Greenspan – De débile à sénile en passant par servile (B. Bertez)

Greenspan- De débile à sénile en passant par servile« Alan Greenspan était sur CBNC vendredi matin, dans le cadre de la grande campagne destinée à embarquer les actions et à permettre au secteur financier de se dégager sur le dos du public et de ses institutions avant la hausse des taux.

Comme on pouvait s’y attendre, ses propos n’ont pas été diffusés dans leur intégralité, mais dans la partie « utile » seulement.

Voici cette partie utile :

« La force récente de l’économie peut être attribuée à la hausse des marchés d’actions et à la hausse des prix du logement. Le prix du housing a un potentiel de hausse considérable, les prix des logements ont « botommed » (fait leur plus bas). Les assets sont sous-évalués en regard de la performance et du comportement de l’économie dans son ensemble….

Les actions sont considérablement sous-évaluées, selon les standards historiques.

Irrationnelle exubérance serait la dernière phase que j’utiliserais pour qualifier ce qui se passe sur le marché maintenant….

En terme de prime de risque, ce qui mesure l’exubérance ou la non-exubérance, on est très sous-évalué….

La raison pour laquelle le marché n’a pas monté plus, c’est parce qu’il y a des facteurs qui compriment les cours…

Ce n’est pas la Fed qui alimente le rally, fondamentalement, le rally est causé par la suppression du tail-risk européen. »

Nous avons analysé tellement souvent ce tissu d’imbécilités que nous nous bornerons à quelques remarques.

Nulle part vous n’entendez prononcer les mots « dettes » et « surendettement »; dans ce système, la dette et le surendettement n’existent pas.

Dans ce système, les assets n’ont pas de valeur fondamentale, intrinsèque. Elles valent ce que dicte la Fed, c’est à dire le taux des treasuries courts ou longs, plus une prime de risque. On ne s’interroge pas sur les questions de savoir:

– Si les taux courts ne vont pas monter.

– Si les taux longs ne vont pas grimper, et retrouver un niveau naturel.

– Si la chute de la productivité et la hausse des coûts par unité produite ne vont pas accélérer l’inflation, réduire, les marges des entreprises.

– Si la politique de taux zéro et de monétisation vont encore pouvoir durer longtemps.

– Si les déficits vont pouvoir continuer de s’accumuler.

– Si Blackrock va pouvoir avec ses copains acheter à tour de bras l’immobilier locatif, l’empaqueter comme on a fait avec les subprimes et les revendre au prix fort avec commissions à vos institutions de prévoyance, jusqu’à ce que le taux de rendement du locatif cessent de supporter le poids des commissions et honoraires.

Non, les assets en tant que tels n’existent pas, ils n’existent qu’en fonction de leur désirabilité et cette désirabilité est fixée par la politique monétaire (taux, spread et quantité de monnaie), sur laquelle vient se greffer une prime de risque.

La prime de risque, ce n’est pas le réel et l’incertitude qui la fixent, mais le marché, c’est à dire la rencontre des demandes et des offres de papier telle qu’elle est pilotée par la Fed. Bref, la prime de risque de Greenspan comme celle de Bernanke évacue le réel, elle est suspendue dans les airs de la tautologie des marchés. La prime de risque selon Greenspan devrait être minima puisque la Fed garantit tout, par son »put », sa promesse de continuer indéfiniment les liquidités et les taux zéro.

Il n’y a pas de risque réel, uniquement un risque de marché et le marché est tenu par la Fed.

Les taux ne peuvent échapper au contrôle de la Fed, même les taux longs.

Le dollar peut faire tout ce qu’il veut, inflater, spolier, peu importe, il sera toujours désiré.

Seule concession, la Banque Centrale Européenne n’est pas aussi magique que la Fed, elle ne réussit pas à faire oublier totalement le tail-risk. Eh oui, la BCE a encore un ancrage allemand dans le traditionnal banking.

Greenspan vit dans son monde magique, mais sa caricature de raisonnement est révélatrice, car il nous livre toute nue, la pensée de Bernanke : le monde n’existe pas. Les stocks de dettes n’existent pas, le pouvoir d’achat des salaires n’a aucune importance, la production n’existe pas, à la limite, on pourrait s’en passer, la rareté n’existe pas. Seules comptent les perceptions, c’est le règne du signe, du modèle, et ils sont manipulables à l’infini. Nous sommes au cœur de la crise, la crise de la pensée.

