Ukraine : Obama oublie l’Histoire (M.-F. Garaud)

Ukraine Obama Poutine

« Quelle mouche a donc piqué le président Obama pour que celui-ci se lance dans une offensive antirusse sur la finalité de laquelle on s’interroge ? Et comment se fait-il que personne n’ait tenté de lui rappeler quelle importance historique, politique et religieuse revêtait Kiev dans l’histoire russe ?

La Russie n’est pas, comme les Etats-Unis, un Etat encore adolescent, créé il y a quelque deux siècles et demi. La Russie a plus de mille ans d’histoire et ses racines sont indissociables de la terre où elle est née, laquelle est précisément celle de Kiev, dans le bassin du Dniepr, à l’ombre de l’Empire byzantin. Moscou s’en proclama héritière au XVIe siècle et l’aigle des armoiries russes porte toujours les deux têtes couronnées fondatrices, surmontées de la couronne impériale.

Par leurs histoires, Etats-Unis et Russie, Etats contemporains de l’Est et de l’Ouest se révèlent parfaitement antinomiques : l’Etat russe s’est construit à partir d’un espace géographique donné et d’un passé historique partagé, car les Russes n’ont cessé de devoir se battre pour leurs territoires, face aux Mongols, à la France napoléonienne, à l’Allemagne. Les citoyens américains eux aussi savent se battre et ils l’ont fait généreusement pour pallier nos faiblesses, mais ils n’aiment pas faire la guerre, ils se sont même exilés pour la fuir… et ont créé un bras séculier, l’Otan.

La Seconde Guerre mondiale terminée en 1945, le partage des zones d’occupation réglé, on aurait pu penser que les tensions entre les deux grands vainqueurs deviendraient moins houleuses. Mais, non, les Américains constatèrent que Moscou n’allégeait pas la pression et répliquèrent par la création de l’Otan. Sa finalité ? Assurer la défense commune des pays occidentaux : en réalité constituer le bras armé des Etats-Unis face à l’Union soviétique. De fait, l’Otan étendit peu à peu son influence et la formidable campagne déclenchée sous la présidence Reagan contre « l’empire du mal » souligna crûment les carences minant en profondeur l’Empire soviétique.

Il était impérieux pour l’URSS de restaurer sa puissance. La politique étrangère demeurant, autant que sous les tsars, l’élément déterminant de la politique intérieure, la perestroïka gorbatchévienne commença par là. Les confrontations entre les blocs durent s’effacer devant «la solution en commun des problèmes globaux que pose la planète», mais la politique de désarmement liée à ce renversement politique conduisit l’URSS à se retirer d’une large partie de l’empire, puis à se fissurer dans nombre des Républiques membres… et ce fut la chute du Mur…

Paradoxalement, la crise financière de 2008 permit le début de la renaissance russe. Evgueni Primakov puis Vladimir Poutine mirent en œuvre une politique de diversification ouvrant ainsi une période de croissance ininterrompue… et aujourd’hui la Russie est de retour !

Elle n’avait évidemment pas apprécié quelques manquements de parole commis par les Etats-Unis, telle la rupture des accords par lesquels Moscou et Washington s’étaient interdit de construire des boucliers antimissiles. Elle avait encore moins goûté les avancées de l’Otan vers l’Est et le démantèlement de la Yougoslavie organisé en 1999 contre Belgrade, sans l’accord du Conseil de sécurité. Non plus que l’occupation illégale d’une partie de Chypre par la Turquie : opérations inacceptables !

Le président Poutine n’ignore évidemment rien des manœuvres conduites sans discrétion lors de l’éclatement de l’empire, notamment en Europe centrale et orientale, et rien non plus du rôle de l’Otan dans ces révolutions « orange ». Mais quelle maladresse pour le pouvoir ukrainien d’invoquer des principes violés par les plaignants eux-mêmes et de limiter l’usage du russe pour ceux dont c’est la langue naturelle ! En revanche, l’Occident se scandalisant de voir la Russie modifier des tracés autrefois définis par l’Union soviétique ne manque pas d’humour…

En fait, une conclusion s’impose pour la France : d’abord et avant tout, profiter de la situation actuelle pour sortir du commandement intégré de l’Otan. Notre solidarité de principe demeurera inchangée, mais sans l’étroite rigidité dont le général de Gaulle avait déchargé la France et dans laquelle Nicolas Sarkozy a eu la malencontreuse idée de nous enfermer de nouveau. C’est le moment.

