Le Libor et les banques centrales

Le scandale du Libor provoque une indignation légitime en raison de son ampleur proprement historique (voir la vidéo ci-dessous). Mais pourquoi ne rien reprocher aux banques centrales ? Elles aussi manipulent les taux d’intérêt et la monnaie à longueur d’année !

« Le scandale de la manipulation du Libor partage la une des rubriques économiques des médias avec la crise de la zone euro. Le taux auquel les banques s’échangent de l’argent entre elles (Libor pour London Interbank Offered Rate) a été manipulé à la baisse. Ne voulant pas reconnaître la hausse des risques dans l’environnement économique (notamment depuis la crise de 2008), ne voulant pas reconnaître une perte de confiance les unes envers les autres, les banques se sont concertées pour afficher des taux d’intérêt sous-évalués. Il faut savoir que le Libor sert de référence à une quantité impressionnante de produits financiers à travers le monde, de ce fait ceux qui ont prêté de l’argent ont été lésés, tandis que ceux qui empruntaient ont été avantagés (puisque le taux était moins élevé que ce qu’il aurait dû être).

Chacun se scandalise de cette manipulation, à juste titre. Mais attendez une minute, n’est-ce pas exactement ce que font les banques centrales, et cette fois avec l’assentiment de tous ? Ceux qui hurlent contre le « Liborgate » applaudissent des deux mains quand la Fed et la BCE baissent leurs taux et s’engagent à les maintenir au plus bas. Mais c’est la même chose ! De l’argent facile pour « soutenir l’économie ». Ca ne marche, donc on continue, logique. D’ailleurs on apprend au fur et à mesure que les banques centrales étaient parfaitement au courant de la manipulation du Libor !

L’opinion générale veut que des taux d’intérêt établis au plus bas (par les autorités monétaires et les banques donc) favorisent l’activité économique. C’est faux. Comme l’explique l’homme politique et économiste Ron Paul, manipuler le prix de l’argent est aussi destructeur que le contrôle des prix par un gouvernement. Sauf que c’est plus facile, pas besoin d’une armée d’inspecteurs contrôlant les étiquettes, il suffit d’un président de banque centrale complaisant. Un taux d’intérêt nul détruit même le capital, comme l’explique Antal Fekete, et cela produit des bulles, des déséquilibres, et finalement la récession.

Cette entrave à la loi de l’offre et de la demande, cette manipulation généralisée du prix de l’argent, et d’autres phénomènes comme ces Etats qui empruntent à des taux négatifs, montrent que nous passons progressivement de la crise de la dette à la crise de la monnaie, l’ultime et plus grave forme de crise ».

Philippe Herlin, La dette de la France, le 25 juillet 2012

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En complément : Li(e)borgate : le scandale qui pourrait entraîner environ 2000 milliards de dollars de réparations financières, soit 7 à 10 fois plus que les subprimes !

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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16 commentaires pour Le Libor et les banques centrales

  1. Elzbietta dit :

    Sauf le respect que j’ai pour Philippe Herlin, ce n’est pas la même chose. Le LIBOR est déterminé d’après les taux débiteurs que se voient offrir les banques par les prêteurs sur le marché. Il est donc théoriquement déterminé par le marché, et les banques qui trichent sur le taux que leur offre le marché sont coupables de falsification, donc de fraude (et quand elles se sont mis d’accord entre elles, de fraude en bande organisée ce qui aux Etats-Unis relève du fameux RICO – Racketeer Influenced and Corrupt Organization Act* – bref un truc qui ne rigole pas … en théorie) . Les taux de base banque centrale sont des taux créditeurs (les taux qu’elles demandent aux emprunteurs) , et il leur appartient de les fixer en fonction de leurs décisions de politique monétaire. Il y a peut-être ,mauvaise décision économique, mais il n’y a pas fraude, encore moins en bande organisée.

