Attention, banques ! (F. Leclerc)

deleveraging banques« Une étude de Royal Bank of Scotland (RBS) vient de donner la mesure du désendettement à venir des banques de la zone euro et de ses conséquences. Selon celle-ci, elles devraient encore réduire leurs bilans de 2.700 milliards d’euros, après l’avoir dernièrement fait de 2.400 milliards selon la BCE. Le total des actifs des banques de la zone étant de 33.000 milliards d’euros, soit trois fois et demi le PIB de la zone, l’objectif serait de modestement le ramener à un facteur trois (aux Etats-Unis, il est de un). Le système bancaire européen a atteint une taille telle qu’il ne peut plus être renfloué par les Etats, ce qui explique le mystère entourant son état réel et donne une autre dimension à une crise européenne déjà caractérisée par le mélange détonnant de la dette privée et publique. L’Europe est la grande malade du capitalisme financier. Ce ne sont pas tant les Etats qui y vivent au dessus de leurs moyens que les banques qui dépassent les leurs !

Excluant des renforcements de leurs fonds propres qui diminueraient encore un rendement fortement à la baisse – les investisseurs ne se précipitant pas devant le risque d’être mis à contribution lors d’un éventuel sauvetage – les banques font le choix de diminuer la taille de leur bilan pour respecter les ratios de Bâle III. D’autant qu’il va falloir donner un semblant de vraisemblance à l’examen de la valorisation de leurs actifs qui s’engage, ce qui impliquera de reconnaître partiellement des pertes auparavant masquées. Optimiser la taille du bilan, c’est aussi durcir les conditions de crédit afin de restreindre sa distribution, tel que la BCE vient une nouvelle fois de le constater à la faveur de sa dernière enquête auprès des banques, accentuant la fragmentation financière au sein de la zone euro entre pays périphériques et centraux.

Le système bancaire apporte sa contribution à la détérioration de la situation économique européenne afin de respecter à sa manière ses obligations réglementaires. Au Royaume-Uni, cela conduit le ministre du commerce, Vincent Cable, à s’emporter contre les « talibans du capital au sein de la Banque d’Angleterre [qui] sont en train d’imposer des restrictions, alors que nous sommes à une étape délicate de la reprise ». Le choix serait, si on le suit bien, entre renforcer le système financier et abandonner la relance, ou favoriser celle-ci mais advienne que pourra !

Ils ne sont pas sérieux : les miasmes de la crise financière n’ont pas fini de faire sentir leurs effets et l’on voudrait parler de relance ! »

François Leclerc, Blog de Paul Jorion, le 25 juillet 2013

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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12 commentaires pour Attention, banques ! (F. Leclerc)

  1. Excellent article qui illustre fort bien la situation.Félicitation Olivier!

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  4. IN SILVER WE TRUST IN BANKST€R$ WE BUST !!!

    • Neo Futur dit :

      in bitcoin ( the 21st century digital gold ) we trust, we dont need banksters anymore !

      • Garfy dit :

        La crise financière de 2008 nous a été annoncée par les médias comme un mouvement cyclique de marchés parmi tant d’autres. Selon la doxa économique moderne, un redémarrage des marchés et de l’économie suivrait toujours la crise, quelle que soit la gravité. Or, lorsque l’on regarde de plus près l’état réel de la finance et l’économie, on voit bien que la situation est intenable.

        Le niveau de dette des pays occidentaux, États-Unis en tête, est important. Dans ce contexte, l’émission continue et accrue de monnaie fiduciaire va créer un effet d’inflation considérable. Les prix des biens importés – notamment des matières premières, gaz et pétrole en tête – vont augmenter, rendant plus chers les transports et le commerce en général. Les entreprises vont licencier. Le chômage pourra atteindre les 50% de la population active. Le pouvoir d’achat total des consommateurs baissera fortement. Les gouvernements vont probablement devoir choisir entre mesures d’austérité – impopulaires et ralentissant encore plus l’économie – et fuite en avant en s’endettant davantage.

