La monnaie, chaîne invisible de votre servitude (B. Bertez)

bernanke the money creator« L’année 2012 restera dans l’histoire comme l’année de la monnaie. Nous avions dit l’an dernier, l’année des banques centrales, mais nous préférons maintenant, même si cela recouvre la même chose, dire l’année de la monnaie.

On dira, plus tard, dans les livres, c’est cette année-là que Draghi a décidé de tout faire coûte que coûte pour préserver l’échafaudage européen et qu’il a promis de créer autant de monnaie que nécessaire pour parvenir à son objectif. On dira, c’est cette année-là que Bernanke , alors qu’il n’ y avait aucune situation de crise, c’est cette année là que Bernanke a décidé l’argent gratuit, illimité, à l’infini. L’année 2012 rentrera dans l’histoire comme l’année du FREE MONEY. Vous comprenez que notre premier texte de 2013 soit consacré à la monnaie. La dialectique de la monnaie se déroule, sous nos yeux : Ce qui a pris naissance au sein de la société des hommes comme un formidable outil de liberté s’est retourné en un terrifiant instrument d’asservissement. L’argent est libre ; le prix à payer est terrible, les hommes ne le sont plus ! L’argent bien commun, né de la coopération et de la volonté de vivre ensemble des hommes s’est retourné en un tyran, récupéré qu’il est par les puissants. L’avilissement de la monnaie ce n’est pas l’inflation, c’est sa confiscation par une classe pour vous asservir. Nous annonçons d’ores et déjà 2013, ce sera l’année de la taxation.

La monnaie est un formidable outil de liberté. Elle facilite les déplacements, elle permet la multiplication des transactions, elle autorise le report dans le temps de la consommation, elle facilite l’investissement et beaucoup d’autres choses encore. En un mot, elle a été source de progrès et de prospérité.

Peut être devrions nous parler au passé.

Les hommes, les citoyens en ont été dépossédés au profit du Pouvoir et maintenant d’une coalition de classes sociales liées à ce Pouvoir.

Ceci est vrai à la fois au niveau national, au niveau international ou global.

ploutocrates too big to fail

Comme toute chose, la monnaie contenait en germe, comme on le dit s’agissant du blé, toutes ses contradictions. Par un retournement dialectique qui constitue un cas d’école pour les apprentis philosophes, elle est devenue une arme des pouvoirs contre les citoyens.

Nous soutenons que la monnaie est devenue la chaîne invisible de la mise en coupe des hommes, la chaîne de leur servitude. Et la nous ne visons pas le superficiel, c’est à dire la dépendance de certains vis-à-vis de l’argent, non nous visons quelque chose de plus subtil que nous allons tenter sinon d’expliciter, du moins de faire entrevoir.

Faisons rapidement justice à ce que chacun peut constater. Le Pouvoir contrôle les circuits de la monnaie, il voit dans son Panopticon tout ce que vous touchez comme revenus, tout ce que vous possédez, épargnez, transférez, donnez ou léguez.

La monnaie et le contrôle de ses circuits sont le moyen de traquer la matière taxable et de la confisquer ; à point tel que la monnaie est une prison et que ceux qui veulent en sortir sont qualifiés d’exilés, vilipendés. Ne parle-t-on pas, d’ailleurs d’évasion lorsque les gens veulent disposer librement de leur bien à l’étranger. Votre monnaie, vos sous, sont sous surveillance perpétuelle et vous avez à peine encore le droit d’utiliser l’argent dit liquide. Nous n’insistons pas car vous avez compris.

Il en va de la monnaie comme de l’internet, des messageries, de Facebook , tout ce qui au départ décuplait vos libertés a été annexé mis en coupe par les grands yeux, les grandes oreilles, les intrusions informatiques du Pouvoir.

social media censorship

La crise de terrorisme a fait beaucoup pour tuer la liberté d’internet ; la crise financière est en train de faire énormément pour tuer ce qui restait de liberté monétaire.

Dans les démocraties- sociales – kleptocratiques , la liberté est une plante qui ne fleurit qu’en pot, derrière les barreaux de la prison d’état et sous les caméras.

Le présent texte veut aller plus loin.

