Non, la France n’est pas en faillite (Bruno Bertez)

sapin« Un membre du gouvernement vient de déclarer que l’Etat était en faillite.

Je ne ferais remarquer qu’une chose en tant qu’amoureux du vrai et de la cohérence, comment peut-on en même temps proclamer que la France est en faillite et se scandaliser que les agences de notation abaissent la note de crédit ?

Il faudra que l’on m’explique.

Monsieur Sapin devrait lire dans les livres de première année des élèves de l’EFAP, les bases de la théorie de la communication : Comment communiquer sur un sujet unique quand on s’adresse à des récepteurs et cibles multiples ! Nous n’irons pas jusqu’à lui recommander la lecture de Saussure.

Ne pas prendre la peine de réfléchir sur ses messages témoigne d’un immense mépris pour les citoyens et leurs corps intermédiaires. Il faut un cynisme terrible pour oser afficher pareil mépris pour l’intelligence de ses concitoyens. C’est toujours le même chemin tracé par Mitterrand : « ils ne sont pas contents ! Oui et après ». Nous sommes loin du pari de l’intelligence et de la volonté d’élever les hommes à la hauteur de la République.

Quant au fond, il est évident qu’au-delà de la propagande maladroite, la question de la tolérance à l’égard des déficits français se pose, mais qu’elle ne se pose pas en termes de faillite.

Les dettes de la France sont irrécouvrables comme celles du monde généralisé Ponzi dans lequel nous vivons, mais pas plus, pas moins, que celle des autres pays. Les dettes sont irrécouvrables, mais grâce à la monétisation des dettes, grâce aux taux zéro, grâce à la répression financière, grâce à la complicité des banques, elles sont « roulées », repoussées devant nous, comme le fait un chasse neige.

En attendant les dernières phases, soit spoliation complète et autoritaire des citoyens, soit euthanasie par l’inflation.

La question des dettes est relative. Relative car le monde entier est en régime normal, insolvable. C’est pour cela que l’on fabrique de la fausse monnaie partout, précisément, pour masquer l’insolvabilité et rouler les dettes.

La question est par ailleurs dynamique, nous sommes sur une trajectoire, dans un processus, porter un jugement sans tenir compte de la trajectoire est idiot. Compte tenu du fait que l’on n’est pas en faillite, puisque l’on peut rouler les dettes, les bonnes questions sont :

– Mes ratios de dettes ont-ils tendance à se détériorer ou s’améliorer

– Mes perspectives de croissance se détériorent-elles ou non

– Ai-je atteint le seuil de tolérance social de tonte de mes citoyens

– Est-ce que je mets en péril l’indépendance de mon pays

– Est-ce que je mets en péril l’ordre social de mon pays

Voilà quelques-unes des pistes à aborder quand on respecte ses citoyens.

Le débat sur la politique française face à la dette de tout son système est escamoté depuis longtemps.

On ne se préoccupe pas de traiter le problème d’une dette excessive qui recouvre un appétit de jouissance illimité et immédiat, c’est la définition du vice, non, on refuse le débat au fond.

Il s’agit d’un problème de société qui n’est pas très éloigné du débat sur la reconnaissance, l’encouragement de la déviance sexuelle.

enfant roi

Tout, tout de suite, sans effort, sans la patience et l’effort du détour, jouissance consommée et même pas authentiquement vécue, « l’amour ça se prend et puis ça se jette » telle est l’une des caractéristiques vicieuses de nos sociétés et singulièrement la française.

Règne de l’enfant roi dont on satisfait les caprices, dont on encourage la masturbation au mépris de la constitution du désir d’objet, à qui on fait l’économie de se constituer un objet de désir du sexe opposé. Et qu’en plus en encourage maintenant à la masturbation à deux, dans le cadre d’une reconnaissance sociale de « l’amour » du même sexe.

Société qui veut tout, tout de suite, quitte à prendre le risque de tuer son propre désir, celui de l’autre sexe. Société qui a peur, qui s’angoisse et qui demande la reconnaissance sociale de sa lâcheté pour n’en pas souffrir la culpabilité. Peur de l’autre, peur du monde, tout, tout de suite, sinon je trépigne, mon bulletin de vote à la main.