Greenspan Rubin Summers Paulson Bernanke Geithner

Cette pensée qui a fait décrocher la valeur des choses ; d’abord du travail, puis de la rareté, de la peine, des conflits pour la propulser dans les nues sans limites du désir. Il n’y a pas d’autre valeur des choses que celle que lui assigne la subjectivité délirante des désirs. Le casino est aussi « utile » que la ferme, que le médecin, que l’école, le tout est que les choses soient désirables .On connaissait cette perversion en matière de marchandises, que les publicitaires s’efforcent de faire d’autant plus désirer qu’elles sont moins utiles, mais personne ne l’avait théorisé et explicité au niveau des assets.

Sauf nous, à de maintes reprises. La crise de 2008 est une crise de la pensée, de la culture, une crise de l’imaginaire du capitalisme devenu financier. Une crise terrible qui fait prendre les vessies pour des lanternes, les ombres pour le corps, le signe pour le réel. Une crise qui nie le besoin, la rareté, le travail, le temps, la mort. Il n’y a plus de valeur autre que celle qu’assigne une subjectivité délirante modelée par la propagande, la désinformation et la manipulation des désirs. Il n’y a plus de fond, il n’y a que des interrelations et des corrélations.

Dans sa dernière audition, Bernanke, sans même s’en rendre compte, a abondé dans ce sens. Pour justifier le niveau des actions, il a mis en avant leur « performance ». Qu’est ce que cela veut dire ? Cela veut dire que le sous-jacent de la valeur des actions, ce n’est pas l’entreprise, ses cash flows, non, le vrai sous-jacent c’est le fait qu’il y a de plus en plus de gens qui en achètent, que la demande est supérieure à l’offre, bref qu’elles montent, bref que le Ponzi est sans limite, que l’échange de monnaie créée par la Banque Centrale contre assets n’a aucun frein. C’est la glorification du Momentum, le momentum qui remplace Graham Dodd. Fini l’étalon du cash-flow. Tout se mesure à l’étalon de la satisfaction passée, laquelle préfigure la satisfaction à venir. Avec nos deux fous, Greenspan et Bernanke, la valeur des assets est comme celle des marchandises, elle est fonction de la satisfaction qu’ils ont apportée et que l’on extrapole. La preuve que c’est bon, c’est que cela monte et que les gens en veulent. C’est la chaine du bonheur. Et Greenspan est venu la soutenir.

BERNANKE-AND-GREENSPAN

La Banque centrale est vendeur à l’infini, à carnet ouvert de « put », de volatilité, elle s’engage à tout honorer, à reprendre tout ce qui émis, tout ce qui a été acheté. Il n’y a personne pour dire chiche, « call the bluff » de la Banque Centrale. On vit dans un monde parfait dont les Etats-Unis seront pour toujours les maitres, il n’ y pas d’Etats rogues qui ne jouent pas le jeu, qui exigent le remboursement de dettes, le maintien de leur pouvoir d’achat.

Est ce bien vrai ? Nos compères se rendent-ils bien compte de ce qu’ils disent ? Nous sommes sûrs que non. Pour Greenspan cela se comprend, il ne sait pas ce qu’il dit, il récite ce qu’on lui dit de dire pour toucher son cachet, il ne pense pas.

S’il pensait, il se rendrait compte que le début de son interview contredit tout, rigoureusement tout ce qu’il dit par la suite. Mais Greenspan ne pense pas comme nous, qu’il faut être cohérent et qu’il n’y a de vérité que du tout.

Voici ce qu’il dit en liminaire.

« Le problème des banques too big to fail est le problème le plus important, le problème n’a pas été résolu et au lieu de se réduire, il devient de plus en plus gros. « Growing worse, not better ».