La capacité de nos systèmes à persévérer dans l’erreur est proprement étonnante. Nous n’avons pas choisi de traiter de ce sujet ce jour ; mais nous sommes obligés, comme malgré nous, de faire un détour, d’y revenir. Il fait irruption dans notre analyse. Il s’impose de lui-même. Pas moyen d’y échapper.

Les hommes seraient-ils méchants volontairement ? Nous ne le pensons pas. Bien peu ont la force, la capacité, pour être cyniques. Il faut une puissance peu commune pour faire le mal sciemment. Tout est permis à condition de pouvoir le supporter ! Bien peu ont cette capacité à le supporter.

C’est pour cela que nous ne partageons pas la thèse conspirationniste : aucun groupe d’hommes ne se réunit pour plonger le monde dans le malheur et l’obscurantisme.

Même les plus dangereux, et là nous pensons, par exemple, à George W. Bush, sont persuadés d’une certaine façon qu’ils font le bien. Ils sont convaincus d’accomplir une mission positive. Et nous sommes sûrs que c’est la même chose pour les mondialistes qui croient que la solution à tous nos problèmes est de détruire les Etats-nations ; et nous sommes sûrs que c’est la même chose pour les inflationnistes et leurs laquais de l’internationale noire kleptocratique. Le patron de Goldman Sachs prétendait, souvenez-vous, accomplir God’s work, l’œuvre de Dieu. Il est névrosé au point d’en être lui-même persuadé. Bernanke est aussi lui-même convaincu d’être le Sauveur qui a manqué au monde dans les années 20. C’est cette certitude qui l’autorise à tout… coûte que coûte, coûte que coûte aux autres, à nos sociétés et à nos enfants.

bernanke demiurge

Ces gens ne sont pas méchants en eux-mêmes. Ils sont simplement possédés du mal, comme on le disait au Moyen Age, et ce n’est pas hasard si cela nous vient à l’esprit car ils nous plongent dans le Moyen Age de la théorie économique. Ils sont névrosés, voire fous, capturés qu’ils sont, aveuglés qu’ils sont, par leurs théories fausses. Ces gens-là ont une foi et c’est cette foi qui les dépasse et les guide à faire le mal.

Bien sûr, la fausseté ne s’imposerait pas s’il n’y avait des intérêts en jeu. L’erreur et le vice sont toujours estampillés par l’intérêt. La fausseté n’est pas suspendue dans les airs, elle s’enracine dans la défense d’un système pervers inique, dans la défense d’intérêts particuliers. De ces intérêts particuliers qui sont à l’œuvre dans la crise et qui ont d’autant plus de détermination qu’ils ont bonne conscience. Pour eux, ils sont dans le Vrai, ils détiennent la Vérité.

Cette Vérité est celle des maîtres. C’est celle des gestionnaires d’un monde à deux vitesses dans lequel la souveraineté du peuple et la recherche du bien commun sont truquées, tronquées, dès leur genèse. Bien peu se rendent compte que les maîtres contrôlent tout. Ils façonnent l’opinion publique. Ils canalisent le Souverain vers les voies qui leur conviennent. Ils définissent le bien commun et l’intérêt général. Ils dictent les réponses que l’on donne dans les votes et dans les sondages. Ils vont même jusqu’à suggérer le peu de questions que le peuple se pose.

Comment est-ce possible ? C’est possible à cause de l’éducation, à cause de la transmission du savoir. De ce faux savoir, de ce Triste Savoir, qui est le savoir économique. C’est possible grâce à l’argent qui subvertit les médias et les corps intermédiaires. Et c’est possibles aussi, il faut le dire fortement, grâce à la paresse, grâce au principe du moindre effort qui conduit les hommes à toujours plus de renoncement sur la ligne de plus grande pente de la facilité et du confort.

La facilité, c’est le recours, la prégnance, la dictature de « l’évidence ». Le discours de «l’évidence» qui est le discours du maître, c’est celui-ci : la preuve que c’est bien ainsi que cela se passe, c’est que vous le voyez. Croyez-en vos yeux, tel est le discours terrible du pouvoir, mis en forme par la communication.

