L’Europe du Sud redémarre sur un champ de ruines (A. Mirlicourtois)

Les carcans de la dette et de l’euro sont toujours là, les taux de chômage et de pauvreté restent extrêmement élevés… Que peut-on espérer de bon avec « un tissu productif exsangue, des compétences détruites et une population appauvrie » ? OD

(Xerfi Canal, 21 janvier 2014)

« A trop se concentrer sur les chiffres de croissance, on en oublie les niveaux. Et pour l’Europe du Sud, le risque est de se laisser aveugler par l’illusion d’optique du dernier point. Pour bien comprendre, je vais prendre trois indicateurs : le PIB, les ventes au détail et le chômage. Le PIB d’abord. Les institutions internationales s’accordent à prévoir un retour à la croissance en Europe du Sud. Un rebond qui devrait permettre au Portugal, à l’Italie, à l’Espagne et à la Grèce de talonner la France dès cette année selon Bruxelles pour faire jeu égal ou mieux en 2015. Autant dire que les rythmes trimestriels de croissance vont être soutenus pour ces pays.

Pourtant, cela ne doit pas nous faire oublier les niveaux d’où ils repartent et notamment l’écart qui les sépare encore de leur pic d’activité d’avant crise. Pour la France, les cicatrices de la récession sur le PIB sont totalement effacées ou presque. Pour le Portugal et l’Espagne, les dégâts sont en revanche encore bien là avec un PIB inférieur de plus de 7% à son pic d’avant crise, l’écart étant encore plus marqué pour l’Italie sans parler du désastre grec, à environ 23% de précédent sommet. Alors oui, à 2,9% la prévision de croissance de la Commission européenne pour la Grèce en 2015 peut faire des envieux. Oui, mais même à ce rythme là, ce n’est qu’en 2023 que la Grèce retrouvera son niveau de richesse de 2007 ! Autre indicateur, celui des ventes au détail en volume, qui permet encore mieux de prendre la mesure de la dégradation du bien-être dans ces pays. D’un côté, il y a la France qui a déjà retrouvé puis dépassé depuis longtemps ses niveaux d’avant crise. De l’autre, tous les pays du Sud, totalement distancés : de l’Italie qui est à près de 8% de son niveau de 2007, en passant par le Portugal et l’Espagne, respectivement à 15 et 26% pour terminer une fois de plus avec la Grèce à près de 31%. Pour prendre toute la mesure de la casse humaine et sociale de ces économies, il faut encore parler du chômage. En Espagne et au Portugal, la décrue est maintenant bien enclenchée. En un an, le nombre de Portugais au chômage a ainsi baissé de 10%. Une inversion de la courbe qui peine à se concrétiser en France où le chômage a encore augmenté de 2,1% sur un an. C’est indéniable, la dynamique penche en faveur du Portugal. Mais si on met ce chiffre en perspective, on voit un taux de chômage en novembre dernier de 10,8% en France et de 15,5% au Portugal. Ce taux est de 26,7% pour l’Espagne et de 27,7% pour la Grèce, rappelons-le. Une casse humaine dont le taux de pauvreté porte la marque. Le taux de pauvreté, c’est quoi ? C’est la proportion de la population totale qui vit avec 60% du revenu médian, celui qui sépare la population en deux. En Espagne, cela concerne 21,8% de la population, en Grèce 21,4%, viennent ensuite l’Italie à près de 20% et le Portugal à 18%. très loin derrière la France et la Norvège qui ferme le banc. Alors oui, l’Europe du Sud redémarre mais sur un champ de ruines, avec en arrière-plan un tissu productif exsangue, des compétences détruites et une population appauvrie. Il est bon de le rappeler avant que quelques économistes hypnotisés par la magie du dernier chiffre, n’érigent en modèle le jeu de massacre que l’on dénomme avec froideur « ajustement » ».

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi Canal, le 21 janvier 2014

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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12 commentaires pour L’Europe du Sud redémarre sur un champ de ruines (A. Mirlicourtois)

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  2. brunoarf dit :

    Chômage : chiffres Eurostat de novembre 2013 :

    Grèce : 27,4 % de chômage.
    Chez les jeunes de moins de 25 ans : 54,8 % de chômage.

    Espagne : 26,7 %.
    Chez les jeunes : 57,7 %.

    Croatie : 18,6 %.
    Chez les jeunes : 49,7 %.

    Chypre : 17,3 %.
    Chez les jeunes : 40 %.

    Portugal : 15,5 %.
    Chez les jeunes : 36,8 %.

    Slovaquie : 14 %.
    Chez les jeunes : 33,3 %.

    Bulgarie : 12,9 %.
    Chez les jeunes : 28,5 %.

