La Grande Peste (Bruno Bertez)

Le fléau tomba un jour en 1347 en Italie. De là, il passa en France, en Angleterre, en Allemagne et jusque dans les pays du Nord… En 1347 Mars et Jupiter évaporèrent une grande quantité de molécules, les matières terreuses n’étant plus soutenues, des vents violents répandent avec eux l’infection mortelle… On peut connaître par quels signes s’annonce l’épidémie. L’hiver trop chaud, l’été trop froid, les pluies de grenouilles, les tremblements de terre.Document de la Faculté de Paris sur la Grande Peste de 1348.

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« Les perspectives sont terrifiantes, mais elles le sont depuis l’été 2006, puis fin 2007 et ensuite l’été 2008 quand la terrible mécanique de la crise s’est enclenchée.

Ce que nous listons ci-dessus ce sont les trois dates clés de révélations, d’émergence de la crise. De cette crise qui a débuté sous la forme, la manifestation, le symptôme d’une crise dite des Subprimes. De cette crise dont l’inénarrable Bernanke a dit qu’elle était contenue. De cette crise soit disant maîtrisée, dont le G8 peu de temps après s’est glorifié. « We saved the world from disaster », ont-ils eu le culot d’annoncer !

De cette crise dont en France Sarkozy a affirmé qu’il avait sauvé les Français en décembre dernier… De cette crise… dont Hollande prétend avoir la clé en créant encore plus de dettes… De cette crise nous arrêtons l’énumération car nous pensons que vous avez enfin compris qu’elle était là pour durer, s’amplifier, muter, s’aggraver.

De cette crise dont on n’a jamais osé vous faire le diagnostic car si le diagnostic en était fait tous les remèdes tomberaient à l’eau et avec cela tout le pouvoir des charlatans qui s’autoproclament responsables à la faveur de scrutins démocratiques tronqués.

La vérité est que le diagnostic est simple, lumineux ; la crise est une crise d’excès de crédit, de surendettement généralisé, d’insolvabilité généralisée. Une crise globale, nous insistons globale, car le système bancaire et financier mondial est totalement imbriqué, les soi disant actifs des uns sont les dettes des autres ! Une crise générationnelle qui comme l’amitié de Chirac et Balladur date de 30 ans.

Une crise dont Lawrence Summers, conseiller d’Obama, a dit nous avons fait trop de tout, trop de crédit, trop de confiance mais il n’y a qu’une solution, en faire encore plus !

Une crise qui, comme la petite bête, monte, monte ou mieux, comme les taupes, creuse ses galeries, mine tout jusqu’à l’effondrement final.

Tout à débuté par une crise du crédit, nous disons bien une. La crise du crédit immobilier. Puis il y a eu la crise du crédit du refinancement bancaire. Puis il y a eu la crise du crédit souverain, le crédit des Etats périphériques européens, puis il y a la crise des Etats souverains voisins des périphériques, crise de ceux qui viennent en aide aux pestiférés.

Ce n’est que le début : Pourquoi en sommes-nous sûrs ? Parce que sur le chemin suivi il n’y a pas de marche arrière dès lors que l’on commet sans cesse les mêmes erreurs : augmenter l’endettement global.

La mécanique infernale est lancée : l’endettement ne cesse de croître, il est un obstacle à la croissance, la production de richesse croît moins vite que l’endettement global par conséquent le système devient de jour en jour de moins en moins solvable.

On a fait sauver le marché hypothécaire et les banques par les gouvernements, on est en train de tenter de sauver les gouvernements par les banques centrales et quand on aura fait le tour, quand le dernier rempart, le crédit des banques centrales sera épuisé, démystifié, alors ce sera la fin de la phase actuelle, l’enfoncement de la dernière ligne de défense.

On tient encore sur le mythe du risk-off, c’est à dire sur l’idée que face au risque généralisé il y a un refuge, un sanctuaire c’est le papier, la monnaie émise par les banques centrales, FED, BCE, et le papier des govies dont on ne craint pas la faillite, les Etats-Unis et l’Allemagne.

