Combien de temps avant la fin ?

Un article bien noir de Charles Sannat… Mais tout ne paraît-il pas noir en ce moment ? Alors que l’approche de la date « fatidique » du 17 juin (élections en Grèce, en France et… en Egypte) panique manifestement les milieux politiques et financiers et que le bank run s’étend peu à peu à l’Europe et à la France

« Selon Ken Rogoff, ancien chef économiste du FMI, « les systèmes tiennent beaucoup plus longtemps qu’on ne le pense, mais finissent par s’effondrer bien plus vite qu’on ne l’imagine ».

Voici résumée en une phrase la crainte sourde qui habite chaque personne à peu près lucide sur cette planète. L’euro risque-t-il réellement d’exploser ? Quelles en seraient les conséquences ? Est-ce la fin d’un système ou juste d’une monnaie ?

Beaucoup de choses sont écrites depuis le début de cette crise en 2007 voici 5 ans.

Pour beaucoup, le souhait viscéral de voir ce système perdurer, survivre, parce que l’on ne connait que lui, que l’on a tous grandi avec lui et que l’inconnu fait peur. Le remplacer ? Vous n’y pensez pas, par quoi ? Le communisme et son bilan « globalement positif » comme disait l’ancien secrétaire général du PCF Georges Marchais ? Bien sûr que non, il faut sauver le soldat capitalisme financier.

Pour d’autres, ce système doit mourir car il en va de la survie même de l’espèce humaine et de notre planète. Trop de pollution, trop de gâchis, trop d’injustices, trop d’appâts du gain, trop de corruption, trop de mensonges, bref, achevez-le ce système, que l’on s’en débarrasse une bonne fois pour toutes et que l’on passe à autre chose.

Il existe enfin une troisième catégorie de gens. Des centristes !! Ces hommes et ces femmes pensent qu’une croissance infinie dans un monde fini n’est pas intellectuellement possible. C’est pragmatique.

Ces gens pensent que face à un amas de dettes monstrueux et sans croissance forte, ces dernières ne pourront jamais être remboursées. Fin connaisseur de l’Histoire avec un grand H, ils savent que les états sont les plus mauvais payeurs du monde ancien comme nouveau, puisqu’ils ne remboursent jamais. JAMAIS. Soit ils répudient leur dette (la Grèce n’en est pas à son coup d’essai), soit ils remboursent en monnaie de singe grâce au miracle de l’inflation. C’est pragmatique.

Ces gens pensent également qu’une crise de la dette se termine toujours, de tout temps et sous toutes les latitudes, par une crise monétaire. C’est un fait.

Ils constatent également qu’en ce qui concerne la monnaie unique européenne, cette dernière est bancale. Trop d’intérêts divergents, des économies hétérogènes (rien à voir entre la Grèce, l’Espagne, l’Allemagne et la France), une gouvernance incomplète (car elle n’est pas inexistante). C’est un constat.

Ils considèrent donc logiquement que la croissance infinie dans un monde fini n’étant pas possible, la croissance ne pourra pas venir comme par miracle dans un contexte économique mondialisé et sans protectionnisme… « payer » les dettes, que la phase suivante sera celle de la crise monétaire qui va balayer les monnaies fiduciaires quelles qu’elles soient, du Dollar au Yen, avec une mention spéciale pour l’euro qui à de fortes chances de ne pas résister aux contraintes opposées que cette crise monétaire d’ampleur historique lui fera subir.

Alors que faire ? Gagner du temps pour donner raison à notre première catégorie, celle des défenseurs à juste titre soit dit en passant du système. Ils n’y voient aucun mal et ne sont pas forcément animés d’intentions négatives. Laisser les banques faire faillite, c’est ruiner le monde. Ce n’est pas faux. Mais hélas ce n’est qu’un tout petit bout d’un problème immense.

Je ne résiste pas au plaisir pervers de vous en faire une petite liste non exhaustive et peu importe l’ordre :

Crise économique,

Crise démographique,

Crise environnementale,

Crise de l’eau,

Crise énergétique,

Crise alimentaire,

Crise monétaire,

Crise de la dette,

Crise de la croissance,

Crise de l’emploi,

Crise de la mondialisation.