« La question du too big to fail est la question la plus importante et on n’y fait rien ou trop peu. La situation s’est aggravée depuis la crise, elle ne s’est pas améliorée. La réforme de Dodd-Frank est fondamentalement viciée (flawed), et elle ne marche pas. Il faut reconnaitre que les banques ont besoin de beaucoup plus de capital, comme tout le système financier en général, et accepter que la croissance économique soit moindre. »

Comment peut-on dans le même texte d’un côté dire que les risques sont nuls, les primes de risque trop élevées et, en même temps, nous dire que le problème du risque et de la stabilité du système financier s’est aggravé ! Les risques sont plus élevés qu’avant la crise car le problème du too big to fail et de la régulation n’a pas été résolu, la situation s’est aggravée… mais les primes de risque sont trop chères! Avant le risque était la bombe A , maintenant c’est la bombe H, mais le prix du risque est trop élevé. On est là aussi au cœur du problème. Les remèdes à la crise ont aggravé le mal, la fragilité du système a augmenté car les banques sont encore plus gigantesques, la spéculation plus démesurée et audacieuse, mais il n’ y a rien à craindre! Ah les braves gens! La réalité est que le too big to fail a atteint son point extrême et que maintenant, avec son bilan énorme et pourri, c’est la Fed qui est en première ligne. Elle n’a plus les moyens de faire face, l’assureur est dépassé. Comme tout le monde l’a été en 2008. La Fed est dans la situation de cet assureur qui vend des assurances contre les inondations très bon marché pendant une période de sécheresse et qui croit que la pluie n’arrivera jamais, plus jamais ».

Bruno bertez, Le blog à Lupus, le 18 mars 2013

obama

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 55 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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4 commentaires pour Greenspan – De débile à sénile en passant par servile (B. Bertez)

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  2. zorba44 dit :

    Consternant et consterné. Le monde est mené par des fantoches de la communication en bouillie de matière grise, débité pour des moutons dont on asservit le cerveau. Mise à part la sonorité de l’allitération ainsi servie, le plat est creux et le ragoût n’en mérite pas plus.

    La salade Greenspan sertie de bernacles est une des fadaises de l’actualité débile.

    Jean LENOIR

  3. njaisson dit :

    Chypre dispose de ressources pétrolières et gazières très importantes.Pourquoi ne pas gager un plan de sauvetage des banques sur la base des revenus tirés de ces ressources? Encore une fois, on se paie notre tête en prétendant que le gouvernement chypriote serait obligé d’aller piquer les économies des pauvres épargnants qui représentent une somme infime à côté des flux monétaires qui transitent par Chypre via des montages financiers sophistiqués alliant les ressources juridiques des banques d’investissement à celles de l’ingénierie financière (cf; les montages des véhicules d’investissement offshore offerts par BNP Chypre à sa clientèle des entreprises russes). Naturellement les investisseurs russes ne passent pas par Chypre pour ouvrir un livret A; mais pour profiter des ressources de financement offerts par les banques d’affaires qui ont accès aux circuits bancaires internationaux par lesquels transitent les produits dérivés de financement du wholesale banking réservé à une clientèle d’entreprises « haut de gamme ». Curieusement cette clientèle n’est pas concernée par les mesures envisagées par l’Eurogroup. Sans doute la raison en incombe à la préservation du coeur du système de financement des banques comme le shadow banking system, le wholesale funding via les opérations d’échange de titres ou l’émission de produits dérivés de financement (interest rate swap, total retirn swap, basis swap, etc) passant par des plateformes offshore. d’émission de titre, qui passe vant l’intérêt des bouc émissaires habituels.

    So how important is the gas element for Cyprus’ economic and geopolitical future? Well, there is no denying that Cyprus could potentially be sitting on top of gas reserves worth many times its GDP. However, as a revenue stream it is far from a sure thing. Here is how we put it in our flash analysis released on Friday:
    Recent exploration has suggested Cyprus may have between €18.5bn and €29.5bn (103% – 163% of GDP) in untapped gas reserves lying in its territorial waters (according to Deutsche Bank). There have been rumours that this future revenue stream could be incorporated or used to backstop the bailout somehow. Although an appealing idea, there is still a huge amount of uncertainty around the real value of these reserves and how soon they can begin producing revenue
    So far, one field has been explored (known as Block 12) and estimates of its potential value go as high as €100bn. See below for a useful diagram (via Baker Tilley):

    http://openeuropeblog.blogspot.co.uk/2013/03/the-great-cypriot-game-how-important-is.html

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