Banques européennes, lutter contre la zombification (B. Bertez)

« La confiance a disparu des places financières et surtout bancaires. Les causes sont connues, surendettement des agents économiques, leverage excessif de tout le système, détérioration, voire blocage du marché des refinancements de gros, fuite des dépôts, incapacité des souverains à soutenir leurs banques, mismatch de durée, de risques, et surtout, surtout perte totale de crédibilité envers les comptabilités. On perd tout respect envers les notations des agences MSM, leurs avis ne jouent plus que comme nouvelle, news à trader. On se gausse des travaux du FMI, des Banques Centrales sur la stabilité financière, on rit franchement des avis de l’EBA.

On ne traite plus entre banques, on passe par l’intermédiaire des banques centrales pour limiter le risque de contrepartie. Les fonds oisifs, actifs de pure précaution, s’entassent sur les comptes auprès des banques centrales, on hausse sans arrêt les haircuts lors des Repos, etc. etc.

Les mensonges ne servent à rien et ils aggravent le mal tout en entretenant les dysfonctionnements et les entorses à la morale.

En lien : L’Agence de notation suisse IC-V propose une étatisation des banques européennes les plus fragiles

Les mensonges ne servent à rien parce que l’information est dissymétrique : certains connaissent la vérité, ils connaissent leur situation, ils participent aux travaux de sauvetage des Souverains, donc ils ont toutes les infos et les cartes en mains.

C’est l’un des plus grands scandales de l’histoire financière, le système bancaire, lequel joue en Bourse, est structurellement initié : Il peut tondre l’épargne, les institutions de prévoyance, on sait que plus de 92% des opérations de marché de JPM ont été bénéficiaires en 2011 : Ce n’est pas du génie, c’est de l’initiation, du front running couplé avec l’accès à des fonds illimités.

Gageons que quand le grand virage se produira, le système bancaire sera averti, au courant par les préparatifs et qu’il tondra une fois de plus l’épargne : Il est conseil, des gouvernements, des banques centrales : Il est transmetteur de leur politiques et impulsions. C’est plus que le bien commun, la monnaie, qui est détourné, c’est toute l’action publique qui est en quelque sorte sous traitée. En Grèce on ne met même plus de cache sexe, ce sont directement les banquiers qui sont nommés ministre des Finances.

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« Européen convaincu de 55 ans, Yannis Stournaras a été nommé mardi au poste le plus difficile de Grèce, ministre des Finances, il est aussi à la tête du think tank patronal IOBE.

Professeur d’économie et ancien banquier, Stournaras n’avait pas hésité à briser un tabou en Grèce en proposant en octobre la création d’obligations d’Etat garanties sur des actifs mobiliers ou immobiliers dans l’espoir d’alléger la dette qui étouffe le pays. Cette proposition avait déclenché un tollé en Grèce, pays où il n’existe toujours pas de cadastre et où l’attachement viscéral à la terre est un héritage de la résistance du pays à l’occupation ottomane qui a duré quatre siècles. Cette proposition faisait écho à une demande de la Finlande, au moment où la Grèce a compris qu’elle allait devoir faire appel une nouvelle fois à la solidarité européenne. Selon ce plan, présenté par Stournaras et un ancien ministre conservateur de Nouvelle Démocratie Stephanos Manos, la dette publique du pays aurait pu ainsi être réduite à 50 à 60 % du PIB, au lieu de quelque 150% actuellement.

Stournaras a aussi été membre du conseil d’administration de l’Organisme de la dette publique grecque (PDMA) entre 1998 et 2000 avant d’être nommé président de la Banque commerciale Emporiki, entre 2000 et 2004 avant le rachat de cette dernière par le groupe français Crédit agricole, qui s’en mord les doigts aujourd’hui. Considéré comme proche du camp conservateur, il a aussi longtemps été le conseiller du Premier ministre Pasok socialiste rénovateur Costas Simitis, qui fut l’architecte de l’entrée de la Grèce dans l’euro. De 1994 à 2000 il présidait le conseil économique du ministère des Finances où il a participé à la mise en place des programmes de convergence pour rejoindre la zone euro et il a représenté la Grèce au comité monétaire européen. En tant que conseiller de M. Simitis, il a participé aux négociations de la Grèce pour l’entrée dans l’UEM qui a conduit à l’euro.