Il faut prendre la mesure de l’histoire toujours en marche : nous voyons se dessiner l’évolution politique, au demeurant naturelle, d’une puissance à la fois européenne et asiatique. Le président russe rêve évidemment d’une politique eurasienne. Il en tient déjà des cartes : membre du groupe de coopération de Shanghai, avec la Chine et quatre des anciennes Républiques soviétiques, il constitue aussi avec la Biélorussie et le Kazakhstan une union douanière destinée à la détermination d’un espace économique commun. La Russie et la Chine, une histoire d’empires ? »

Marie-France Garaud, présidente de l’Institut international de géopolitique, le 2 mai 2014 dans Marianne (via Les-crises.fr)

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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9 commentaires pour Ukraine : Obama oublie l’Histoire (M.-F. Garaud)

  1. viggo1 dit :

    …et les membres de l’U.E. fond de même. 🙂
    Amicalement
    Viggo

  2. zorba44 dit :

    Il y a un contresens dans cet article historique. Obama se f…. de l’histoire. Il ne veut que développer son empire afin d’étendre la main prédatrice de l’Oncle Sam.

    Jean LENOIR

  3. Alors que les Etats-Unis sont à la remorque de l’Histoire, en essayant de recréer artificiellement un climat de guerre froide avec la Russie, Poutine s’engage résolument sur la voie de l’intégration eurasiatique, quitte à se passer, au moins temporairement des services d’un Occident gangrené par la corruption et débilité par sa gouvernance transhumaniste postmoderne. La Russie est le dernier pays à avoir intégrer l’organisation mondiale du commerce, et pourtant il est déjà question de l’exclure du cercle des pays qui se sont alignés sur les règles du commerce internationale gouvernées par les Etats-Unis, à cause des multiples infractions douanières relevées du fait des relèvement de tarifs vis à vis de certains partenaires occidentaux qui s’offusquent de la création d’une zone économique de libre-échange avec la Biélorussie et le Kazakhstan, La Russie multiplie par ailleurs les accords bilatéraux de commerce avec les BRICS, excluant volontairement le dollar comme monnaie d’échange, pour lui préférer des monnaies plus exotiques comme le Yuan, Gazprom n’hésitant pas à émettre des obligations libellées dans la monnaie chinois,alors que les Etats-Unis lèvent des fonds pour l’Ukraine sur le marché obligataire américain à des taux très bas parce que les titres seront garantis par le contribuable américain. La Russie est sur le point de signer un accord de livraison massive de gaz à la Chine qui rendent complètement illusoires les sanctions que les Etats-Unis prétendent imposer à une des principales puissances mondiales, oubliant que leur déclin les condamne à s’isoler toujours plus dans une politique répressive vis à vis de leurs principaux partenaires commerciaux affichant des amabitions qui font ombrage à une suprématie mondiale contestée. Les pays émergents ne peuvent que se désolidariser de cette attitude contraire aux règles du droit international et aux valeurs de progrès fondées sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ainsi qu’aux respect des libertés individuelles et collectives protégées contre les abus de pouvoir étatiques.

    China and Russia are set to cement their energy alliance next week with an expected agreement to build a natural gas pipeline between the two nations that would secure a huge new market for the world’s largest energy producer and provide a guaranteed energy supply for China’s growing economy as both nations face confrontations with the West.
    The deal, which the two countries negotiated over the last decade, is expected to be signed when Russian President Vladimir Putin visits Beijing next week.

    Read more: http://www.ibtimes.com/china-russia-energy-alliance-deepens-massive-pipeline-agreement-expected-when-putin-visits-1584353#ixzz31lMegDYX

  4. mariette dit :

    contrairement à beaucoup de pays dans le monde , l’amérique n’a pas d’histoire de plusieurs siècles dérrière elle ; l’amérique appartenait aux indiens d’amérique , mais des blancs , venus de différents pays se sont appropriés par la violence et le meurtre un pays qui ne leur appartenaient pas ; bien sur qu’obama et cie se foutent de l’histoire , ces gens là sont obnubilés par les richesses des autres , et sont prêts à mettre la planête à feux et à sang pour arriver à leurs objectifs ; si l’amérique disparaissait , géologiquement par exemple , je gage qu’l y aurait moins de guerres , de larmes et de sang dans le monde ;

    • master t dit :

