Comment les gouvernements nous prennent pour des c…

Nous le savions déjà, et depuis longtemps. Mais Philippe Herlin en a trouvé sur Atlantico une confirmation pour ainsi dire officielle. Lisez plutôt :

« Scoop : les plans d’aide à la Grèce, c’était juste de la comm’, une façon de gagner du temps et de sauver les apparences, mais dès le départ les gouvernements des pays européens n’y croyaient pas, c’est un ancien membre du gouvernement Fillon qui le dit. Dans une interview pour Atlantico, l’ancien Secrétaire d’Etat chargé du commerce extérieur, Pierre Lellouche, fait cette déclaration hallucinante : « J’étais soumis à un devoir de réserve mais je n’ai jamais cru un instant que les Grecs pourraient rembourser tout l’argent que nous leur avons remis.     Tout cela devrait nous coûter pas loin de 150 milliards d’euros ».

Bien, c’était juste du théâtre alors. Et si lui était convaincu de cela, il en allait bien sûr de même pour les ministres de l’économie, du budget, le premier ministre, le président… en France et ailleurs… à la Commission européenne… Ca fait un peu cher le plan comm’ quand même.

Rappelons-nous avec quelle autorité ces personnes nous expliquaient que ces plans étaient sérieux, que la Grèce allaient retrouver le chemin de la croissance et nous rembourser, puis ensuite l’Irlande, le Portugal, et maintenant l’Espagne. Les rares économistes ou éditorialistes qui en doutaient passaient pour des Cassandre, des irresponsables. Ces plans ne tenaient pas la route, et ceux qui les mettaient en place le savaient dès le départ. Merci de cet aveu.

Mais n’accablons pas Pierre Lellouche, c’est pareil avec le gouvernement actuel. Attention, si les gouvernements se comportent avec une moralité aussi douteuse, tout ça va mal finir. D’ailleurs, le bank run qui s’étend progressivement en Europe traduit la défiance des citoyens envers leurs dirigeants et leurs discours lénifiants. C’est un peu l’équivalent de l’abstention dans les élections, mais ses effets sont beaucoup plus graves ».

Philippe Herlin, La dette de la France, le 15 juin 2012

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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6 commentaires pour Comment les gouvernements nous prennent pour des c…

  1. brunoarf dit :

    Lundi 18 juin 2012 :

    Espagne : taux des obligations à 10 ans : 7,158 %. Record historique battu.

    L’Espagne emprunte désormais à plus de 7 %, le seuil de déclenchement des plans de sauvetage en Grèce, en Irlande et au Portugal.

    Ni les 100 milliards d’euros promis aux banques, ni la victoire électorale de la droite en Grèce censée éviter une contagion… Rien ne semble rendre aux marchés la confiance qu’ils refusent à l’Espagne. Ce lundi, le taux d’intérêt des obligations espagnoles à 10 ans a pour la première fois franchi le chiffre de 7 %, le seuil de déclenchement des plans de sauvetage en Grèce, en Irlande et au Portugal.

    Dix jours après l’annonce de l’intervention bancaire, les investisseurs associent le sort incertain des établissements de crédit à celui de l’État espagnol. Les deux acteurs, en effet, se tiennent mutuellement par les dettes. L’État sera le garant du remboursement des 100 milliards d’euros débloqués par l’Eurogroupe pour recapitaliser les banques. Et les banques espagnoles, à leur tour, sont l’acheteur principal des obligations d’État.

    Cette liaison périlleuse explique la réaction des marchés. Lorsque les banques donnent des ­signes de faiblesse, la dette souveraine paie les pots cassés. Ce jeudi, la Banque d’Espagne a dévoilé l’évolution des créances douteuses, qui atteignaient, en avril 2012, 152 milliards d’euros, soit 32 % de plus qu’en avril 2011. Elles représentaient 8,72 % du total des crédits, un record depuis 1994.

    L’Espagne souffre également d’un effet collatéral plus inattendu : la victoire des conservateurs en Grèce pourrait placer l’Europe dans de meilleures conditions pour négocier les conditions de l’aide accordée à Athènes… Mais ce qui est pris dans le pot commun pour sauver la Grèce est autant de manque pour aider l’Espagne.

    Les élections grecques, du coup, sont une douche froide pour Madrid. Jusque-là, l’exécutif se réfugiait derrière ce scrutin pour expliquer la nervosité des marchés. Jeudi dernier, le ministre de l’Économie, Luis de Guindos, appelait encore à la «tranquillité»: la volatilité financière, disait-il, était liée à l’incertitude grecque.

