Endettée, l’Europe vend ses entreprises

« Les privatisations se multiplient dans l’UE. Pris à la gorge, les gouvernements sacrifient leurs industries nationales.

Endettée, l’Europe vend ses entreprises

La crise de la dette terrifie les gouvernements européens. Astreints à la rigueur, les pays peinent à remplir leurs caisses et doivent limiter leurs emprunts sur les marchés financiers. Alors, afin de trouver de l’argent frais, ils vendent leurs participations dans des entreprises totalement ou partiellement publiques. Une vague de privatisation qui touche aussi bien l’Angleterre que les pays méditerranéens, comme l’Italie ou la Grèce et des secteurs aussi variés que les postes ou la police.

L’Italie dilapide ses entreprises publiques. Avec une dette qui dépasse les 133% du PIB (plus de 2.100 milliards d’euros), l’Italie a décidé fin octobre de vendre ses participations dans des entreprises, dont certaines ont des missions de services publics. Le ministre italien de l’Economie, Fabrizio Saccomanni, a annoncé, lors du Forum économique mondial de Davos, l’intention de son gouvernement de privatiser les postes italiennes. « On commence avec 40%, ensuite on verra », a précisé le ministre. L’Etat espère récupérer ainsi « 6,7 ou 8 milliards d’euros » sur les 12 milliards annoncés fin octobre.

La France roule sur un goudron privé. Si l’Etat a bien financé la construction des autoroutes françaises, il a vendu depuis 2006 l’ensemble de ses participations dans les principaux réseaux, alors que ces derniers devenaient finalement rentables. Depuis, les usagers voient le prix de leur trajet augmenter régulièrement. D’autres entreprises, comme Electricité de France, Gaz de France ou Aéroports de Paris (ADP) ont été partiellement privatisées entre 2005 et 2007. Régulièrement, comme en avril 2013 avec EADS, l’Etat cède une partie de ses actifs dans de grands groupes.

L’Angleterre n’a pas de limite. La situation britannique est moins dure que beaucoup de ses voisins européens. Ce qui n’a pas empêché David Cameron de mener une sévère politique d’austérité et de couper dans les budgets publics. Pourtant, il n’y avait plus grand-chose à privatiser outre-Manche après la période Thatcher. Alors, le gouvernement s’est tourné vers la police afin de diminuer de 20% son budget. Une partie de leur prérogative va être confiée à des sociétés privées. La mesure s’accompagne de nombreuses suppressions de postes dans les forces de l’ordre, 2.764 postes en trois ans rien que pour le West Land.

Malte vend la nationalité européenne. Solidaire, Malte a décidé de tendre la main à ses (riches) voisins du Sud. Pour remplir ses caisses et tenir ses engagements européens, l’île veut vendre la nationalité européenne aux plus offrants. Une solution qui a offusqué les députés européens. La citoyenneté européenne ne doit pas avoir de prix, a rappelé le Parlement européen dans une résolution votée le 16 janvier. Un camouflet emprunt d’ironie quand on sait que de nombreux Etats, dont l’Autriche, le Royaume-Uni, l’Espagne, la Bulgarie ou la Hongrie offrent des permis de résidence permanents aux investisseurs les plus généreux.

La Grèce, un pauvre à saisir. La banqueroute de la Grèce a été le symbole de la crise de la dette européenne. Pris à la gorge, l’Etat grec a été mis sous la tutelle de la Troïka (BCE, FMI, Commission européenne) et forcé à démanteler ses services publics afin de bénéficier de plans d’aide de plusieurs milliards d’euros. Afin de trouver 50 milliards d’euros d’ici 2020, l’Etat a vendu ses participations dans différentes entreprises comme l’opérateur téléphonique OTE. La loterie nationale grecque, les mines de nickel, le port du Pirée aiguisent les appétits des investisseurs. Clou de cette vente aux enchères digne du Mont-de-Piété, la mise en vente d’une liste de 47 îles et îlots inhabités appartenant à l’Etat ».

Alexis Toulon, Europe 1, le 24 janvier 2014 (via Prêchi-Prêcha)

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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21 commentaires pour Endettée, l’Europe vend ses entreprises

  1. raimanet dit :

    A reblogué ceci sur raimanet.

  2. viggo1 dit :

    Puis en vendant les bijoux de familles…ces états seront plus pauvres.
    Les néolibéraux ont un mal fou de le réaliser.
    Amicalement
    Viggoi
    http://www.b-a-r-f.com

    • yvan dit :

      Hhmm… non, Viggo1.
      Cela arrange les « libéraux » car leur donne plus de poids sur les états et donc, les peuples.

