David Cameron, maître chanteur (J.-C. Péclet)

david-cameron-maitre-chanteur« David Cameron prononce aujourd’hui son discours européen tant attendu – euh, des Britanniques, en tout cas. La BBC nous en livre la substantifique moëlle. « Chers concitoyens, je vous le promets, nous organiserons un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne – enfin, si vous nous reconduisez au pouvoir, nous autres Conservateurs, aux prochaines élections. »

J’adore. Ce n’est même plus de la grosse ficelle, on tient là une véritable corde pour dépanner une bétailleuse embourbée.

Courageux mais pas téméraire, David Cameron sait que s’il organisait un référendum sur la sortie de l’UE en 2013-2014 par exemple, la campagne coïnciderait avec celle sur le statut de l’Ecosse, assez pro-européenne. On imagine le scénario du pire : les Ecossais votent pour une séparation d’avec les rosbifs, qui eux-mêmes divorcent d’avec l’Union européenne. Du coup, leur pays devient un petit moignon d’île. Ce n’est plus l’empire sur lequel le soleil ne se couche jamais, mais le coin de jardin sur lequel il pleut tout le temps.

Donc, le premier ministre prend les électeurs en otage : commencez par revoter pour nous, et si vous tenez votre part du deal, on vous l’organisera, ce référendum, avant fin 2017. D’ici là, le prochain Manifeste conservateur comprendra un mandat pour renégocier les conditions de notre participation à l’UE.

Petite question insidieuse : pourquoi ne pas présenter ce mandat maintenant, puisque la désillusion des Britanniques face à l’UE « est au plus haut »? Pourquoi attendre? Les positions sont connues, les avantages et inconvénients se dessinent assez clairement, tous les éléments sont en place pour lancer le débat.

Sauf que ce débat, Cameron en a une trouille bleue. Il sent que ça peut déraper, lui échapper complètement. Déjà, la City panique à l’idée des dizaines de milliards qui vont la déserter. Cameron est déchiré. L’haleine des anti-Européens dans son cou le pousse à avancer, mais la cravate de son club fermement tenue par les banquiers le retient.

Alors il a trouvé ce minable chantage : votez pour moi, et on reparlera de tout ça, promis-juré.

Un jour, il devra dire ce que lui-même pense de tout cela, se situer, prendre position. O my God, another cup of tea, please ».

Jean-Claude Péclet, Béquilles, le 23 janvier 2013 (via Le blog à Lupus)

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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9 commentaires pour David Cameron, maître chanteur (J.-C. Péclet)

  1. Garfy dit :

    Nigel Farage va l’interpeller –

  2. lapotre dit :

    Les Anglais ont eux aussi leur Sarkozy + Hollande, Deux en un. Pourquoi ne dit-il pas la vérité , à savoir que Washington ne veut rien entendre au sujet de ce référendum.
    Nigel Farrage, le Dupont-Aignan britannique va-t-il faire entendre sa voix lui, qui se réjouissait, au Parlement de Bruxelles, de la venue certaine d’un référendum dans son pays. Je me le demande, lui qui critiquait la position anti-américaine de beaucoup de Français et qui prend toujours ses distances avec le FN. Aurait-il peur d’être accusé d’extrémisme ?

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  4. zorba44 dit :

    Les maîtres chanteur, ce n’est plus à Nuremberg mais à Londres…
    Le vrai visage des politiques : intérêt perso first

    Jean LENOIR

  5. njaisson dit :

    La sortie de l’Union européenne en ce qui concerne le Royaume Uni est une absurdité: d’abord parce que les théoriciens libéraux anglais sont les principaux inspirateurs de la CEE puis de l’UE (il n’est que de voir le nombre d’administrateurs anglais dans les institutions internationales) et ensuite parce que l’économie anglaise est trop intégrée à celle du Marché unique pour pouvoir se défaire d’un traité qui va beaucoup plus loin qu’une simple zone de libre échange, mais se veut une zone économique optimisée en fonction de l’optimisation de la création de valeur pour les principales entités industrielles et financières qui composent l’économie anglaise (voir l’intégration du RU dans la chaîne de production d’Airbus, idem pour EADS, British Aerospace, la City, etc). La gouvernance globale fondée sur les théories du réchauffement climatique est née pareillement dans les universités anglaises, tout comme celles-ci participent étroitement à l’élaboration des « plans quinquennaux » de la Commission européenne qui sont destinés à définir le cadre conceptuel de la croissance pour les décennies à venir (voir le plan à l’horizon 2020 de la Commission qui détermine les axes du développement économique fondé sur l’économie en réseaux et les énergies renouvelables). Il y a donc tromperie majeur à laisser penser que le RU pourrait s’échapper d’une construction juridique et économique dont il est un des principaux inspirateurs comme le maître d’oeuvre associé à la réalisation d’un ensemble économique (voir le rôle joué par le RU dans la création de l’Union Méditerranéenne via les révolutions arabes sponsorisées par la communauté internationale) à venir qui l’engage déjà bien au delà de l’horizon 2017 fixé par Cameron pour des raisons électorales évidentes. Son discours historique marque plus un changement de direction stratégique dans la manipulation de l’opinion anglaise qu’une réelle volonté de s’affranchir d’un cadre réglementaire qui serait devenu trop handicapant pour la société et l’économie britannique.

