La sécurisation de l’emploi et le trou de Bâle 3 (Charles Sannat)

LCM - 080113« Mes chères contrariées, mes chers contrariens !

Et ça continue encore et encore… Chaque jour nous apporte son lot de « rigolades » en tout genre.

Regardez par exemple à propos des négociations entre partenaires sociaux, comprenez par-là entre les syndicats des gentils « travailleurs et travailleuses » et les représentants du grand méchant patronat.

Ce que j’aime, c’est l’intitulé même des négociations : sécurisation de l’emploi.

Comme de nos jours le sens des mots ne veut plus rien dire, lorsque l’on parle de sécurisation de l’emploi en réalité tout le monde cherche à trouver un accord sur plus de flexibilité de l’emploi… Mais parler de flexibilité et de précarité n’est pas très vendeur politiquement et encore moins pour un gouvernement socialiste.

La réalité est pourtant bien celle-ci. Comment peut-on flexibiliser plus le marché du travail ? Alors au menu, encore plus de sécurisation pour les petites gens en supprimant le CDI (le contrat à durée indéterminé), qui est un empêcheur de bénéfices en rond. C’est vrai ça, la fin du CDI est un grand progrès dans la sécurisation de votre carrière professionnelle…

En disant cela, je ne dis pas que l’idée d’avoir des droits qui augmentent avec l’ancienneté est mauvaise en soi. Je dis simplement qu’oser parler de sécurisation de l’emploi lorsque l’on parle justement de supprimer le CDI, de faciliter les licenciements, de rendre les suppressions de postes moins coûteuses, les indemnités de « virage » moins élevées et les délais de contestation de la part du salarié plus courts, ce n’est pas précisément ce que l’on peut appeler de la « sécurisation de l’emploi ».

Nous avons donc à nouveau un exemple terrible de déformation langagière à des fins de manipulations des masses. Personne ne réagit et tout le monde reprend béatement en cœur « la sécurisation de l’emploi », « la guerre c’est la paix », et Orwell n’a jamais été aussi d’actualité.

Le CDI et la stabilité

La seule réflexion que tout cela m’inspire est que les ménages, les familles, ont besoin pour être de bons consommateurs de stabilité professionnelle. De cette stabilité découle dans la société française actuelle, vos possibilités de faire des projets. Faire des projets en termes économiques c’est essentiellement s’endetter. S’endetter pour acquérir ou louer un logement, s’endetter pour acheter une nouvelle voiture, bref, anticiper maintenant ses revenus futurs sur lesquels on « peut compter ».

Le souci de flexibilité des entreprises est parfaitement légitime. Le souci de rentabilité est parfaitement compréhensible. Mais la précarité généralisée ne renforcera aucunement ni notre tissu industriel, ni notre nation.

Évidemment… si nous n’étions pas obligés de nous aligner sur le moins-disant social qui dans le cadre de la mondialisation est la Chine, les choses seraient très différentes.

La mondialisation est une obligation, l’Europe est indispensable

C’est ce que l’on nous explique depuis maintenant plus de 20 ans.

La mondialisation devait être heureuse, et comment voulez-vous qu’un pays comme la France compte en dehors de l’Europe ? Nous sommes devenus trop petit.

Petit comme les pays d’Amérique du Sud qui défendent farouchement leur indépendance. Petit comme le Vietnam, la Corée du Sud, la Malaisie, la Suisse, le Canada, ou même le Royaume-Uni qui se maintient plus hors d’Europe que dans l’Europe sans donner l’impression de compter plus ou moins qu’un pays comme la France. Petit comme certains pays de l’Est, bref, il existe un autre chemin que celui de cette Europe et de cette monnaie unique à commencer par une autre Europe.

Sur la mondialisation, lorsque nous avions encore des protections douanières, le chômage était beaucoup plus faible… ainsi que, disons-le, les profits des entreprises.

Il faut bien comprendre que la mondialisation c’était pour les entreprises la possibilité de faire fabriquer pas cher en Chine ou ailleurs, pour continuer à nous vendre très cher ici, et s’empapaouter au passage la différence sous forme de profits, bénéfices et dividendes.

Le léger problème c’est qu’une fois que toutes les entreprises ont délocalisé (pardon, il faut dire « colocalisé » maintenant), il n’y a plus ou beaucoup moins de consommateurs solvables sous nos latitudes.

La somme des intérêts individuels n’est, dans ce cas précis, pas égale à l’intérêt collectif.

La réforme de Bâle 3

Comme nous vivons une époque formidable, nous avons eu encore un autre superbe exemple du fonctionnement pathétique de nos sociétés occidentales.