L’enjeu de la phase actuelle est terrible, en particulier en Europe. L’enjeu c’est le sanctuaire allemand. Les pestiférés n’ont rien à perdre, après eux le déluge, ce qu’ils veulent c’est entraîner l’Allemagne dans leur chute. L’Allemagne sous la pression conjointe des pestiférés, des Etats en bascule conme la France, sous la pression des gauches sociales-démocrates, sous la pression des Anglo-saxons doit céder, elle doit rallier le grand mouvement général de dérive, de softening.

Elle doit accepter ce que l’on présente comme une politique de croissance et qui n’est en réalité qu’une politique de fuite en avant dans la dette et l’avilissement monétaire.

La BCE est déjà plus en leverage que Lehman Bros, qu’importe il faut aller plus loin, augmenter le bilan de la BCE , faire baisser l’euro, trop allemand, trop fort, le mettre là où les inflationnistes le veulent, au niveau du franc français, puis de la lire italienne, etc. etc . L’Allemagne doit contracter la peste, voilà l’enjeu des soi-disant affrontements européens.

Pour nous il y a peu de doute, les inflationnistes vont gagner, les pestiférés et les « en attente d’être pestiférés » vont l’emporter. Pourquoi ? Parce que le ver est dans le fruit, le cheval de Troie conjoint des gauches sociales-démocrates, des fausses droites et des banques que l’on appelle improprement d’investissement et que l’on devrait appeler banques de spéculation, ce cheval de Troie à trois pattes est en place. La prise du dernier bastion, le bastion allemand n’est qu’une question de mois, 12 mois, 18 mois peut-être!

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Krugman: “Il faut une inflation à 4% en zone euro”

« En adoptant une discipline raisonnable et en acceptant une inflation modérée pour la zone euro, ce serait la voie de sortie” souligne-t-il. Il insiste sur la collaboration de l’Allemagne. “On a vu que les positions du pays sur la question sont en train de s’infléchir, suite aux récentes discussions”, précise-t-il. Selon l’économiste, l’Allemagne doit accepter une inflation à 4,5%, pour 4% dans la zone euro dans son ensemble. C’est la seule manière selon lui de restaurer la compétitivité des pays de la périphérie, perdue depuis la création de l’euro il y a dix ans.

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La situation n’est guère plus enviable aux Etats-Unis. Là-bas on est sur le petit nuage électoral de l’apparence d’une embellie conjoncturelle provoquée par le crédit d’Etat, crédit étudiant et crédit auto subventionné, avec des chiffres totalement faux, faits à la main sur l’emploi et l’inflation.

L’heure de vérité US viendra début 2013 quand le fiscal va se dérober sous les pieds de la conjoncture. Les rabais fiscaux et sociaux expirent, les taxes augmentent, on va prélever au moins 2% du GDP ! Bien entendu le politique va vouloir aller plus loin dans le laxisme, il va tenter tous les subterfuges, les compromissions et les compromis pour éviter la falaise fiscale.

Alors le choix sera simple, binaire :

– Ou la falaise fiscale reste une vraie falaise et c’est la récession qui aggrave l’insolvabilité du système bancaire et financier et fait chuter les bourses bullaires

– Ou la Fed se dévoue et refait un round de mesures dites non conventionnelles, c’est-à-dire de dégradation de son bilan.

Dans les deux cas, on se rapproche de l’échéance, on franchit une nouvelle étape sur le long chemin de la destruction, de cette destruction que l’on a refusée en 2008 et qui sera inéluctable mais aggravée au centuple d’ici quelques années.

Sur le chemin emprunté, il n’ y a pas de retour. Pas de marche arrière. Dès 2008, nous l’avons écrit : « Le monde global a brûlé ses vaisseaux ».

Rassurez-vous. Car comme nous le disons souvent, le seul pouvoir de ceux qui prétendent exercer le pouvoir n’est que de retarder l’inéluctable. C’est déjà cela.

Ne rêvez pas de gagner, de vous enrichir, de même de défendre vos biens, vos économies, ne rêvez même pas de maintenir le pouvoir d’achat de vos retraites, ils ne laisseront rien derrière eux , ils iront jusqu’au bout de vos ressources.

En 2008 nous avons connu une crise du Crédit, ce qu’ils nous préparent, c’est la crise du Crédit au sens fort, vrai sens, la crise de Confiance ».