Alors que la Grèce est accusée d’avoir triché et maquillé ses comptes pour pouvoir accéder à l’euro, MM. Stournaras et Simitis ont publié un vibrant plaidoyer dans le Guardian le 26 avril pour démentir ces accusations, mettant au contraire les pays européens partenaires devant leurs contradictions et leurs insuffisances en matière de construction européenne. (http://www.guardian.co.uk/global/2012/apr/26/greece-europe-north-south-divide) “La Grèce a lancé la crise de la zone euro mais n’en n’a pas été la cause. La cause repose sur le fait que la zone euro est une union monétaire totale adossée à une union économique et budgétaire incomplète d’Etats membres aux structures différentes” écrivent-ils dans cette tribune. Exactement l’objet du débat du sommet européen des 28 et 29 juin ». /AFP

L’article du Guardian (anglais)

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Tout le système de la zombification repose sur une croyance, elle-même fondée sur un choix : les banques centrales et les govies viendront toujours au secours du système bancaire.

Et le jour où cette certitude disparaitra, c’est ce que nous appelons le jour du grand virage, la valeur de tous les assets, les actifs, va se réaménager. Le jour du grand virage, on remettra les compteurs, les vrais compteurs, ceux que l’on fausse depuis 4 ans, en marche. Le grand reset.

Toutes les corrélations se briseront, celles qui unissent les papiers entre eux à la faveur de la croyance aux bails out illimités, les risques exploseront et se mettront à traduire non plus l’intervention des ex-autorités, mais les risques réels. Et ce sera, au sens figuré, boursier, le bain de sang.

La zombification du système est une réalité, une réalité qui gagne, de proche en proche et pas seulement la finance. Ainsi le secteur automobile est en cours de zombification, les ventes s’effondrent dès que les stimuli cessent. Plus de 30% des capacités de production sont excédentaires et on parle bien sûr de nouveaux soutiens. Il faut voir le lien entre le secteur auto et le crédit, ils sont devenus organiques, la banque est zombifiée, le secteur auto est en cours de zombification.

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« Les surcapacités de l’industrie automobile deviennent criantes en Europe ! Selon une étude du cabinet Alix Partners, sur la centaine de sites de production européens, 40 fonctionnent actuellement avec un taux d’utilisation inférieur à 75%, alors qu’un seuil de 75% à 80% est nécessaire pour que les usines du secteur soient rentables… Les constructeurs les plus touchés sont les généralistes, comme PSA Peugeot Citroën et Renault, et les pays les plus concernés sont la France, l’Espagne et l’Italie. De plus, la baisse de demande automobile, liée à la crise économique actuelle, entraîne une guerre des prix entre les constructeurs, ce qui contribue à laminer leurs marges.

De nombreux analystes financiers, ainsi que les patrons de certains constructeurs (Fiat, Opel, PSA Peugeot Citroën…) ont déjà fait part publiquement de ce même constat ces derniers mois, mais ils se sont heurtés jusqu’ici à de fortes résistances sociales et politiques à la fermeture d’usines…

L’étude d’Alix Partners prévoit en outre que le marché automobile va continuer de chuter en Europe cette année, avec des ventes plafonnant à 13,6 millions de véhicules (à comparer avec 16,8 millions en 2007) et 2013 devrait encore être marqué par une baisse de la demande. En conséquence, le taux d’utilisation des capacités devrait tomber en Europe à 74% dès cette année (après 77% en 2011), en incluant la Russie.

La situation est cependant contrastée selon les pays : le plus touché est l’Italie avec un taux d’utilisation de seulement 54% et 5 sites qui perdent de l’argent, suivi par la France (60%) où non moins de 9 sites sont dans le rouge, et par l’Espagne (70%) où 8 usines sont en perte… La situation est moins mauvaise en Allemagne, où les usines tournent en moyenne à 89% de leurs possibilités, mais où quatre d’entre elles sont tout de même déficitaires.