    Italie : 12,7 %.
    Chez les jeunes : 41,6 %.

    Irlande : 12,3 %.
    Chez les jeunes : 24,8 %.

    • jean capdeville dit :

      En France nous avons un chômage de 17 % puisque les chiffres sont faussés par les calculs et a ceci il faudrait ajouter plus d’un million de personne ex rmi au rsa

  3. yvan dit :

    Dommage qu’il n’y ait pas une mise en perspective avec le reste de la planète…

    • yvan dit :

      C’est d’ailleurs le principe de sortir une chose de son contexte, elle ne signifie plus rien.

      Et en parlant de différences de taux des oblig, voyez les municipalités en faillite aux US, ainsi que l’endettement de certains états.
      Principe identique.

  4. Il est un peu tard pour cracher dans la soupe. Je me souviens que dans les années fastes, au moment où l’argent européen coulait à flots dans les pays d’Europe du Sud, les Espagnols n’étaient pas en reste pour se rallier aux thèses libérales de l’économie de marché. C’étaient l’époque où les MBA espagnols écumaient les salles de marché et autres boites de conseil. L’heure est donc à la pénitence en cette veille de carême pour se convertir à une vision plus juste d’une humanité pécheresse qui ne peut trouver le salut qu’en passant par son Rédempteur. A ce propos, je note que les réformes prônées par Maurice Allais dans son « la crise mondiale d’aujourd’hui » ne figurent dans les programmes d’aucun parti politique, y compris le UKIP, le FN ou le parti des cinq étoiles (éteintes) italien. Cherchez la cohérence.

  5. Geraldine dit :

    Le redémarrage est en trompe-l’oeil effectivement. L’Europe tout entière est en déflation, les indices sont multiples et ne trompent pas, eux. Toute croissance apparente, aussi faible soit-elle, ne peut venir que d’un usage immodéré de la planche à billets, c’est une croissance à crédit, basée sur de l’endettement supplémentaire… Je pense Olivier que vos posts le montrent depuis longtemps !

    http://www.atlantico.fr/decryptage/signaux-silencieux-qui-ne-trompent-pas-europe-fait-face-catastrophe-deflation-955928.html

    http://www.atlantico.fr/decryptage/allemagne-tire-t-elle-europe-vers-spirale-deflationniste-saraceno-et-bourgeois-890838.html

    • yvan dit :

      Surtout, la planète est en récession, géraldine.
      Cela doit arranger les partis extrêmes, d’ailleurs…
      Aidés par les banques, tout comme le parti nazi.

      Et prendre « atlantico » en référence, là, vaut mieux éviter. Mais je te comprends, néanmoins. Feu de tout bois.

  6. jeff dit :

    L’Europe devrait être considérée comme un pays émergent, selon le patron de Total

    DAVOS (Suisse) – Christophe de Margerie, le dirigeant du groupe pétrolier français Total, estime que l’Europe devrait être considérée comme un pays émergent et qu’elle a besoin de se reconstruire complètement pour trouver de la croissance, a-t-il déclaré mercredi à Davos.

    Ne le prenez pas comme une provocation, je pense que l’Europe devrait être reconsidérée comme un pays émergent, a-t-il déclaré à la presse à l’occasion du Forum économique mondial (WEF). Et donc non comme une économie avancée au même titre que les Etats-Unis ou le Japon.

    M. Margerie estime que l’Europe, dont l’économie se débat dans une croissance molle, un chômage élevé et une inflation très faible, doit refonder son modèle économique.

    Aujourd’hui nous essayons juste de combattre ceux (les pays émergents qui exportent beaucoup) qui parfois fabriquent le même produit (que nous Européens), moins cher, a-t-il dit, appelant à développer de nouvelles compétences et à rétablir la compétitivité.

    Franchement, nous avons besoin d’un nouveau départ. Arrêtons de penser que nous pouvons redémarrer à partir de choses qui ne peuvent plus être sources de développement ou de croissance pour nos pays, a déclaré M. de Margerie.

    Il estime également qu’il faut cesser de faire une différence entre le sud et le nord de l’Europe, car dans ce cas, l’Europe est morte.

    (©AFP / 22 janvier 2014 12h15)

    http://www.romandie.com/news/n/_L_Europe_devrait_etre_consideree_comme_un_pays_emergent_selon_le_patron_de_Total93220120141218.asp

    • zorba44 dit :

      Quel humoriste que M de Margerie ! C’est sans doute pour cela que Total ne paye pratiquement pas d’impot en France ! …histoire de maintenir un peu plus longtemps la tete sous l’eau a ses concitoyens…

      Quant a son appreciation sur le nord et le sud elle est d’un comique abouti.

      Jean LENOIR

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