La France dégradée (Charles Sannat)

L’équation financière de notre pays est très simple : sa dette souveraine ne pourra être résorbée que par l’inflation, le défaut ou la saisie de l’épargne des citoyens (ceux qui ne l’auront pas « évadée »). Les deux premiers termes étant prohibés par une oligarchie enchaînée à la cause européenne, il ne lui reste plus que la spoliation. O.D.

« Mes chères contrariées, mes chers contrariens,

Évidemment, et cela nous change de la journée mondiale des toilettes, et nous force à revenir à des sujets économiques plus sérieux, comme par exemple la nouvelle dégradation de la France par l’agence Moody’s.

Car c’est bien cette information qui est la plus importante de ces dernières heures. Alors que jusqu’à présent seule Standard & Poor’s nous avait fait perdre le fameux célèbre triple A, c’est au tour de Moody’s, en attendant celle qui sera la dernière, à savoir l’agence Fitch, qui reste une agence de notation nettement plus bienveillante à l’égard de notre pays, la nationalité française de son président n’y étant sans doute pas totalement étrangère.

Moody’s prive à son tour la France de son « triple A »

Pour Moody’s, la dette publique de long terme de la France est désormais notée Aa1, soit un cran en dessous de la meilleure distinction dont elle jouissait jusque-là. Mais l’agence a aussi assorti cette note d’une perspective négative, ce qui signifie qu’elle menace de l’abaisser à nouveau à moyen terme.

La France « est encore bien notée », a réagi auprès de l’AFP le ministre des Finances Pierre Moscovici, en marge d’un déplacement à Grenoble. Voilà un commentaire brillant (mais Christine Lagarde nous servait le même type d’imbécilités lorsqu’elle occupait ce poste). Perdre notre notation est un camouflet. Ce camouflet est la conséquence d’une politique économique inconséquente menée pendant ces trente dernières années, aussi bien par la gauche, que par la droite.

Selon le ministre, « cette décision concerne la situation laissée par nos prédécesseurs : perte de compétitivité, faible croissance, déficit croissant ». « C’est une sanction de la gestion du passé », a-t-il dit.

Certes. C’est une sanction de la gestion passée, mais hélas, aussi de la gestion actuelle et du manque cruel de courage qu’elle laisse entrevoir pour le futur, et sur ce dernier point il ne faut pas se bercer d’illusions. Les Français et leurs dirigeants détestent ce qui fait « mal ». Je ne suis pas en train de dire que faire souffrir tout le monde est une bonne idée, mais que plus on retarde le moment de la souffrance plus cette dernière est forte. Regardez les Grecs.

Les États du nord de l’Europe mieux notés

Depuis la décision de SP en début d’année, seuls quatre pays de la zone euro bénéficient encore d’un AAA auprès des trois grandes agences : l’Allemagne, la Finlande, le Luxembourg et les Pays-Bas. Il s’agit d’États du nord de l’Europe, ce qui a accentué les divisions politiques, face à la crise, avec des pays du Sud, comme l’Italie ou l’Espagne, mais aussi avec la France.

C’est cette idée qui sous-tendait ma réflexion concernant un nouveau « rideau de fer » qui coupait l’Europe en deux entre le Nord et le Sud, la France étant désormais sans conteste possible classée dans les pays du Sud par l’essentiel des analystes financiers à travers la planète.

Pour le moment, notre pays continue à emprunter à des taux qui sont historiquement bas, voire même pour certaines maturités (c’est-à-dire sur certaines durées) nous empruntons à des taux réels négatifs lorsque l’on prend en compte le taux d’inflation.

Néanmoins, cela pourrait ne pas durer. Ce qu’il s’est passé jusqu’à présent n’est plus à l’image du fossé qui se creuse de plus en plus entre notre économie et celle de pays qui, à défaut d’être bien portants, sont moins mauvais que nous.

Car nous en sommes là. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. C’est cette triste réalité qui explique nos taux d’emprunt actuels aussi faibles. Mais il ne faut pas s’y tromper. Si les marchés pensent que nous devenons aveugles alors évidemment ce sera l’hallali et haro sur notre dette. Nous en prenons sans conteste le chemin.

Pour Moody’s, des réformes insuffisantes

L’agence de notation salue les réformes récemment annoncées par le gouvernement, et son « fort engagement » à les mettre en œuvre. Mais elle rappelle que la France a rarement réussi à faire aboutir de telles réformes ces vingt dernières années, et juge que les mesures promises aux entreprises « ne devraient pas, seules, avoir l’ampleur suffisante pour rétablir la compétitivité ».

