La Buba permettrait finalement à la BCE de faire tourner sa planche à billets (Ph. Herlin)

buba« Alors voilà, la Buba craque ! Selon le Wall Street Journal, la banque centrale allemande accepterait une action de la BCE en juin si les perspectives d’inflation sont décevantes. La Buba se range à l’appréciation générale : il faut lutter contre le risque de déflation, il faut faire tourner la planche à billets. Après avoir résisté pendant si longtemps, la Buba cède devant Mario Draghi. Elle cède aussi devant l’ensemble des pays du Sud et la France qui réclament une politique monétaire plus laxiste.

Il n’y aura pas de rachat d’obligations d’Etat, le Traité constitutionnel l’interdit, mais plutôt des acquisitions de prêts bancaires titrisés, autrement dit des crédits aux entreprises mis en tranches, empaquetés, et revendus. Un peu comme les subprimes, qui concernaient du crédit immobilier. De là à penser que des banques européennes en difficulté vont en profiter pour refourguer leurs crédits douteux à la BCE, il n’y a qu’un pas… Les banques espagnoles, portugaises, irlandaises, grecques et italiennes doivent attendre avec impatience l’ouverture de cette possibilité, ce serait pour elles une occasion inespérée d’alléger leur bilan en échange de liquidités.

Ce tournant signifie aussi que la Buba se range à l’avis général qu’il faut relancer (un peu) l’inflation pour soutenir l’activité. C’est grotesque. Comme si la baisse des prix allait casser le peu de croissance résiduelle, alors qu’en réalité elle n’est que le symptôme parmi d’autres de la congestion de nos économies. Il faudrait plutôt s’interroger sur le niveau des impôts, sur le poids de la dépense publique, sur la lourdeur bureaucratique de l’Union européenne et des administrations nationales, sur le manque de compétitivité des économies européennes. Tout cela impliquerait de trop douloureuses remises en cause pour ceux qui nous gouvernent, c’est tellement plus simple de demander à la BCE de faire tourner la planche à billets !

Le pire est que cette politique va avoir des effets bénéfiques au début : les marchés actions vont monter, l’euro va baisser, et tout le monde va être content. Cela va provoquer encore plus de bulles ! Déjà que la baisse des taux sur les dettes espagnoles et italiennes en représente déjà une énorme, en voici d’autres… On va aussi nous vendre l’idée que cela va relancer la croissance. On voit ce qu’il en est au Japon et aux Etats-Unis, où nulle véritable reprise n’apparaît à l’horizon.

Ceci dit, l’économie allemande se porte très bien (équilibre budgétaire, chômage au plus bas, vigueur des exportations) ; alors pourquoi la Buba abandonne-t-elle sa légendaire rigueur ? Formulons notre hypothèse : le secteur bancaire européen est dans une plus mauvaise situation qu’on ne le pense, les deux LTRO (deux fois 500 milliards prêtés aux banques à 1% l’an sur 3 ans) de décembre 2011 et février 2012 arrivent à échéance en décembre de cette année et en février 2015, et les banques espagnoles et italiennes ne peuvent pas les rembourser. Au-delà, des banques d’autres pays connaissent peut-être des difficultés que l’on ignore aujourd’hui. L’Allemagne veut se donner du temps et ne pas agir dans l’urgence. Alors elle permet à la BCE de faire tourner ses rotatives en attendant de savoir si la zone euro est viable sous sa forme actuelle, tout simplement. Quoi qu’il en soit, les premières décisions de la BCE dans ce domaine seront à étudier à la loupe ».

Philippe Herlin, Goldbroker.com, le 15 mai 2014

 

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
Cet article, publié dans Actualités, Economie, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

11 commentaires pour La Buba permettrait finalement à la BCE de faire tourner sa planche à billets (Ph. Herlin)

  1. brunoarf dit :

    Vendredi 16 mai 2014 :

    France/Chômage : à nouveau en hausse au premier trimestre.

    L’économie française a recommencé a détruire des emplois au 1er trimestre dans le secteur marchand, où 23 600 postes (-0,1%) ont disparu, notamment dans l’intérim, selon des estimations provisoires de l’Insee publiées vendredi.

    Tous les secteurs d’activité sont concernés par ces destructions d’emploi, mais celui du travail temporaire est particulièrement frappé.

    La baisse atteint 0,3% dans l’industrie, 0,4% dans la construction, et 0,1% dans le tertiaire, où sont comptabilisés tous les emplois en intérim.

    C’est ce secteur du travail temporaire qui subit le plus net repli, avec à lui seul 24 900 emplois détruits (-4,6%). L’intérim, qui avait connu une embellie à la fin de l’année dernière, retrouve ainsi son niveau de début 2013.

    Sur un an, 57 200 postes au total ont été rayés de la carte (-0,4%).

    Fin mars 2013, il y avait 5 947 700 personnes inscrites à Pôle Emploi. C’est une hausse de 5,1% sur un an.

