60 millions de pigeons

Un article de Hashtable.

« La grogne des entrepreneurs, indépendants et patrons de start-ups prend de l’ampleur et, petit à petit, les langues se délient : décidément, la multiplication de coups bas d’une gauche en roue libre depuis l’euphorie des élections était trop rapide pour que les plus autonomes des Français encaissent sans broncher. Et rapidement, le mouvement né sur Facebook à la suite d’une conversation désabusée rassemble plusieurs milliers de personnes qui participent maintenant au groupe. Une manifestation, prévue dimanche 7 octobre vers 15h à Paris, permettra de compter vraiment ceux qui sont prêts à se mobiliser pour défendre une certaine idée de l’entreprise en France. En attendant, la presse s’empare timidement du sujet.

Et lorsqu’on voit les quelques articles produits, on ne peut que noter l’habituelle tendance des journalistes à raconter un peu n’importe quoi.

Le Monde, organe jadis de référence, a par exemple pondu quelques lignes dès le lundi soir, alors que la page Facebook comptait moins de 10.000 adhérents. Le résultat, peut-être écrit par un stagiaire pressé, laisse songeur : pour le fin analyste — qui a semble-t-il oublié le fact-checking de base et colle sans vergogne Edouard Fillias ou Daniel Tourre dans le mouvement « Alliance Libérale » (inconnu au bataillon en France, au contraire d’Alternative Libérale) — le mouvement, bien qu’apolitique, n’est pas exempt de toute idéologie.

Oui, aussi incroyable que cela puisse paraître, ces gens étranges qui refusent de se faire tondre ont une idéologie. Peut-être celle qui consiste à comprendre que l’entreprise permet de créer de la richesse, et que, partant, il faudrait la choyer plutôt que l’assommer ? Allez savoir. En tout cas, dit comme ça, cela semble un peu nauséabond, limite droitard.

Et puis, ce groupe semble bel et bien piloté par l’UMP : comme certains des premiers adhérents de la page Facebook sont des adhérents UMP, le lien semble évident. Et comme le mouvement serait « soutenu par l’opposition » (parce que « qui ne dit mot consent », je suppose), et, pire ! par des libéraux qui écument la toile avec leur puissance de frappe incomparable, tout ceci ne peut évidemment que prêter à suspicion.

On ne peut s’empêcher aussi de noter que cette même presse se penche avec insistance sur le fait qu’après tout, cette grogne est dirigée vers un projet de loi de finance pour 2013 : comme ce n’est pas certain, est-il bien utile de ronchonner tout de suite ? On aimerait le même recul et les mêmes remarques lorsque les cheminots font des grèves préventives, lorsque les syndicats dégainent les débrayages pour des projets et des rumeurs de couloirs. Du reste, que vaut-il mieux : exprimer sa désapprobation avant ou après le vote des députés ? Avant que le texte fasse force de loi, lorsqu’il est encore amendable, ou après ?

La presse a en outre beau jeu de noter que les motifs précis de grogne des indépendants, des petits entrepreneurs et des auto-entrepreneurs sont parfois exagérés par rapport au texte tel qu’il existe : patati dans ce cas-ci, vos cotisations n’augmenteront pas, patata dans ce cas-là, le patron qui revend sa boîte n’aura pas 60% d’impôts à payer. Mais là encore, les fins analystes qui se bousculent au comptoir du bistrot pour expliquer que tout ceci ne vaut pas un fromage loupent la forêt pour la branche d’arbre : si, spontanément, autant de personnes sont prêtes à s’impliquer dans un mouvement qui n’existaient pas il y a encore trois jours, c’est que, très manifestement, on a touché un point sensible, très sensible. Si, aussi soudainement, autant d’individus se sentent à ce point menacés, c’est que, très clairement, un problème fondamental se fait jour entre le gouvernement et les gouvernés, et qu’il ne s’agit pas que d’un bête problème de communication d’un gouvernement aphone et déconnecté d’un peuple de plus en plus éloigné de ses préoccupations, l’éloignement des prochaines élections jouant ici à fond.

