Au commencement était la dette (B. Bertez)

« Le système financier, c’est l’ensemble des institutions dont la matière première est la DETTE. La finance, elle émet de la dette, elle fait circuler de la dette, elle place de la dette, elle négocie de la dette ».

Lisez, relisez la citation rapportée ci-dessus de Peyrelevade, elle est fondamentale.

L’intérêt de cette forte affirmation de Peyrelevade est de remettre sur les pieds ce qui marche sur la tête , ce qui est inversé.

Ce qui est premier, ce qui est la pierre angulaire du système, ce qui en constitue la matière première c’est la dette. La dette, affirmons-nous, crée, fabrique la monnaie, c’est une vérité cachée qui explique :

  1. la crise actuelle
  2. les pseudo-remèdes utilisés, toujours plus de dettes
  3. le sort commun dettes/monnaies
  4. le pourrissement final de la monnaie de crédit entraîné par le choix d’émettre de la dette à tout prix.

Depuis longtemps nous ne faisons plus de distinction entre le papier émis à maturité zéro, ce que l’on appelle la monnaie et les papiers à maturité différée que l’on appelle les dettes. Pour nous c’est kif kif, on a la monnaie d’un coté et les monnaies-like de l’autre. Toute la constitution de l’énorme stock de dettes globales a reposé sur un mythe, à savoir que les monnaies-like étaient équivalentes, au sens fort, à  de la monnaie.

Les assets-backed par des prêts subprimes étaient triple A, c’est à dire garantis money-like, comme de la monnaie, on pouvait les échanger contre de la monnaie maturité zéro à chaque instant; C’est quand on a perçu leur caractère douteux, quand on a eu la révélation qu’ils n’étaient plus aussi bon que de la monnaie, que l’on a voulu les échanger contre de la monnaie , que la crise a éclaté; et il a fallu créer de la monnaie à partir de rien pour honorer la fausse promesse contenue dans les subprimes.

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Une montagne de créances douteuses qui continue de croître

Les chiffres font froid dans le dos. L’exposition de la zone euro à la Grèce, à l’Irlande à l’Italie au Portugal et à la Grèce – c’est-à-dire les actifs de ces pays détenus par le secteur public et les banques du Vieux continent – dépasse aujourd’hui largement les 2000 milliards d’euros, soit presque l’équivalent du PIB français. Cette même exposition n’était « que » de 1600 milliards d’euros environ au printemps dernier.

Comment expliquer ce dérapage de 400 milliards d’euros, alors que les banques n’ont de cesse de réduire leur propre exposition depuis le début de la crise grecque ? Le volume d’actifs » à risque » a sans doute été revu à la hausse. Mais la principale explication est ailleurs. L’exposition de la zone euro au risque des pays du sud s’est largement déplacée du secteur privé vers le secteur public. Et par le jeu des prêts des bilatéraux, des prêts du FESF et des emprunts contractés auprès de la BCE, ce secteur public a accumulé des créances à un rythme inquiétant. La BCE, par exemple, possèderait aujourd’hui plus de 600 milliards d’euros de titres provenant des pays d’Europe du Sud, alors qu’elle possède un capital inférieur à 100 milliards d’euros.

Des banques soumises à une cure d’amaigrissement dangereuse

Les banques sont toujours dans une position délicate, même si elles ont réduit leur exposition aux pays du sud. Sur la période qui va du troisième trimestre 2011 au quatrième trimestre 2013, les 58 plus grandes banques de la zone euro se seront délestée de 2800 milliards de dollars d’actifs, soit 200 milliards de plus que prévu il y a six mois. Ces opérations de réduction de bilan ont pour but de sortir de leurs comptes les actifs les plus douteux – quitte à se débarrasser de l’ensemble de l’activité qui les gère. Mais également de respecter les nouvelles normes prudentielles, lesquelles impliquent un d’avoir un niveau minimal de fonds propres par rapport aux prêts accordés.