    * http://en.wikipedia.org/wiki/Racketeer_Influenced_and_Corrupt_Organizations_Act

  2. Bien sûr Elzbietta, sinon les banquiers centraux seraient depuis longtemps en prison… Il n’empêche que dans les deux cas il s’agit de manipulation du prix de l’argent. On fausse le fonctionnement normal du marché, autrement dit la rencontre entre l’offre et la demande. Aujourd’hui des taux directeurs proches de zéro sont une aberration économique, qui conduit à une mauvaise allocation du capital, à la non-rémunération de l’épargne, à la formation de bulles, etc.

    Alors certes dans un cas il s’agit de falsification secrète, en bande organisée, et dans le second de simple manipulation du marché, non justifiée sur le plan économique mais officielle et parfaitement légale. Je vous ferai cependant observer qu’un loyer de l’argent quasi nul ne profite pas à l’économie réelle (nous sommes en phase de désendettement), mais aux marchés financiers, c’est-à-dire aux banquiers d’affaires et aux financiers qui forment avec les politiciens cette oligarchie si décriée aujourd’hui.

    Ne cherchez pas plus loin l’origine des bulles spéculatives, qui enrichissent toujours les mêmes, les détenteurs d’actifs financiers, et sont une catastrophe pour le reste de la société. Cela fait maintenant des années que la politique monétaire ne sert plus du tout l’intérêt général – on s’en aperçoit déjà et on va bientôt s’en rendre compte de façon assez définitive.

    • Elzbietta dit :

      Oui, OK. Nous sommes d’accord. Donc vous pensez que les banques centrales devraient relever les taux? A quel niveau?
      Vous pensez qu’une bonne purge est nécessaire et que la hausse des taux ferait baisser le stock de dette, afin que l’économie reparte après une bonne récession violente mais plus supportable parce que plus courte que la lente agonie que nous subissons? C’est ça?

      • Non, je pense que la purge aurait dû se faire au début des années 2000, à l’époque de Greenspan et de l’éclatement de la bulle Internet. On a refusé la récession par facilité, en baissant les taux et en provoquant la naissance d’autres bulles. Maintenant il est trop tard. Relever brutalement les taux serait une nouvelle manipulation monétaire, également destructrice.

        La bulle d’endettement est devenue aujourd’hui si énorme que quoi qu’on fasse, ça se terminera très mal. Pour limiter la casse et préparer l’avenir, il faudrait cependant réformer le système monétaire international et le secteur bancaire (Glass-Steagall Act), avec le souci de protéger au maximum ceux qui ne sont pour rien dans la banqueroute universelle.

  3. BA dit :

    Vendredi 20 janvier 2012 : la BCE a racheté 219 milliards d’euros d’obligations d’Etats pourries. Ce programme s’appelle « Securities Market Program » ou SMP.

    http://www.bloomberg.com/quote/ECBCSMP:IND

    En février 2012, Mario Draghi voulait encore racheter de nouvelles obligations d’Etat pourries. Mais la Bundesbank lui a dit : « Nein » . Et donc la BCE n’a pas racheté d’obligations d’Etat pourries.

    En mars 2012, Mario Draghi voulait encore racheter de nouvelles obligations d’Etat pourries. Mais la Bundesbank lui a dit : « Nein » . Et donc la BCE n’a pas racheté d’obligations d’Etat pourries.

    En avril 2012, Mario Draghi voulait encore racheter de nouvelles obligations d’Etat pourries. Mais la Bundesbank lui a dit : « Nein » . Et donc la BCE n’a pas racheté d’obligations d’Etat pourries.

    En mai 2012, Mario Draghi voulait encore racheter de nouvelles obligations d’Etat pourries. Mais la Bundesbank lui a dit : « Nein » . Et donc la BCE n’a pas racheté d’obligations d’Etat pourries.

    En juin 2012, Mario Draghi voulait encore racheter de nouvelles obligations d’Etat pourries. Mais la Bundesbank lui a dit : « Nein » . Et donc la BCE n’a pas racheté d’obligations d’Etat pourries.

    En juillet 2012, Mario Draghi voulait encore racheter de nouvelles obligations d’Etat pourries. Mais la Bundesbank lui a dit : « Nein » . Et donc la BCE n’a pas racheté d’obligations d’Etat pourries.

