Quinze jours après le krach sur l’or, la ruée sur les lingots se poursuit

or physique ruée« Quinze jours après le krach sur l’or, la ruée sur les lingots se poursuit. De Dubaï à Bangkok, la chute de 13% des cours mondiaux connue à la mi-avril a été mise à profit pour racheter du métal. Physique. Sous forme de pièces d’or et de lingots. Située au Tessin, la fonderie de la maison genevoise MKS dit avoir du mal à suivre.

Vendre. Acheter. Vendre et acheter. Simultanément. Se débarrasser de l’or-assignat. Chasser l’or-métal. Profiter de la dépréciation du premier pour s’offrir le second. Le krach connu par le métal brillant sur les places d’échange internationales le lundi 15 avril – en deux jours les contrats reflétant la valeur du métal se sont retrouvés valoir 13% de moins – n’a pas été perdu pour tout le monde. La face cachée de la planète, celle disposant de pièces et de bijoux pour placer son épargne, s’est mise à acheter du métal jaune. En masse. Afin de tirer parti d’une dépréciation d’une violence inconnue depuis trente ans.

«Depuis la baisse observée il y a quinze jours, la demande de lingots à laquelle nous faisons face est extrêmement forte», témoigne le responsable de la maison de négoce d’or genevoise MKS. «Un client m’envoie une photo de l’un de ses magasins en Thaïlande; il n’y a plus rien, deux ou trois colliers c’est tout», relate ce dernier. Un phénomène similaire est observé sur les autres plaques tournantes du métal «physique», en Inde, en Turquie, à Dubaï. «Les prix atteints l’an dernier avaient incité beaucoup de monde à vendre leurs bijoux», reconnaît le négociant.

La ruée se dirige également sur les pièces. En avril, l’agence gouvernementale américaine battant monnaie, le US Mint, a écoulé un nombre d’«American Eagles» – chacune recèle une once d’or – rappelant les achats record connus fin 2009. En Australie, la fonderie de Perth, qui raffine la quasi-totalité des lingots du pays, travaille le week-end afin de faire face à la demande, rapporte l’agence Bloomberg. La raffinerie tessinoise PAMP – une filiale de la maison de négoce MKS – voit également poindre des «ruptures d’approvisionnement», témoigne le responsable du groupe. «Nous ne pouvons cependant pas décider du jour au lendemain de faire tourner nos collaborateurs en trois-huit; il y a des règles et des autorisations à respecter», poursuit ce dernier. Depuis 2007, les effectifs du site métallurgique tessinois ont déjà été accrus de près d’un tiers.

Cette quête de tout ce qui brille a fini par se répercuter sur les marchés à terme donnant le «la» des cours mondiaux. Sur le London Bullion Market, les cours ont ainsi stoppé leur chute, remontant de 5% depuis mi-avril. En retour, cette ré-appréciation mondiale freine lentement l’afflux vers le métal «physique». Il y a quinze jours à Istanbul, les acheteurs acceptaient de payer jusqu’à 50 dollars en plus que le prix international pour pouvoir repartir avec un lingot d’un kilo. La folie retombée, ceux-ci n’acceptent guère aujourd’hui de verser une prime de plus de 6 dollars. «Ces achats ne vont pas se poursuivre indéfiniment, un ralentissement est à prévoir», esquisse le patron de la maison MKS.

Les spéculateurs ayant joué la relique barbare par ordinateur en cliquant sur des «ETF» répliquant ses fluctuations – sans avoir besoin de l’enterrer au fond du jardin – paieraient bien, eux aussi, une prime. Mais pour s’en débarrasser. Selon les décomptes du cabinet EPFR Global, sur les trois premiers mois de l’année, les investisseurs internationaux ont retiré 10 milliards de dollars de ces produits de placement «indiciels».

«Les gens ne veulent plus de certificats, ils veulent le vrai produit», a lancé mardi Terrence Duffy, président du Chicago Mercantile Exchange, sur Bloomberg TV. Balanciers et trébuchets du commerce international continuent de tourner. Ces produits financiers «ETF» – et la sortie du marché des investisseurs occidentaux – ont été la première cause de la baisse d’avril, permettant aux aficionados d’or physique d’y rentrer. Un phénomène inverse à celui qui s’était produit en 2010, lors de l’afflux des investisseurs sur ces mêmes «ETF». »

Le Temps, le 2 mai 2013 (via Le blog à Lupus)

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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10 commentaires pour Quinze jours après le krach sur l’or, la ruée sur les lingots se poursuit

  1. oops dit :

    Pathétique. L’or est impuissant la paix sociale, la santé, l’air pur, la culture, une saine mentalité, la pureté de l’environnement, enfin tout ce qui est inquantifiable, mais indispensable au bonheur collectif ou individuel parce que constitutif de la vraie richesse. L’or est certes le refuge ultime de la valeur, mais devient parfaitement inutile quand la civilisation est remplacée par la barbarie. Voir ce qui se passe en Gèce: les gens fuient les villes pour reconstituer des communautés rurales par un retour massif à la terre et aux échanges commerciaux fondés sur le troc ou des monnaies parallèles.

    • Personne n’a jamais prétendu que l’or résolvait tous les problèmes. Mais en tant que monnaie saine car non reproductible à l’infini, il peut contribuer à améliorer le fonctionnement de l’économie. Et l’Histoire a montré qu’il était parfaitement compatible avec la civilisation. Pour le reste, vous ne pouvez pas reprocher à ceux qui ont perdu confiance dans le système monétaire, bancaire et financier de se réfugier en partie dans l’or physique pour tenter de préserver la valeur de leur épargne. Nous n’avons pas encore atteint les formes extrêmes de la barbarie, même en Grèce. Et si tel devait être le cas, on peut parier que l’or trouverait encore sa place, comme il l’a fait à toutes les époques.

      • oops dit :

        Sauf que notre avenir à nous s’appelle « oblivion ». La fin de l’Histoire débouche sur un grand vide, le néant causé par une race de prédateurs tels que le monde n’a en a jamais connu. Ils ont donné quelques exemples de leur savoir-faire au siècle dernier à travers les génocides causés par les idéologies totalitaires. Ils s’apprêtent à faire la même chose à plus grande échelle, tant il est vrai qu’il n’y a pas de porte de sortie hors du système actuel autre que la destruction des 9/10èmes de l’humanité.

    • Baptiste dit :

      Mister oops, vous croyez plus à la fausse monnaie légale qu’à l’or pluri-millénaire ?

  2. Ping : PART 01 | MAI 2013 | Business BANKS | Pearltrees

  3. Granesh dit :

    Un grand avenir s’ouvre encore plus à l’or si nous revenons aux temps dits barbares -mettons le haut Moyen Âge- lorsque la population européenne ne pesait plus qu’à peine quatre millions de bipèdes (par rapport aux vingt millions de l’apogée de l’empire romain).
    Au temps des mérovingiens, les plus gros stocks d’or se trouvaient en effet… dans les tombes ! Histoire d’aider les glorieux défunts à s’installer de l’autre côté.
    Les dieux alors n’étaient pas comme les nôtres, ils n’avaient soif que de tangible.

  4. Ping : Quinze jours après le krach sur l’...

  5. zorba44 dit :

    Comme le monde n’en finit plus de marcher sur la tête, il est normal que l’or baisse quand la demande est forte, alors que l’économie qui s’étiole produit des records boursiers !

    Jean LENOIR

  6. Ping : Quinze jours après le krach sur l’or, la ruée sur les lingots se poursuit - gastraudiome

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