Après les kleptos jubilent, Merkel contre-attaque (B. Bertez)

« Les marchés financiers se sont envolés vendredi dernier. Le risk-on a brillé de pleins feux, toutes les composantes du complexe ont été à la fête sous la conduite du pétrole qui a fait un bond de plus de 9%.

La première des choses est de comprendre que les positions shorts étaient colossales et fragiles. Surtout sur les changes, les positions vendeurs en euros étaient historiques. Et puis sur les actions on était dans une situation technique incroyablement favorable : fin de trimestre et surtout zone des moyennes mobiles 100, propice soit à un effondrement, soit à un puissant rebond. Beaucoup étaient positionnés à la baisse sachant que les signes de récession se multiplient et que les profits se dégradent.

La poussière est loin d’être retombée sur le sommet de la fin de semaine dernière. Les nuages continuent d’obscurcir la visibilité et le paysage reste flou. Cependant, à la lueur des interventions de Merkel dès vendredi soir, on y voit légèrement plus clair.

Le plus important, expliqué lors de sa conférence de presse, est que les concessions sont purement tactiques. La position allemande n’a guère varié. La ligne dans le sable tracée par elle et Schäuble, dit-elle, n’a pas été franchie.

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Le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble estime que les « bonnes réponses ont été trouvées » aux problèmes de la zone euro vendredi à Bruxelles, dans la Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung à paraître dimanche. Il considère que le principe défendu par Berlin de conditionner une mutualisation les dettes au niveau européen à la création d’une instance de contrôle a été « confirmé avec insistance et sans exception ». »Les marchés semblent accepter qu’il n’y a aucun sens à spéculer en vain contre une zone euro qui fait bloc », fait-il remarquer.

Interrogé par la FAS, le ministre des Affaires étrangères Guido Westerwelle juge que l’introduction d’euro-obligations, un instrument qui mutualiserait les dettes des pays de la zone euro, serait « une erreur de construction qui menacera(it) l’idée européenne ». Le chef de la diplomatie allemande estime que « trop peu de solidarité menace l’Europe, (mais que) trop de solidarité ne menace pas moins l’Europe ».  AFP

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L’objectif essentiel de Merkel n’était pas le sommet mais le vote allemand sur L’ESM [MES] et le pacte fiscal qui devaient avoir lieu dès le vendredi soir. Comme c’était sa priorité et qu’elle a réussi sur ces points, elle considère donc que le plus important est, sinon accompli, du moins sauf. Le vote n’a pas été retardé, pas été compromis. Les instruments , les moyens fondamentaux d’intervention d’une part et d’intégration fiscale d’autre part ont été approuvés là, ou ils etaient indispensables, en Allemagne. Faute d’un tel resultat, c’est tout le dispositif soutenu par Merkel qui serait tombé a l’eau. Nous ferons cependant observer, mais cela ne change rien au raisonnement, que la Cour Constitutionnelle allemande va intervenir et que les plaintes contre le dispositif affluent.

Si on suit la défense de Merkel , car il s’agit bien d’une défense le dos au mur, ce que l’on a vu lors du sommet etait purement tactique, la stratégie est inchangée, mieux même, elle a maintenant les moyens d’être poursuivie.

Pour obtenir le vote des parlementaires allemands, Merkel devait fournir la contrepartie, le Pacte de Croissance. Sans cette contrepartie, elle ne pouvait obtenir un vote favorable. Monti et Rajoy le savaient et ils ont réalisé un chantage : nous bloquons le Pacte de Croissance si vous ne faites pas des concessions de court terme permettant de calmer les marchés.

Prise de court mais absolument coincée, elle a fait des concessions, mais sans rien lâcher de fondamental, assure-t-elle.

Elle prétend avoir défendu avec succès les règles de l’ESM et en particulier son statut de créancier privilégié. La levée de ce statut ne concerne que l’Espagne.

Elle souligne par ailleurs que sur l’autre point important : l’assistance directe aux banques par l’ESM, sorte de possibilité de TARP à l’américaine, ceci ne serait, n’allait être envisageable qu’au terme de la mise en place du processus de supervision des banques. Or, fait-elle remarquer, cela sera très long et surtout, l’Allemagne tout au long du processus aura la possibilité d’exercer son droit de veto. Les informations selon lesquelles la nouvelle modalité pourrait profiter aux banques espagnoles dans la crise en cours seraient donc fausses.

La route pour la supervision bancaire sera très longue. Aussi bien au plan des modalités qu’au plan des principes.

L’organisme sera-t-il indépendant, rattaché à la BCE, questions délicates. Puis les propositions devront être acceptées par les membres, puis les membres devront par divers moyens les faire approuver au niveau intérieur.

Merkel assure d’autre part que l’Allemagne exigera un droit de veto, même après la mise en place de l’organisme de surveillance. Droit de veto qu’elle pourra utiliser à chaque fois qu’une aide directe pour une banque sera envisagée. Dans ces conditions dit-elle, il n’est absolument pas possible de dire comme Rajoy et Monti qu’il s’agit de mesures court terme pour faire baisser les taux de leurs emprunts souverains, il ne s’agit que de mesures de moyen terme.

