L’Espagne, entre cynisme et culot (B. Bertez)

« Les Espagnols ne sont pas fous, loin de là. Ils savent défendre leurs intérêts et leur patrimoine, le mettre en sécurité. Ainsi comme vous l’avez vu les déposants dans les banques espagnoles ont retiré 74 mds d’euros de leurs comptes pour les mettre en sécurité. Ils connaissent la situation de leur pays, ils savent que tous les chiffres sont faux, bidonnés. Ils voient les maisons vides, les chantiers abandonnés, et les employés de banque savent que tout cela est inventorié sur des bases irréalistes. Et les banques ne sont pas les dernières à informer leurs clients ultra riches qu’il est prudent d’aller voir ailleurs, elles facilitent même les transferts chez les correspondants !

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“Il y a des banques qui ont des terrains qu’actuellement personne n’achète”, indique Fernando Encinar, responsable des études sur le portail immobilier Idealista. “Et si ces terrains sont dans des villes bien situées, où elles savent qu’en construisant des logements pas chers elles vont pouvoir les vendre, alors elles recommencent à construire”. On reste toutefois bien loin du niveau atteint avant la crise : selon le ministère du Logement, alors qu’en 2006 l’Espagne construisait 737.186 logements, en 2011 elle n’en a bâti que 76.005.

Pendant que, sur les collines de Benalmadena, les grues sont déjà au travail pour un nouveau complexe résidentiel qui verra le jour face à la mer, à trente kilomètres de là, à Malaga, un lotissement voit ses maisons, qui n’ont jamais été achevées, se couvrir de graffitis. Et dans d’autres zones du pays, reconnaît Fernando Encinar, “personne n’achète et on ne construira plus pendant longtemps”. Alors, imagine-t-il, “peut-être qu’à court ou moyen terme, nous verrons des logements non terminés être détruits, pour rendre le terrain à la nature.”

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Pendant que les Espagnols mettent leur argent à l’abri, c’est le vôtre qui bouche les trous. Le vôtre par le biais des balances du système européen et par vos aides directes et indirectes. La dette de la Banque centrale espagnole vis-à-vis de l’eurosystème atteint des proportions galactiques, pour parler comme au foot dont ils sont les rois, à coups de centaines de millions d’euros de votre poche, et cette dette ne sera jamais remboursée, vous y serez pour le prorata de la France dans ce sinistre eurosystème, tout comme les Allemands y seront pour le leur, lequel est encore plus important… Les ordres de grandeur sont par centaines de milliards. Et l’on ne vous parle en France que de trous de quelques milliards pour justifier votre spoliation ! Vous y serez de votre poche, à la fin quand le rêve s’écroulera.

Les Espagnols donc mettent leur argent, leur fortune en sécurité, bien à l’abri dans des comptes et des coffres qui n’ont plus la nationalité espagnole et leur prudence se traduit par un accroissement considérable de vos risques, comme si vous n’en n’aviez pas déjà assez avec l’incurie de vos propres gouvernants.

Plus l’argent des dépôts fuit l’Espagne et plus les maîtres chanteurs sont en position de force, voilà encore une chose que l’on vous cache. Car personne ne sait, mis à part persévérer dans la ruine et l’erreur, comment résoudre ce problème.

La tarte à la crème en cours de cuisson actuellement de l’unification bancaire européenne est de la poudre aux yeux pour la bonne raison que cette unification, perte de souveraineté bancaire, ne peut sérieusement être envisagée sans son pendant : l’unification fiscale…

Les pays du core, core dur à l’allemande et core mou à la française sont dans la seringue. Cette histoire de balances au sein de l’eurosystème est l’une des plus grosses erreurs de gestion des pères de l’eurozone.

Personne n’avait prévu que la dialectique ferait son œuvre et que les faibles seraient les plus forts, tenant leurs créanciers par la barbichette pour parler poliment.

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Il y a comme un parfum de «subprimes» qui flotte au-dessus d’une série de produits exotiques. Il s’agit de créances immobilières en provenance d’Europe du Sud.