Et, plus fondamentalement encore, si la réaction est à ce point épidermique, c’est bel et bien parce que les individus qui ont réagi l’ont fait parce qu’ils comprennent, de façon viscérale, que le chemin pris n’est non seulement pas le bon, mais mène à la ruine, de leurs entreprises, de leurs vies, et, plus largement, du pays tout entier dont l’élite dirigeante, devenue totalement parasite, n’a toujours pas compris qu’elle dépend pour vivre.

La réaction microscopique des ministres concernés ne laisse aucun doute : l’entreprise, en France, est effectivement considérée comme une belle grosse vache à lait, dodue et indolente, qu’on va pouvoir traire, tondre et découper pour en tirer le maximum, cuir compris.

Mais au-delà de ce que la presse peut en dire, avec toutes les pincettes nécessaires à l’exercice pour éviter de laisser libre-cours au poujadisme turbo-libéral qui suinte évidemment de toute l’initiative (et tomber, de fait, dans les zeures les plus sombres de notre histoires, bien sûr), on ne peut que constater le décalage entre le mouvement de grogne observé, sa rapidité à fédérer des individus qui n’ont en commun, finalement, que de vouloir simplement poursuivre leur activité, et la passivité complète de tous le reste du pays.

Parce que la pluie d’impôts et de taxes, elle, continue de tomber dru.

Certes, pour faire bonne mesure, Hollande, dans sa Grande Normalité, a bien proposé de faire faire 5.4 millions d’euros d’économie au Palais Présidentiel et à son équipe. Plus que 34995 millions d’économies de la même sorte, et la France n’enregistrera pas un trop gros déficit l’année prochaine !

Et pour le reste, nada, ou presque. En fait d’économies, et malgré des démentis gouvernementaux confus que les Français ne gobent décidément pas, l’Etat tente d’équilibrer son budget par une hausse d’impôts et de taxes sans précédent. Quant au nombre de fonctionnaires, il augmente. Tout comme les entrepreneurs, les retraités sont à leur tour mis à l’index.

Une différence de taille, cependant : aucun mouvement ne semble gagner. Bien qu’une partie du pays ait cru, naïvement, que l’arrivée d’une gauche omniprésente au pouvoir allait enfin transformer la France en pays du miel et du lait, bien que l’Etat français ponctionne et redistribue comme jamais auparavant, bien que le chômage, la pauvreté et les inégalités n’aient jamais été aussi fortes dans le pays, pas le moindre ressentiment ne fait jour.

Les pigeons, ils sont finalement 60 millions ».

Hashtable, le 2 octobre 2012

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Nicolas Doze : Les « Pigeons » refusent de se faire plumer

(BFM TV, le 2 octobre 2012)

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 53 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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9 commentaires pour 60 millions de pigeons

  1. Jean LENOIR dit :

    Il est temps que la rue commence à bouger – afin de déloger le parasitisme gouvernemental et financier de ses illusions quant à la capacité de collectionner conneries, sans précédent au niveau atteint, et capacité à fédérer les rancoeurs issues du prix que l’on fait payer aux gouvernés des turpitudes et crimes des dirigeants.

    Jean LENOIR

  2. Ping : 60 millions de pigeons | Le Monde en Chantier | Scoop.it

  3. thierrycurty dit :

    Et Giudicelli, responsable de la communication digitale de l’Elysée SE MOQUE DE LA GUEULE des acteurs du mouvement. http://mry.blogs.com/les_instants_emery/2012/10/frederic-giudicelli-responsable-communication-digitale-elysee-hollande.html

  4. little boss dit :

    Les petits patrons malades de la crise

    EXCLU – 25% des patrons ont eu des problèmes de santé récemment, selon une enquête.