Encore une fois, nous sommes sur le mode du « trop peu et beaucoup trop tard » pour inverser une tendance de fond profondément négative.

Moody’s cite aussi des « perspectives budgétaires incertaines en raison de la dégradation » économique. Pour elle, la capacité de la France à résister à d’éventuels nouveaux chocs futurs de la zone euro « diminue », et ce d’autant que son exposition aux pays fragiles de l’Union monétaire, via les liens commerciaux ou bancaires, « est beaucoup trop importante ».

Ces fragilités sont connues de tous ceux qui veulent bien regarder froidement les faits.

Nous nous lançons dans une politique de rigueur qui fera baisser les recettes fiscales et nous obligera à plus d’austérité, nous faisant ainsi rentrer dans une spirale déflationniste à la grecque.

Nous n’avons pas le premier euro des sommes que nous devons verser dans des machins européens et qui se comptent en dizaine de milliards d’euros supplémentaires.

Tout cela, nous le savons parfaitement. Moody’s ne fait donc qu’une analyse globalement juste de la situation financière de notre pays.

Vers la saisie de l’épargne

Face à cette situation qui n’est pas non plus ignorée de nos gouvernants, un certain nombre d’élus ou de personnalités de premier plan ont lancé un appel dans le dernier numéro du magazine L’Expansion sur la renationalisation de la dette française.

L’idée est simple. Les Japonais sont endettés à 250 % de dette sur PIB et les marchés ne les embêtent pas vraiment. Pourquoi ? Pour une raison simple.

Plus de 95 % de la dette japonaise est détenue par les épargnants japonais eux-mêmes.

Il faudrait donc que les Français (qui sont de gros épargnants et qui détiennent plus de 1 350 milliards d’euros d’épargne financière) rachètent massivement nos obligations.

Or, il est certain que beaucoup d’épargnants ne souhaiteront pas devenir détenteurs de plus d’obligations, c’est-à-dire de dettes d’un État qui n’a quasiment plus de perspectives pour rembourser ses créanciers.

On en arrivera alors logiquement à la « réquisition » forcée de l’épargne financière des ménages.

Ce sera la prochaine étape et l’on en voit déjà les prémices ».

Charles Sannat*, Le Contrarien matin, le 21 novembre 2012

*Directeur des études économiques chez AuCOFFRE.com

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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10 commentaires pour La France dégradée (Charles Sannat)

  1. Geraldine dit :

    20 novembre (Reuters) – Moody’s a annoncé mardi l’abaissement de la note de crédit de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), d’Oseo et de l’Agence française de développement à Aa1 avec perspective négative.

    Les trois entités étaient auparavant notées Aaa avec perspective négative.

    Moody’s a également révisé à négative contre stable la perspective des entités liées au Crédit mutuel, dont le Crédit industriel et commercial (CIC).

    L’agence de notation a justifié ces décisions par l’abaissement, lundi, de la note souveraine de la France à Aa1 avec perspective négative.

  2. Trend dit :

    Le livret A n’est-il pas une réquisition forcée, surtout que son plafond augmente et va continuer à augmenter ?

  3. Trend dit :

    J’oubliais,

    Le Livret A servirait à alimenter une banque publique qui normalement doit financer des PME ( elle le fera à dose homéopathique,comme les banques sic!) et elle racheterait en magorité des obligations d’état.

    Les françaises et français seront ainsi piégés. Vu la récolte sur le Livret A à ce jour, ça marche !!!!

  4. njaisson dit :

    Moody’s sanctionne surtout l’absence de réduction des dépenses de l’Etat. L’austérité est illusoire si elle ne s’accompagne pas de coupes sombres dans les dépenses inutiles consenties par l’Etat pour rémunérer ses multiples clientèles, au premier rang desquelles les régimes de sécurité sociale et es fromages républicains qui servent la soupe à la haute fonction publique via les réseaux de financement occultes des régions comme les montages auxquels se prêtaient complaisamment les banques. L’Allemagne réclame de la France une réforme réelle de sa fonction publique, au même titre que celle de la Grèce, réforme sans cesse repoussée aux calendes grecques. Actuellement ce sont les consultants allemands et autres administrateurs délégués du FMI qui s’occupent de faire le ménage dans les allées des ministères helléniques, au nom de la troïka qui leur a délégué ses pouvoirs exécutifs qui conditionnent les plans de sauvetage de l’économie (ou de la dette) grecque. L’heure de vérité a sonné pour la France sommée de passer à l’action, ou de passer sous les fourches caudines des administrateurs détachés par l’Europe ou le FMI. Le Royaume-Uni s’était évité cette épreuve en élisant M. Thatcher au pouvoir. Hollande va devoir avaler sa cravate, lorsque les marchés auront décidé de s’attaquer au cas français.

