Draghi, l’hommage du vice à la vertu (Bruno Bertez)

« Dans les temps anciens la quantité de monnaie présente dans une économie était considérée comme importante : Ceci était un héritage des monétaristes de l’Ecole de Chicago. D’ailleurs on publiait régulièrement les différents agrégats monétaires et on les suivait avec attention.

Les innovations monétaires des 25 dernières années ont relégué le suivi des masses monétaires à l’arrière plan. La création monétaire ne suit plus les mêmes canaux qu’avant et par ailleurs la vitesse de circulation de la monnaie a perdu sa stabilité : Après avoir beaucoup accéléré, elle a chuté.

La vraie quantité de monnaie dans le circuit est moins facilement appréciable en raison de l’existence de nombreux instruments money-like, qui ont la caractéristique de la monnaie, et aussi en raison du développement du shadow banking system. Bref pour faire court, disons que les innovations ont fait que les théories monétaires anciennes se sont trouvées insuffisantes. Greenspan disait il y a quelques années : “la monnaie je ne sais plus très bien ce que c’est ”. Nous ajouterions, on s’en est aperçu.

La quantité de monnaie dans le circuit est à la fois plus importante qu’on le croit quand l’appétit pour le risque est là, elle est beaucoup moins importante qu’on ne le croit quand la préférence pour la sécurité s’installe. Cela tient au rôle déterminant des marchés, lesquels en fait se sont plus ou moins substitués aux banques.

Ce qui compte vraiment comme indicateur c’est le crédit. L’évolution de la masse de crédit dans le circuit est plus importante à suivre et contrôler que l’évolution de la masse de monnaie. Les banques centrales utilisent, manipulent la monnaie pour relancer le crédit.

Nous attirons votre attention sur le fait que la masse considérable des dépôts des banques auprès de la BCE montre bien que ce qui compte c’est l’appétit pour le risque, ou son inverse, la frilosité.

Vous comprenez que Draghi comme à l’accoutumée se moque des gens, voire les méprise. Stériliser les achats de bonds souverains des pestiférés c’est retirer du circuit monétaire l’équivalent, une masse de monnaie équivalente, à ses achats. Ce qui permet de dire : Ce n’est pas inflationniste, la quantité de monnaie reste la même !

Notre Draghi pour jouer au rigoureux fait semblant de lutter contre quelque chose qui ne présente aucun risque.

C’est ce que l’on appelle un hommage du vice à la vertu.

Comme nous l’avons expliqué plus haut la quantité de monnaie traditionnelle dans le circuit a perdu de son importance, ensuite le problème de l’inflation ce n’est pas la quantité de monnaie mais sa vitesse de circulation. Or la vitesse de circulation n’est pas contrôlable par les apprentis sorciers. Donc Draghi se dédouane en vous prenant pour des imbéciles, dans le genre : voyez, il n’y a pas de risque que je sois dopé, je ne sniffe pas. Et pendant ce temps il se fait un shoot, une piqûre.

Car le vrai shoot c’est la promesse d’interventions illimitées qui donne l’assurance à la communauté spéculative que l’on ne retirera pas le célèbre bol de punch euphorisant. C’est le “Allez-y les gars”. Destiné à ses amis de chez Goldman.

Notre Draghi sait bien que ce qui est important pour que la monnaie trouve son chemin dans l’économie et circule c’est l’appétit pour le risque, il a sous les yeux toutes les études de la BCE sur cette question, et si ses promesses sont crues et si elles sont mises à exécution alors, l’euphorie peut s’installer avec elle non seulement le goût du risque mais aussi l’imprudence…

Nous sommes désolés si c’est un peu complexe mais même en essayant de simplifier, la monnaie est chose complexe. Et nous tenons à souligner que c’est précisément parce que c’est compliqué que des Arturo Draghi et ses complices peuvent accomplir des spoliations, des imprudences, des actes antidémocratiques en cachette avec la bénédiction des médias qui prennent sous la dictée.

La financiarisation a constitué un déplacement du lieu de “l’exploitation” des gens. Avant cela se faisait par le biais de l’économie réelle, productive, maintenant cela se fait par le biais de la finance et cela touche les gens non seulement dans leur activité productive, leur travail, mais aussi dans leur épargne.

On les “exploite” moins ou pas du tout quand ils travaillent car maintenant il y a les émergents à “exploiter”. L’exploitation s’est déplacée voire inversée, car beaucoup de travailleurs sont payés plus qu’ils ne produisent, mais en revanche on les “exploite” par le crédit et la spoliation de leur épargne individuelle et collective.

Disons que le facteur “Capital ” s’est adapté : à l’étranger il tire son profit des bas salaires des émergents et à l’intérieur il tire son profit de l’exploitation financière, des prêts par le biais du crédit et du vol de l’épargne des classes moyennes.

L’épargne depuis la financiarisation est systématiquement pillée, spoliée : Les classes moyennes ne réussissent plus jamais à devenir supérieures, l’ascenseur social c’est fini, leur avenir c’est de rejoindre les déshérités. Et ce d’autant plus facilement que les taxes sur l’héritage, la baisse des seuils est délibérément conçue pour cela par les socio-démos.

C’est pour cela que derrière la financiarisation il faut dénoncer la kleptocratie et ses alliances politiques de la fausse droite et de la social-démocratie.