    Avec la crise, les employés redoutent de perdre leurs emplois. La plupart des patrons, eux, craignent de ne pas pouvoir payer leurs salariés. Une enquête Ifop/Fiducial s’est en effet penchée sur la question et son constat, révélé par Europe 1, est sans appel : les chefs d’entreprises n’ont plus le moral ni la santé.

    Un quart ont des problèmes de santé

    Un patron sur quatre a ainsi rencontré des problèmes de santé au cours des deux dernières années. De plus, 30% considèrent, aujourd’hui, être dans une forme physique plutôt mauvaise.

    L’anxiété et le stress sont la première cause de consultation médicale. Un tiers des patrons souffrent d’une charge de travail trop élevée et beaucoup se dopent aux médicaments. C’est notamment le cas d’Annie, qui dirige une entreprise dans l’ouest de la France.

    « Je prends des médicaments pour dormir, je prends des médicaments dans la journée pour faire en sorte de ne pas être trop stressée », témoigne-t-elle au micro d’Europe 1, avant d’ajouter : « par moments, je n’en peux plus et je me dis que finalement, ce ne serait pas plus mal de tout arrêter. Où va-t-on ? On ne le sait pas ».

    « Depuis quelques mois sur la corde raide »

    « La nuit on se pose des questions, on se demande si à la fin du mois on aura rentré les sommes suffisantes pour régler les salaires, les charges. Si nos clients nous paieront bien, si eux ne seront pas en liquidation judiciaire et ne nous l’auront pas dit », poursuit Annie.

    « Depuis quelques mois, on vit vraiment sur la corde raide, en permanence dans le stress », ajoute-t-elle, avant d’égrener ses problèmes de santé : « Je n’ai jamais eu autant de problèmes de santé que cette année avec le stress. Grosse fatigue, des problèmes d’oedèmes, des sciatiques complètement bloquées alors que jamais je n’ai été bloquée, des problèmes d’angine ».

    Et Annie de conclure : « c’est mon organisme qui subit. Cela fait peur. La santé est importante, doit-on mettre en danger sa vie pour son entreprise ? » Pour se soulager, les patrons n’hésitent pas à se confier : ils se tournent d’abord vers leur famille, puis vient leur expert comptable et enfin leurs amis, toujours selon l’étude Ifop/Fiducial.

    (SFR Info/ Europe 1)

  5. Jean LENOIR dit :

    @little boss

    Si vous connaissez Annie : donnez-lui, si elle peut se le permettre, le conseil de tout arrêter.
    La santé d’abord : pour soi et pour les siens.

    Jean LENOIR

    • thierrycurty dit :

      La santé pour soi et les siens…c’est l’argent, et seulement l’argent. Et l’argent, c’est l’entreprise. Donc, avant de s’occuper de sa famille, il faut s’occuper de son entreprise. Parce que s’occuper de son entreprise, c’est d’abord et avant tout de s’occuper de soi et des autres.

  6. TROPPO dit :

    PIGEONS : LE GOUVERNEMENT RECULE

    Le gouvernement français va faire marche arrière sur la fiscalité des créateurs d’entreprise, après trois jours de fronde de jeunes entrepreneurs, qui se sont baptisés les « Pigeons » et ont été rejoints par le patronat, contre les mesures fiscales du gouvernement.

    « S’il y a des mesures qui choquent ou sont de nature à dissuader l’investissement de ces jeunes entreprises innovantes, il faudra y revenir », a déclaré jeudi le ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, alors que des représentants des jeunes entrepreneurs doivent être reçus par les ministres à 16h00.

    Seront présents notamment Marc Simoncini (investisseur, fondateur de Meetic), Geoffroy Roux de Bézieux (Virgin Mobile), Nicolas von Bülow (investisseur), Oussama Ammar (entrepreneur) ainsi que Philippe Lemoine (chargé de l’économie numérique au Medef), deux présidents de pôles de compétitivité et celui de la CGPME Jean-François Roubaud, selon Bercy.