    En clair :

    Les pays européens se sont embarqués dans le bateau « Union Européenne » car ce bateau devait apporter davantage de croissance économique, davantage de progrès social, davantage d’emplois …

    … malheureusement, à la fin de la croisière, le bateau « Union Européenne » va couler. Tout le monde va rejoindre les canots de sauvetage.

    Tout le monde va s’éloigner du bateau en train de couler.

    Un dessin génial :

  2. Rien de changer sous le soleil: la Buba a pour habitude de faire croire à son rôle de gardien de l’orthodoxie monétaire à cause de l’hyperinflation de la République de Weimar et blablabla. Alors qu’elle s’aligne systématiquement sur la politique monétariste de la BCE qui sert trop bien les intérêts de l’Allemagne, comme le prouve les chiffres de ses performances économiques comparées à celles de ses voisins. Malgré cela, certains continuent à entonner le refrain d’une possible sortie de l’Allemagne de la zone euro parce que l’Europe du Sud coûterait trop cher aux épargnants allemands. Ces inspecteurs des finances n’ont toujours pas compris qu’en économie keynésienne, l’épargne n’est pas tellement celle des déposants que les liquidités créées par la banque centrale qui sont transformées en dépôts à terme par les banques commerciales. Celles-ci les font voyager entre leurs filiales de la zone euro ou en dehors, à la City par exemple, pour financer des actifs sous la forme d’instruments financiers, portefeuille de prêts ou dérivé, au gré des opportunités de marché (de préférence en suivant la courbe des taux et la création de bulles spéculatives favorisées par les politiques de relance des gouvernements, type les garanties accordees par le gouvernement britannique aux prêts hypothécaires). Lol, si après ça, on vous ressort que l’Allemagne est la grande perdante de l’euro, vous prenez les jambes à votre coup parce que vous avez affaire à un fou ou à un incompétent notoire.

  3. Avec ou sans « E » le bateau aurait coulé comme sont en train de couler les USA et le Japon.
    Cette anti EU primaire sans aucun recul que la dénonciation de l’absurdité de l’union et qui serait responsable de tous les maux est lassant….

    • A ce propos, j’attends toujours de savoir quelles sont les propositions du FN en matière de théories monétaires qui seraient substituées au monétarisme keynésien actuel partagé par tous nos partenaires commerciaux, comme étant la sacro-sainte bible de l’économie moderne. Comment le FN compte-il réformer le système de financement bancaire, véritable orchestre du commerce international en Asie comme en Occident, et le système étatique qui deviendrait insupportable sans la dette en euros?
      La Russie est le seul pays à s’être affranchi du monétarisme keynésien fondé sur la création de monnaie par les banques, comme moyen de financement de l’économie et de l’Etat par la magie de la transformation monétaire appliquée aux marchés financiers. Mais les entreprises russes empruntent aussi largement sur les marchés financiers occidentaux.
      La Chine compte, quant-à-elle instaurer un système de création monétaire offshore fondé sur la création de centres de trading à l’étranger, qui émettraient et échangeraient de la dette en yuans, à l’instar de ce pratiquent actuellement les banques avec les instruments financiers en euros ou en dollars. Quid du financement des entreprises françaises par ces instruments financiers, notamment les dérivés indispensables au commerce international? Le FN souhaite-il emprunter en yuans sur les marchés ou dicter sa propre doctrine monétaire aux émergents et à nos alliés traditionnels comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni très à cheval sur la défense des intérêts de la City? Ces divergences de vue en matière monétaire expliquent sans doute les récentes frictions entre Marine Lepen et M. Farage.
      http://www.frontnational.com/pdf/fin-euro.pdf

      • La seule théorie un tant soit peu sérieuse sur la sortie de l’euro c’est celle Lordon qui propose une monnaie commune et non unique pour quelques états et très probablement pas l’Allemagne.
        « Pour une monnaie commune sans l’Allemagne (ou avec, mais pas la francfortoise) , paru le 25 mai 2013 dans les blogs du Diplo.
        Le FN sur ce plan n’est absolument pas crédible…
        Cette piste est également détaillée dans son dernier ouvrage.

    • Tous n’étaient pas morts, mais tous étaient atteints:

      Just last month we highlighted how the collapse in China’s shadow-banking system, it’s concomittant credit crunch, and vicious circle of commodity-financed credit creation could spread contagiously to the rest of the world – through refusal to pay. It seems we were prophetic as Reuters confirms that money owed to Chinese firms by their customers has reached a record high.

      As China’s economy continues to cool, companies are waiting longer and finding it harder to get paid for goods and services they’ve already sold, leading to record amounts of receivables – and potential write-offs – on corporate balance sheets.