Il y a quelques années, nous avons vécu une véritable débandade bancaire – qui continue d’ailleurs mais de façon larvée, l’incendie étant circonscrit par un afflux massif de liquidités c’est-à-dire de fausse monnaie déversée par les « pompiers » banquiers centraux.

À cette époque, il avait été annoncé « plus jamais ça », vous allez voir ce que vous allez voir, grâce aux accords de Bâle 3 il n’y aura plus jamais de faillite de banques, elles devront relever leur niveau de fonds propres et tout le tintouin… Les marchés, rassurés par autant de clairvoyance, pouvaient monter.

Aujourd’hui même, il a été officialisé le fait que ces nouvelles normes ne verraient pas le jour. Un véritable enterrement de première classe. Et figurez-vous que c’est aussi une excellente nouvelle… car les banques n’auront pas à se recapitaliser… donc c’est bon pour les actionnaires, les marchés peuvent encore monter. Enfin pas tant les marchés que les actions des banques qui s’adjugent de très belles performances aujourd’hui… Alors même que cette décision prouve que personne n’est capable de répondre aux besoins de recapitalisation du système financier mondial qui reste donc en état de faillite… virtuel.

Nous dansons sur un volcan et nous sommes contents… Consternant.

Soyons positifs, comme dirait ma femme !

C’est vrai ça, voyons les choses positivement.

Il y avait des dettes… il y a encore plus de dettes.

Il n’y avait pas de croissance, il n’y a toujours pas de croissance.

Il y avait des déficits, il y a toujours autant de déficits.

Il y avait des banques en faillite et au bord du trou, Bâle devait les sauver… or il n’y aura pas d’application des accords de Bâle.

Il n’y avait pas de réforme du système financier et le système financier n’a toujours pas été réformé.

… Enfin, heureusement, nous avons une Union bancaire européenne à partir de 2014, haha, et puis nous avons notre Président qui nous a dit que l’euro était sauvé hahaha, et puis la FED a même dit qu’elle allait pouvoir arrêter les QE mais avant fin 2013 et là hahahaha, il faut que je vous laisse, je suis pris d’un fou rire irrépressible !

Enfin, entre les colocalisations dans le cadre de partenariats gagnants-gagnants, la sécurisation de l’emploi, avant que vous soyez amené à « bénéficier » d’un plan de sauvegarde de l’emploi… (Enfin pas du vôtre.) Je me dis qu’il vaut mieux garder ses pièces d’or… j’ai comme l’impression que tout cela va très mal se finir…

Ah oui, une dernière pour la route. Free, l’opérateur Internet, a bloqué les pubs pour ses clients. Drame au gouvernement. Avec le socialisme d’Hollande, il est interdit d’interdire la pub… Allez, on va pouvoir continuer la grande lobotomisation des masses. La pub est donc désormais officiellement obligatoire. À quand les programmes scolaires sponsorisés par quelques grandes marques avec écran de pub obligatoire avant de commencer les cours ? Et n’imaginez pas que ce soit impossible, car c’est déjà le cas depuis 10 ans aux États-Unis… alors

Enfin, ultime blague de la journée qui est décidément très riche… Michel Sapin est cousin avec Gégé Depardieu dit… Le Russe… Qu’est-ce qu’on se marre ! Avec tout ça, impossible de ne pas avoir le moral ! (…) »

Charles Sannat*, Le Contrarien matin du 8 janvier 2013

*Directeur des études économiques chez AuCOFFRE.com

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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12 commentaires pour La sécurisation de l’emploi et le trou de Bâle 3 (Charles Sannat)

  1. Ping : PART 01 | JANV 2013 | LES BANKSTERS DE LA FINANCE | Pearltrees

  2. cathy m. dit :

    Je pars à la grotte de suite pour prier et mettre un cierge

    Envoyé de mon iPhone

  3. le tout il faut comprendre chaque jours des milliers de Métiers ,d’emplois disparaissent ,déjà les 35 heures ,les Grands ont débauché les salaires les plus élevés ,pour mettre des Nuls très souvent ,les patrons ont touché pour cette folie du fric ,mais une baisse de salaire pour les cadres moyens ,cela s’est ajouté des Entreprises étrangères venues s’installer en France ,au condition sans les Charges trop élevées ,pendant un certain nombre d’années ,puis quant ils ont été pour payer ,ils ont fait travaillé 1 semaine par mois ,cela dans la ville natale ,qui a payé les Charges ,les indemnités des 3 semaines ,sans les cotisations des employés ,plus l’immigration en masse alors que nous n’avons plus d’emploi à fournir ,que les Bouygues ext Bolloré ont 80%d’immigrés dans leur Entreprise ,pour baisser encore les salaires ,augmenter les Charges pas les leur évident puisqu’ils emplois des immigrés ,et ces rapaces sont en Afrique en Côte d’Ivoire pour le restant les mettre en esclavage ,Véolia ( banque ?? Véolia eau ,véolia propreté véolia transports Ras le bol ,il a fait installer des poubelles dans des trous ,des caissons ça sent mauvais infecte ,vide 1 fois par semaine ,1 seul homme ,au lieu de tous les jours 3 hommes ,les caisses plus de caissières ,ext ext ils ont su amener les peuples à l’esclavage de Serfs Serves ,regardez le Détroit US la Grèce ,Espagne Portugal ext nous sommes pires Endettés Ruinés comme nous ne l’avons jamais été ,plus de Patrimoine plus de Réserve d’Or ,que des mouchoirs à papiers Chinois

