Crise des pays émergents : après la pseudo reprise mondiale, retour à la dure réalité (Ph. Herlin)

crise pays émergents« C’est tout le scénario de reprise mondiale qui est remis en question. » Voici le cri du cœur d’un analyste bancaire parisien cité par Le Figaro vendredi dernier après la chute des marchés actions à travers le monde : car revoici le spectre d’une crise des pays émergents. Un véritable raz de marée a en effet balayé les devises émergentes : le peso argentin a perdu 20% de sa valeur par rapport au dollar depuis le début de l’année, la livre turque 30% sur les douze derniers mois. Le peso mexicain, le real brésilien et le rand sud-africain sont également plongés dans la tourmente.

Les pays émergents, ce n’est plus l’eldorado ! Et le principal d’entre eux, la Chine, marque des signes d’essoufflement, tout le monde commence à se rendre compte que sa croissance marque le pas. A cela s’est rajoutée la menace d’un défaut de paiement de la principale banque du pays, ICBC. Celle-ci vantait en effet les mérites d’un fonds promettant 10% de rendement par an, une performance nettement supérieure aux livrets bancaires classiques, mais une promesse qui s’est volatilisée, l’argent récupéré n’ayant pas servi à exploiter une mine, comme prévu. Bien que l’ayant commercialisé, ICBC a refusé au début toute responsabilité directe dans le produit incriminé, avant finalement de trouver un accord évitant les pertes en capital pour les clients. Les autorités au plus haut niveau sont intervenues pour éviter une crise de confiance, mais cette affaire illustre les dangers du shadow banking qui a pris, en Chine, une ampleur insoupçonnée.

Les marchés plongent, mais déjà depuis plusieurs mois les inquiétudes étaient latentes. Pays émergents : fin de partie ? avions-nous écrit en août dernier où déjà des mouvements de retrait de capitaux apparaissaient. Nous assistons à une cristallisation des craintes, à une amplification de la défiance, à une accélération de la crise. En Argentine, la banque centrale ne cherche même plus à défendre le peso, préférant garder ses devises pour permettre l’achat des produits de première nécessité devant être importés. Résultat le cours du peso s’effondre encore et les 28% d’inflation en 2013 risquent fort d’être dépassés en 2014.

Faut-il craindre un effet de contagion aux pays industrialisés ? Pas du tout s’empressent d’affirmer plusieurs responsables européens par la voix de l’AFP, comme par exemple le président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem : « Je ne pense pas qu’il y aura une quelconque contagion des risques pesant sur les économies émergentes vers la zone euro. » Vraiment ? Même pas à l’Espagne et au Portugal, dont les économies sont très liées à celles de l’Amérique latine ? Effectivement, dans un tel cas, s’en serait définitivement terminé de la si timide et si discrète reprise économique que l’on nous annonce avec insistance, comme s’il fallait y croire de toutes ses forces pour qu’elle advienne vraiment.

Est-ce un phénomène secondaire ou une première bulle qui commence à éclater, avant bien d’autres ? Nous verrons bien, même si nous penchons pour la seconde branche de l’alternative, mais cette crise témoigne de la fragilité de l’économie mondiale. Elle montre aussi que les banques centrales peuvent totalement perdre le contrôle de la situation et se révéler impuissantes face à la glissade de leur monnaie et au dérapage des prix. Cela peut-il servir d’avertissement à la Banque du Japon, à la Fed et à la BCE ? »

Philippe Herlin, Goldbroker.com, le 30 janvier 2014

Rappels :

Le shadow banking… ou le surgissement des subprime à la chinoise (Ph. Béchade)

Olivier Delamarche : « Il n’y a plus de moteur »

Lire aussi :

« La crise déménage »

La présidente argentine dénonce des attaques spéculatives contre les monnaies de pays émergents

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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7 commentaires pour Crise des pays émergents : après la pseudo reprise mondiale, retour à la dure réalité (Ph. Herlin)

  1. raimanet dit :

    A reblogué ceci sur raimanet.

  2. Ping : Crise des pays émergents : après la pseudo reprise mondiale, retour à la dure réalité (Ph. Herlin) - gastraudiome

  3. Currently the financial press is working investors into a hysteria surrounding building stress in emerging markets. Stress in emerging markets is nothing new and pops up in specific countries on a yearly basis; however, there is always a risk that country-specific stress can spill over into a global contagion similar to what occurred in 1997-1998. The best way to determine when the risk spills over into something more dangerous is to monitor CDS readings globally as well as the price action in gold. If CDS readings remain muted then we are dealing with country-specific flare ups, but if they spike to levels higher than what has occurred over the last few years and gold surges we need to become more defensive.

    With all that said, there is a bright side to the weakness in emerging markets and commodities for developed markets: a disinflationary stimulus similar to what occurred in the late 1990s and, more recently, since 2011…with the caveat that contagion does not result. Stay tuned.
    http://www.marketoracle.co.uk/Article44191.html

  4. Un article intéressant sur la détérioration de la situation économique en Russie:

    « At constant high oil prices, Russia’s current account surplus has fallen from 5% of GDP in 2011 to 1.6% in 2013, driven by a wide range of factors, including a shrinking trade surplus, surging services and income deficits and a rise in labour remittances, » writes Morgan Stanley’s Jacob Nell.

    « Also, reflecting the lack of investment and competitiveness of the economy, the proportion of non-commodity exports relative to GDP has fallen from around 15% 10 years ago to 8.3% in 3Q13, on a 4Q sum rolling basis. Although our economists see the pace of deterioration in the current account slowing with a weaker RUB in 2014, they still forecast a 1% of GDP contraction in the current account surplus in 2014 to 0.6% of GDP before slipping into a mild deficit in 2015. »

    There is also some concern that the Fed taper could « trigger significant ruble devaluation and worsen business sentiment, » writes Koshelev.

    Read more: http://www.businessinsider.com/russia-ruble-weakness-2014-1#ixzz2ryH7BhgX

  5. zorba44 dit :

    Les dominos… le signataire s’est déjà exprimé en ce sens sur ce blog. Voilà ce qui va se produire.

    Jean LENOIR

  6. brunoarf dit :

    Dimanche 2 février 2014 :

    Chute de la production manufacturière chinoise en janvier.

    La production manufacturière en Chine a chuté en janvier à son plus bas niveau en six mois. Une baisse confirmant un ralentissement d’activité dans la deuxième économie mondiale.

    L’indice PMI des directeurs d’achat calculé par la Fédération chinoise de la logistique et des achats (CFLP), une organisation gouvernementale, se monte à 50,5 en janvier, après 51,0 en décembre et 51,4 en novembre, indique le gouvernement.

    Un chiffre supérieur à 50 marque une expansion de l’activité manufacturière, tandis qu’un indice inférieur à ce seuil signale une contraction.

    http://www.romandie.com/news/n/Chute_de_la_production_manufacturiere_chinoise_en_janvier21020220141013.asp

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