Derrière la crise des souverains, les fissures du fractional banking (B. Bertez)

« Notre confrère Atlantico vient de publier un entretien avec Pierre Lellouche, ancien secrétaire d’Etat en charge des Affaires européennes. Nous vous invitons à aller le lire. Il ne vous apprendra rien, fidèle lecteur, car il reprend point par point un article que nous avons publié dans ces colonnes. Dans notre article, nous avons expliqué pourquoi isoler l’Allemagne et faire alliance avec les pestiférés était une erreur politique.

Lellouche met bien l’accent sur le fait que la stratégie d’isolement de l’Allemagne est dangereuse. Il s’étonne que les sujets cruciaux soient escamotés du débat politique etc. Nous vous invitons à lire ce texte simplement parce que, en matière d’idées, la répétition ne fait pas de mal. Il faut enfoncer le clou.

Pierre Lellouche raisonne en politique, en gouvernant ou en diplomate, ce qui est très insuffisant. Il ne peut pas aller plus loin dans l’analyse et la démonstration car nous n’avons pas encore publié la suite de notre réflexion, laquelle s’intitulera : Attaquer l’Allemagne est une erreur historique.

Nous lui donnons quelques pistes dans les lignes qui suivent :

– Une erreur historique, c’est-à-dire qui marquera l’Histoire, c’est bien plus grave qu’une erreur politique. Le politique, c’est du superficiel, du discours sur le Réel, ce n’est pas le Réel. Or ce qui va se passer va toucher, va affecter le réel, va bouleverser la donne. Et nous disons, pas seulement la donne européenne, mais mondiale.

– Nous ne cessons de répéter, ne touchez pas à l’Allemagne, c’est un objet fragile, c’est le dernier ancrage, le dernier référent, vous allez tout faire basculer. Nous ne cessons de répéter : au lieu de favoriser la contagion, la mutualisation, les pare feux propagateurs d’incendie, faites le contraire, faites des tranchées, isolez les malades, les pestiférés. Gardez des ressources pour leur venir en aide plus tard, quand l’inévitable se sera produit. Quand il faudra reconstruire. Nous ne cessons de répéter, le monde financier et monétaire ne tient que par un mythe: le mythe du risk-on/risk-off.

Comment se fait-il que les govies et les commentateurs ne comprennent pas le sens de ce mythe ? Mystère ! Le sens de ce mythe, c’est l’affirmation suivante : nous avons encore confiance dans les deux piliers du système bancaire et financier global : le dix ans US et le Bund allemand.

Voilà le message, un message que les klepto/govies ne veulent pas entendre, ne peuvent pas entendre, car ils sont aveuglés par la défense de leurs intérêts particuliers complices et coupables. Parce que ce sont des démiurges et qu’ils croient qu’ils tiennent encore la situation sous contrôle. Ils ne s’aperçoivent même pas de leurs reculades, de l’usure de leurs remèdes, du rendement décroissant de leurs interventions.

Qu’est-ce que le mythe du risk-on/risk-off ? C’est le mythe qu’il y encore des refuges et que ces refuges ce sont les Bonds à 10 ans américains et les Bunds allemands. On a réussi jusqu’à présent à préserver le caractère sacré des emprunts d’Etat des deux piliers du système, ce qui permet :

1-D’avoir des collatéraux pour le refinancement des banques

2 –De garder les fiat monnaies dans le circuit, elles ne fuitent pas géographiquement

3 –D’éviter les fuites hors du système du papier vers les actifs réels

4- De conserver une poire pour la soif pour vendre du papier pour financer de futurs déficits de stimulation.

Les imbéciles européens avec la PSI ont détruit, pour les périphériques et les pays du non-core le mythe du caractère sacré des emprunts d’Etat. Les attaques contre l’Allemagne vont finir par faire tomber l’avant dernier rempart du système.

Les imbéciles européens ne se rendent pas compte que le Bund est une catastrophe en attente d’arriver et s’il est écorné, si le spread avec le dix ans US vient à se modifier, c’est l’enchainement infernal. Si le momentum se déclenche, c’est fini.

La semaine dernière a été inquiétante sur les marchés, le comble, c’est que les govies et les médias ont considéré que cela était un signe positif ! Les taux des risk-off, c’est à dire des emprunts govies américains et allemands se sont envolés. Un bon observateur a titré sa revue hebdo : la fin de l’immunité. Bien vu ! Il a vu juste. Cela veut dire que les corrélations se renforcent, cela veut dire que, quand on parle de nouvelles largesses monétaires, de mutualisations, de nouveaux réflexes de Pavlov s’enclenchent. On vend les derniers ancrages.

Au début, on croit que c’est la bascule habituelle ente les actions et les fonds d’Etat et puis quelque temps après, on comprend que c’est autre chose qui se noue, c’est la méfiance à l’égard de ces fonds d’Etat car ils vont être à nouveau sollicités. On va tenter de refaire un tour de bulle et on vend. Quelquefois même, on vend sans comprendre, car c’est la loi moutonnière des marchés.

Pourquoi en sommes-nous sûrs ? Parce que l’on voit des corrélations malsaines se nouer, des mises en phase, on voit les CDS sur l’Allemagne s’envoler de 49% en quelques semaines. On voit que, quand l’Allemagne fait de la diplomatie et laisse entendre qu’elle s’assouplit, les CDS grimpent, quand elle réfute, les CDS rechutent, c’est le signe incontestable que quelque chose de neuf se construit qui n’est pas bon.