  4. zorba44 dit :

    Oui nous sommes dans une économie de contraction. De la contraction rien ne peut sortir de bien car chacun se replie dans sa coquille, descend sa consommation au minimum, sachant que le minimum d’un jour sera peut-être le maximum du lendemain et qu’il faudra rogner encore et encore.
    Tout ceci s’appelle un suicide collectif économique et ceux qui l’ont organisé ne se rendent même pas compte qu’ils se sont mis eux-même le canon sur la tempe.

    Jean LENOIR

    • Je ne sais pas si nous vivons dans le même monde: les stations de ski sont pleines à craquer, les magasins sont bondés au moment des fêtes, il n’y a pas un chômeur qui traîne dans les rues, les prévisions de croissance sont au beau fixe, l’endettement diminue, les marchés repartent. Faut changer de refrain mon vieux. La crise c’était hier. En plus il s’agissait d’une crise fictive. Je veux dire comptable.

      • Vivienne dit :

        C’est cela oui… c’est même l’EUPHORIE ! On se croirait revenu au temps des Années Folles, c’est formidable, merci à tous !

        Non mais sans rire vous vivez où Jaisson ? A Lausanne ?

  5. Sur la flexibilité (les contradiction n’ont jamais freiné le libéralisme), il me semble qu’il y a un deuxième objectif moins avoué. Celui de confier la formation professionnelle à la collectivité et d’en dispenser les entreprises. On commence à entendre des discours de réaffectation des coûts de formation au profit des chômeurs, pourtant malgré la crise, il reste plus de travailleurs que de chômeurs. L’idée du patronat est de pouvoir à chaque changement de technologie, d’environnement, de pouvoir se séparer des anciens collaborateurs, par des nouveaux tout neufs et tout formés. La flexibilité permettra cela. Et si vous faite attention vous la verrez toujours suivie dans les discours par la formation…A suivre mais il me semble bien que l’objectif caché du medef est de se décharger des ses missions de formation pour les faire supporter par la collectivité. Car un salarié en formation ne rapporte rien…..

  6. La Gaule dit :

    @ Ci-dessus toute nue
    (Brrr ! Vous savez que c’est encore l’hiver ?)

    Votre hypothèse est plausible et intéressante, mais, comme vous-même le soulignez, le « merdef » n’est pas à une contradiction près. Pour que la collectivité assume ces fonctions de formations rêvées chez les anges, encore faudrait-il qu’elle soit solvable.
    Quand vous voyez que le principal organisme historique de formation professionnelle, l’AFPA, est en faillite… Et je ne parle pas de l’état de décrépitude de ce qui constitue quand même le socle de notre système de transmission du savoir, l’éducation nationale.
    Le haut patronat (à des échelons inférieurs les patrons résonnent différemment, réalité tangible oblige) veut le beurre, l’argent du beurre et la crémière. Le problème est qu’il n’y a plus de vache et que, de toute façon, la crémière est une illettrée qui rêve d’être manucure.

  7. Nicolas Jaisson êtes vous sur de vos informations où provenant tout bonnement des Médias ,Vous savez les Mourants sont en bonne santé quelques minutes avant le trépas ils vont même mieux,le bourrage de crâne ,je dois déménager ,les déménageurs se bousculent ,car eux n’ont pas votre Avis ,et les Maisons Appartements refleurissent en ventes aux enchères ,savez-vous qu’elles se vendront ,les propriétaires continueront à payer les crédits ,les magasins plein oui pour acheter quoi ,les stations de ski manger des pâtes ,pendant 6 mois sans payer les loyers ,la reprise ,
    Nous avons basé tout sur un MOT RENTABILITE ,le coté humain a été balayé ,Tous fuient le Pays qui les a enrichi ,la Caf Sécurité Sociale en faillite ,

  8. kouri dit :

    Le trou de Bâle… MDR

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  10. idebenone dit :

    Pour remédier à ce recours abusif aux contrats très courts, faut-il taxer davantage les CDD, comme le proposent les syndicats?

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