  6. gimmi dit :

    Il fait chanter aussi les autres pays européeens !!

  7. njaisson dit :

    Une certaine ironie se dégage de toutes ces discussions à propos de soi-disantes divisions de l’Europe, alors que les gouvernements n’ont de cesse que de s’aligner sur des standards politiques communs dans les différents secteurs d’activité qui s’organisent en fonction des mêmes normes définies par les organismes internationaux. Foin de déclarations médiatiques, ce discours séparatiste serait plus crédible s’il reposait sur une explication détaillée de l’alternative envisagée à l’intégration dans l’Europe et au-delà dans l’économie mondialisée En quoi et dans quel domaine le RU souhait-t-il se désengager de la politique commune européenne? Dernièrement Cameron s’est par exemple distingué en poussant la législation du mariage homo dans son propre pays contre la majorité de l’opinion publique, appliquant en cela les recommandations – même pas les directives – de la Commission européenne. Alors aurait-il brusquement changé d’avis. Non, tous ses tiraillements sont plus de la gesticulation médiatique destinée à nous faire croire qu’il existe encore un semblant d’identité nationale se traduisant par des tiraillements internes dans la Maison commune européenne. Mais ces tensions font partie du jeu dialectique normal entre les acteurs d’un système organisé qui ne peut progresser vers l’unité fédérale que si les tensions entre ces acteurs alimentent le moteur du changement par le jeu dialectique qui veut qu’une opposition marginale entraîne une réaction systémique de l’ensemble fédéral qui réagit contre la réaction irrédentiste par un resserrement des liens unissant les acteurs du système. Ainsi faute de se démarquer nettement de la politique commune, Cameron contribue à la reconfiguration de l’UE dans le sens d’un approfondissement des réformes redessinées en fonction du contexte dont les variations de ton nécessite un changement de communication, mais pas nécessairement une inflexion de la politique fédérale d’ensemble qui continue sur la voie de l’intégration vers le « meilleur des mondes ».

  8. njaisson dit :

    Ceci explique cela; Cameron doit trouver un bouc-émissaire pour calmer son opinion publique échaudée par une récession qui s’annonce comme une crise d’anthologie, alors autant taper sur’UE puisque les gens ne demandent que ça. Les marchés ont l’air de se retourner contre le RU après s’être farcie l’euro. Mais la proie était trop grosse pour eux. Ils se sont cassés les dents sur la capacité illimitée de la BCE à créer de la monnaie, et ce d’autant plus que les différentiels de spread entre dettes souveraines constituaient des bras de levier supplémentaires pour démultiplier la création de monnaie banque centrale sous la forme de dérivés de taux ou de crédit. Les Anglais se retrouvent face à une dette bancaire la plus élevée au monde. On attend qu’Asselineau monte au créneau pour nous expliquer comment un pays hors de la zone euro et dotée d’une banque centrale indépendante peut se tirer d’affaire avec une dette bancaire évaluée à plus de 1000% du PIB.

  9. njaisson dit :

    Ministers today admitted Britain is facing « very, very grave difficulties » after figures showed the economy did not grow at all in 2012.
    Both George Osborne, the Chancellor, and Danny Alexander, the Chief Secretary to the Treasury, said they do not underestimate the scale of the challenge but insisted the Goverment is on a « path of repairing our public finances ».
    Despite their optimism, City analysts warned that the economy is still « in crisis », more than four years after the financial crash of autumn 2008.
    http://www.telegraph.co.uk/news/9826857/Britain-is-experiencing-worse-slump-than-during-Great-Depression.html

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