Le montant d’actifs cédés atteindrait 4500 milliards de dollars (soit l’équivalent du PIB de la France et de l’Italie) et la baisse du crédit 18%. Les banques européennes pourraient se débarrasser de 2,17 milliards d’euros d’actifs, soit plus de 7% de leurs totaux de bilans d’ici la fin de l’année. Pour les banques de la périphérie, ce « deleveraging » pourrait même aller jusqu’à 10%. Source FMI

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Les emprunts souverains européens, c’est la même chose, on a voulu nous les faire passer pour du money-like, même quand ils étaient émis en dépit du bon sens, on a dit qu’ils étaient aussi bons que de la monnaie, on a adossé de la création monétaire sur ces emprunts par leur leveraging et collatéralisation et on a dû se rendre à l’évidence : les dettes souveraines ne sont pas de la monnaie. Elles ne sont pas triple A, on ne peut pas les échanger contre la monnaie. L’équivalence quasi monnaie, money-like et monnaie est brisée. Elle est brisée réellement, le papier emprunt d’Etat n’équivaut pas à de la monnaie, même en lui appliquant un abattement pour tenir compte de la maturité, c’est à dire en tenant compte de la décote d’actualisation / taux d’intérêt.

C’est la raison pour laquelle il faut, si l’on refuse l’évidence, rétablir l’équivalence, ce que font les Pouvoirs, c’est à dire qu’il faut créer de la monnaie à partir de rien pour soutenir sur les marchés la valeur des emprunts d’Etat.

On veut vous faire croire que le problème n’est qu’un problème de liquidité, c’est à dire de non-disponibilité, d’actualisation, alors que c’est faux, c’est un problème de valeur, de solvabilité. Indépendamment de la décote liée à la maturité différée, les emprunts d’Etat souverains européens ne valent pas le nominal, leur valeur faciale.

Le « risque « est un attrape nigaud, car il est déjà réalisé, l’amputation est acquise. Stimuler le risque est une opération d’escrocs un peu comme si on vous disait: « Achetez ce billet de loterie , vous avez une chance sur deux de perdre », alors que le tirage étant déjà passé et le billet étant perdant, vous êtes sur d’avoir déjà tout perdu. Quand les taux redeviendront normaux, un jour, alors la vraie valeur de tous ces papiers que vous avez acheté au nom de votre appétit pour le risque se révèlera pour ce qu’elle n’a jamais cessé d’être: Zéro. Et c’est pour cela qu’il faudra punir les criminels qui sciemment précipitent les gens à l’abattoir financier.

Voilà le sens profond de ce que l’on appelle la stimulation de l’appétit pour le risque : faire monter des billets de loterie à des valeurs idiotes, alors que le tirage ayant eu lieu, ils ne valent plus rien et ne vaudront jamais rien sauf si vous escroquez un plus naïf que vous, c’est à dire sauf si le Ponzi se prolonge. QE eternity.

La volonté des pouvoirs, et des banques centrales, et des kleptos, de faire passer la crise actuelle pour une crise de liquidité se traduit par la stimulation de l’appétit pour le risque, ce qui est la stimulation de l’esprit de jeu, ce qui est la transformation de tout le monde en gogo. Le même procédé a été utilisé dans l’histoire vers la fin de la grande crise des Assignats en France.

Cette solidarité organique entre la dette et la monnaie est fondamentale dans notre système monétaire, et le problème de surendettement, de dettes irrécouvrables, de dettes qui ne valent pas le pair, ce problème au fil des faux remèdes se transfère sur les monnaies.

Il y a unité profonde, unité à la racine, entre les dettes et les monnaies, unité de tout ce qui est morceau de papier, c’est à dire promesse.

Nous sommes les seuls à développer cette théorie, cette façon d’analyser, la dette, la monnaie, la crise ; de tout placer dans un seul champ, et de tout unifier. Nous sommes les seuls à unifier totalement le champ des papiers et à en tirer les conséquences sinistres que l’on sait pour la monnaie. Plus il y a de dettes émises, et qui ne sont en réalité pas money-like, et plus il faut, pour en soutenir le cours, la valeur, créer de monnaie. Et c’est ce que font toutes les Banques Centrales sous des faux nez et appellations diverses.

Nous répétons, le système a tracé une équivalence : les dettes sont money-like, elles valent, à la différence de maturité près, autant que la monnaie. Cette équivalence, base de la dérégulation des années 80 est fausse. Elle nécessite pour être validée toujours plus de mensonges, plus de fausse monnaie, plus de contrôles .

L’équivalence a été brisée par l’excès d’émission, l’abus , alors on crée de la monnaie pour soutenir cette équivalence. Pour l’imposer contre tout bon sens économique, financier et sens moral, on restreint les libertés et on va le faire de plus en plus.

