La bulle des gaz et pétrole de schiste va bientôt éclater

Gaz de schiste« L’extraordinaire progression de la production de gaz et pétrole de schiste aux Etats-Unis génère un questionnement dans tous les pays qui disposent de grandes quantités de cet hydrocarbure : faut-il se lancer dans ce nouveau type de production pour réduire notre facture énergétique ?

En 5 ans, la production d’hydrocarbures de schiste y a été multipliée par 14 pour le gaz et par 5 pour le pétrole. Cela représente une progression considérable qui ne manque pas d’attirer les regards et de provoquer une frénésie dans de nombreuses régions du monde. Mais l’expérience américaine offre de bonnes indications sur ce qu’implique une telle politique énergétique et sur sa durabilité. En effet, il est déjà question d’une «bulle» prête à éclater et nous allons voir pourquoi.

tight-oil-prodÉvolution de la production de tight oil aux Etats-Unis

Il y a un an, j’écrivais un article donnant quelques éléments techniques pour comprendre les contraintes d’exploitation de ces hydrocarbures. Aucun des problèmes évoqués alors n’a été vraiment résolu. Bien au contraire, de nouveaux sont apparus, remettant en cause de manière quasi certaine les perspectives optimistes que l’on trouve dans les communications officielles sur le sujet.

L’eau de fracturation

J’avais déjà commenté le problème de l’eau en juillet 2012, pendant qu’une terrible sécheresse sévissait aux États Unis. En 2012, 150 millions de tonnes d’eau douce ont été utilisées pour la fracturation, soit la consommation annuelle de 3 millions de personnes (moyenne de consommation mondiale). Aujourd’hui, l’utilisation d’eaux toxiques, contaminées ou d’eau désalinisée est envisagée.

Le sable

C’est fin septembre 2012 qu’ont été réunis tous les acteurs impliqués dans la production, la logistique et la consommation du sable de fracturation pour tenter de répondre aux enjeux auxquels ils sont confrontés. La consommation de sable est passée de 6,5 à 30 millions de tonnes entre 2009 et 2011 et la demande pourrait atteindre 38 à 50 millions de tonnes en 2017 (voir graphique ci-dessous). Le défi est colossal et les infrastructures à mettre en place également. Près de 100 carrières ont été ouvertes à travers les États-Unis en deux ans. Le nombre important de convois routiers abîme les routes, augmente le nombre d’accidents et la pollution. Enfin, les investissements nécessaires pour un transport ferroviaire adéquat vont coûter 148 Milliards de dollars avant 2028 pour remplir les objectifs.

us proppant demandEvolution de la demande de sable de fracturation aux Etats Unis

L’amplification du phénomène «shale oil&gas» va coûter très cher en infrastructures, en coûts environnementaux et en nuisances diverses.

Déclin imminent de la production

Le boom des hydrocarbures de schiste commence à montrer ses premiers signes de faiblesses. Au-delà des différentes contraintes que nous venons d’évoquer, une autre semble encore plus importante et problématique : réussir à stabiliser la production nationale, alors que le taux de déclin ne cesse d’augmenter.

Contrairement aux hydrocarbures conventionnels, les pétroles et gaz de schistes doivent être considérés comme non-conventionnels, car ils doivent être extraits grâce à la technique de fracturation hydraulique. Or, avec ce procédé, la production est maximale au moment de la fracturation puis elle diminue généralement de 70% à 80% la première année (voir graphique ci-dessous). Au bout de quatre années, elle ne représente plus que 5% à 15% de la production initiale. Autrement dit, le taux de déclin de chaque puits est extrêmement élevé.

prod-bakkenÉvolution typique de la production d’un puits du Bakken

A cause de la généralisation de ce type d’exploitation, le taux de déclin de la production américaine de gaz est passé de 23 % à 32 % par an, en 10 ans. Il faut donc forer davantage de puits chaque année, simplement pour compenser le déclin des puits qui produisent actuellement.

Hausses des besoins en investissements

La conséquence directe de ce phénomène, c’est une croissance exponentielle des investissements nécessaires pour simplement stabiliser la production et un risque accru de voir la production décliner rapidement en cas de diminution des forages par certains opérateurs. Or, c’est ce qui risque de se passer dans les mois qui viennent puisque, selon Arthur E. Berman, le prix actuel du gaz ne permet pas de supporter l’ensemble des coûts réels et certains opérateurs devront ralentir leur activité.