  5. Garou dit :

    L’épargne du Livret A en partie redistribuée aux collectivités ?

    Le gouvernement réfléchit à « l’hypothèse » d’une redistribution de la collecte supplémentaire du livret A pour combler les besoins de financement des collectivités territoriales, a annoncé hier la ministre déléguée chargée de la Décentralisation, Anne-Marie Escoffier, devant les sénateurs lors des questions au gouvernement.
    Le plafond de dépôt du livret A a été relevé le 1er octobre de 15 300 à 19 125 euros, pour un même taux d’intérêt de 2,25%. Avec cette réforme, le gouvernement entend notamment porter à 150 000 par an la construction de logements sociaux dès 2013, contre 110 000 en 2011.
    Le ministre de l’Economie et des Finances, Pierre Moscovici, a présenté la semaine dernière un plan de financement des collectivités sans pour autant donner suite à la volonté des associations d’élus de créer une agence qui leur soit dédiée (voir Maire info du 9 novembre). Mais le gouvernement garde cependant une « détermination très forte de trouver des solutions pour permettre aux collectivités territoriales d’investir, au service de l’emploi et de la croissance », a poursuivi Anne-Marie Escoffier, applaudie par l’hémicycle, rappelant que « ceci est d’autant plus nécessaire que les collectivités locales participent pour 71% à l’investissement public ».
    La ministre a par ailleurs rappelé la disponibilité de crédits proposés par la Caisse des dépôts (5 milliards d’euros en 2012) et la Banque postale (« un milliard en 2012, un autre en 2013 »), cette dernière offrant des crédits « inférieurs à 200 000 euros » pour les petites collectivités. « Des crédits à hauteur de 100 000 euros ont été versés, le seuil pourrait encore être baissé », a-t-elle précisé. Le président du directoire de la Banque Postale, Philippe Wahl, avait annoncé le mois dernier que celle-ci avait déjà accordé un milliard de crédits depuis l’été, et mettrait « entre un et deux milliards » à la disposition des collectivités début novembre (voir Maire Info du 18 octobre).

    http://www.maire-info.com/article.asp?param=15443&PARAM2=PLUS

  6. Trend dit :

    Deux commentaires ont été déposées, pourquoi ont-ils disparu ?

  7. Trend dit :

    Sorry erreur de ma part avec le renouvellement de ma page

  8. Jean LENOIR dit :

    On voit bien que l’orientation de l’épargne pour boucher les trous des tombereaux de dettes va devenir le sport numéro un des finances.
    Seule la prise de conscience par l’information (et non les communications officielles) doit permettre à ceux qui cherchent à se constituer une épargne de précaution à éviter de tomber dans les pièges qui seront tendus.
    Malheureusement il faudra beaucoup de déconvenues, beaucoup « d’emprunts russes » pour que la masse se rende compte qu’elle a été manipulée.
    Livret A, LDD, assurances vies, obligations… même combat : vous faire les poches en douceur pour combler les trous.

    Jean LENOIR

  9. DUHAUDULAC dit :

    L’Etat Français est ruiné. La France est riche par ses épargnants. Aux épargnants d’éponger la dette abyssale de la France. Simple M. Watson.

  10. Chritophe dit :

    N’oublions pas que les liens banques – agences de notation rendent les notations interprétables via les intérêts des banques. Pourquoi aucun média ne fait référence au AAA subprime à mi-2006, mettant ainsi en perspective la perte du triple A par l’Etat français? Les agences n’émettent donc que des notations-manipulations au service du système financier. Toute interprétation via un autre prisme (plus rationnel mais moins pragmatique) fait une erreur sur le prisme utilisée.

    La conclusion de Charles Sannat n’en demeure pas moins vraie: la destruction de l’épargne des citoyens contribuables par noyade dans les dettes a commencé.

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