L’euro ne profite qu’aux Allemands (E. Lechypre)

« Est-ce que l’euro n’est pas une monnaie trop chère pour les autres pays ? ». Ben oui, ça on le sait depuis longtemps. Ce qui est intéressant, ce sont les chiffres qu’Emmanuel Lechypre apporte à l’appui de cette réalité : parts de marché à l’exportation, déficits commerciaux, emploi industriel, taux de chômage… Accablant. Mais attention : L’euro étant la religion officielle, on n’y touche pas !

(BFM Business, 2 janvier 2014)

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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19 commentaires pour L’euro ne profite qu’aux Allemands (E. Lechypre)

  1. Ambroisine dit :

    Oui, cela confirme bien nos doutes !

  2. Loulotte dit :

    et dans le discours de notre chef suprême : toujours plus d’Europe, toujours plus d’Europe

  3. A ce propos la cour constitutionnelle allemande n’est pas prête de rendre un avis défavorable à la BCE ,sous prétexte que celle-ci enfreindrait ses statuts en matière de création monétaire illégale. En effet la BCE ne crée pas des liquidités à proprement parler, c’est-à-dire de la monnaie fiduciaire ou crédit mais rend liquides des actifs bancaires en permettant aux banques de les refinancer via des opérations d’échange de titres contre des prêts temporaires en monnaie banque centrale. Les liquidités créés s’expriment donc en équivalent d’expositions bancaires refinancées ouvrant droit à remboursement des banques des prêts avancés par la BCE, comme ce fut le cas pour les LTRO. On est donc dans un jeu monétaire à somme nulle, car les actifs créés par la BCE ont un équivalent passif dans les banques ne débouchant pas sur une création monétaire nette qui serait déversée dans l’économie réelle. Par ailleurs ce jeu de refinancement des actifs bancaires profitent trop aux exportateurs allemands pour qu’il soit contesté par les juges constitutionnels allemands qui seraient bien en mal de prouver que la monnaie créée par la BCE menacerait l’Allemagne d’une hyper-inflation, analogue à ce qu’elle avait connu lors du retrait des capitaux américains suivant le carsh de Wall Street qui avait mis ce pays en état de défaut sur ses obligations financières comme le paiement des réparations aux Alliés. La Reichsbank avait été alors obligée de créer de la monnaie sous la forme de crédits bancaires permettant aux banques de faire face à leurs obligations de paiement en raison d’un manque soudain de liquidités dans l’économie réelle (call money américain réinvesti entre banques par le biais du mutiplicateur de crédit permettant de démultiplier l’argent investi sous la forme de crédits). Dans la situation présente, le refinancement des prêts accordés aux importateurs des produits allemands par les banques des pays de la zone euro est assuré par la banque centrale respective des pays importateurs qui refilent leurs dettes bancaires aux banques correspondantes de l’Eurosystem (RTGS Target) qui égalise les balances des paiements entre partenaires commerciaux de la zone euro. Ces dettes insolvables sur l’Allemagne aboutissent ainsi au bilan de la Bundesbank qui les fait refinancer par la BCE qui les inscrit à son bilan en créant de la monnaie banque centrale dans une quantité équivalente. Il y a certes création monétaire de la BCE dans ce cas précis, mais elle n’est pas supportée par l’Allemagne qui conserve un solde exportateur largement excédentaire au détriment de ses partenaires commerciaux dont les déficits sont subventionnés par la BCE. Ce n’est donc pas tant la Bundesbank qui devrait protester contre la BCE, mais les banque centrales des pays déficitaires vis à vis de l’Allemagne qui conserve une situation débitrice par la création de dettes invisibles car inscrites au bilan de la BCE, mais néanmoins supporté par les actifs des pays tributaires des importations allemandes dont les activités productives et donc l’emploi ont été sacrifiés à la création de dettes en euros. Les banques sont passées maîtres dans l’art de transformer ces dettes en actifs, en s’en servant comme collatéral pour l’émission de dettes collatéralisées échangées entre places financières (crédits repackagés et cédés à des véhicules spéciaux qui s’en servent comme collatéral de financement de CDO, CLN, AMS, MBS, etc). Les opérations de quantitative easing garantissent de leur côté le refinancement de ces titres de dette collatéralisées en hors bilan, ce qui garantit aux banques des revenus réguliers leur permettant de financer la dette publique. Trop de gens profitent de ce système bien rôdé pour que les choses évoluent vraiment dans le sens d’une réforme radicale du système monétaire, à commencer par tous ceux qui vivent de près ou de loin des services financiers, au premier rang desquels les fonctionnaires payés par la dette publique financée par les banques. Et oui l’Agence France Trésor émet du papier sur les marchés pour payer les frais de personnel. Un élève de BTS commerce en serait horrifié, mais pas un énarque BAC+10.