Il y a du chômage, créons un droit au travail. Il y a des mal-logés, créons un droit au logement. Il y a des gens qui s’aiment, qui voudraient se marier et ne le peuvent pas, créons un droit au mariage. Le mythe de l’égalité, de l’existence de droits, fait partie de ces évidences. Tout ceci autorise les pouvoirs à faire ce qu’ils font de mieux : décréter. Ainsi le 26 Décembre, le président français, juste avant la publication de chiffres calamiteux du chômage, rodomonte: 2013 sera l’année de l’emploi ! C’est une forme de pensée et d’action/inaction qui est générale. De même en économie. Les gens n’achètent pas, ils n’ont pas assez d’argent, ils n’ont pas assez de pouvoir d’achat. Mais, bien sûr, créons du crédit, de la monnaie gratuite.

Le recours à l’évidence est le mal très profond qui mine nos sociétés. C’est un mal culturel, social et politique. Il est devenu constitutif de l’homme moderne. Peut-être est-il lié en partie à l’existence de la télévision qui donne à voir les images qui se font passer pour vérité ; le règne de l’évidence, c’est le règne d’un monde en deux dimensions tout en surface, en combinatoire de signes, sans profondeur ou sans intériorité. Et bien sur sans histoire. Hélas, c’est un monde acculturé. L’évidence est trompeuse, mais, en plus, elle est biaisée. Elle passe au travers d’un prisme qui est au service des maîtres, des intérêts du système, des intérêts de certains groupes sociaux.

L’évidence conduisait à saigner les patients dans les temps anciens de la médecine. C’est ainsi aussi que l’on lisait aussi dans les urines. On se demande bien quoi. Il faut des yeux exceptionnels pour voir les microbes dans les urines. Les choses n’ont pas changé, surtout en matières économique, sociale et financière. Pour relancer la croissance, on saigne, on organise l’austérité, c’est-à-dire l’appauvrissement. Pour lutter contre l’excès historique de la production de dettes, on crée encore plus de crédit, on en empile à tours de bras. C’est l’âne qui n’a pas soif et que l’on traîne devant le puits.

L’évidence, c’est ce que donnent à voir les maîtres pour conserver leurs pouvoirs de gestionnaires du système.

Que nous dit la crise ? Elle nous dit non, le système ne fonctionne pas comme ils disent, comme ils le mettent en scène dans leurs télés. Le système fonctionne conformément à la logique, mais à une logique cachée, inconsciente. Cette logique n’est accessible que par le travail, par la recherche, par la science désintéressée. Il faut défricher, labourer, semer pour récolter le savoir. La flagornerie des économistes de gouvernements et de banques réunis ne suffit pas.

Le système, ce n’est pas ce que l’on voit avec les marchés bidonnés, les offres et les demandes suspendues dans les airs de la subjectivité, les QE, les LTRO et les OMT. Non, le système, ce sont des hommes, des entreprises, du réel. Le système, ce n’est pas les statistiques truquées, c’est l’effort, le travail, la domination, la subordination ; bref, ce sont les hommes plongés dans la vie et dans le quotidien.

Les élites américaines disent que tout va bien et que l’on est sur la bonne voie. S’il n’y avait pas de Fiscal Cliff.

food stamps participation

Le peuple, lui, ne dit pas que tout va bien. Il y a 47,7 millions de food stamps qui sont distribués. 47,7 millions de personnes qui vivent de cette forme de soupe populaire, moderne. Cachés, planqués chez eux, dans la honte. Ces 47,7 millions représentent plus que toutes les populations combinées de l’Alaska, de l’Arkansas, du Connecticut, du Delaware, de Columbia, d’Hawaï, de l’Idaho, de l’Iowa, du Kansas, du Maine, du Mississipi, du Nebraska, du Nevada, du New Hampshire, du Nouveau Mexique, du North Dakota, de l’Oregon, du South Dakota, de l’Utah, de la West Virginia et du Wyoming. C’est vrai, nous sommes un peu lourds dans cette énumération, mais il faut quand même donner un peu de poids aux mots. C’est presque 48 millions de personnes qui vivent dans l’indignité. Plus d’1 Américain sur 2 vit de transferts sociaux ; 1 million d’Américains étudiant dans les Public Schools vivent dans la rue ou dans leur voiture. Dans une enquête publiée la semaine dernière, 76% des personnes interrogées pensent que cela va mal ; 24% trouvent que cela va bien. Et si on leur demande : et, dans 4 ans, est-ce que cela va aller mieux ? Il y en a 52% qui pensent que non et 48% qui pensent que oui.

great depression

Et c’est cela l’important. C’est cela qui détermine l’état de l’économie, l’état de la société. La déflation qui sert d’alibi à Monsieur Bernanke, cette déflation dont il rêve la nuit pour justifier ses imbécilités, c’est l’humeur sociale désespérée. Et qui se manifeste à Atlantic City, la capitale des casinos du nord-est par une file d’attente de plusieurs centaines de mètres à l’ouverture de la soupe populaire.