Réfléchissez, vous découvrirez à quel point tout cela est lié, cohérent, exprime le même monde, la même perversion, laquelle ne peut se développer et se généraliser que parce que d’autres se coltinent le réel, le vrai travail, la vraie production des richesses et… des enfants.

Il y a plus de vérité et d’amour des hommes dans une seule phrase de Léo Ferré que dans toute la masse des discours des élus : « Dans une France socialiste, je mettrais ces fumiers debout, à fumer le scrutin de liste jusqu’au mégot de mon dégoût » ; Ferré parlait bien sûr des vrais socialistes, pas des usurpateurs de l’idée socialiste, pas de ces fossoyeurs de l’homme qui conserve la possibilité de donner un sens à sa vie autrement que par la consommation gloutonne, pressée, impatiente.

village people ps mariage gay

La vérité est que ceux qui sont élus, le sont par les enfants-rois. Pas murs, pas élevés, pas éduqués. Et qu’ils ne tirent leur ascension que de la destruction des principes et fondements des sociétés et de tout ce qui est constitutif de l’humain. Ils sont donc les plus mal placés ensuite, pour traiter les dérives, les stopper, puis les inverser. Ils sont produits du système eux-mêmes, ce sont les incendiaires qui crient au feu et essaient de voler les oripeaux des pompiers ».

Bruno Bertez, Le blog à Lupus, le 28 janvier 2012

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 55 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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7 commentaires pour Non, la France n’est pas en faillite (Bruno Bertez)

  1. njaisson dit :

    Rien de nouveau sous le soleil. Nous sommes arrivés au bout du processus de corruption, la dette émise par les banques centrales (ou le cartel de banques privées qui en tient lieu) n’étant qu’un moyen parmi d’autres, qui devait déboucher sur le contrôle total des masses par la « secte organisée ».

    Cliquer pour accéder à Architects_of_Deception_by_Juri_Lina.pdf

  2. brunoarf dit :

    Mardi 29 janvier 2013 :

    Italie : une banqueroute de Monte dei Paschi menacerait l’Europe.

    On savait que Monte dei Paschi, la grande banque de Sienne, la troisième d’Italie, était en difficultés. Mais ce n’est pas pour participer à un des somptueux diners donnés dans le superbe Palazzo Salimbeni par cette institution que Mario Draghi s’est envolé ce soir pour l’Italie. Mont de Piété créé en 1472 par les magistrats siennois, elle a pour principal actionnaire une fundazione aussi prestigieuse que peu transparente. AXA en est le troisième actionnaire avec plus de 3% du capital.

    C’est au chevet de cette institution systémiquement importante pour l’Europe et le monde bancaires que le Président de la BCE se rend, à en croire le Financial Times. Une réunion au sommet est en effet convoquée à Rome ce mardi. C’est que la faillite de la BMPS serait une catastrophe à plusieurs niveaux.

    Les conséquences d’une faillite pour les banques, pour l’Italie, et l’Europe seraient létales.

    • Elle entrainerait une faiblesse contagieuse des deux autres grandes banques italiennes, Unicredit et Intesa San Paolo, ainsi que du réseau de caisses d’épargne du pays. Ce faisant, elle menacerait l’ensemble du secteur bancaire européen à travers le marché interbancaire et provoquerait une crise de liquidité. Parmi elles, un montant substantiel prêté à 1% à 3 ans au début de 2012 par la Banque Centrale Européenne. Ancien Gouverneur de la Banca d’Italia, Mario Draghi connaît parfaitement les fils qui lient les institutions bancaires de son pays avec l’Europe et le reste du monde.

    • Une panique entrainerait un effondrement des obligations souveraines italiennes qui s’étaient améliorées suite à l’engagement pris par la BCE de soutenir l’Italie et l’Espagne. Cet engagement a rassuré, mais n’a pas encore été exécuté. Face à un risque de 2.000 milliards d’euros de titres du Tesoro italien, la BCE pourrait se trouver elle-même en difficulté, vu son bilan déjà largement surexposé en créances bancaires de l’Europe du Sud.