      • viggo1 dit :

        Oui…mais en vendant les bijoux de famille, l’état va certes encaisser le montant des ventes…mais se retrouve en réalité plus pauvre. 🙂
        Naturellement cela donne plus de poids à des…hm libéraux, de gauche ou de droite. 🙂
        La Grèce est en train de faire l’expérience. 🙂
        Amicalement
        Viggo

  3. Ping : Endettée, l’Europe vend ses entreprises - gastraudiome

  4. En passant du secteurs publiques au secteur privé des pans entier vont
    subir des restructurations afin se concentrer sur leur « cœur de métier ». Ainsi tout ce qui n’est pas directement lié à leur métier sera externalisé, les fonctions de restauration, de ménage, d’entretien etc. seront confiées à des entreprises extérieures qui seront mises en concurrences. Cette mise en concurrence frontale dégradera fortement les revenus et les conditions de travail de ces personnes qui effectuaient auparavant ces tâches au sein de l’entreprise car ils perdent tous les avantages qui étaient liés au statut de ces entreprises. En effet, travailler comme femme de ménage dans une grande entreprise publique n’a rien à voir avec le fait de travailler comme femme de ménage dans une société spécialisée dans cette fonction. Et une bonne partie des gains qui découlent de la privatisation seront répartis vers une petite partie des acteurs du système, essentiellement les cadres dirigeants et les actionnaires accentuant mécaniquement les inégalités.
    A titre d’exemple le salaire du PDF de France Telecom publique était d’environ 12 000 euros/mois quant elle était publique a plus de 150 000 euros privatisée…

    • zorba44 dit :

      A vous lire, on se trouve en présence de deux cas extrêmes : la femme de ménage et le salaire du patron de France Telecom. Cela voudrait seulement dire que les salariés de la fonction publique « suçaient » par l’impôt (et la grève) tandis que le pdg d’une entreprise privée « sucerait » les salariés…
      De banquier vous passez à la casquette de fonctionnaire ? qui comme le politique, n’aime pas la mise en concurrence.
      Ceci dit on vous accorde bien volontiers que certaines rémunérations et avantages de dirigeants dépassent parfois toute proportion alors qu’ils n’ont que peu ou pas le risque du capital.

      Jean LENOIR

      • @Jean Lenoir
        Vous avez écrit :
        « A vous lire, on se trouve en présence de deux cas extrêmes : la femme de ménage et le salaire du patron de France Telecom. Cela voudrait seulement dire que les salariés de la fonction publique « suçaient » par l’impôt (et la grève) tandis que le pdg d’une entreprise privée « sucerait » les salariés… »

        En remplaçant le terme « sucerait » par « détournement de la contrepartie travail » vous avez ,en effet, mis l’accent sur les deux dysfonctionnement majeur des systèmes économiques. (en plus du PDG, je rajoute le haut management et les actionnaires pour les entreprises privées)
        Afin de vous éviter d’autres hypothèses me concernant je vous invite a vous rendre sur mon site, de mon site vous allez sur le Wiki où vous trouverez une rubrique « Règles d’optimisation économiques » qui donnera tous les détails sur cet aspect…

  5. Lahcene Ferdi dit :

    Qui amasse l’argent et l’or, domine la gouvernance d’union

  6. brunoarf dit :

    Lundi 27 janvier 2014 :

    Etats en difficulté : la Buba prône une taxe sur le patrimoine.

    La Banque centrale allemande, la Bundesbank, a défendu l’idée d’une taxe sur le patrimoine privé pour les Etats menacés de banqueroute, avant qu’ils ne réclament l’aide de leurs partenaires, dans son rapport mensuel publié lundi.

    Une telle taxe « correspond au principe de responsabilité nationale, selon lequel les contribuables sont responsables des obligations de leur gouvernement avant de réclamer la solidarité des autres Etats », a expliqué la Bundesbank, sans davantage préciser son idée.

    « Mais sa mise en oeuvre est difficile et risquée, a-t-elle ajouté, soulignant qu’elle doit intervenir dans des situations exceptionnelles comme la nécessité d’éviter qu’un Etat ne devienne insolvable. »

    Rappel :

    Quels sont les Etats européens insolvables ?

    1- Médaille d’or : Grèce. Dette publique de 317,310 milliards d’euros, soit 171,8 % du PIB.
    2- Médaille d’argent : Italie. Dette publique de 2068,722 milliards d’euros, soit 132,9 % du PIB.
    3- Médaille de bronze : Portugal. Dette publique de 210,965 milliards d’euros, soit 128,7 % du PIB.
    4- Irlande : dette publique de 204,696 milliards d’euros, soit 124,8 % du PIB.
    5- Chypre : dette publique de 18,403 milliards d’euros, soit 109,6 % du PIB.
    6- Belgique : dette publique de 393,603 milliards d’euros, soit 103,7 % du PIB.
    7- Espagne : dette publique de 954,863 milliards d’euros, soit 93,4 % du PIB.
    8- France : dette publique de 1900,848 milliards d’euros, soit 92,7 % du PIB.
    9- Royaume-Uni : dette publique de 1431,399 milliards de livres sterling, soit 89,1 % du PIB.

    http://www.romandie.com/news/n/UEEtats_en_difficultla_Buba_prune_taxe_sur_le_patrimoine_RP_270120141455-17-441059.asp

    • yvan dit :

      Hhmm… Les Allemands sont comme nous des rentiers bien à droite.
      Une telle taxe ne verrait jamais le jour.