Certains très gros financiers sont précurseurs, ils constituent des positions short sur les Bunds, et ils ne sont pas manchots, même si, traditionnellement, ils sont toujours trop en avance.

Nous sommes déjà au-delà des Bonds et des Bunds, nous soutenons, vous le savez, que les bonds US et les Bunds font bulle et qu’ils coûteront une fortune à ceux qui les ont achetés. Les Bonds et les Bunds ne sont plus des achats, ce sont des spéculations, des coups de fusil. Il faut, comme nous disons, en être locataires, pas propriétaires.

Cela n’empêche pas que l’horizon normal des Bonds et des Bunds, s’ils préservent encore quelques temps leur statut de risk-off, leur horizon, c’est un rendement à la Japonaise, c’est-à-dire en dessous de 1%. Rendement qui garantira encore plus sûrement leur destruction.

Si le mythe du risk-off se maintient encore un peu, l’horizon, c’est des taux négatifs sur le court, des taux zéro sur le moyen et des taux inférieurs à 1% sur le long.

Mais si le mythe ne tient pas, si les imbéciles européens continuent à attaquer l’Allemagne avec les Anglo-saxons criminels et à courte vue, alors, alors, c’est l’aventure, la grande aventure de la dégringolade de la grande pyramide, celle qui se cache derrière la crise des souverains. C’est la dégringolade du fractional banking. Tout l’édifice du fractional banking repose sur l’ancrage, le caractère sacré des emprunts souverains. Et des emprunts souverains sacrés, il n’en reste que deux ».

Bruno Bertez, le 19 juin 2012

Lire aussi :

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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4 commentaires pour Derrière la crise des souverains, les fissures du fractional banking (B. Bertez)

  1. brunoarf dit :

    Mercredi 20 juin 2012 :

    Chypre va solliciter l’aide de la zone euro pour ses banques « probablement la semaine prochaine » et demander à la Russie de lui prêter entre 3 et 5 milliards d’euros dès cette semaine, a indiqué mercredi une source diplomatique européenne sous couvert d’anonymat.

    A Bruxelles, on s’attend à ce que Chypre « règle d’abord la question du prêt bilatéral et dépose la demande pour les banques probablement la semaine prochaine » sur le modèle du sauvetage que l’Espagne va obtenir pour son secteur bancaire, a indiqué cette source au fait des discussions.

    L’aide sollicitée auprès de la zone euro pour les banques pourrait être de la même ampleur que le prêt demandé à la Russie, a confié cette source.

    Chypre, dont l’économie est très dépendante de la Grèce, est sous pression en particulier son secteur bancaire qui a souffert de l’opération d’effacement de la dette grecque. L’exposition des banques chypriotes à la dette grecque s’élève à 3,5 milliards d’euros pour un budget national d’environ 7 milliards.

    http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0202129498843-chypre-va-demander-l-aide-de-la-zone-euro-et-de-la-russie-335906.php

    – La Russie va prêter entre 3 et 5 milliards d’euros à Chypre.

    – La zone euro va prêter entre 3 et 5 milliards d’euros à Chypre.

    – Portugal, Irlande, Grèce, Espagne, Chypre : les dominos tombent les uns après les autres.

    – Prochain domino qui va tomber : l’Italie.

  2. Jean LENOIR dit :

    Au nom de quoi oublie-t-on quatre fois sur cinq de citer le domino France, celui dont la chute suivra de près la chute du premier domino ? Au nom du Général de Gaulle, de celui de Coluche ou de celui de Jeanne d’Arc ?

    Jean LENOIR

  3. Momo dit :

    Annoncer des catastrophes n’a, à ma connaissance, jamais aidé à les empêcher de se produire, surtout lorsqu’en les proclamant urbi et orbi on provoque la panique généralisée qui méne, immanquablement, à ladite catastrophe ; Autoréalisation bien connue!
    Alors, de grâce, tenez ces pressentiments auprès de ceux qui ont pouvoir d’agir efficacement, pas auprès du grand public déjà bien assez inquiet et…paralysé. Vous ferez, enfin, oeuvre utile.
    Merci

  4. Jean LENOIR dit :

    @Momo,

    La peur jamais ne fût de la vaillance, mille revers ne valent pas un succès, la France sera toujours la France et les français toujours les français…
    Cette envolée d’un courtisan de Louis XIV (on ne sait plus lequel) fût applaudi en son temps.
    Et pourtant elle est aussi creuse que possible. Qui a donc le pouvoir d’agir efficacement ?
    Donnez donc un nom ?
    Lorsqu’un chef d’entreprise étaye des prévisions il peut agir. Par contre s’il a un pressentiment, il ne raisonne pas et se raidit (paralysé). Lequel des deux pourra s’en sortir ?
    Ce n’est pas de l’autoréalisation que d’informer les gens de ce qu’il va se produire, mais cela leur permet de prendre des mesures que les gens informés ne leur diront qu’après.

    Pardon, il est difficile de vous suivre. L’économie s’effondre sous le poids du crédit et de la dette, et vous voudriez qu’on en parle pas ? et vous voudriez qu’on continue à mentir au citoyen en faisant de la communication lénifiante.

    Ce blog a le mérite de faire prendre conscience et d’aider chacun à ses décisions et responsabilités et il est fort dommage que les décideurs politico-financiers ne le lisent pas ou n’en tienne pas compte et qu’ils continuent leurs criminels errements issus du copinage, de la médiocrité et de la doctriconnerie.

    Jean LENOIR

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