    • L’affaire ne s’arrêterait pas à l’Italie : la France serait aux premières loges, et en particulier BNP Paribas, qui détient la Banca Nazionale del Lavoro, elle-même la quatrième banque du pays et qui célèbre son centenaire en 2013. Qui plus est, on voit mal comment un effondrement de la dette italienne n’affecterait pas d’autres pays européens, relançant une spéculation contre les obligations souveraines.

    Ce scenario pourra-t-il être évité ?

    La BMPS a perdu 91% de sa capitalisation boursière en cinq ans. Elle est de 3 milliards d’euros pour des fonds propres de 17 milliards, soit moins de 20%. Son nouveau Président, Alessandro Profumo, ancien patron de la banque Unicredito, cherche désespérément un investisseur stratégique. On cite JP Morgan, Deutsche Bank ou Nomura.

    La Banca d’Italia a décidé samedi d’augmenter un prêt obligataire de sauvetage à 3,9 milliards d’euros. Ce prêt fait déjà hurler dans la péninsule. Mais la banque centrale n’a pas le choix.

    Les moyens de cette banque centrale et de la BCE permettront-ils d’endiguer une possible banqueroute ? Il faut le souhaiter. Même si l’on y arrive sans qu’une panique éclate, il ne faudra pas oublier que, malgré quelques mois de répit, l’Europe reste vulnérable à la faillite de l’une quelconque de ses grandes banques, surtout lorsqu’elle est située dans un pays qui a une dette publique de 120% du Produit Intérieur Brut. La combinaison d’une grave faiblesse bancaire dans un pays surendetté peut être létale.

    http://finance.blog.lemonde.fr/2013/01/28/italie-une-banqueroute-de-monte-dei-paschi-menacerait-leurope/

    Dette publique au troisième trimestre 2012 :

    1- Médaille d’or : la Grèce. Dette publique de 301,193 milliards d’euros, soit 152,6 % du PIB.

    2- Médaille d’argent : l’Italie. Mario Monti laisse derrière lui une dette publique de 1995,143 milliards d’euros, soit 127,3 % du PIB. Mario Monti a fait la preuve de sa nullité. Mario Monti a fait la preuve de son incompétence.

  3. THEOPT NEWZE dit :

    Faillite. Ce mot n’existe que pour les particuliers. C’est un dogme. Le reste n’a aucune importance. Voilà la nouvelle règle du monde. Offrez votre gorge au couteau du seigneur…. saigneur.

  4. Ping : Non, la France n'est pas en faillite (Bruno Bertez) | Econopoli | Scoop.it

  5. Ferdinand dit :

    5 ans que la fin est annoncée toutes les semaines sur ce blog et tant d’autres…
    En réalité, la japonisation de l’Europe est en route pour longtemps.
    D’ailleurs, chez Natixis, ils ont prévenu il y a 2 ans déjà quant au menu qui sera servi : « … des bilans négatifs [à la BCE] sont possibles… »
    Cesser de jouer les Cassandres et montrez que vous avez des couilles en reprenant aux asiates et aux WASP les parts de marché perdues. Les français sont historiquement divisés, les français sont leur propre et pire ennemi.

  6. news360x dit :

    L’Etat en faillite … mais la nation ?

    – « Il existe encore 33% des Français qui n’ont rien compris. Dans ces 33% d’aveugles, de crétins et de profiteurs, on peut certainement y inclure les manifestants de la fonction publique. »
    – « Il y a en France 90 fonctionnaires pour 1000 habitants (50/1000 en Allemagne). »
    – « Un fonctionnaires coûte en moyenne 3,5 millions d’euros à l’État tout au long de sa vie. »

  7. zorba44 dit :

    Les français sont les plus gros consommateurs de neuroleptiques au monde… Juste pour gommer leur anxiété. Mais ils sont peut-être au seuil de l’overdose. Overdose d’état, de règlements, de formalités et de gabegie.

    Jean LENOIR

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