Perte de contrôle de groupes français : le risque fort (Olivier Passet)

(Xerfi Canal, 22 janvier 2014)

« La récente augmentation de capital de Peugeot et l’entrée en force du constructeur chinois Dongfeng dans l’actionnariat du groupe a relancé les spéculations sur le risque de perte de contrôle de grands groupes français. L’Etat s’est mis pour l’heure en position de défense de l’identité nationale du groupe. Mais la participation à part égale de l’Etat, de Dongfeng et de la famille Peugeot ouvre vraisemblablement une ère de gouvernance à trois et une forte incertitude sur le devenir du groupe.

On le sait, et nous l’avons maintes fois souligné, les sorties de crise sont propices aux opérations de fusion-acquisition. La période est en effet favorable à une concentration et à une redistribution des cartes entre gagnants et perdants d’un même secteur d’activité ou d’un même coeur de métier. Lorsque l’horizon conjoncturel se dégage, ceux qui ont préservé ou rapidement restauré leur puissance de feu financière repartent dans des stratégies offensives.

Et c’est bien ce que l’on voit déjà aux Etats-Unis ou le marché des FUSAC a bondi de 14 % en 2013. Il a en revanche décroché encore en Europe l’an dernier, avec un recul de 23%, touchant son plus bas depuis 10 ans : conjoncture réelle et financière obligent. Et ce sont aujourd’hui les investisseurs anglo-saxons qui sont les plus actifs. De là vient la menace, car les entreprises européennes partent avec un temps de retard dans cette reprise des hostilités. Et partir avec un temps de retard, expose au risque d’être une proie.

Plusieurs signaux peuvent aujourd’hui mettre en alerte :

1- La participation étrangère dans le capital des entreprises du CAC 40 qui a fortement augmenté depuis 2010 (4,3 points). Elle atteignait début 2013, 46,3 %, rejoignant ses pics de 2004-2006. Cette montée en puissance s’étant principalement réalisée à travers une participation accrue des non-résidents (américains et britanniques notamment) à des augmentations de capital.

2- Les écarts de valorisations entre les marchés français, allemand, japonais, britannique ou américain soulignent que les risques de prédation sont élevés pour la France. Les cotations françaises demeurent à 30 % de leur Pic d’avant-crise quand le Japon est à 10 % et que l’Allemagne et le Royaume-Uni viennent d’effacer leurs pertes. Le SP500, quant à lui, surplombe de 19 % ses précédents sommets. Autrement-dit les entreprises françaises sont bon marché et alors le potentiel de hausse de leur rentabilité est élevé.

3- D’importants groupes hexagonaux affaiblis par la crise sont confrontés dans leur secteur à des rivaux bien portants. C’est le cas notamment de toute la branche transport d’Alstom qui intéresse japonais, allemands, chinois ou italiens. C’est encore le cas d’Alcatel Lucent pris dans un processus de vente à la découpe, ou encore, dans le sillage de Peugeot, de l’équipementier Faurecia.

Alors attention à ce talon d’Achille français en sortie de crise. Car derrière le contrôle des centres de décision, se profilent d’autres enjeux lourds : la maîtrise d’un certain nombre de portefeuilles de brevets, la domination de marchés et de réseaux stratégiques, les arbitrages futurs de localisation, le rapatriement des revenus dégagés à l’étranger. Si la France ne sait plus toujours ce qu’elle gagne à travers la puissance de ses groupes, on sait au moins ce qu’elle risque de perdre en les laissant s’échapper ».

Olivier Passet, Xerfi Canal, le 22 janvier 2014

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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7 commentaires pour Perte de contrôle de groupes français : le risque fort (Olivier Passet)

  1. oops dit :

    Ces fortunes de papier ne valent rien autrement que comme indicateurs d’une richesse comptable calculée en fonction de modèles déconnectés de la réalité. A l’heure où le ponzi scheme de la mondialisation est en train de faire naufrage sous nos yeux, la valeur actionnariale peut disparaître en un instant, comme on l’a constaté avec les pertes gigantesques des actionnaires qu’ils ont subies à partir de 2008. Le dégonflement du modèle chinois leur promet des pertes encore plus importantes qu’un Etat policier mondial ne pourra juguler malgré ses vaines tentatives de juguler la colère des masses abandonnées à leurs triste sort après tant de promesses non tenues faites par des politiques incapables de répondre de leurs actes et encore moins de trouver une solution pour sortir d’un gouffre qu’ils ont eux-mêmes créé. L’année 2014 sera celle du tsunami chinois qui aura des conséquences imprévisibles en termes de remise en question des grands équilibres géopolitiques et de la suprématie économique asiatique par rapport à l’Occident, si tant est que ce terme est encore un sens à l’heure où les fortunes actionnariales s’évanouissent au gré des fluctuations du risque crédit.

    http://www.ft.com/cms/s/0/e6133612-8774-11e3-9c5c-00144feab7de.html#ixzz2rgOx7hxW

    If slowing growth in China was the catalyst for concerns in past months, that concern has now shifted to spillover effects from a possible disruption in China’s shadow banking system. “Rising interbank rates, as liquidity is kept tight, continues to push up borrowing costs and, along with the slower growth, risks amplifying financial stress,” note economists at JPMorgan in the bank’s latest Global Data Watch.
    Many regulators looking at China believe Beijing will be forced to curb the activities of shadow banking institutions, which offer investors a much higher return than they can earn in safe deposits by using their money to lend to borrowers unable to raise loans elsewhere and willing to pay far more than official rates.
    If they do that by letting some institutions go under or by allowing a product distributed by a major bank to default, the consequences are hard to predict.

  2. Ping : Perte de contrôle de groupes franç...

  3. zorba44 dit :

    Ah bon …la crise est finie ? Si vous le dites, voyez donc les informations, plus que les coms sur la sortie de crise. (On voudrait tellement, pourtant, désespérément même).

    Jean LENOIR

  4. Ping : Perte de contrôle de groupes français : le risque fort (Olivier Passet) - gastraudiome

  5. yvan dit :

    Il sera toujours temps de nationaliser lorsque le contexte l’obligera.

  6. Dornach dit :

    La Mondialisation ou Nouvel Ordre Mondial, un projet américano-zioniste :
    http://wp.me/p1WnGr-qL

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