    Le gouvernement espagnol en revient désormais à ses fondamentaux : défendre les réformes entreprises et assurer que Mariano Rajoy tiendra le cap. En félicitant par écrit François Hollande après le succès des socialistes aux législatives, le chef de l’exécutif a rappelé qu’il s’appuyait sur une majorité absolue : «Le gouvernement de la France bénéficie comme celui de l’Espagne d’une garantie de stabilité politique pour les prochaines années», écrit Rajoy.

    La détermination du gouvernement est la base que Madrid utilise pour réclamer une fois encore une intervention de la Banque centrale européenne. «La BCE doit répondre avec la plus grande fermeté à ces marchés qui essaient encore de bloquer le développement du projet commun de l’euro», a lancé ce lundi le ministre des Finances, Cristobal Montoro.

    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/06/18/20002-20120618ARTFIG00845-l-espagne-appelle-la-bce-a-agir-pour-calmer-les-marches.php

  2. Jean LENOIR dit :

    En lisant par l’intégral l’interview de Pierre Lellouche, force est de constater, qu’au nom du devoir de réserve qui est une infamie dès lors qu’il couvre d’un écran de fumée des situations graves, qu’on prend les gens pour des c…

    Oui on ne fait qu’acheter du temps à crédit et pour des montants et des taux de plus en plus élevés pour à la fois couvrir une doctriconnerie (celle de l’euro tel qu’il fut inventé – je reconnais mon erreur d’avoir cru, longtemps, que les pays de l’Europe se réformeraient, ceux qui en avaient le plus besoin) et masquer l’indigence de propositions totalement surréalistes pour sortir de la crise, faire revenir la confiance tout autant que pour relancer la « croissance ».
    Or ce qui est alimenté, c’est plus de pauvreté, plus de précarité, moins de capacités à résoudre les immenses problématiques dont la liste est si longue.
    Quand, au nom de promesses intenables, on a la malhonnêteté de se faire élire à commencer par notre monsieur Hollande et qu’on participe directement à l’effondrement de nouveaux pans, le danger est à deux niveaux : premièrement par défaut de vérité courageuse on ment à l’électeur, deuxièmement on s’expose à sa vindicte pour le jour où tout sera perdu.

    Pour cette raison, je ne donne pas crédit à Monsieur Pierre Lellouche de ses confessions même s’il y a eu, de sa part, reconnaissance de la situation. Au surplus, là où il l’a fait, il y a audience confidentielle, ce qui serait différent si cela était repris par les grands quotidiens nationaux et les medias…

    Certes cela pourrait être dangereux pour l’ancien ministre, et il me revient à la mémoire l’affaire Robert Boulin « noyé », en 1979, dans quelques décimètres d’eau pour avoir trop parlé.

    Oui on essaye de prendre les gens pour des c… et même si nous ne le sommes pas complètement nous sommes assez c… pour l’accepter sans réagir à la mesure des scandales.

    Jean LENOIR

    • klinc dit :

      Jean LENOIR dit: « Oui on essaye de prendre les gens pour des c… et même si nous ne le sommes pas complètement nous sommes assez c… pour l’accepter sans réagir à la mesure des scandales. »

      C’en est affolant. Les dettes, les crises: passe encore. Mais cet aveuglement des masses me fait extrêmement peur. La tolérance par manque d’intérêt, immense confiance dans notre système ou, peut-être plus simplement, par bêtise m’inquiète au plus haut point.

      Un excellent article dans Le Monde Diplomatique de juin 2012 sur les traités européens : http://www.monde-diplomatique.fr/2012/06/JENNAR/47850 par M. Raoul-Marc Jennar. Quand ouvrirons-nous les yeux ? C’est rhétorique, car j’ai déjà la réponse : bien trop tard…

      Meilleures salutations

  3. spartaK dit :

    150 milliards rien que pour la Grèce… et combien pour l’Espagne ? Déjà 20 milliards de nos poches et ça ne fait que commencer. Le système est foutu mais on nous force à abonder quand même ! Comme si on était en mesure de payer. Quelle bande d’incapables… Incapables aussi les électeurs qui reconduisent toujours la même clique au pouvoir.

  4. Geraldine dit :

    « Le pouvoir, c’est nous » disait Drucker dans ce passage TV. Ce qu’il ne dit pas, c’est que derrière ce nous, derrière la télévision il y a les vrais maîtres du jeu : ceux qui possèdent la télévision et les médias.

  5. djoko dit :

    Vraiment dommage que la guillotine n’existe plus, ça nous éviterait d’être pris pour des c… et des vaches à lait par tous ces parasites professionnels.

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