Alix Partners rappelle qu’aux Etats-Unis, les constructeurs américains ont dû, pour survivre, fermer pas moins de 18 usines lors de la crise de 2008-2009, où General Motors et Chrysler avaient été contraints de se placer sous la protection de la loi sur les faillites… Après des restructurations drastiques, les taux d’utilisation des sites automobiles américains sont remontés à 90%, et les constructeurs affichent à nouveau des bénéfices ! Par contraste, de nombreux constructeurs européens sont déficitaires, et seulement trois usines ont été fermées sur le continent depuis 2007…

Sous la pression de la crise, de nouvelles fermetures sont désormais sérieusement envisagées en Europe… Opel, la filiale de General Motors, prévoit ainsi de fermer son site allemand de Bochum, et les syndicats de PSA Peugeot Citroën craignent la fin d’Aulnay-sous-Bois, près de Paris.

Ce matin, le quotidien allemand ‘Frankfurter Allgemeine Zeitung’ évoque aussi un projet de transfert de la production des futures versions des Citroën C5 et Peugeot 508 de l’usine PSA de Rennes vers le site allemand d’Opel à Rüsselsheim, à partir de 2016. Cette hypothèse, envisagée dans le cadre de la récente alliance entre PSA et GM, menacerait la survie de l’usine PSA de Rennes, mais permettrait de sauver celui de Rüsselsheim, dont la production d’Opel Astra serait transférée vers le Royaume-Uni et la Pologne… »(BOURSIER.COM)

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Et il y en a d’autres, beaucoup d’autres. Tout ce qui est mal ajusté dépend de la possibilité de poursuivre la politique actuelle du chien crevé au fil de l’eau.

Or, c’est une évidence de l’Histoire, de la simple logique, la zombification ne régénère pas, elle pourrit, elle tue. La loi de la gravitation en matière économique, cela existe, on ne peut échapper aux lois de l’économie, lesquelles ne sont que des lois du comportement humain face à la rareté. Malgré les balivernes sur le progrès, l’homme ne change pas : un plus un ne font jamais que deux.

C’est dans cet esprit que nous défendons, semaine après semaine, la nécessité de procéder à des opérations vérité. Cela part d’un présupposé idéologique. Seule la vérité est efficace, curative. La vérité, c’est que le système bancaire est insolvable, sa zombification est contagieuse, le public est déjà responsable, exploité pour soutenir le système bancaire, il faut ratifier, en tirer les conclusions.

Le système bancaire doit, dans la transparence et l’équité, être adossé au Souverain, il doit être adossé au public ».

Bruno Bertez, le 27 juin 2012

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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4 commentaires pour Banques européennes, lutter contre la zombification (B. Bertez)

  1. Ping : FINANCE | JUIN 2012 | Pearltrees

  2. Geraldine dit :

    Merci pour l’article, très remarquable. Je vous signale Max Keiser qui va dans le même sens : « Les banques sont mortes… techniquement insolvables. » Son message : Il faut que les peuples se réveillent avant que les kleptocrates (banksters et politicailleurs) leur volent tout !

  3. matbee dit :

    L’été sera meurtrier.
    Si vous avez des sous dans une des 3 banques françaises, dépêchez-vous de les transférer ailleurs, faites comme les Grecs ou les Espagnols, anticipez !
    Idem pour les assurance vies.
    Achetez aussi or et argent métal, ça sera toujours ça de sauvé sur les dévaluations et l’inflation monétaire…

  4. Jean LENOIR dit :

    @Matbee,

    Avant qu’il ne soit trop tard. L’art de prévoir c’est d’agir tôt ainsi que l’a fait le signataire dès 2006.
    Pourquoi, en effet, se lancer dans la tourmente quand tout existe pour l’éviter ?
    Nos actifs bancaires sont déjà tondus et retondus et, comble des combles, nous en sommes garants sur nos biens.

    Allez me dire avec cela que nous ne sommes pas en plein effondrement cataclysmique et que le fait de l’écrire, pour certains, nous sommes responsables de son déclenchement…

    Jean LENOIR

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