  4. A propos de l’épargne, il faut dénoncer l’escroquerie sémantique consistant à inclure les certificats de dépôts qui sont achetés par les banques contre rémunération chez leurs consoeurs émettrices. La plupart du temps il s’agit de leurs propres filiales dans les Etats membres de l’UE, qui permettant aux banques de faire voyager leurs liquidités de façon à financer des portefeuilles de prêts qui seront ensuite titrisés, afin de couvrir le risque de crédit dans des économies en déflation/récession et se libérer des contraintes en capital réglementaire Ainsi les institutions financières sont les principales bénéficiaires de la libéralisation des flux financiers au sein du Marché unique. Il faut rappeler ici que les directives concernant la libre circulation des biens et des services avaient été vendues au public comme étant des protections du consommateur contre la vie chère et le chômage! Alors que le déposant personne privée est lui prisonnier de sa banque, dans la mesure où son placement non rémunéré est illiquide au sens où il n’est pas possible de le revendre à un investisseur pour déplacer ses dépôts sous des cieux plus propices, c’est-à-dire mieux rémunérés et moins exposés au risque de crédit, ie risque de contrepartie de la banque acheteuse des dépôts à titre gratuit et quasi-définitif. En dédommagement de cette captation des revenus du travail, la banque assure la liquidité des placements sous la forme de retraits soigneusement contrôlés afin de ne pas laisser filer le cash gratuit. La directive de « bail-in » des banques concernant le renflouement des banques ne concerne bien évidemment pas les dépôts bancaires, qui eux sont protégés par des contrats entre investisseurs privés et sont liquides au sens où ils peuvent changer rapidement de mains entre banques et zones géographiques. Cette directive est donc un nouveau « foutage de gueule » stratosphérique misant sur l’ignorance du public en ce qui concerne le fonctionnement des banques, ainsi que sur le manque de curiosité intellectuelle, pour plumer allègrement l’épargnant laissé sans défense contre la « communauté bancaire.

  5. Notez l’argument circulaire: Pour que l’Europe avance, il faut davantage d’Europe parce que l’Europe intégrée est la seule solution aux problèmes actuels (ndlr chômage de masse, réchauffement climatique, finance non maîtrisée) que l’Europe a d’ailleurs elle-même créés pour servir de prétexte à davantage d’Europe. Cerise sur le gâteau: « l’Europe est le moyen de retrouver la souveraineté des peuples et des nations ».

  6. Ping : La Buba permettrait finalement à la BCE ...

  7. brunoarf dit :

    Vous vous rappelez toutes les belles promesses au moment du référendum sur le traité de Maastricht ?

    – « Si le traité de Maastricht était en application, finalement la Communauté européenne connaîtrait une croissance économique plus forte, donc un emploi amélioré. » (Valéry Giscard d’Estaing, 30 juillet 1992, RTL)

    – « L’Europe est la réponse d’avenir à la question du chômage. En s’appuyant sur un marché de 340 millions de consommateurs, le plus grand du monde ; sur une monnaie unique, la plus forte du monde ; sur un système de sécurité sociale, le plus protecteur du monde, les entreprises pourront se développer et créer des emplois. » (Michel Sapin, 2 août 1992, Le Journal du Dimanche)

    – « Maastricht constitue les trois clefs de l’avenir : la monnaie unique, ce sera moins de chômeurs et plus de prospérité ; la politique étrangère commune, ce sera moins d’impuissance et plus de sécurité ; et la citoyenneté, ce sera moins de bureaucratie et plus de démocratie. » (Michel Rocard, 27 août 1992, Ouest-France)

    – « Les droits sociaux resteront les mêmes – on conservera la Sécurité sociale –, l’Europe va tirer le progrès vers le haut. » (Pierre Bérégovoy, 30 août 1992, Antenne 2)

    – « Pour la France, l’Union Economique et Monétaire, c’est la voie royale pour lutter contre le chômage. » (Michel Sapin, 11 septembre 1992, France Inter)

    – « C’est principalement peut-être sur l’Europe sociale qu’on entend un certain nombre de contrevérités. Et ceux qui ont le plus à gagner de l’Europe sociale, notamment les ouvriers et les employés, sont peut-être les plus inquiets sur ces contrevérités. Comment peut-on dire que l’Europe sera moins sociale demain qu’aujourd’hui ? Alors que ce sera plus d’emplois, plus de protection sociale et moins d’exclusion. » (Martine Aubry, 12 septembre 1992, discours à Béthune)

    – « Si aujourd’hui la banque centrale européenne existait, il est clair que les taux d’intérêt seraient moins élevés en Europe et donc que le chômage y serait moins grave. » (Jean Boissonnat, 15 septembre 1992, La Croix)

  8. THEOPT NEWZE dit :

    Imbécile, pathétique, grotesque, criminel. Refus de perception de la réalité des dogmes de l’économie et de la finance par les grands prédateurs. Résultat prévisible : une pluie d’étincelles comme à Baïkonour avec la fusée Proton…

Ecrire un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s