Bertez, le rabat-joie (Bruno Bertez)

« Le début d’année a démarré en fanfare sur les marchés boursiers. On a même assisté à ce que l’on peut appeler en terme professionnel un début de « capitulation ».

Certains baissiers, permabears, ont jeté l’éponge et sont venus au secours du momentum. C’est l’une des raisons qui nous a conduit en début d’année à insister sur l’exubérance. Il nous est apparu que les comportements redevenaient maniaques au sens de notre analyse sur la bipolarité.

stages bernanke bubble

C’est l’un des risques majeurs de la politique suivie par les irresponsables qui gouvernent. Au fil du temps, au fil de la répétition des promesses, un effet d’apprentissage se dessine et les opérateurs, même les plus prudents, se jettent à l’eau. Il est en effet difficile pour des permabears de rester plusieurs années d’affilée à l’écart des marchés sous la raison qu’ils sont faits à la main, hors normes.

kapitalist fool

La politique de destruction des rendements de tous, absolument tous les placements normaux est redoutable. C’est une arme terrible dans les mains des irresponsables étatistes. Ils ont ainsi la possibilité, avec le temps de forcer tout le monde, nous disons bien tout le monde à faire des choses qui sont désavantageuses.

En tuant les placements classiques et en même temps en assassinant le prix du risque, en le mettant au plus bas, les régulateurs obligent à faire des bêtises. L’Histoire, espérons le, leur demandera des comptes.

Leur dernière réussite c’est le déclenchement de la spéculation sur le logement locatif. Aux Etats Unis, c’est incroyable, il y a une guerre de surenchère des acheteurs pour s’arracher l’immobilier d’investissement. Il rapporte 3% quand on sait mal calculer, donc il est un débouché pour les gogos à la recherche de rendement et ceux, nombreux qui cherchent à se faire des commissions sur leur dos.

home sweet home bertez

On voit la même chose en France, les banques essaient de se décoller de leur immobilier en conseillant aux clients les compartiments avec SCPI, la fameuse pierre qui rapporte. Peu importe, au contraire, que l’immobilier chute, que les prix soient soutenus artificiellement, on vante les mérites de la pierre locative aux gogos. Cela vaut aussi bien pour le locatif de logement que le locatif commercial, le marché est à la vente, les prix et loyers sont renégociés à la baisse mais les banques conseillent aux malheureux qui ont soif de rendement de venir se faire « tarter » sur ce marché. Honte à elles.

Il faut non pas être malin, intelligent ou compétent dans des périodes comme celle-ci, non il faut être patient. Et c’est très difficile. On voit son capital oisif, rongé par l’inflation, et de temps à autres on assiste en spectateur au tirage du loto sur les marchés. Un tirage auquel on ne participe pas. Dur, dur!

Il faut la patience d’attendre la fin de la lévitation actuelle, attendre le retour à des évaluations attractives, attendre que le risque, le vrai celui qui est devant nous, se soit concrétisé.

Le risque c’est celui d’une belle lessive qui peut coûter cher, et balaiera, et au delà tout ce qui a été gagné depuis 2008. Si tant est que, quelque chose ait été réellement gagné.

Le rendement des emprunts est sans intérêt. Comme le dit le plus gros gérant obligataire du monde, Bill Gross, au niveau actuel des taux il faut être fou pour prendre le risque de durée, nous ajoutons, et pour prendre le risque d’inflation, et nous ajoutons, et pour prendre le risque de taux. Sans compter, pour le high yield , le risque de défaut. Le seul espoir c’est de sauter du train avant les autres et cet espoir ne peut être caressé que par une minorité proche des pouvoirs.

Sur les actions, on est à 22 fois les résultats recalculés et lissés de Schiller ! Au dessus de 18 fois, il n’y a rien à espérer, le marché ne procure qu’un rendement global médiocre qui ne compense pas le risque pris.

Après la vague d’euphorie du début d’année, les marchés sont chers, toppy, surachetés. Le sentiment est trop bullish, trop positif, c’est mauvais signe.

Les taux d’intérêt sont en hausse, on a monté de 60 pbs sur le 10 ans américain. On vient de 1,36, on est sous les 2%. Les escrocs retournent cela, en disant l’argent va sortir des marchés obligataires, et va venir faire la grande rotation, c’est à dire faire monter les actions par réemploi. Ce raisonnement est idiot, archi idiot. La seule vérité est qu’après vous avoir fait perdre sur les obligs, ils veulent que vous tendiez la joue gauche, et preniez la claque sur les actions. Il faut bien qu’ils vivent ces pauvres.