Exagération des chiffres

Berman, après avoir modélisé la production de milliers de puits dans les régions productrices, a également déterminé que les réserves exploitables ne représentaient en réalité que la moitié des chiffres annoncés par les opérateurs, car ceux-ci ont été gonflés par un taux de récupération bien supérieur à ce qui est constaté sur le terrain. D’après ses travaux, la durée de vie moyenne d’un puits dans le Barnett (Texas) est de 12 ans et non pas de 50 ans comme annoncé, là-encore, par les opérateurs.

Limitation du nombre de forages

A tout cela, s’ajoute la contrainte spatiale, puisque sur un territoire donné, il n’est pas possible de dépasser un certain nombre de forages. Une fois ce nombre atteint, le maximum de la production est atteint et celle-ci s’effondre. Pour le Bakken par exemple, qui représente la moitié de la production totale de pétrole de schiste aux US, le pic pourrait être atteint entre 2013 et 2017 (voir p45).

Forages-bakkenEmplacement des forages dans le Bakken

Comment aggraver une situation déjà catastrophique !

Des centaines de milliards auront été investis dans cette aventure et comme le reste de la dette américaine, ils ne seront jamais remboursés. Les investissements sont réalisés sur la base d’une production qui va s’amplifier or, le prix de vente du gaz est inférieur au coût réel et la production va probablement décliner dans les mois qui viennent. Nous pouvons donc craindre l’éclatement de cette nouvelle bulle, basée sur une exagération de tous les paramètres et une sous-estimation des contraintes globales.

Malheureusement, la perspective (mensongère) de 100 années d’approvisionnement en gaz provoque déjà une modification structurelle avec un renouvellement des véhicules pour des moteurs fonctionnant au gaz, l’équipement des stations services, le remplacement des chaudières etc.

Cette situation présente un très fort risque pour les Étasuniens, car lorsque la bulle va éclater, la production va rapidement décliner, les prix du gaz vont augmenter très fortement et de nombreux investissements auront été effectués, principalement financés par l’endettement, pour s’adapter à une énergie qui ne sera plus disponible. Le fantasme d’une indépendance énergétique qui n’interviendra probablement pas, risque d’entraîner les citoyens américains dans une impasse et une situation encore plus grave qu’elle ne l’est actuellement ».

Cet article est adapté du rapport « l’Europe face au pic pétrolier« 

Benoît Thévard, Un avenir sans pétrole ?, le 12 février 2013

Lire aussi : Le gaz de schiste, vu de la Russie (par Dmitry Orlov)

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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11 commentaires pour La bulle des gaz et pétrole de schiste va bientôt éclater

  1. Garfy dit :

    la réponse est NON – c’est une ineptie – et il y a mieux, seulement cela ne rapporterait pas aux grands groupes –

  2. En France on a du pétrole et des idées pour l’exploiter sauf que les « bobo-écolos » du gouvernement de Francois sont contre.
    C’est bien dommage.

  3. Reblogged this on silbershark110neverdie und kommentierte:
    DIETSWELL , code mnémo : ALDIE

  4. Ping : PART 02 | FEV 2013 | LES BANKSTERS DE LA FINANCE | Pearltrees

  5. Bertrand dit :

    Je ne connaissais pas cet article ni l’article de Dimitri Orlov; ce sont des analyses très éclairantes et à contre-courant de la propagande anglo-saxonne; merci.

  6. Ping : La bulle des gaz et pétrole de schiste va bientôt éclater | Econopoli | Scoop.it

  7. THEOPT NEWZE dit :

    Tout ça au lieu d’investir dans le renouvelable. Capitalisme trouble, puant sans vision plus loin que le bout de son nez.

  8. e-ffi dit :

    une fois encore, une de plus les Américains trompent leur monde…signe d’un clap de fin très proche pour le Colosse à l’agonie.

  9. Ping : La bulle des gaz et pétrole de schiste v...

  10. Kwiskas dit :

    J’ai déjà entendu parler de la bulle des gaz de schiste aux US (seul gros producteur actuellement, sauf si je me trompe). Ca va être très moche pour eux. D’un autre coté, le gouvernement Obama devrait intervenir, et il ne fait rien, au contraire, il s’en vante. Très déçu pour le coup, et tant pis pour eux.
    Merci pour pas mal pour la vision globale du problème (notamment les investissements et infrastructures), cela met d’autant plus les choses en perspective.

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