Tous ces choix, que l’on vous présente comme techniques ou bien comme moraux, actes de solidarité, sont en réalité des choix politiques sur lesquels vous devriez être consultés, sur lesquels vous devriez voter par référendum. Nous disons par référendum car le vote des parlementaires est ce qu’il est… un vote des élites contre vous.

En Allemagne un mouvement en faveur de référendum sur ce qui se passe en Europe se développe et prend de la puissance, relayé par de grands organes de presse. Les Allemands ont compris que la Cour constitutionnelle était un organe accessoire du pouvoir des élites et qu’il était temps que le peuple reconquière sa souveraineté ».

Bruno Bertez, Le blog à Lupus, le 11 septembre 2012

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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4 commentaires pour Draghi, l’hommage du vice à la vertu (Bruno Bertez)

  1. BCE.Les triturations impossibles. Du rêve, encore du rêve:les peuples devront payer les frais de la « casse monétaire ».Pour Draghi il nous faut rejoindre le systéme de l’Américan Way of Life.Oui çà peut allêcher le consommateur stupide mais l’européen sensé et les grandes entreprises françaises font pareil que les banques.Oui ,Mr le Duc Arnault de LVMH,à vos ordres.Bon Mr Draghi! Nous allons acheter une deuxiéme maison,une troisième voiture parce que tel est votre bon plaisir.C’est aussi le souci de tous les banquiers qui veulent que nous oeuvrons dans le sens du crédit:-à 0,75 % de Refi et à 3 % DE reprêt à C.T c’est payant.dans tout çà ,le problème c’est que le consommateur ne pourra pas entretenir tout son patrimoine(assurances,réparations,plomberie mécanique) C’est l’utopie du crédit.probus.

  2. ferblanc dit :

    Un hommage appuyé ! On ne voit d’ailleurs plus que le vice… On se demande combien il faudra encore de crimes financiers pour que les gens ouvrent les yeux et balaient ces misérables truqueurs qui pillent les richesses de l’humanité à l’aide de simples chiffres sur un ordinateur?

  3. zorba44 dit :

    Faire des conneries dans tous les sens, tous les péchés financiers possibles et imaginables et faire croire que c’est sans limite est une hérésie. Il y a quelques années les unités d’appréciation étaient de l’ordre de dizaines ou de centaines de millions, puis on est passé à dizaines ou centaines de milliards.
    Lorsqu’on atteindra les dizaines ou centaines de trilliards (une dizaine de trilliards égale 10 000 000 000, ou si vous préférez dix mille millions) si on est pas dans le vertige avec un salaire médian de l’ordre de 35 000 par an, c’est le salaire de quelques trois millions de personnes dont il est question pour une faute de dix trilliards, alors c’est que les shootés ne se rendront pas compte qu’ils sont en état de coma avancé.
    Faire rêver le bon peuple avec les gains faramineux de la bêtise, l’euromillion, pourquoi pas – mais s’ils ne se rendent pas compte du drame que représente l’euro dette – alors c’est que la communication a réussi à leur coller des oeillères fantastiques…

    …celles de leur propre mort patrimoniale en tant qu’agents économiques individuellement pris.

    Jean LENOIR

  4. Ivan dit :

    L’analyse est pertinent jusqu’à cette incongruité :
    « L’exploitation s’est déplacée voire inversée, car beaucoup de travailleurs sont payés plus qu’ils ne produisent, mais en revanche on les “exploite” par le crédit et la spoliation de leur épargne individuelle et collective. »
    Et là on entre en effet dans le délire libertarien : où M Bertez a t-il vu qu’il y avait « spoliation » de l’épargne ? (car en revanche pour le crédit, ça se tient…) Cela tient du fantasme et va à l’encontre de la réalité, car, malgré la crise économique, les détenteurs de capital se sont considérablement enrichis, particulièrement les fameux 1% les plus riches au profit desquels a été menée la financiarisation de l’économie.
    Quant au fait que les salariés soient payés « plus qu’ils ne produisent », hum… Est-ce à dire que les détenteurs de capital n’ont plus aucune plus value à faire fructifier ? Ou plutôt qu’il faudrait réduire les salaires ? De manière, probablement, à relancer l’épargne des classes moyennes et leur permettre ainsi, selon Bertez, comme au bon vieux temps, de s’élever socialement grâce à l’accumulation privée, chose qui n’a jamais existé dans l’histoire ?
    Donc une fois de plus, du fait d’une vision idéologique déphasée, Bertez par d’une analyse pertinente de la monnaie pour arriver à des conclusions aberrantes. Ainsi, si les « Les classes moyennes ne réussissent plus jamais à devenir supérieures, l’ascenseur social c’est fini, leur avenir c’est de rejoindre les déshérités. », c’est avant tout dû au fait que la mondialisation et les délocalisations pèsent sur les salaires et leur pouvoir d’achat, la répartition du pib qui va aujourd’hui d’avantage au capital qu’aux salaires, ce qui, entre autre, ne leur permet plus d’épargner, CQFD. Et la cause n’en est sûrement pas « les taxes sur l’héritage », à part dans l’esprit malade d’un libertarien, ce dernier n’ayant rien à voir avec le pouvoir d’achat des salariés et la répartition de la plus value…

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