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« La plus grande fuite des dépôts bancaire se passe sous nos yeux, en Espagne. Depuis le début de l’année, près de 500 milliards d’euro (soit 20 % des dépôts des particuliers espagnols) ont quitté ce pays pour s’investir dans des contrées probablement plus nordiques.

L’euro a donné la mobilité monétaire à ses citoyens : ils en tirent un légitime profit au détriment d’une conscience patriotique.

Les pays du Sud sont accablés par une crise souveraine et un départ de l’épargne… censée financer ces mêmes dettes.

Mais – surprise ! – le FMI a récemment indiqué récemment que les pays fragilisés devraient considérer un contrôle de la sortie des capitaux.

Le piège se met en place dans ces pays faibles de la zone euro : une épargne qui sera bloquée et canalisée par les banques domestiques pour financer les dettes souveraines à des conditions anormalement basses.

Tout cela laisse penser que les années heureuses de l’euro sont derrière nous.

Le temps des consolidations de dettes, des contrôles de mouvements de capitaux et de la répression inflationniste est proche. «

Bruno Colmant

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Analysez toute la crise et toute l’action des banques centrales, et des souverains, et des kleptos à la lueur de notre cadre analytique, et de nos outils de travail, et tout deviendra clair : Vous perdrez vos illusions ».

Bruno Bertez, le 13 octobre 2012

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 56 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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4 commentaires pour Au commencement était la dette (B. Bertez)

  1. Achille Tendon dit :

    Oui, il faut absolument se rendre compte du petit jeu que les banques jouent dans le concert des nations et ce depuis de nombreuses années. Pour en savoir plus, jetez un oeil sur ce blog:
    http://tatanka.blog.tdg.ch/archive/2012/01/18/les-banques-meurtrieres-des-etats-nations1.html

  2. zorba44 dit :

    Olivier,

    Naïvement sans doute, je me demande où sont réellement passés les 4 500 milliards d’actifs douteux des banques. S’agit-t-il bien des rachats effectués avec de la nouvelle dette BCE, FED, FESFP et autres canaux qui en ont fabriqué d’autres ?

    Bien entendu le responsable au bout de la chaîne, c’est le citoyen, …isn’t it ?

    Ponzi nous ruine et nous tient par les c…. alors qu’on a rien fait et rien demandé.
    Au poteau tous ces gens !

    Jean LENOIR

  3. brunoarf dit :

    Dimanche 14 octobre 2012 :

    Le FMI vient de réviser ses propres calculs concernant la zone euro : la situation est encore pire que prévu.

    Selon les calculs du FMI, la dette publique de la Grèce sera de 181,8 % du PIB en 2013.
    La dette publique de l’Italie sera de 127,8 % du PIB en 2013.
    La dette publique du Portugal sera de 123,7 % du PIB.
    La dette publique de l’Irlande sera de 119,3 % du PIB.
    La dette publique de l’Espagne sera de 96,9 % du PIB.
    La dette publique de la France sera de 92,1 % du PIB.

    Le choix n’est plus entre un sauvetage, certes douloureux, de l’euro et son éclatement, mais entre un éclatement inéluctable dans le désordre et une dissolution ordonnée qui au moins préserverait l’Union européenne. L’acharnement à vouloir sauver la zone Euro se transforme sous nos yeux en une dramatique machine de guerre qui finira si l’on n’y prend garde à détruire l’Europe et ne laissera que ruines et décombres derrière elle.

    Jacques Sapir, sur son blog.

  4. Alcide dit :

    Du bavardage.
    La dette publique est une création , un montage , une escroquerie .
    Si nous n’avions pas d’intérêt à payer , si les traitres qui nous gouvernent n’avaient pas écrit la loi de 1973 , l’article 123 du traité de Lisbonne qui étend la forfaiture à toute l’Europe , nous serions sans dette.

    Les économistes sont , pour la plupart , totalement discrédités , on hésite entre le larbinisme alimentaire encore appelé prostitution a satisfaire les puissants et la sombre crasse.

    Dans tous les cas des inutiles.

    Voir:
    LA CHARGE DE LA DETTE NOURRIT LA DETTE
    http://monnaie.wikispaces.com/Arnaque

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