Dexia, une catastrophe annonciatrice ? (Philippe Herlin)

« On ne cesse d’aller de déconvenues en déconvenues dans le dossier Dexia. On connaissait déjà l’existence d’une « bad bank » d’un montant de près de 100 milliards d’euros, lourde de pertes potentielles, et qui ne pourra être totalement liquidée avant… 2099.

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Mais ce chiffre déjà impressionnant s’avère largement dépassé. Le conseil d’administration de la banque vient de publier un document enjoignant les actionnaires (les Etats français, belge et luxembourgeois) à souscrire l’augmentation de capital de 5,5 milliards d’euros le 21 décembre prochain (L’Express.be). Sans cet apport d’argent frais, est-il expliqué, la banque ferait défaut sur la totalité de sa dette, soit 386,5 milliards d’euros, ainsi que sur son portefeuille de produits dérivés s’élevant à 605 milliards d’euros, soit un trou de presque 1000 milliards d’euros ! « Un tel défaut menacerait la stabilité de l’ensemble du système financier européen » précise le rapport. On veut bien les croire, ces chiffres dépassent ceux de la Grèce !

Ce risque est-il au moins pris en compte par les instances de régulation ? Même pas, au contraire, puisque le Conseil de stabilité financière, mandaté par le G20, vient de sortir Dexia de la liste des banques systémiques ! On nage en plein délire. Mais oui bien sûr, les produits dérivés sont comptabilisés en hors bilan, donc non pris en compte par les normes prudentielles, et la banque est garantie par des Etats, donc tout va bien.

Voilà qui en dit long sur l’état des banques européennes et américaines, dont le plus grand nombre affiche certes des résultats positifs, mais dont on sait qu’elles sont assises sur des barils de poudre. Combien de banques sont en réalité très proches de la situation de Dexia, ou le seraient rapidement en cas de nouvelle crise financière ?

C’est uniquement parce qu’elle est prise à la gorge que Dexia rend public le montant de ses engagements en produits dérivés. Les autres banques possèdent bien évidemment des engagements comparables, mais on le saura la veille de leur faillite. Et il ne faut pas compter sur les instances de régulation pour nous éclairer.

Les cas Dexia n’est peut être pas isolé, il exprime juste une situation plus grave que la moyenne. Combien de banques espagnoles (qui viennent de recevoir 37 milliards d’euros de l’Europe) ou grecques sont en réalité en aussi mauvaise posture ? Que sait-on vraiment des engagements et du niveau de risque des grandes banques européennes ? Les grandes banques américaines (comme JP Morgan ou Goldman Sachs) possèdent des montants notionnels gigantesques en produits dérivés. Et si Dexia n’était en fait qu’un précurseur ? »

Philippe Herlin, Goldbroker.com, le 29 novembre 2012

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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9 commentaires pour Dexia, une catastrophe annonciatrice ? (Philippe Herlin)

  1. njaisson dit :

    Comme pour UBS, on préfère annoncer les pertes par « petits bouts » afin de ne pas effaroucher l’opinon publique déjà passablement émoustillée par le défilé de trillions qui filent dans les caisses des banques, en provenance d’on ne sait où, alors que le salarié a beau regarder au fond de son portefeuille, les billets de banque ne se renouvellent pas pour autant. Le cas de Dexia rappelle celui de la SG en matière de gestion des risques car ces deux banques avaient été primées en 2007 pour la qualité de leurs systèmes d’informations dédiés au contrôle des risques, en vue d’appliquer la législation Bâle II entrée en vigueur en janvier 2008. C’est sans doute la faute à « vraiment pas de chance », si la crise financière a éclaté à la même date. Il faut dire que le législateur éclairé par les gourous de la finance de Wall Street avait eu la bonne idée d’incorporer dans la réglementation les instruments de transfert de risques, comme les CDO ou les CDS encore appelés « refileurs de papates chaudes » (les pantalons à une jambe chers à Jacques Attali), qui semblent avoir été détournés de leur fonctions première de gestion du risque crédit, pour devenir des instruments spéculatifs à fort effet de levier. Depuis l’affaire Enron, les financiers ont industrialisé la démarche consistant à transformer un risque crédit en risque de marché par la voie de l’émission de dettes collatéralisées par les crédits immbobiliers ou les prêts aux municipalités, la grande spécialité de Dexia. Dans le cas des banques américaines comme dans celui de Dexia, le régulaetur n’a rien vu venir, comme les organismes chargés de la supervision de la gestion des villes et régions sont restés muets et aveugles face aux refinancement des créances immobilières et municipales par voie de titrisation passant par des véhicules spéciaux sis dans des contrées exotiques avec force montage de structuration des dettes refilées aux investisseurs avides de « haut rendement ». Des banques allemandes et autrichiennes s’étaient faits une spécialité des projets immobiliers en Europe de l’Est avec les scandales remarquables qui ont agité la Hongrie l’année dernière suite aux erreurs de pronostics concernant la devise de financement des prêts dont les taux variables n’avaient pas évolué dans le sens attendu. Tout cela s’est heureusement terminé avec la nationalisation des créances douteuses confinées dans une « caisse noire », moyennant une égratignure à l’indépendance de la banque centrale hongroise mise à contribution pour l’occasion. Il est à parier que Dexia va se transformer elle-aussi en « bad bank » avant de se refaire une virginité quand elle aura été recapitalisée par des généreux financiers qataris ou asiatiques. Quand on sait que les locaux de Deutsche Bank à Londres ont été rachetés par une banque chinoise, on se dit que tout est possible en matière de transfert de richesses. Car c’est bien de cela qu’il s’agit: d’un transfert massif de richesse de l’Europe vers l’Asie.