  4. L’Allemagne n’est pas la seule bénéficiaire de l’euro et du Marché unique dans le domaine industriel (à ce propos le développement des banques d’investissement françaises était censé compensé le manque à gagner de la France dans l’industrie par la création de…PIB bancaire!). Les pays d’Europe centrale et orientale ont aussi largement bénéficié de la libre circulation des biens et services au sein du Marché unique créé par le Traité de Maastricht par la délocalisation des activités productives allemandes, l’assemblage final étant conservé en Allemagne pour que ces produits gardent l’estampille « made in Germany ». L’Europe dans son ensemble ne peut donc pas escompter un rapatriement de son industrie, la France en particulier, dans la mesure où les activités industrielles répondant aux besoins européens n’ont jamais vraiment quitté les frontières de l’Europe, mais ont été déplacées à l’intérieur des frontières de l’UE afin de profiter des bas coûts de main d’oeuvre chez les nouveaux entrants.

    Whereas the majority of the production capacity relocated from the United
    States has been moved to Mexico, China, India or other Asian countries, most
    relocation of European firms’ production has taken place within the EU. The
    Single Market has enabled companies from western EU member states to
    manufacture much more cheaply in eastern European countries without having
    to contend with trade barriers (customs duties, differing standards, problems
    obtaining residence permits for employees). In 2012, for example, German
    companies that maintain production capacity of their own abroad still
    manufactured 61% of their total output in Germany, a further 21% in other EU
    countries and only 8% in Asia.19
    Most of the manufacturing that has been
    relocated in order to cut costs has therefore not left Europe. This means that it
    will not be possible to significantly increase the industrial sector’s share of the
    European economy simply by re-shoring production capacity from non-EU
    countries, especially as the main reason for locating production facilities in Asia
    (especially in China) is in many sectors to meet local demand.

    http://www.dbresearch.com/PROD/DBR_INTERNET_EN-PROD/PROD0000000000323902.pdf

    • Geraldine dit :

      C’est quand même l’Allemagne qui tire le mieux son épingle du jeu, les pays de l’Est ne sont que des sous-traitants dont les marges sont bien plus faibles; leur commerce extérieur, leurs taux de chômage ne sont pas du tout ceux de l’Allemagne !
      L’euro, c’est le nouveau Mark, la monnaie qui convient à l’Allemagne et à sa compétitivité-produits. La gestion de la politique monétaire européenne se fait d’ailleurs suivant les critères et le tempo allemands, les partenaires d’Angela s’en plaignent assez pour que ça se remarque.

  5. Encore faut-il que la banque se retrouve en situation de faillite. les imbrications entre les bilans des banques sont devenues tellement étroites qu’il est difficilement concevable qu’une banque seule se retrouve dans une situation de faillite. En général ce genre de situation arrive lorsque se fait jour un risque systémique menaçant la communauté bancaire toute entière du fait de la survenance d’événements exceptionnels sur les marchés, comme ceux qui ont provoqué la faillite de Lehman Brothers ou de Norwich Union. Dans les deux cas ces deux banques étaient surexposées au risque de liquidité du fait de leur dépendance par rapport au « wholesale funding » fourni par le secteur bancaire non réglementé finançant par exemple des émissions de commercial paper à court terme qui mettaient la banque en position d’insolvabilité en cas d’arrêt du refinancement de ces actifs long terme par des ressources court terme. Apparemment les autorités de surveillance ont fait le nécessaire pour que les banques ne soient plus autant exposées au risque de liquidité par l’imposition de normes de funding entre l’actif et le passif des banques d’investissement et des banques de détail dont l’effet de levier est strictement réglementé. Les banques de détail ne sont donc plus exposées à ce risque de liquidité de par la mise en place de « murailles de Chine » entre les activités bancaires obligeant les banques à une structuration stricte de leur funding en fonction de la maturité et de la composition de leurs actifs. Il est donc hors de question que les dépôts bancaires des particuliers soient exposés à des risques de marché, puisqu’ils financent des crédits originés par la banque de détail et non des expositions de la banque de marché.