La seule mesure de court terme serait, selon elle, l’exception faite pour l’Espagne de lever la séniorité des fonds européens face aux autres créditeurs. Cela va dans le sens de la réduction du risk sur la dette espagnole, donc cela réduit les taux.

Il faut à ce stade dépasser un peu le plaidoyer de Merkel et voir ce qui peut se passer en dehors d’elle.

La satisfaction exprimée par Draghi n’est pas indifférente et certains observateurs, plutôt bien informés disent qu’à partir de ces avancées, la BCE va pouvoir justifier des prises de risques accrues et nouvelles. Par exemple une nouvelle et proche baisse des taux de 0,25%, par exemple de nouvelles fournitures de liquidités, etc. Bref cela pourrait donner à la BCE l’alibi pour aller plus loin dans les mesures non conventionnelles et même dans les achats de bonds sur le marché secondaire.

Rien que cette possibilité peut tenir les marchés en respect quelques jours.

Nous faisons remarquer que même si la brèche ouverte par le sommet peut se refermer, la brèche du TARP, la brèche du burden sharing indirect, la brèche du Ponzi, est bien réelle au niveau des principes. Pour nous un invariant a bien varié. Les marchés qui aiment prendre leurs désirs pour des réalités, peuvent très bien noter ce point, comme nous le faisons.

Nous reviendrons s’il y a lieu sur cette question, elle peut devenir centrale.

Le plus dur, si l’on suit les analyses allemandes, est pour les Français. La presse allemande, inspirée par les aides de Merkel, ne fait pas de cadeau à Hollande. En Allemagne on n’hésite pas à dire que le grand perdant du sommet, c’est la France.

Merkel ne se gêne pas pour dire qu’elle a obtenu une victoire essentielle, fondamentale qui vaut bien toutes les couleuvres tactiques, elle a obtenu la reddition de Hollande sur le pacte fiscal qu’il disait ne pas vouloir signer ! Elle l’a obtenu pour un plat de lentilles, un pseudo pacte de croissance d’apparence de 130 milliards d’euros. Le pacte de croissance est une coquille vide, recyclage de fonds de tiroirs et de promesses dont l’Allemagne entend ne pas se préoccuper pour la bonne raison qu’il n’est pas prévu que cela lui coûte quoi que ce soit.

Il est possible que l’analyse allemande soit la bonne. Sur un point essentiel, Merkel a raison, elle a sécurisé l’outil essentiel de sa stratégie, le Pacte Fiscal. C’est-à-dire la possibilité d’imposer la rigueur et la discipline. Elle a mis Hollande au pas, on est revenu exactement à la position de Sarkozy, puisque le chemin reste le même et que le pacte de croissance est de la poudre aux yeux qui ne changera rien aux effets de l’austérité. En revanche cela met un peu d’huile dans les rouages politiques, cela fait passer les reniements pour des succès.

S’agissant de l’Espagne et de l’Italie, il est possible que ces pays aient obtenu des demi succès, nous verrons. L’obsession de Monti, ce sont les prochaines élections et sa dégringolade de popularité. Il a besoin de se requinquer. Il peut faire valoir à ses concitoyens que sur le plan de la souveraineté, il a obtenu quelque chose. Il a obtenu de faire trébucher l’Allemagne, il a ouvert une brèche dans le sens d’une recapitalisation éventuelle directe des banques, il a obtenu que soit desserré l’étau de la Troïka et surtout du FMI. La supervision plus proprement européenne vers laquelle on s’achemine sera moins rude et plus facile à faire avaler politiquement que celle du FMI.

Si on se place d’un point de vue fondamental, c’est à dire si on se pose la question de savoir si il y a quelque chose de changé en Europe, nous répondons ”non”. Ce qui est intervenu n’est pas “game changer”, c’est le même dévalement de la pente, on reste sur le chemin du Ponzi et même plus que jamais, avec toujours le même combat, celui de l’Allemagne pour freiner sur la pente de la destruction de son économie d’abord et de la monnaie euro ensuite.

La cassure du lien entre la dette des souverains et la situation des banques n’est réelle qu’en apparence, c’est de la poudre aux yeux, car rien ne se perd, rien ne se crée, il faut toujours soit que quelqu’un s’endette, soit que quelqu’un fabrique de la monnaie, fasse du printing, augmente son bilan, le pollue. On se doute bien que l’objectif des pestiférés et des gauches et fausses droites sera de faire en sorte que ce soit la BCE qui porte le bébé.

Attendez vous à ce que, soit en réel, soit en propagande, on agite a nouveau, on relance la question de la fameuse licence bancaire accordée a l’ESM. C’est là que cela se jouera ».

Bruno Bertez, le 1er juillet 2012

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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Un commentaire pour Après les kleptos jubilent, Merkel contre-attaque (B. Bertez)

  1. Jean LENOIR dit :

    Ah quand la vile diplomatie financière se met en jeu ! …la vilaine diplomatie des renoncements victorieux et des acquits perdants…
    Peste financière quand tu nous tiens et …nous perd.
    Consternant dans la pertinence de la volonté de suicide collectif…

    Jean LENOIR

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