La grande rotation est un mythe.

En revanche ce qui est vrai c’est que les anticipations inflationnistes se tendent, l’inflation implicite qui ressort de la comparaison des 10 ans nominaux et des 10 ans indexés ressort à 2,7%. On est au dessus des 2,5% dont parle Bernanke.

Pourquoi dit-il, on continuera jusqu’à ce qu’il y ait de l’inflation ? Tout simplement parce qu’il sait que l’inflation va venir un jour ou l’autre mettre un frein à ses débauches monétaires, et qu’il veut se laisser le droit, l’excuse, de continuer. On se fixe pour objectif, comme pour le maitriser, ce qui nous échappe et viendra fatalement. Cela permet de différer les hausses de taux et de prolonger la Grande Experience.

Ce qui est vrai aussi c’est que l’effet stimulant des QE se réduit avec leur répétition. On déclenche un peu de demande potentielle à chaque nouveau QE, mais le dopage a une durée de vie de plus en plus courte. Quelques mois.

Les largesses monétaires des politiques non conventionnelles n’auront un effet durable que lorsque les régulateurs auront perdu le contrôle de leur œuvre, quand les « animal spirits » seront lâchés et que personne ne réussira à les faire rentrer à la niche. Ce jour là, personne ne fera rentrer le génie dans la bouteille ».

Bruno Bertez, Le blog à Lupus, le 7 février 2013

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 55 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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5 commentaires pour Bertez, le rabat-joie (Bruno Bertez)

  1. 2fis dit :

    L’objet des acquisitions immobilières résidentielles aux Etats-Unis n’est pas la rentabilité à court terme … mais la préservation du capital à long terme … il s’agit plus d’un placement que d’un investissement … même s’ils peuvent être faibles il importe toutefois que les revenus locatifs nets restent toujours positifs … et qu’il y ait également un potentiel de plus-value à moyen terme … les prix de l’immobilier américain sont au niveau le plus bas depuis plus de 100 ans … et le dollar est faible … aujourd’hui un logement aux Etats Unis coûte la moitié d’un logement comparable en Europe … quoiqu’il arrive les gens auront toujours besoin d’un toit sur leurs têtes … je ne connais rien de plus sûr que l’immobilier résidentiel pour protéger ses avoirs … il va sans dire que le bon choix d’un bien immobilier est vital … durant les crises du passé les grandes fortunes se sont toujours réalisées en immobilier … jamais dans les casinos boursiers !!! …
    Serge Polakoff
    Le Crash de 2013 – Arrêtez de vous leurrer … il s’agit de votre argent
    http://2fis.com/wp/?p=146

    • Camel dit :

      Opinion évidemment très suspecte venant d’un promoteur immobilier !!!

      • 2fis dit :

        @Camel … Il est vrai que j’ai une longue carrière dans l’immobilier international … c’est d’ailleurs ce qui me donne l’autorité pour en donner un avis informé … ceci étant dit avez-vous un commentaire sur le contenu de mon propos? …

  2. THEOPT NEWZE dit :

    @2fis,

    Comment pouvez-vous parler de la préservation du capital ? Cela a pu, par le passé, être vrai. Sans avoir aucune autorité en la matière, entretien, impôts, portage ont des coûts et avec l’amplification de la crise ce qui aura été acheté 100 aujourd’hui risque de valoir 50, 30 …20 en termes réels dans le futur.
    La crise est loin d’être finie (et ce qui vient d’arriver en Irlande en est l’illustration et ne règle rien quant à la nature même de la dette. Avis d’un béotien.

    • 2fis dit :

      @THEOPT NEWZE … vous avez tout a fait raison de dire que la crise est loin d’être finie … en fait je pense que ce qui nous attend est un changement historique de paradigme plutôt qu’une crise ou même une dépression … vous avez également raison de dire que l’avenir est extrêmement incertain … et que tout peut arriver … mais je pense qu’il est préférable de se préparer tant qu’il est encore temps plutôt qu’en catastrophe … les changements arriveront de toute façon … autant s’y préparer à l’avance … un bien immobilier ou l’or continueront d’être là lorsque l’encre sur le papier des monnaies, actions et obligations se sera évaporé … la vie ne consiste pas à attendre que la tempête passe … mais à apprendre à danser sous la pluie … il faut se préparer au pire et espérer le meilleur …

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