        Très vite, les États-Unis, via leurs relais politiques en Europe et par l’influence des agences de notation, feront de plus en plus pression sur la zone euro pour que ce soient les pays européens qui soient les premiers mis en difficulté, alors que leur situation n’est pas pire que celle des États-Unis. De nombreux pays européens vont être mis sous tutelle, avec plans d’austérité sévères. Certains feront défaut et devront revenir à leur ancienne monnaie nationale. Tôt ou tard, ce seront les États-Unis eux-mêmes qui ne pourront plus aller de l’avant avec leur politique et devront admettre que leur dette ne pourra jamais être payée. La conséquence sera soit un défaut unilatéral avec nationalisation des banques et des industries stratégiques et création d’un nouveau dollar adossé à une sorte d’étalon or, soit un phénomène d’hyper-inflation avec l’euro et le dollar qui finiront pas ne plus être acceptée comme moyen de paiement. Dans tous les cas, l’économie réelle sera fortement impactée et le niveau de vie des Américains et des Européens va très rapidement et fortement baisser.

        L’Asie et la Chine ne seront pas épargnées par la chute de la consommation aux États-Unis et en Europe. La crise se répandra dans les pays du monde. Certains pays devront faire face au chômage de masse, et craindront des révoltes, voire des révolutions. D’un pays à l’autre, les effets pourront être très différents, allant d’un changement de pouvoir politique pacifique à la répression sanglante, ou encore à la mise en place de régimes populistes autoritaires avec nationalisation des entreprises et des biens.

        Le problème en Occident est que l’immense majorité ne travaille plus dans l’agriculture et l’artisanat et que même les industries ont été délocalisées. Il ne reste plus que des emplois de bureau et de petits services qui, tout comme bon nombre de professions juridiques et financières, n’auront plus aucune utilité. Si vous pensez que votre emploi est précaire aujourd’hui, attendez encore un peu !

        La forte immigration des quarante dernières années, y compris l’immigration illégale, a eu comme conséquence que toute une couche de métiers fondamentaux mais considérés – à tort – comme sous qualifiés, peu prestigieux ou sales – allant du nettoyage et entretien des infrastructures, à la restauration, aux transports et à la logistique, au travail manuel mécanique et de construction en passant par le personnel médical, la plomberie, l’électricité, les égouts… – est désormais constituée de personnes qui, en cas de crise grave et de tensions économiques, risquent fort de repartir dans leurs pays d’origine, privant l’économie de leur compétence et de leur capacité de travail. Ce sera le cas des Latino-Américains aux États-Unis, des Zafricains, des Indiens, des Pakistanais et des Européens de l’Est au Royaume-Uni, des Maghrébins et des Africains en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie, des Turcs en Allemagne, des Ukrainiens en Pologne, etc. On est tous l’étranger immigré de quelqu’un d’autre ! Une partie, déjà fauteurs de troubles en conditions économiques normales, risquent de causer de tels problèmes qu’ils vont soit prendre le pouvoir localement en tant que gangs ou mafias sur des régions et zones urbaines, soit être purement et simplement éliminés par d’autres gangs ou par des groupes de citoyens ne craignant plus les lois qui protègent les malhonnêtes. Le pronostic de tels troubles et mouvements migratoires futurs est très difficile à établir, d’autant qu’il dépend de conditions locales très variables. Un document confidentiel de la Commission européenne destiné à ses proches collaborateurs contient ce qui suit : « Nous nous attendons à une forte poussée d’inflation pour 2011, à une augmentation des taux d’intérêts directeurs et à un renchérissement massif des principales matières premières. La conjonction dans les pays membres d’un chômage accru et d’un démontage de l’État social renforcera les dangers de violences. A moyen terme, nous devons réduire la sécurité sociale à son minimum, même si cela devait provoquer des révoltes et de la violence. » De même, un rapport de la CIA publié en mars 2011 met en garde le gouvernement contre « la possibilité de guerres civiles dans plusieurs pays de l’Union européenne qui, avec son taux important d’immigrés, est considérée comme faible et proche du déclin. Le risque de troubles augmente d’année en année, notamment par la criminalisation d’une marge de la population musulmane qui représente 70% des délinquants incarcérés en Espagne et France. »

