Les sociétés d’assurance mises en danger par la réglementation (Philippe Herlin)

solvency-ii« Les obligations souveraines représentent déjà plus de 70% des actifs des sociétés d’assurance en France, mais ce n’est pas encore assez ! L’Etat a toujours plus de dette à placer et dépendre d’investisseurs étrangers et versatiles est toujours risqué. Les sociétés d’assurance ont beaucoup de moyens et elles gardent en général leurs obligations jusqu’à leur terme, voici de bons clients. La solution : leur interdire de diminuer ce pourcentage, et même les forcer à l’augmenter. Par quel moyen ? La réglementation.

« Solvabilité 2 » est actuellement en cours de finalisation, c’est l’équivalent de Bâle 3 pour les banques, c’est à dire des normes prudentielles s’imposant aux assureurs. « Solvabilité 2, dans sa version actuelle, empêche les compagnies d’investir dans les actifs à risques, à commencer par les actions » explique un professionnel. Les actions sont considérées comme un produit à risque et les assureurs doivent en conséquence mobiliser des fonds propres pour se protéger, mais comme par hasard, ce n’est pas le cas des obligations souveraines. « Si le recul de la part des actions dans leurs investissements s’élevait à 5 points pour le secteur de l’assurance, cela impliquerait le déplacement d’une masse de 300 milliards d’euros », a estimé Michel Didier, président de l’institut Coe-rexecode (La Tribune). Voilà autant de perdu pour le financement des entreprises, et autant de gagné pour l’Etat !

On le sait, les Etats interviennent dans la rédaction des accords Solvabilité 2, soit directement, soit par l’intermédiaire des assureurs sur lesquels ils disposent d’une « influence » certaine. Nous avons donc affaire à un énorme conflit d’intérêt puisque les Etats sont juges et parties ! Pendant ce temps là, le bon peuple des épargnants croit que les normes prudentielles sont faites pour le protéger…

Les normes prudentielles concernant les banques répondent à la même logique. Résultat: le système financier finance de moins en moins les entreprises, alors que c’est normalement sa mission première.

Avec des Etats qui forcent les assureurs et les banques à acheter leurs obligations, le système financier tourne de plus en plus en circuit fermé, il devient autoréférentiel. C’est comme cela que se forme une bulle. Tant que les gouvernements font face à leurs engagements, tout va bien, sinon le système entier saute et les épargnants sont ruinés. Ce comportement correspond en fait à la logique profonde des Etats : moi ou le chaos ».

Philippe Herlin, Goldbroker.com, le 27 décembre 2012

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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8 commentaires pour Les sociétés d’assurance mises en danger par la réglementation (Philippe Herlin)

  1. Ping : PART 04 | DEC 2012 | LES BANKSTERS DE LA FINANCE | Pearltrees

  2. Jean LENOIR dit :

    Retirez vos actifs assurance pendant qu’il est encore temps. Un ancien assureur vous le conseille hautement …à moins que vous ne soyez fataliste ou philanthrope.

    Jean LENOIR

  3. La Gaule dit :

    Bof !
    La dette des ménages est détenue par les banques (CREDIT EST ROI, VIVE LE ROI !).
    La dette des entreprises -non financières- est détenue par les banques (CREDIT EST ROI ? VIVE LE ROI !).
    La dette des entreprises financières est détenue par elles-mêmes, et pour cause, d’autres l’appellent « monnaie » (CREDIT EST ROI, VIVE LE ROI !).
    La dette des états est détenue par les banques (CREDIT EST ROI, VIVE LE ROI !).
    Le système de l’Union Bancaire permet désormais à la BCE de refiler le bébé de la dette –tout origine confondue- au contribuable en général et à l’épargnant en particulier (CREDIT EST ROI, VIVE LE ROI !).
    Toutes les conditions sont donc réunies pour que la grande tonte méthodique –directe ou indirecte- du contribuable/épargnant par le pouvoir financier (état et banques la main dans la main) soit mise en chantier.
    Que l’état puisse par-dessus le marché se servir directement dans la poche des assureurs ralentira peut-être le mécanisme mais ne changera pas sa nature profonde. Bref, une péripétie de plus !
    Dans tout cela, j’ai plutôt l’impression que M. Herlin fait semblant de ne pas croire au père Noël, dont le train est déjà passé au moins pour cette année.
    Suis-je simpliste ?

  4. Iris dit :

    C’est comme pour les subprimes aux US.. c’est toujours une réglementation stupide et/ou malhonnête qui est à l’origine des folies des financiers et de la ruine générale.. Vive les Oligarques !

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  6. La courbe du chômage suit celle du désendettement des banques au bilan en raison de l’épuration du trop plein de dettes servant aux banques à financer leurs actifs, en premier lieu la part de l’endettement provenant du financement des déficits publics qui est transformée en moyens de financement des actifs bancaires par le rachat des titres de dette publique par la BCE. Idem pour le financement interbancaire qui a fait les frais des crises de liquidité successives en core appelée crises de confiance mutuelle entre grandes banques internationales. La titrisation des crédits comme moyen de refinancement des prêts a elle aussi pâti des mauvaises conditions de marché pour ce type de dette obérée par un surcroît de capital réglementaire rendant prohibitif ce genre d’opérations. Ainsi les banques sont obligées de réduire leur financement des crédits aux entreprises. On objectera que les prêts sont acceptées comme collatéral par les banques centrales nationales pour l’achat de titres de dette publique transformable en cash. Malheureusement les banques préfèrent spéculer dans les circuits de la banque de marché plutôt que d’alimenter les besoins de financement des entreprises faisant face à un effondrement de la demande. Dans ces conditions, les salariés du privé ne peuvent que boire le bouillon et ce d’autant plus que l’économie privée n’a pas les moyens légaux de s’autofinancer en créant ses propres banques d’entreprises ou d’entités publiques, dépendant qu’elles sont du monopole de création monétaire par les banques de marché se réservant l’accès à la monnaie banque centrale. Le problème de fond du chômage est donc bel et bien celui du mode de création monétaire qui au lieu d’être la contrepartie d’une création de valeur réelle est la contrepartie d’une dette émise sur la base de l’hypothèque imposée par l’Etat sur la richesse produite par l’économie privée pour financer l’Etat. Nous sommes bel et bien dans une situation de spoliation du producteur par l’administrateur, au nom de la relance par l’offre monétaire dont on constate tous les jours l’échec flagrant, parce qu’il conduit au pillage de l’économie privée par l’Etat et ses complices bancaires, soit très exactement ce qui s’est passé dans les pays communistes avec les mêmes conséquences en termes de paupérisation des masses et de socialisation de l’économie productive progressivement absorbée par l’Etat sous le double effet du matraquage fiscal et de la dépendance du financement bancaire conduisant à une prise de contrôle par les financiers pour le bénéfice des financiers actionnaires et non des salariés réduits à la portion congrue.

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