L’humeur, le sentiment dans lequel vit un pays, est bien plus parlante que les statistiques publiées par les maîtres illusionnistes du chômage. Le travail est rare, mal payé, rationné, et, en plus, déqualifié. En 4 ans, le revenu médian des foyers américains a chuté de 4.000$. Si l’on prend la population des Américains en âge de travailler, et non pas les populations qui se prêtent aux triturations mensongères, on trouve que 100 millions d’Américains en âge de travailler n’ont pas d’emplois. Une nouvelle monnaie, aux Etats-Unis, comme en temps de guerre en France, un marché noir des food stamps s’est instauré. Les food stamps décotent par rapport à leur valeur faciale car on ne peut pas tout acheter avec.

L’évidence met les gens au chômage, elle les plonge dans le désespoir. L’évidence, cela ne marche pas; pas plus que les saignées, les ventouses, les cataplasmes, les corrélations et toutes les idioties de nos charlatans économistes.

Ce qui marche, c’est de partir de ce qui existe, puis de le décortiquer, puis de découvrir ce qu’il y a derrière, puis de remonter l’histoire et de comprendre comment on en est arrivé là. Bref, ce qui marche, c’est de retourner sur terre, d’abandonner le monde des chimères, des idées, des tautologies, des « voilà pourquoi votre fille est muette ».

Un exemple. La cause du chômage, ce n’est pas Peugeot ou Mittal qui licencient. La cause du chômage, c’est Alan Greenspan qui a, de 2003 à 2005, maintenu les taux d’intérêt trop bas trop longtemps, créant ainsi de fausses demandes et des investissements de production inadaptés. La cause du chômage, ce sont les détournements économiques qui ont été opérés pendant cette période et qui ont créé une économie de carton-pâte qui ne peut tenir que par l’addiction monétaire et/ou les subventions ».

Lire ici la fin de l’article de Bruno Bertez

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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8 commentaires pour La monnaie, chaîne invisible de votre servitude (B. Bertez)

  1. Galuel dit :

    Il y en a qui se réveillent 15 ans après la bataille… Mieux vaut tard que jamais… Le pire étant qu’ils étaient encore hier parmi ceux qui méprisaient ceux qui disaient que ça n’allait pas. Les voilà qui changent de camp à la fin de la bataille, au moment où l’on arrive au bout du bout, où les derniers pigeons se font tirer…

    • Peut-on savoir à qui vous faites allusion ?

      • Galuel dit :

        Pourrais-je plutôt savoir à qui je ne ferais pas allusion ?

      • J’ai passé l’âge de jouer au chat et à la souris… Dites clairement après qui vous en avez. A moins que – péché d’orgueil – vous ne prétendiez être le seul à avoir anticipé la crise ?

      • Galuel dit :

        Je ne prétends rien du tout. J’affirme que dans un pays d’ingénieurs, le mensonge se voit. Maurice Allais a été bien superbement ignoré et continue de l’être. Mais à quoi bon raisonner puisque c’est le discours arbitraire et l’argumentaire non-fondé qui font le discours ? Un discours qui plus est diffusé pour l’essentiel sur des ondes publiques arbitrairement allouées et ne faisant l’objet d’aucun loyer à leurs propriétaires = les citoyens.

        Nous ne devons en vouloir qu’à une cause fondamentale = la profonde ignorance consciente ou inconsciente de la souveraineté du peuple. Cela a des conséquences car la Loi de cause à effet est inéluctable.

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  3. zorba44 dit :

    Argent et pouvoir rendent, sans aucun doute, les cyniques encore plus cyniques et mauvais… Le constat est terrible. Mais la liberté de penser, elle, ne peut pas être aliénée et détruite, car elle serait le dernier frein à tous les excès.

    Jean LENOIR

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