Ils s’appellent Bancaja 8A, UCI 8 TR A… derrière ces noms barbares, se cachent des produits adossés à des prêts immobiliers espagnols ou italiens. Bien notés par les agences de notation, ces produits ont été diffusés dans de nombreuses banques européennes. Dans son rapport annuel, ECBC, le spécialiste de ces produits, estime qu’il y a 1,62 trilliard d’euros en circulation rien que sur l’immobilier dans l’Europe des 27. Les spécialistes reconnaissent que certaines créances risquent de ne pas pouvoir être vendues. Cela explique pourquoi les banques espagnoles, par exemple, se ruent au guichet de la Banque Centrale Européenne.

Cela ne vous rappelle rien ? C’est ce grand jeu de la titrisation, consistant à prendre des prêts immobiliers et à les reclasser par paquet à des fonds d’investissement ou des banques qui avaient mis à terre le marché immobilier américain.

Pour le moment, la situation n’est pas visible car la Banque Centrale Européenne est prête à prêter de l’argent en échange de ces produits complexes. A partir du moment où de nombreux ménages espagnols ou italiens ne seront pas capables d’honorer leurs prêts, qui va encaisser la perte ? Les banques, la BCE ? Des questions se posent…

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Mais il y a pire encore. Nous sommes désolés, mais oui, il y a pire encore.

Jusqu’au mois dernier les banques espagnoles avaient pratiqué le triste Sarkozy trade, entendez par là qu’elles avaient acheté des bonds de leurs souverains avec des fonds courts, quasi gratuits de la BCE, et bien, tenez-vous bien elles commencent à les vendre. Elles les vendent pour compenser la chute de leurs dépôts, elles les vendent parce qu’elles ont des gogos en face. Le fait que Draghi ait fait son coup d’Etat et se propose de se porter contrepartie donne aux banques espagnoles la possibilité de se décharger toujours sur le dos de la collectivité européenne. Nous disons cela car nous voyons mal des investisseurs extérieurs venir prendre le risque de se mettre en face des banques espagnoles.

Ah, la solidarité ! C’est fou ce qu’ils aiment nos Espagnols…

Pendant ce temps la France qui à notre connaissance n’a pas de problème de solvabilité, comme en témoignent les taux courts négatifs et le niveau raisonnable des taux longs, la France taxe et surtaxe ses ressortissants pour… pallier à l’insolvabilité des pestiférés.

Pendant ce temps, le moral des Français chute dans les plus bas étiages historiques, prélude à une chute dramatique de l’activité et donc à une forte montée du chômage.

Nous l’avons dit dès le premier jour, l’erreur fondamentale du pouvoir en place est de s’être solidarisé des pestiférés alors que la France n’était pas dans ce camp.

En se solidarisant aux pestiférés, la France les a enhardis et leur a permis de renverser le rapport des forces européennes, elle leur a permis, en état de faiblesse, de devenir les maîtres du jeu.

Cette erreur française est une faute de jugement des nouveaux élus, ils ont cru, compte tenu de leur passé laxiste et de leurs promesses électorales, qu’ils allaient eux aussi se trouver dans le camp des pestiférés, ils n’ont pas compris que dans un monde financièrement pourri, la France faisait encore partie de ceux qui l’étaient moins. La France fait partie du core mou, certes, mais elle fait partie du core. Et il suffirait d’un virage politique et d’un virage de politique économique et fiscale pour qu’elle puisse prétendre rejoindre le core dur. N’oubliez pas, dans un monde financier en décomposition, les concours de beauté ne sont que relatifs.

Il est encore temps de réagir et de penser à l’intérêt des Français au lieu de penser à l’agenda de l’Internationale socialiste ».

Bruno Bertez, le 2 septembre 2012

Lire aussi :

De la troisième voie de Draghi à la lâcheté française

3 417 000 logements vacants en Espagne

L’Espagne appelée à mettre la main à la poche pour aider régions et banques

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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2 commentaires pour L’Espagne, entre cynisme et culot (B. Bertez)

  1. Jean LENOIR dit :

    Eh, oui nous avons la patate chaude dans les doigts et ça brûle car il n’y a plus personne à qui la passer. Et, bien entendu, l’Allemagne n’ira pas renflouer la France !

    Edifiant l’amateurisme, les copains et les coquins !

    Jean LENOIR

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