Bref… une crise de modèle. Nous sommes encore dans une phase de déni de cette crise de modèle. Trop veulent croire que tout redeviendra vite normal. Que nous allons pouvoir recommencer comme avant. Sans rien changer.

Alors nous versons 100 milliards d’euros à nos amis ibères, fort sympathiques au demeurant, et puis l’Espagne quel beau pays. Mais 100 milliards d’euros, franchement, pour une crise immobilière, cela en fait des « Châteaux en Espagne » !!!

Pendant 4 heures, les taux se détendent (le 10 ans espagnol) puis se retendent… 100 milliards d’euros dont 20 milliards à la charge de l’Etat français déjà mal en point, pour 4 petites heures de répit.

Les bourses repartent. Un peu. En fait à peine quelques heures seulement. Euphorie du matin à l’ouverture (youpi tralala, une bonne injection d’argent gratuit, je me sens mieux dit Monsieur le Marché), et désespoir du soir à la clôture. Ce matin les marchés étaient une prairie verdoyante d’espérances et d’illusions. Ce soir, ils sont rouge vif. Est-ce celui du taureau ou du toréador espagnol blessé à mort ?

Déjà le manque, déjà les incertitudes qui tenaillent chacun. Et si ce n’était pas assez ? Et si on ne nous avait pas tout dit ?

Et puis des souvenirs enfouis qui remontent à la surface, ceux d’une époque révolue, celle des « stress tests ».

Vous vous souvenez de ce grand moment de rigolade et d’humour collectif ? C’était en 2011, c’était il y a un an, une éternité.

On nous disait doctement que nos banques étaient solides. Qu’elles ne risquaient rien. Qu’elles remplissaient les « exigences’ règlementaires de Bâle 1, 2 ou 3… soleil…or, maintenant, c’est « peau d’bâle ». Rien, nada, comme disent nos copains espagnols, les caisses sont vides… Évidemment, aucune banque ne peut passer des stress tests sérieux et dignes de ce nom. Elles sont toutes en faillite virtuelle. Mais la vérité est indicible sinon elle précipiterait la fin du système.

Tandis que l’Espagne n’a pas encore touché terre et que l’Italie déjà vacille, une conclusion s’impose.

A chaque fois que nous gagnons du temps, cela coûte de plus en plus cher à tous, pour un temps de plus en plus court.

Il y a donc une accélération du processus qui nous rapproche de ce moment fatidique où l’on pourra dire : « les systèmes tiennent beaucoup plus longtemps qu’on ne le pense, mais finissent par s’effondrer beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine ».

Ce n’est pas un souhait. C’est un bien triste fait ».

Charles Sannat, Objectif Eco, le 13 juin 2012

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 55 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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8 commentaires pour Combien de temps avant la fin ?

  1. Geraldine dit :

    C’est la panique totale en Europe, en effet.

    Les taux espagnols et italiens explosent.

    Le président des bisous va voir Monti en Italie et tente de constituer un front des pays laxistes et dépensiers contre l’Allemagne.

    Les ministres français (Ayrault, Montebourg) s’en prennent ouvertement à Angela et celle-ci menace : « Les forces de l’Allemagne ne sont pas illimitées »…

    Au lieu de s’unir contre le risque d’éclatement, les « euro-zonards » se déchirent… signe qu’on est près du dénouement ?

    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/06/14/20002-20120614ARTFIG00791-la-crise-s-aggrave-l-europe-se-dechire.php

    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/06/14/20002-20120614ARTFIG00474-les-forces-de-l-allemagne-ne-sont-pas-illimitees.php

  2. LeNantais dit :

    Egan-Jones, la petite agence de notation américaine, a dégradé la note de la France de A à BBB+…. »tendance désastreuse et le pire est à venir » !