  4. BA dit :

    La deuxième restructuration de la dette grecque va coûter entre 70 et 100 milliards d’euros aux 17 banques centrales nationales et aussi à la BCE.

    Il va donc falloir recapitaliser les banques centrales nationales et recapitaliser la BCE.

    Deux possibilités :

    1- Les contribuables de la zone euro vont devoir payer entre 70 et 100 milliards d’euros d’impôts supplémentaires.

    2- Ou alors on va épargner les contribuables : les banques centrales nationales vont devoir vendre une partie de leurs réserves d’or.

    Quelle possibilité va choisir François Hollande en France, Mariano Rajoy en Espagne, Mario Monti en Italie, etc ?

    Lisez cet article :

    La Banque de France va-t-elle devoir vendre son Or ?

    Si la banque de France doit se recapitaliser pour absorber les pertes liées à une nouvelle décote des obligations souveraines grecques, elle devra faire appel à l’Etat ou peut-être…vendre son Or.

    L’Europe travaille à une nouvelle restructuration de la dette qui pourrait contrainte la banque centrale européenne (BCE) et la Banque de France à se recapitaliser. Pour faire baisser l’endettement de la Grèce et maintenir ainsi le pays dans la zone euro, cette restructuration de la dette supposerait en effet des pertes importantes pour la Banque centrale européenne et les banques centrales nationales. L’objectif serait, selon des informations obtenues par l’agence Reuters, de réduire l’endettement de la Grèce de 70 à 100 milliards d’euros afin de le ramener à 100% du produit intérieur brut.

    L’une des options envisagées consisterait pour la BCE et les banques centrales nationales membres de l’Eurosystème à accepter une décote de 30% sur les obligations de l’Etat grec qu’elles détiennent. Le montant total des créances du secteur officiel sur la Grèce , qui comprend les prêts bilatéraux consentis à Athènes par les Etats membres, est estimé entre 220 et 230 milliards d’euros.

    Les banques centrales de la zone euro détiennent en effet de grandes quantités de titres grecs acquis notamment dans le cadre du SMP (securities markets programme) et ces titres sont généralement assortis de taux d’intérêt très élevés. D’ailleurs, la Banque de France va reverser à la Grèce les intérêts qu’elle a perçu au tire des obligations souveraines grecques qu’elle détient, soit 754 millions d’euros comme le premier plan de restructuration le prévoyait.

    La BCE s’est refusé à tout commentaires sur ce sujet. Mais certains responsables européens estiment que la Banque de France et les banques centrales de Malte et de Chypre seraient en première ligne. Elles sont les plus exposées à la dette publique grecque, et pourrait avoir besoin d’être recapitalisées pour compenser les pertes liées à la décote des obligations souveraines qu’elles détiennent. Certains imaginent même qu’elle pourrait vendre son Or…

    http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20120727trib000711375/la-banque-de-france-va-t-elle-devoir-vendre-son-or-.html

    • matbee dit :

      Ils ne vont quand même pas encore nous dépouiller de l’or qui nous appartient ?

      • Nanard dit :

        drôle 🙂 qu’est-ce qui nous appartient, à toi et moi, matbe, explique stp je ne suis pas sûr de comprendre… lol

      • matbee dit :

        L’or de la Banque de France c’est celui de tous les Français… pas celui du gouvernement. Là est-ce que tu as bien compris Nanard ? Les politicards n’ont pas à le vendre pour renflouer la Grèce sans demander aux Français s’ils sont d’accord…

      • BA dit :

        Ils nous ont déja dépouillés de 572 tonnes d’or.

        Ils ont vendu 572 tonnes d’or entre 2004 et 2009, et tu ne le savais pas ?

        Mercredi 8 février 2012 :

        Quand Nicolas Sarkozy vendait l’or français pour une poignée de cacahuètes.

        La Cour des comptes pointe, dans son rapport annuel publié aujourd’hui, des erreurs d’appréciations sur la question de la vente d’une partie du stock d’or de la Banque de France survenue entre 2004 et 2009.