      AMERICAN DREAM? Ne serait-ce plutot un cauchemar? Les U.S se pensent missionnés par Dieu! Cela leur permet d’etre les cow- boys du monde, d’exporter leur vue ainsi que leur us et coutume mercantiliste (soft power); pour cela, ils ont la planche à billets et leur armée dont le budget est au delà de ce qui se fait ailleurs (en comparaison de la Chine par exemple). Etre une nation jeune dont la genese historique n’ a qu’un peu plus de 2 siecles et posseder autant de puissance me fait penser à un adolescent impulsif et jaloux à qui on aurait filé le soins de gerer la maison et les relations de voisinage.
      Le systeme atlantico europeen n’est pas un partenariat, la « vieille Europe » est senescente, elle tremble devant la jeune Amérique du Nord (parkinson) et perd la mémoire comme une alzheimer en phase termina(b)le.
      La quenelle de l’oligarchie est industrielle, rien à voir avec celle du petit artisan: Dieudonne.
      En France, on agite la Shoah comme un épouvantail afin de faire taire toute remarque dissidente et de l’autre on s’associe avec le diable nazi de Kiev… La Shoah apparait pour ce qu’elle est: une arme de dissuasion massive.
      Le systeme s’effondre, c’est la seule bonne nouvelle! mais le systeme, en réaction, consolide ses positions (résilience) en se revelant pour ce qu’elle cherchait jusqu’ici à masquer: une dictature ou la corruption idéologique le dispute à celle de l’argent, des honneurs (entre-sois)… bref à ce qui lui fait source: l’HYBRIS.
      La pourriture associée à la gangrene du maillage institutionnel est l’unique croissance qui ne faiblit pas, celle-ci a de commun avec sa soeur la « croissance économique » de ne point se décréter. Dans les 2 cas c’est la fusion de l’environnement social (structure economique, institutionnelle…) avec l’état psycho-affectif de la collectivité (ses attentes, sa philosophie, sa maniere de se penser et de penser les choses) qui détermine un ensemble de résultats concrets qui par feed-back bien sentis alimente la sphere grégaire de la psycho affectivité. Quand l’Hybris regne en maitre en tant que coeur de la Matrice, on peut alors ressentir pleinement la pathologie sociale et économique qui gouverne nos actes, l’ensemble s’avérant vide de sens puisque le profane se revendique comme sacré.
      La dissidence implique, il me semble, l’alliance entre connaissance du bien et du vrai d’ou se déduirait la volontée concertée de l’action.
      Notre « servitude volontaire » a trouvé son meilleur ennemi dans l’effondrement du systeme, celui-ci nous obligeant à voir ce que nous ne voulions point voir; mais l’illusion du monde a construit une culture de l’ignorance sur des siecles et le mouvement inverse d’une prise de conscience globale implique un temps manifestement long, mais non proportionnel, de deuil ou les étapes de desintoxication s’avereront douloureuses mais salvatrices. J’aime à penser qu’il en serait ainsi de l’épilogue de cet ancien monde finissant… mais l’oligarchie ne lachera rien, aussi la finalité de ma pensée n’est elle qu’une croyance en la rédemption de l’Humain… toute croyance, in fine, n’étant qu’un PARI SUR LE REEL.

      MASTER T

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  6. Comment la FED a blanchi le rachat de ses titres, à hauteur de centaines de milliards de dollars, en les faisant acheter par la Belgique (qui n’a pas le droit de créer de la monnaie) avec promesse de vente immédiate, alors que la FED voulait cacher la vente massive de T-Bonds par des investisseurs étrangers, sans doute la Russie ou la Chine. L’opération de rachat des titres s’est faite en toute discrétion et illégalité en passant par le système de règlement/livraison Euroclear, sis en Belgique, et non par le système dédié américain NBES:

    Another curious aspect of the sale and purchase laundered through Belgium is that the sale was not executed and cleared via the Fed’s own National Book-Entry System (NBES), which was designed to facilitate the sale and ownership transfer of securities for Fed custodial customers. Instead, The foreign owner(s) of the Treasuries removed them from the Federal Reserve’s custodial holdings and sold them through the Euroclear securities clearing system, which is based in Brussels, Belgium.

    We do not know why or who. We know that there was a withdrawal, a sale, a drop in the Federal Reserve’s “Securities held in Custody for Foreign Official and International Accounts,” an inexplicable rise in Belgium’s holdings, and then the bonds reappear in the Federal Reserve’s custodial accounts.
    http://www.lewrockwell.com/2014/05/paul-craig-roberts/the-feds-belgian-deception/

  7. master t dit :

    Je suis devant les infos de france 2….c’est pathetique! Pour commencer on a droit à l’effet contre intuitif du sentiment de hausse lié à l’euro… la hausse est normale et nos impressions d’etre matraqué par des prix sur inflatés est dans notre tete!! Puis, on a le pompom avec la présentation d’ une émission consacrée à la création de l’euro avec comme cerise sur le gateau un débat dont on devine qu’il sera faussé. Les elections europeennes sont pour bientot… cela doit les inquiéter.

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