Zone euro : France, le maillon faible ?

J’avais déjà abordé cette question (Eric Zemmour : « S&P ne condamne pas nos dépenses mais notre absence de compétitivité »). L’analyse qui suit est intéressante car elle montre que même avec l’Italie, l’Espagne, le Portugal… l’écart de compétitivité de la France se creuse. Nous devrons nous aussi sortir de l’euro.

(Xerfi Canal, le 2 mai 2012)

« Les perspectives de la France sont-elles réellement meilleures que celles de l’Europe du Sud ? C’est un avis largement partagé et un avis conforté par l’opinion des agences de notation. Dans la hiérarchie des notes attribuées par Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch, la situation française est jugée bien meilleure que celle de ses voisins immédiats du sud de l’Europe. La France conserve même la meilleure note possible pour deux de ces agences. Les faiblesses de la zone euro sont donc bien géo-localisées. Elles sont au sud.

Et pour ces pays, l’issue est toute trouvée : il leur faut sortir de l’euro. C’est mieux pour la zone euro, une zone euro limitée aux partenaires de même rang. C’est mieux pour eux. Le retour à la lire, la peseta, l’escudo ou la drachme entraînerait des dévaluations massives. De quoi restaurer la compétitivité, équilibrer les comptes extérieurs et en bout de course assainir les finances publiques. De son côté, la France serait, elle, assez forte pour rester dans cette zone euro réduite aux pays du Nord.

Autant le dire toute de suite, c’est une avalanche d’idées reçues ! Il suffit de comparer quelques chiffres pour s’en convaincre. D’abord, notre industrie ne pèse pas lourd face à l’industrie italienne. Les entreprises industrielles contribuent ainsi pour 19% au PIB de l’Italie contre moins de 13% pour la France : c’est un écart de 6,4 points. Mais ce n’est pas tout. Le tissu des PME industrielles est resté très dense en Italie. Ces PME familiales, souvent leaders mondiales sur des niches de spécialisations régionales, jouent un rôle essentiel dans les capacités d’exportation de la péninsule. Et la comparaison en matière de commerce extérieur n’est là encore guère flatteuse pour la France. Là où l’Italie dégage un excédent industriel de 37 milliards d’euros, la France accuse un déficit de 29 milliards.

Et que voit-on si l’on poursuit le petit jeu des comparaisons ? Hé bien que l’Italie n’est pas un cas isolé. La France ne s’en sort pas mieux face à l’Espagne ou au Portugal.

Pendant les périodes de croissance de ces pays, on est passé à côté de l’évolution de leur compétitivité face à la nôtre. Leur demande domestique était alors suffisamment forte pour absorber l’essentiel de leur production. Leurs exportations étaient de facto limitées et la pression sur la France réduite. Mais aujourd’hui leur marché intérieur s’enfonce et libère des capacités pour l’exportation. Et notre manque de compétitivité devient criant. Car contrairement à une opinion trop répandue, l’Espagne et le Portugal sont compétitifs. Corrigé de l’évolution de la productivité, le coût de l’heure de travail dans l’industrie française est d’environ 34 euros contre 23 euros pour sa consœur espagnole. Pour faire vite, la France est 48% plus chère que l’Espagne. Et que dire de la comparaison avec le Portugal où le rapport est de 1 à 3 ! Pas étonnant alors que d’excédentaire la France soit devenue déficitaire avec ces deux pays. Pas étonnant non plus que la balance courante de l’Espagne se rapproche à vitesse grand V de l’équilibre alors que celle de la France s’en éloigne.

Après la parenthèse des années 2000, l’Espagne, l’Italie, le Portugal et la Grèce se sont simultanément engagés dans une vaste politique correctrice calquée sur le modèle allemand. Bénéficiant déjà d’un avantage coût ultra-favorable, ils pratiquent la déflation salariale à marche forcée pour renforcer cet atout et pour être encore plus compétitif. Comme dans le cas allemand, c’est en cassant leur demande intérieure et en augmentant leur capacité à exporter que ces pays comptent rétablir leurs équilibres extérieurs et leurs comptes publics. Comme dans le cas allemand, c’est la France qui a le plus à perdre et qui perd déjà le plus. Les Allemands et les pays du Nord se sont rapidement adaptés à l’euro en améliorant leur compétitivité et en prenant des positions fortes sur les produits haut de gamme. Les pays du Sud s’adaptent à leur tour et font ce qu’ils savent faire. Etre moins chers dans la zone euro ou comme l’Italie se battre sur des niches. Quant à la France, elle n’a encore rien décidé. »

Source : Xerfi Canal

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 55 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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Un commentaire pour Zone euro : France, le maillon faible ?

  1. BA dit :

    Mercredi 9 mai 2012 :

    La zone euro est en train de se disloquer sous nos yeux.

    La zone euro est en train de se disloquer en deux groupes :

    1- Premier groupe : en ce moment, les taux d’intérêt des Etats européens du nord baissent, baissent encore, baissent toujours.

    2- Second groupe : en ce moment, les taux d’intérêt des Etats européens périphériques montent, montent encore, montent toujours.

    En clair : ça diverge. Et ça diverge de plus en plus.

    La zone euro va éclater.

    http://www.romandie.com/news/n/_Crise_grecque_la_dette_allemande_recherchee_le_taux_de_l_Espagne_a_6_RP_090520121132-25-175781.asp

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