        Piero San Giorgio, Survivre à l’effondrement économique

  5. Hat dies auf silbershark110neverdie rebloggt und kommentierte:
    BUY SILVER PHYZZ !

  6. zorba44 dit :

    RBS n’est pas la mieux placée dans ce tableau… Ce qui est édifiant est de faire croire au peuple des âneries quant aux 100 000 € garantis à l’abri sur son compte. Le déclenchement de la grande colère est pour bientôt …mais faut tenir jusqu’aux élections allemandes (à propos, fera-t-on revoter l’électeur si Angela prend une dégelée ?!)

    Jean LENOIR

  7. brunoarf dit :

    A propos des défauts de paiement des pays européens, Romaric Godin écrit :

    L’automne sera placé sous le signe de la restructuration des dettes publiques dans les pays périphériques de la zone euro. Même si officiellement, il ne saurait en être question, l’idée fait en effet son chemin. Rajouter de la dette du MES (Mécanisme européen de stabilité) à de la dette pour « sauver temporairement » ces pays comme cela a été le cas depuis 2011 ne saurait être une solution durable. Mais comment restructurer une dette ? L’histoire donne un certain nombre de pistes. Et permet également d’évaluer les conséquences de ces défauts.

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20130725trib000777526/restructuration-de-la-dette-europeenne-mode-d-emploi.html

    Pronostic :

    Les pays européens qui vont faire défaut sont les suivants :

    Grèce, Italie, Portugal, Irlande, Belgique, France, Espagne, Royaume-Uni, Chypre, et plus si affinités.

    1- Médaille d’or : Grèce. Dette publique de 305,291 milliards d’euros, soit 160,5 % du PIB.

    2- Médaille d’argent : Italie. Dette publique de 2034,763 milliards d’euros, soit 130,3 % du PIB.

    3- Médaille de bronze : Portugal. Dette publique de 208,284 milliards d’euros, soit 127,2 % du PIB.

    4- Irlande : dette publique de 204,054 milliards d’euros, soit 125,1 % du PIB.

    5- Belgique : dette publique de 394,220 milliards d’euros, soit 104,5 % du PIB.

    6- France : dette publique de 1870,294 milliards d’euros, soit 91,9 % du PIB.

    7- Espagne : dette publique de 922,828 milliards d’euros, soit 88,2 % du PIB.

    8- Royaume-Uni : dette publique de 1385,701 milliards de livres sterling, soit 88,2 % du PIB.

    9- Chypre : dette publique de 15,342 milliards d’euros, soit 86,9 % du PIB.

    http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-22072013-AP/FR/2-22072013-AP-FR.PDF

  8. brunoarf dit :

    Lundi 29 juillet 2013 :

    A propos des défauts de paiement des pays européens, Mory Doré écrit :

    On le voit il n’existe pas de solution simple à la crise des dettes souveraines de la zone euro : pas de possibilité de forte réduction de dette publique compte tenu du potentiel de croissance limité ; pas de possibilité de détruire purement et simplement la dette, sauf à mettre la BCE en péril ou à en revenir à des mécanismes de monétisation d’il y a plus de 40 ans. Il reste alors des solutions de restructuration qui devront être directement ou indirectement supportées par les investisseurs institutionnels et les épargnants privés.

    Mory Doré.

    http://lecercle.lesechos.fr/entreprises-marches/finance-marches/finances/221177589/insoutenable-dette-reduire-detruire-restructu

    Pronostic :

    Les pays européens qui vont faire défaut sont les suivants :

    Grèce, Italie, Portugal, Irlande, Belgique, France, Espagne, Royaume-Uni, Chypre, et plus si affinités.

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