    Avant cette réunion, M. Moscovici a laissé entrevoir de possibles « amendements » au projet de budget 2013, d’une rigueur historique, qui prévoit d’aligner l’imposition des revenus du capital sur le barème de l’impôt sur le revenu.

    Pour désamorcer la colère des « pigeons », qui redoutent de devoir verser 60% de leur plus-value à l’Etat lorsqu’ils revendront leur affaire, le gouvernement a dans un premier temps expliqué qu’il s’agissait d’un taux maximum n’affectant que les plus grosses plus-values. Plusieurs abattements sont également prévus.

    Mais cela n’a pas suffi à apaiser le courroux des frondeurs, qui se sont baptisés « Pigeons » sur les réseaux sociaux pour protester contre la mesure.

    Ils ont reçu le soutien des organisations patronales, dont la principale, le Medef. Sa présidente, Laurence Parisot, a même parlé de « racisme » anti-entrepreneurs.

    « Ce serait un grand signe d’intelligence de dire on arrête cette mesure qui est contreproductive et ultradémotivante dans une ambiance de guerre économique mondiale », a déclaré de son côté jeudi le président du Groupe des Fédérations industrielles (GFI) Pierre Gattaz.

    D’une manière générale, le projet de budget est mal perçu dans l’opinion. Si le gouvernement entendait cibler avant tout les grandes entreprises et les plus riches, les 37 milliards d’effort budgétaire ne sont pas jugés « équitables » par 54% des Français, selon un sondage BVA jeudi.

    Manifestation annulée

    « Quand des mesures sont mal calibrées, il faut (…) avoir un dialogue et éventuellement une correction », a reconnu M. Moscovici sur France Inter.

    Le gouvernement ne veut pas « étrangler » les start-up et « des solutions » sont à l’étude pour éviter que les mesures sur la taxation des cessions d’entreprises ne les pénalisent, avait indiqué mercredi soir l’Elysée.

    Les « pigeons » y avaient vu une « victoire », via un message sur Facebook. Ils ont décidé d’annuler leur appel à manifester dimanche devant l’Assemblée nationale.

    « Nous voulions lancer un débat et celui-ci a lieu », ont-ils constaté.

    De son côté, le ministre des Finances, Jérôme Cahuzac, s’est employé jeudi à rassurer, rappelant par exemple qu’un « jeune qui monte une entreprise » ne serait pas mis à contribution s’il s’agissait d’une « entreprise innovante » bénéficiant d’un régime particulier.

    Quant à ceux qui ne bénéficient pas de ce régime, « on va les écouter et s’ils nous proposent des choses intelligentes, on s’efforcera de les mettre en oeuvre », a-t-il promis sur Radio Classique.

    Pour autant, M. Cahuzac exclut de revenir sur « l’essentiel »: « le revenu du capital doit participer à l’effort comme le revenu du travail », promesse de campagne de François Hollande.

    Dans le détail, la ministre déléguée aux PME et à l’Innovation, Fleur Pellerin, a évoqué deux « pistes ».

    Le gouvernement pourrait « moduler un peu » le taux à partir duquel les détenteurs de titres qui réinvestissent leur plus-value dans une autre entreprises bénéficient d’un abattement.

    Dans l’état actuel du projet de loi de finances, il faut réinvestir 80% de sa plus-value dans une nouvelle entreprise pour être exonéré, sous conditions.

    Bercy réfléchit en outre à faire bénéficier plus tôt les actionnaires de leur propre société, des abattements conçus pour les inciter à conserver leurs titres sur une longue durée. Pour l’instant, le budget prévoit un abattement progressif en fonction de la durée de détention, à partir de deux ans.

    http://www.boursorama.com/actualites/france-le-gouvernement-recule-sur-la-fiscalite-des-createurs-d-entreprises-63b6caf21c4f9329ddf4113e686cfa59

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