bancos y cajas al cierre de 2011, el crédito problemático del sector podría ascender a 225.200 millones de euros, casi 50.000 millones por encima de los últimos datos oficiales del Banco de España, que datan del primer semestre de 2011.

    http://lacartadelabolsa.com/leer/articulo/un_informe_advierte_de_mas_riesgo_inmobiliario_para_la_banca

  4. zorba44 dit :

    Bonjour à nous,

    Nous avons tous un point commun : vertueux financièrement ou non nous sommes faillis.
    Les deux zozos, peu importe lequel sera élu, seront les super huissiers de leur concitoyens. Ils saisiront tout… sauf la révolution qui les emportera. Ils ne feront que survivre financièrement jusqu’à leur chute précipitée ou non.

    Jean LENOIR

  5. seul contre tous dit :

    Sarkozy appelle au rassemblement pour se faire réélire… mais son isolement est historique : Aucun des 9 autres candidats n’a appelé à voter pour lui !

    Il paie ainsi son mandat catastrophique, et surtout sa stratégie de division permanente, de mépris affiché pour ses rivaux dans son propre camp ; il a voulu être le seul candidat de droite au 1er tour, il se retrouve donc seul au second….

    Lire le billet sur zeredac, « L’isolement historique de Nicolas Sarkozy » :

    « Même Jean-Marie Le Pen, en 2002, avait bénéficié d’un appel à report de voix en sa faveur au second tour. Cet appel provenait de Bruno Mégret.

    Nicolas Sarkozy inaugure donc une situation politique inédite en cette élection présidentielle de 2012. Sur les neuf autres candidats présents au premier tour, aucun n’appelle à voter pour lui et aucun n’indique voter pour lui à titre personnel alors que son concurrent François Hollande engrange et les uns et les autres.

    Que les candidats de gauche se prononcent pour François Hollande au second tour, il n’y a là rien d’exceptionnel. Mais on notera tout de même la rapidité et l’inconditionnalité de certains de ces appels, notamment ceux de Jean-Luc Mélenchon et d’Eva Joly, la volonté de battre Nicolas Sarkozy ayant balayé toutes les réticences et renvoyé à plus tard les calculs.

    A droite, du fait du choix stratégique du président sortant d’éliminer tout concurrent afin de terminer le premier tour en tête de tous les candidats, les possibilités de report et d’appels au vote en sa faveur étaient limités. Seul Nicolas Dupont-Aignan entre dans cette catégorie mais il a fait le choix du « ni ni ».

    A l’extrême-droite, Marine Le Pen, malgré les tentatives de rapprochement d’une partie du camp sarkozyste – le lapsus de Gérard Longuet ce matin sur le « nous, au Front national » est oh combien révélateur –, campe sur la position traditionnel du Front en renvoyant dos à dos la gauche et la droite.

    Au centre, quoi qu’on en disent certains commentateurs, l’annonce de François Bayrou qu’il votera, à titre personnel, en faveur de François Hollande, est une surprise et constitue une véritable rupture politique. C’est la première fois en effet qu’un candidat centriste se prononce en faveur d’un candidat de gauche contre le candidat de la droite.

    A tout cela, il faut ajouter les prises de position d’une grande partie de la « chiraquie », Jacques Chirac et Dominique de Villepin en tête, en faveur du candidat de la gauche ou contre celui de la droite, et de personnalités politiques dont le parcours n’auraient pas dû les conduire au soutien à François Hollande. Citons pêle-mêle Jean-Jacques Aillagon, Corinne Lepage, Antoine Waechter, Azouz Begag, etc.

    Nicolas Sarkozy, par ce qu’il est, ce qu’il a fait et dit pendant cinq ans et durant la campagne, est isolé, à deux jours du second tour de l’élection présidentielle, comme aucun président sortant ne l’a jamais été. Une situation qui est à la fois la conséquence et le symbole de la présidence de Nicolas Sarkozy. »

    http://zeredac.com/2012/05/04/lisolement-historique-de-nicolas-sarkozy/

    • Malika dit :

      Le « ni-ni », voilà la seule attitude responsable des vrais amoureux de la France, du peuple français et de la défense de sa liberté.

      Il faudrait un rejet massif de cette pantalonnade « démocratique » pour changer enfin vraiment les choses.

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