    « Pour l’essentiel, au cours de 18 derniers mois, la France a été épargnée par une hausse des coûts de financement », estiment les analystes d’Egan-Jones. Mais, « à mesure que la crise évolue, nous pensons que la France va être mise sous pression. La détérioration des métriques de crédit, rajoutée au soutien nécessaire pour les banques françaises devraient mettre le pays sous pression ». L’agence estime ainsi que « comme la France a tendance à soutenir ses banques, elle pourrait bientôt se trouver confrontée à d’importantes charges supplémentaires ».

    Sévère en matière de lutte contre la dette publique, Egan-Jones constate une « tendance désastreuse et le pire est encore à venir ! », et soupçonne François Hollande de laisser filer la dette. Le nouveau président va « se retrouver pressé de tenir ses promesses de campagne, ce qui en fin de compte affectera la qualité de crédit » du pays, craint ainsi l’agence… »

    http://www.boursier.com/actualites/macroeconomie/finances-egan-jones-constate-une-tendance-desastreuse-et-le-pire-est-encore-a-venir-pour-la-france-487273.html

  3. brunoarf dit :

    Vendredi 15 juin 2012 :

    Espagne : dette publique à 72,1% du PIB fin mars, nouveau record.

    La dette publique de l’Espagne a atteint fin mars un nouveau record historique, représentant 72,1% du PIB, huit points et demi de plus qu’il y a un an (63,6%), selon les chiffres publiés vendredi par la Banque d’Espagne.

    Le niveau de la dette espagnole devrait fortement progresser au cours de 2012, le gouvernement tablant sur 79,8% du PIB en fin d’année, une prévision ne tenant pas compte du prêt européen aux banques espagnoles, qui pourrait atteindre 100 milliards d’euros et augmenter alors la dette de dix points.

    La dette publique de l’Espagne s’élève, fin mars, à 774,549 milliards d’euros, soit 72,1% du PIB, alors qu’elle représentait 68,5% du PIB trois mois plus tôt.

    La dette du pays est en hausse continue depuis le premier trimestre 2008, où elle atteignait 35,8% du PIB, après plus d’une décennie de baisse, alors que l’Espagne était en forte croissance avec des comptes publics excédentaires.

    Le pays est retombé en récession au premier trimestre, deux ans après en être sorti, et le nouveau gouvernement de droite prévoit pour 2012 un fort accroissement de la dette, qui attendrait 79,8% en fin d’année.

    Mais le plan d’aide aux banques espagnoles, dont le chiffre n’est pas encore connu après l’accord de principe conclu le 9 juin entre l’Espagne et ses partenaires de la zone euro, pourrait encore gonfler la dette.

    Si l’Espagne prend le maximum de l’enveloppe prévue, qui sera injectée sous forme de prêt dans le fonds public d’aide au secteur bancaire, le Frob, la dette du pays bondirait alors de dix points.

    (Dépêche AFP)

    En clair :

    Fin 2012, la dette publique de l’Espagne sera de 90 % du PIB.

  4. Jean LENOIR dit :

    A force d’écrire et de réécrire sur tel ou tel aspect de la crise, on en oublie l’essentiel : la globalisation de toutes les crises et son effet d’apocalypse.
    « Apocalypse now » ou « …demain » ? Peu importe la réponse, mais, oui, le temps devient gargantuesquement cher et l’empilement de cette cherté ira jusqu’à charger à l’extrême les canots de sauvetage.

    Soyez autarciques pour survivre : tel est le dernier conseil à donner en ces temps de désespérance.

  5. katenas dit :

    Gordon Brown, ex-1er ministre de GB a averti que la France, l’Italie et même l’Allemagne pourraient avoir bientôt besoin d’une aide pour sauver leurs banques…

    No comment.

    http://www.bbc.co.uk/news/uk-politics-18460596

  6. Jean LENOIR dit :

    Il n’a pas été brillant aux affaires Gordon Brown, mais force est de constater qu’il a sans doute plus que raison.

    Jean LENOIR

  7. sweethome dit :

    Dans 3 mois au + tard la France est attaquée (c’est à dire nous)…mais je pense que ça ira bcp + vite.

  8. Ping : JUIN 2012 | FINANCE | Pearltrees

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