Bruno Bertez, le 12 mai 2012

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 55 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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6 commentaires pour La Grande Peste (Bruno Bertez)

  1. zorba44 dit :

    Très beau texte de Bruno Bertez : limpide. Un état d’esprit partagé par le signataire depuis une quarantaine d’années. Oui en 2006-2007 on avait encore les moyens de faire faillite, mais on ne l’a pas fait car l’oligarchie politico-financière a préféré le « reculer pour mieux sauter ».
    Et le jour ou internet s’arrêtera (à moins d’être « nationalisé » pour contenir les « esprits ») on ne vous dit pas ce qui se passera : on aura tout perdu et les repères de la libre communication auront disparu. Pas besoin d’être grand clerc pour deviner la suite : les 90% des gens qui n’ont pas encore compris ce qui se passe réellement vont prendre un grand coup d’assommoir avant que d’avoir une bouffée de colère noire – aussi terrible que la peste.
    Plus d’argent, plus de protection sociale, plus d’assurances, plus de retraite, plus de fonctionnaires car non payés, la police et l’armée en révolte car non payés se transformant en soudards, les gens barricadés chez eux, quelques petits noyaux d’amitié et d’entraide purement de proximité le temps que ça tiendra (tu m’intéresses car je t’ai donné 10 litres d’essence et tu m’as fourni 5 kg de farine et une boîte de sel), la violence absolue et imprévisible du retour à l’animalité…
    Pas assez d’imagination pour tout anticiper et tout décrire et, surtout, plus d’envie de le faire – le signataire voudrait aussi un compte à rebours pour se retrouver en position foetale …puis, plus rien (c’est un rêve, ne craignez rien pour lui).

    Certes il y aura encore d’énormes augmentations de dette avec des accélérations fractales jusque à la rupture finale.

    Arrivé, alors, au terme de l’impuissance annoncée à faire face à toute situation de peste ainsi développée par le « génie inhumain », le même signataire n’aura plus qu’à regarder l’extinction de l’humanité qui finira par lui faire signe un jour.

    Jean LENOIR

  2. zorba44 dit :

    Fantastique !

    Jean LENOIR

  3. brunoarf dit :

    Lundi 14 mai 2012 :

    Grèce : pas de gouvernement d’union possible, dit le chef de la gauche modérée.

    « Il ne sera pas possible de former un gouvernement d’union nationale en Grèce », a déclaré lundi matin Fotis Kouvelis le leader du petit parti Gauche démocratique (pro-européen) Dimar, dont la position est jugée cruciale pour permettre au pays d’éviter de nouvelles législatives qui font craindre une faillite et une sortie de l’euro.

    « Aucun gouvernement d’union ne pourra émerger », a déclaré Fotis Kouvelis à la télévision Antenna, relevant le refus du parti de gauche radicale anti-austérité Syriza de rejoindre une coalition. Des discussions sur la formation d’un éventuel gouvernement doivent reprendre lundi autour du président grec.

    http://www.romandie.com/news/n/_ALERTE___Grece_Pas_de_gouvernement_d_union_possible_dit_le_chef_de_la_gauche_moderee69140520120808.asp

  4. artefact dit :

    Encore une « parole de Noyer »: « Les banques sont solides »…….

    « L’Autorité de contrôle prudentiel (ACP), qui supervise en France les banques et les compagnies d’assurance, s’est dit lundi très confiante dans la robustesse du système financier français en dépit d’un environnement macroéconomique qui reste difficile.
    « Bien que le contexte macroéconomique difficile perdure, je demeure très confiant quant à la robustesse du secteur financier français », a déclaré Christian Noyer, le président de l’ACP, lors d’une conférence de presse.

    Christian Noyer, qui est aussi le gouverneur de la Banque de France, a également indiqué les groupes bancaires français affichaient désormais des ratios de fonds propres dits « core tier one » supérieurs à 9%.

    « Ils confirment ainsi leur capacité à remplir les objectifs fixés au 30 juin 2012 par l’Autorité bancaire européenne », a dit le président de l’ACP  »

    http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2012/05/14/97002-20120514FILWWW00365-les-banques-sont-solides-regulateur.php

  5. zorba44 dit :

    Noyer le poisson pour les 90% qui n’ont pas encore saisi le niveau d’horreur de la situation et qui s’accroche dans l’eau glacée à des bouées dégonflées…
    Facile, mais si tentant

    Jean LENOIR

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