Zone euro : Vous avez aimé Chypre ? Vous allez adorer la Lettonie !

zone-euro-vous-avez-aime-chypre-vous-allez-adorer-la-lettonie« Le dernier entrant dans le Club des pays membres de la zone euro est loin d’être un partenaire aux comptes incontestables… Voici pourquoi.

Vous avez aimé Chypre ? Vous avez aimé la Grèce ? Vous allez adorer la Lettonie, qui vient de faire son entrée dans le Club des 18 pays membres de la zone euro. Car ce petit pays de 2,2 millions d’habitants, coincé contre l’énorme Russie est, en puissance, un concentré de Grèce et de Chypre… Vous pensiez sans doute, comme beaucoup de Français, que ce nouveau partenaire de la zone euro était un « pays du Nord », aux comptes incontestables ? Erreur : s’il fallait le replacer sur la carte de la transparence financière, il rejoindrait, sans conteste, les « pays du Club-Med » ou, mieux, les Piigs (Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne), ces pays qui ont joué de leur appartenance à l’euro pour se lancer dans une frénésie de dépenses ou qui ont un peu arrangé leurs conditions d’entrée…

Conditions d’entrée abracadarantesques

La Lettonie sera, après l’Estonie, le deuxième pays de l’Ex-Union soviétique à intégrer l’euro. Olli Rehn, le vice-président de la Commission européenne a, comme de juste, salué cette entrée : « L’expérience de la Lettonie montre qu’un pays peut surpasser avec succès des déséquilibres macroéconomiques, même sévères, et en sortir plus fort ». Mais cette intégration n’était ni souhaitée par sa population, qui a massivement voté contre (à plus de 61% contre seulement 22% de favorables), ni même par la Banque centrale européenne (BCE) qui, en terme diplomatique, a fait part de ses doutes. Sa formulation vaut le détour : « la soutenabilité à plus long terme de la convergence économique du pays » dit-elle, « est une source de préoccupation ».

Qu’est-ce qui rend la BCE si nerveuse ? Tout simplement les conditions d’entrée du pays, qui sont quasiment aussi abracadabrantesques que celles de la Grèce. Sur le papier, Riga affiche en effet une croissance insolente, quatre fois supérieure à la moyenne des 17 autres pays de la zone. Son inflation devrait à peine dépasser les 2% recommandés par le pacte de stabilité monétaire, et le chômage devrait y être contenu. Sauf que pour faire entrer son pays dans l’euro, le Premier ministre, Valdis Dombrovskis, a eu recours à un remède de cheval. Baisse de 30% du nombre des fonctionnaires, baisse des commandes publiques et baisse des salaires. Conséquence : le déficit public est passé de 8% à 1,2%, l’inflation de 15% à 1 à 2% et la dette est tombée à 40% du PIB ! Mais les effets de cette purge risquent de se dissiper dès l’entrée effective dans l’euro. La situation n’est en effet pas si brillante que cela : en trois ans de reprise en main, la production nationale a reculé et la population s’est appauvrie.

Shoot bancaire

Mais ce n’est pas tout : pour gonfler sa croissance, le pays s’est aussi injecté un shoot bancaire. Et aujourd’hui, 70% de son économie repose sur ses services financiers. La potion a été efficace, mais elle est diablement dangereuse, car elle repose sur la technique chypriote : accueillir, sans y regarder de trop près, les avoirs étrangers. La mise en place du plan de sauvetage de Chypre, l’an dernier, a largement profité aux banques lettones dont les employés, tous russophones, ouvrent à tour de bras, depuis des mois, des comptes pour des milliers de Russes.