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  3. Jean LENOIR dit :

    Cher Olivier,
    Vous trouver ici un dimanche après-midi alors que le jour n’est pas levé en Europe !
    Nul doute que la série des posts sera longue lundi : peut-être, peut-être que certains se trouveront encore en déni de la réalité.
    Naïvement, le signataire pensait que la crise mettrait deux générations à plat : on va atteindre quatre générations, autant dire que la nuit froide va s’étendre vers l’infini sur la planète.
    Il est temps de réfléchir et d’organiser un vrai manuel de survie qui sera forcément élitiste puisqu’il faudra « certains moyens » pour le mettre en oeuvre.
    C’est le seul service que l’on puisse rendre désormais… à y réfléchir (pour votre blog) si vous le souhaitez – cela demande temps et réflexion.
    Comment recapitaliser des billions en effet : doux rêve utopiste ! sauf à amplifier les dettes en abyme (comme on l’a déjà que trop fait).

    Jean LENOIR

    • Bonjour Jean,

      D’autres que moi y réfléchissent, et j’invite chacun à se référer à leurs travaux. Cf. entre autres Piero San Giorgio et son livre à succès
      On peut s’en inspirer pour commencer à se préparer au pire. En espérant que le pire ne se produira pas, mais comme nous le savons bien, les chances que tout rentre dans l’ordre gentiment sont quasi nulles.

  4. Jean LENOIR dit :

    PS cela fait quelques semaines que je réfléchis à cela ici – la vraie autarcie – sans énergie, sans produits fabriqués autres que ceux qui ont déjà été fabriqués, sans transport, sans système de santé, avec la destruction de la distribution, avec la disparition progressives de tous les services y compris celui de la distribution d’eau….
    Ce n’est pas simple, même à Mangawhai !

  5. brunoarf dit :

    En zone euro, la France et la Belgique sont bien placées.

    En zone euro, la France et la Belgique sont parmi les nations les plus surendettées.

    1- Médaille d’or : dette publique de la Grèce : 300,807 milliards d’euros, soit 150,3 % du PIB.

    2- Médaille d’argent : dette publique de l’Italie : 1982,239 milliards d’euros, soit 126,1 % du PIB.

    3- Médaille de bronze : dette publique du Portugal : 198,136 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB.

    4- Dette publique de l’Irlande : 179,718 milliards d’euros, soit 111,5 % du PIB.

    5- Dette publique de la Belgique : 382,922 milliards d’euros, soit 102,5 % du PIB.

    6- Dette publique de la France : 1832,599 milliards d’euros, soit 91 % du PIB.

    http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-24102012-AP/FR/2-24102012-AP-FR.PDF

  6. Jean LENOIR dit :

    Quand je disais à mon père que je n’étais pas le plus nul mais que cinq élèves avaient fait mieux que moi, je me faisais punir et il me disait que je devais viser les premiers de la classe… ceci dans le prolongement du post de brunoarf.
    Qui sont les premiers de la classe, à propos ?

    Jean LENOIR

    • njaisson dit :

      Ce sont ceux qui ont créé la catastrophe actuelle en rivalisant dans la prostitution intellectuelle, afin d’exceller dans un enseignement basé souvent sur des théories fausses destinées à donner une légitimité scientifique au monde actuel, qui du meilleur des mondes est en train de virer au cauchemar. Seulement il est trop tard pour réagir face au tsunami mondiai qui s’annonce, à côté duquel la « Völker Wanderung » fera figure de roupie de sansonnet. Les barbares germaniques vivaient dans un environnement sain comparé au nôtre où les menaces que font peser les nano particules, le génie génétique, la contamination des sols aux métaux lourds , la pollution électromagnétique sont autrement plus redoutables à vaincre pour le sapiens sapiens dont la nature n’est pas adaptée à ce genre de menaces. Il nous faut migrer d’urgence vers un stade plus avancé de l’évolution qui nous permettent d’intégrer les technologies sans lesquels notre métabolisme ne supportera pas un environnement nucléaire qui requiert des capacités de décision ultra rapides comme une démultiplication des moyens de défense contre les espèces robotiques dotées de cerveaux artificiels qui ne demandent qu’à prendre notre place.

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