    • matbee dit :

      « Les banques de détail ne sont donc plus exposées à ce risque de liquidité de par la mise en place de « murailles de Chine » entre les activités bancaires obligeant les banques à une structuration stricte de leur funding en fonction de la maturité et de la composition de leurs actifs. Il est donc hors de question que les dépôts bancaires des particuliers soient exposés à des risques de marché, puisqu’ils financent des crédits originés par la banque de détail et non des expositions de la banque de marché. »

      Vous plaisantez ? Ce que vous décrivez là c’est justement la séparation des activités bancaires que les banquiers ont rejeté avec la complicité des politiciens….

      La vérité, c’est que l’exposition des dépôts des particuliers aux méga-risques de marché n’a jamais été aussi forte ! On va bientôt passer à la caisse…

      • matbee dit :

        …..toutes les dispositions, les textes pour cela sont pris ou sont en cours d’élaboration.

      • Non je maintiens, les dépôts retail ne sont pas exposés aux risques de marché pour la bonne et simple raison qu’ils ne financent pas des expositions de marché mais des activité de prêt dont le risque de taux est surveillé étroitement par les banques suivant des normes strictes nationales ou européennes (desk spécifique de couverture du risque de taux suivi par le département asset liability management). Si BNP BFI fait faillite, BNP retail banking ne fait pas faillite pour autant.

      • BANKS used retail deposits to gamble on the investment banking casino!” That is the common perception of the cause behind the 2007-2008 financial crisis.

        The popular belief is that retail deposits, instead of being used to fund “safe” traditional retail lending like mortgages, were used to fund high-risk derivatives trading on the international capital markets. This belief is now driving calls – including yesterday from George Osborne – for the structural separation of retail and investment banks. Separate retail and investment banking, so the thinking goes, and retail deposits will be safe.

        – See more at: http://www.cityam.com/article/retail-funding-myth-why-investment-banks-aren-t-blame#sthash.i7bwhnPi.dpuf

      • matbee dit :

        Non Nicolas Jaisson si la banque fait faillite ils se serviront dans les comptes peu importe l’origine des fonds exposés au risque. Ils auront besoin d’argent.

        FMI, UE, Bâle : les comptes bancaires plus que jamais menacés

        https://fr.goldbroker.com/news/fmi-ue-bale-comptes-bancaires-plus-que-jamais-menaces-401.html

      • Ces idées de taxe sur l’épargne sont absurdes, dans la mesure où premièrement elles ne répondent pas au problème de recapitalisation des banques (même en ponctionnant toute l’épargne, il est bien évident qu’il est impossible de couvrir les pertes éventuelles des expositions de marché) et où deuxièmement elles sont bien moins efficaces que l’érosion du pouvoir d’achat par l’endettement massif des Etats et la création monétaire qui s’en suit, comme illustrée par le passage à l’euro qui a dissimulé une dévaluation déguisée de 500% sur dix ans. Dans ce type d’analyse bidon, on constate souvent une déficience de compréhension des activités bancaires et de leurs modes de financement, comme des intentions commerciales cachées consistant à provoquer des réactions de panique des déposants dupés par de fausses promesses sur l’envolée des cours de l’or.

  6. Jack dit :

    Et on s’en aperçoit seulement maintenant, ils sont aussi brillant que la troïka ces gens qui font des études ou prétendent savoir gouverner, tous des ânes.

  7. brunoarf dit :

    Le 5 mai 1992, Philippe Seguin avait déjà tout compris à ce qui allait arriver si le traité de Maastricht était adopté.

    Dans son discours visionnaire, prophétique, Philippe Seguin disait :

    « Il ne servira à rien de tenter de ficeler l’Allemagne. Car l’Allemagne, et c’est bien naturel dans sa position, et avec les moyens dont elle dispose, ne renoncera à sa souveraineté que si elle domine l’ensemble, certainement pas si elle lui est subordonnée. Le débat qui se développe en ce moment en Allemagne à propos de Maastricht en fait la démonstration : les Allemands veulent bien d’une banque centrale européenne, mais seulement si celle-ci est peu ou prou entre les mains de la Bundesbank, et d’une monnaie unique, si cei s’appelle le mark. »

    http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/revision5_philippeseguin_Maastricht.asp

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  10. zorba44 dit :

    Mis à part la question doctriconnale (en d’autres temps il y eut le nazisme …et on voit ce que cela a donné !) il est un point fondamental, dans ces évolutions contrastés, celui qu’on exporte en excédent lorsqu’on est socialement et financièrement compétitif et que, lorsqu’il s’agit du contraire à savoir qu’on importe plus qu’on exporte, cela signifie le contraire.

    Salaires + Coûts sociaux (chômage et retraites compris) + poids de l’Etat : selon le résultat, par pays, la situation sur l’échelle de l’excellence ou de l’affaiblissement et des mauvaises notes.

    Jean LENOIR

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