Et sur les 20 milliards d’euros de dépôts des banques lettones, plus de la moitié appartiennent à des non-résidents. En majorité russes. Ceux-ci y profitent, en plus, d’un arsenal juridique très pratique, avec des holdings d’une transparence plus que relative… Alors, bombe à retardement ou pas ? Mario Draghi, en tous cas, a déjà ouvert le parapluie : à travers un communiqué de la BCE, il a pointé, il y a quelques semaines, « l’importance des dépôts étrangers dans les banques lettones, source de risques importants pour la stabilité financière ». Vous ne pourrez pas dire que vous n’aviez pas été prévenus… »

Eric Treguier, Challenges.fr, le 3 janvier 2014

Rappel : Eurodictature : la Lettonie entre dans l’euro le 1er janvier, sans référendum, avec 20% de soutien et 58% d’opposition parmi le peuple (Florian Philippot)

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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12 commentaires pour Zone euro : Vous avez aimé Chypre ? Vous allez adorer la Lettonie !

  1. The IMF working paper states that debt burdens in developed nations have become extreme by any historical measure and will require a wave of haircuts, either negotiated 1930s-style write-offs or the standard mix of measures used by the IMF in its “toolkit” for emerging market blow-ups. This would mean that America’s low income and middle class would feel the financial pain the most, as they did during the Great Depression.
    But the paper says this mantra borders on “collective amnesia” of European and US history, and is built on “overly optimistic” assumptions that risk doing far more damage to credibility in the end. It is causing the crisis to drag on, blocking a lasting solution. “This denial has led to policies that in some cases risk exacerbating the final costs,” it said.

    While use of debt pooling in the eurozone can reduce the need for restructuring or defaults, it comes at the cost of higher burdens for northern taxpayers. This could drag the EMU core states into a recession and aggravate their own debt and ageing crises. The clear implication of the IMF paper is that Germany and the creditor core would do better to bite the bullet on big write-offs immediately rather than buying time with creeping debt mutualisation.

    The paper says the Western debt burden is now so big that rich states will need same tonic of debt haircuts, higher inflation and financial repression – defined as an “opaque tax on savers” – as used in countless IMF rescues for emerging markets.

    “The magnitude of the overall debt problem facing advanced economies today is difficult to overstate. The current central government debt in advanced economies is approaching a two-century high-water mark,” they said.
    http://beforeitsnews.com/economy/2014/01/western-debt-exceeds-200-year-high-imf-warns-of-1930s-depression-style-write-offs-ahead-2-2583726.html

  2. JACK dit :

    Je répète à qui veut l’entendre l’euro l’euro n’est qu’une monnaie virtuelle qui ne correspond à aucune des économies dont elle désert, soit vous en profitez comme l’Allemagne, soit vous êtes perdant comme la majorité des autres pays, c’est un vrai casino style Madoff.

    • yvan dit :

      Jack.
      TOUTE monnaie est virtuelle. Elle ne repose que sur les « biens » matériels que l’on peut acquérir.
      Par contre, pour bien connaître la gestion, je SAIS qu’une monnaie utilisée par peu de gens a plus de risque de variations brusques et notamment, l’hyper-inflation.
      Et c’est pour cela que :
      – les BC de CHAQUE pays ont des réserves diversifiées,
      – toute monnaie est « raccrochée » à une monnaie de plus gros volume.

      Zimbabwe, Jack…
      Et SME européen avant…

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  4. Une population appauvrie, des banquiers tout puissants, des services publiques supprimés, une absence de contrôle et de norme ouvrant la porte à toutes les corruptions. La Lettonie a bien compris la recette européenne. Dans quelques années, la population se dira qu’ils sont passés de Charybde en Scylla.

  5. Marc dit :

    Un apparratchik du MEDEF : « La Grèce, chance de l’Europe !  »

    http://www.lepoint.fr/economie/la-grece-chance-de-l-europe-06-01-2014-1777260_28.php

    Il convoque même les mânes du Général… heureusement que le ridicule et la honte ne tuent pas….

    • Brabant dit :

      Quel âne !! ou plutôt quel criminel… il trouve que les Grecs n’ont pas assez souffert ? Il faut organiser la sortie de cette stupide monnaie unique… au plus tôt. Les Grecs paient, les contribuables français paient, tout ça pour sauver une construction idéologique bâtarde… et aussi le Crédit agricole, Deutsche Bank, etc..

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