        En mai 2004, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Economie, annonce la vente de 500 à 600 tonnes d’or de la Banque de France sur 5 ans. La France pourra placer l’argent ainsi dégagé sur des devises et des placements obligataires, dont les intérêts serviront à réduire la dette. Une erreur d’appréciation que met en avant la Cour des comptes dans son rapport annuel.

        Mauvaise idée.

        Mauvaise idée : entre 2004 et 2011, le prix moyen de l’once d’or explose: il est passé de 409,72 dollars à 1 384,21 dollars. D’ailleurs au même moment, les banques centrales européenne et les banques centrales des Etats de la Zone euro, ainsi que la banque suisse et la banque suédoise Sveriges Riksbank décident de limiter leurs ventes d’or.

        20% des réserves d’or bradées.

        Le stock d’or de la Banque de France passe de 3 000 tonnes en 2004 à 2 445 tonnes fin juillet 2009. Si la France avait vendu ces 572 tonnes aujourd’hui, elle aurait touché deux fois plus d’argent, soit un montant supérieur à 18 milliards d’euros.

        http://www.midilibre.fr/2012/02/08/quand-nicolas-sarkozy-vendait-l-or-francais-pour-une-poignee-de-cacahuetes,455169.php

      • matbee dit :

        Si BA, je le savais. Evidemment. Mais ce n’est pas parce que le traître Sarkozy a vendu 600 tonnes d’or de la France sans mandat pour le faire qu’il faut laisser l’actuel gouvernement vendre le reste…

  5. Momo dit :

    Toujours des tricheries, des tours de passe-passe, etc…inefficaces (depuis 3 ans aux USA…), fort coûteux pour les prêteurs (dont nous sommes) et aucun prémisse montrant qu’on a enfin décidé de s’attaquer au mal initial, le crédit à la consommation, sns doute trop juteux pour un tas de « boites » et toujours la peur d’accepter , même, une stabilisation de la consommation !
    Apportez votre or aux innombrables acheteurs à bas prix qui font florès ou à l’Etat sacrebleu !

  6. BA dit :

    Dimanche 29 juillet 2012 :

    Les Allemands pensent qu’ils seraient mieux sans l’euro (sondage).

    Une majorité des Allemands pensent que leur pays serait en meilleure situation sans l’euro, selon un sondage paru dimanche, alors que le ministre de l’Economie a répété ses doutes sur le maintien de la Grèce dans la zone euro.

    Selon le sondage Emnid pour l’hebdomadaire Bild am Sonntag, 51% des Allemands pensent que l’économie de la première puissance européenne serait dans une meilleure situation si elle ne faisait pas partie des 17 pays de la zone euro.

    Vingt-neuf pour cent pensent que la situation serait pire.

    http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/afp-00457718-les-allemands-pensent-qu-ils-seraient-mieux-sans-l-euro-sondage-348521.php

  7. Jean LENOIR dit :

    Bonjour,

    Pour comprendre les manipulations, il suffit de comprendre l’intérêt…
    L’intérêt n’est que très particulier à une petite bande de cochons de copains, par l’intérêt général.
    S’en indigner n’est plus suffisant, puisque nous coulons…

    Jean LENOIR

  8. BA dit :

    Lundi 30 juillet 2012 :

    Madrid ne demandera pas l’aide des fonds européens.

    « L’Espagne ne demandera pas aux fonds de sauvetage européens d’acheter sa dette même si le pays souhaiterait voir rapidement reculer ses coûts d’emprunt », déclare le directeur du Trésor espagnol Inigo Fernandez de Mesa dans une interview au quotidien local Expansion.

    « Le Trésor émettra de la dette en 2013 pour les régions ayant sollicité l’aide de Madrid pour se financer », précise Inigo Fernandez de Mesa.

    Les 17 régions autonomes d’Espagne sont exclues de fait des marchés financiers, et nombre d’entre elles envisagent de se financer par le biais d’une ligne de crédit de 18 milliards d’euros mise en place par le gouvernement central.

    « Il n’est pas à l’ordre du jour de l’Espagne de demander au fonds d’acheter de la dette, pas du tout. Cela ne s’est pas produit et je peux vous assurer que cela ne se produira pas », déclare Inigo Fernandez de Mesa.

    (Dépêche Reuters)

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