      • yvan dit :

        Hhmm… bis. Le deux-temps habituel.
        Il faut VRAIMENT que les banques allemandes soient très mal pour qu’une telle mesure soit envisagée de la part d’une BANQUE CENTRALE.

        BA.
        Tu es spécialiste en endettement public.
        Pourrais-tu, s’il te plait, nous donner des chiffres tout aussi fiables sur l’endettement privé..??

      • brunoarf dit :

        Dette privée (dette des ménages + dette des entreprises) en pourcentage du PIB :

        1- Médaille d’or : Luxembourg : dette privée de 317,4 % du PIB (en 2006, c’était seulement 134,7 % du PIB).
        2- Médaille d’argent : Irlande : dette privée de 306,5 % du PIB (en 2001, c’était seulement 154,7 % du PIB).
        3- Médaille de bronze : Chypre : dette privée de 296,4 % du PIB (en 1999, c’était seulement 158,6 % du PIB).
        4- Danemark : 238,9 % du PIB.
        5- Portugal : 225 % du PIB.
        6- Pays-Bas : 221 % du PIB.
        7- Suède : 214,2 % du PIB.
        8- Espagne : 195,6 % du PIB.
        9- Royaume-Uni : 181,4 % du PIB.
        10- Finlande : 160,5 % du PIB.
        11- Malte : 155,4 % du PIB.
        12- Autriche : 147,5 % du PIB.
        13- Belgique : 146,4 % du PIB.
        14- France : 140,6 % du PIB (en 1999, c’était seulement 95,8 % du PIB).

        Source : Eurostat, chiffres de l’année 2012.

    • zorba44 dit :

      Il semble que le patrimoine des grecs soit maintenant fortement érodé : l’affaiblissement des revenus est bien une forme de taxation, in fine sur le capital, lequel, lui-même s’émousse. Grecs …à titre d’exemple.

      Jean LENOIR

  7. Ping : Endettée, l'Europe vend ses entreprises ...

  8. oops dit :

    Les exemples invoqués de vente aux investisseurs ne sont pas très probants. Les achats effectués par les Chinois aux Etats-Unis dans le cadre des accords Clinton prévoyant la collatéralisation de la dette publique US par ses actifs économiques tels que le domaine forestier et agricole public , les ressources en eau potable, les entreprises, etc sont bien plus significatifs qu’en Europe. Encore faut-il pour que ces achats se poursuivent que la Chine continue sur sa folle lancée de la multiplication du crédit, alors même que ces réserves de change commencent à être mises à mal par le dégonflement du shadow banking entraînant des faillites d’entreprises en cascades et ce quelles que soient les mesures d’intervention de la banque centrale chinoise débordées par l’énormité des dettes à éponger, alors même que les exportations fléchissent vers des pays développés dont le niveau de vie part en spirale descendante. Tout est prêt pour une explosion économique et sociale historique en Asie, comme les semaines à venir devraient l’illustrer lorsque la BPC va devoir négocier la transition du modèle productiviste vers le modèle consumériste qui s’annonce pour le moins problématique dans sa réalisation…

    http://www.ft.com/cms/s/0/cfcb0568-8749-11e3-9c5c-00144feab7de.html#ixzz2rdGkuR1r

    A credit boom of this scale is not likely to end well. Looking back over the past 50 years and focusing on the most extreme credit booms – the top 0.5 per cent – turns up 33 cases, with a minimum credit gap of 42 percentage points.
    Of these nations, 22 suffered a credit crisis in the subsequent five years and all suffered an economic slowdown. On average, the annual economic growth rate fell from 5.2 per cent to 1.8 per cent. Not one country got away without facing either a crisis or a major economic slowdown. Thailand, Malaysia, Chile, Zimbabwe and Latvia have had a gap higher than 60 points. All those binges ended in a severe credit crisis

    History foretells a different story. In the 33 cases in which countries built up extreme credit gaps, the pace of GDP growth more than halved subsequently. If China follows that path, its growth rate over the next five years would average between 4 per cent and 5 per cent.
    The key to foretelling credit trouble is not the size but the pace of growth in debt, because during rapid credit booms more and more loans go to wasteful endeavours. That is China today. Five years ago it took just over $1 of debt to generate $1 of economic growth in China. In 2013 it took nearly $4 – and one-third of the new debt now goes to pay off old debt.

  9. MJ dit :

    ce que la loi a fait la loi peut le défaire.
    quel(s) parti politique osera annoncer une annulation pure et simple des nationalisation en cas de victoire aux élections.
    ça pourrait faire réfléchir les zinvzstisseurs quant à leur prise de risque. Le climat social et electoral n’est pas le même que celui des années 80 90 où des vagues de nationalisation ont été possibles.
    Maintenant on attaque l’os pour tenter de renflouer le titanic financier des états.

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  12. Ping : Endettée, l’Europe vend ses entreprises par Olivier Passet Xerfi | Pour un débat sur le libre-échange et sur l'euro…

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