Le montant des produits dérivés dans le monde : 710.000 milliards de dollars (Ph. Herlin)

bulle record produits derives mondeQuand l’une des banques « too big to fail » fera faillite, l’éclatement de la bulle nous donnera d’assister à un spectacle grandiose. Car les tours de passe-passe des banquiers centraux atteindront alors leurs limites… OD

« La Banque des Règlements Internationaux (BRI) vient de publier une étude statistique sur le montant des produits dérivés dans le monde à la fin 2013, et ceux-ci atteignent le montant incroyable de 710.000 milliards de dollars (710.000.000.000.000 dollars). Pour prendre un élément de comparaison, le PIB des Etats-Unis en 2013 se monte à 16.000 milliards de dollars, soit 44 fois moins. Et cette masse de produits dérivés est supérieure de 20% au record précédent, qui date de juste avant la crise de 2008… On parle beaucoup de bulles en ce moment, sur les actions, les obligations ou les matières premières, voici incontestablement la plus gigantesque.

Qu’est ce qu’un produit dérivé ? C’est un contrat entre deux parties dont la valeur est déterminée par les variations de prix d’un actif sous-jacent (obligations, actions, matières premières, devises). Il sert à se protéger contre des variations de prix ou de taux d’intérêt, ou à spéculer. Autre type de produit dérivé, le CDS (Credit default swap), qui sert à se protéger d’un événement de crédit (un emprunteur, Etat ou entreprise, qui fait défaut). La majorité des contrats sont négociés de gré à gré, et non sur un marché, c’est-à-dire dans l’opacité la plus complète.

Raison de plus de s’inquiéter : aux Etats-Unis, la plus grande partie de ces produits est détenue par seulement quatre banques (JP Morgan, CitiBank, Goldman Sachs, Bank of America). La concentration est également très élevée en Europe, avec notamment la Deutsche Bank (nous en avions parlé) et les banques françaises. Le volume est énorme mais les transactions ont lieu entre un petit nombre d’acteurs.

Lorsque l’on s’alarme de ces montants, les responsables bancaires expliquent qu’il ne faut pas s’inquiéter car ces engagements sont compensés et, au final, l’exposition nette ressort à presque zéro. Les positions s’équilibrent, quand un engagement est pris sur un produit dérivé, la banque achète une protection (la position inverse) pour se protéger. Mais à qui l’achète-t-elle ? A une autre banque. Ainsi toutes les grandes banques se vendent entre elles des produits dérivés, ce qui explique la concentration dont nous parlions plus haut, et ce qui signifie que si l’une d’entre elles fait faillite, toutes les autres plongent ! C’est ce qui a failli se produire avec la faillite d’AIG en septembre 2008 qui était la contrepartie de nombreux établissements financiers, et qui a été sauvée en catastrophe par l’Etat américain.

Le plus connu de ces produits est le CDS, mais sa part relative demeure secondaire. L’essentiel de ces dérivés (82% exactement), nous apprend la BRI, concerne des produits de taux d’intérêt, globalement d’un montant équivalent aux Etats-Unis et en Europe, et là ça devient intéressant. Fondamentalement les taux d’intérêt aux Etats-Unis et en Europe ne résultent pas du libre jeu du marché, ils sont manipulés à la baisse par les banques centrales (la Fed et la BCE) qui font tout pour les maintenir au plancher. Toute inflexion de leur politique monétaire est annoncée longtemps à l’avance, ce qui permet à chacun de réajuster ses prévisions. Elles donnent ainsi une fausse assurance aux opérateurs, qui prennent par conséquent plus de risques que de raison. Si les banques centrales venaient à perdre la main, si des crises ou des krachs venaient à dépasser leur capacité d’intervention ou la crédibilité de leur parole, ces taux d’intérêt pourraient connaître des mouvements brusques qui prendraient à revers les marchés. Et la montagne de ces dérivés de taux exploserait. Les dégâts seraient tout aussi inimaginables que le chiffre que l’on a cité au début de cet article ».

Philippe Herlin, Goldbroker.com, le 29 mai 2014

Lire aussi :

The size of the derivatives bubble hanging over the global economy hits a record high

Rappel :

Produits dérivés : Deutsche Bank plus exposée que JP Morgan

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 56 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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17 commentaires pour Le montant des produits dérivés dans le monde : 710.000 milliards de dollars (Ph. Herlin)

  1. Garfy dit :

    cool – je fais suivre ……….

  2. Les marchés n’ont encore rien vu car les Chinois n’ont pas encore goûté aux joies des produits dérivés en yuan, mai seulement à l’ivresse des liquidités banques centrales transformées en monnaie privée grâce à la magie des passerelles entre le shadow banking et les banques d’Etat, permettant de refinancer à bon compte des prêts insolvables garantis, du moins en théorie par l’Etat, tout en encaissant les plus-values sur la diminution du risque crédit refilé aux investisseurs. Maintenant la Chine doit se convertir à la gestion des risques, sous-entendu apprendre à compter l’argent public qui ne sera pas aussi facilement transformable en instruments de spéculation après l’éclatement en cours de la bulle immobilère. Faute d’accès gratuit à la monnaie banque centrale, les banques vont devoir taper les ressources offshore via l’émission de produits de financement hors bilan émis à Londres ou dans d’autres places financières agréées par la BPOC. Après la recette du « flip over »des biens immobiliers sans versement initial, il va falloir trouver autre chose pour faire tourner les actifs sans provoquer de récession d’ensemble des autres secteurs de l’économie chinoise qui cherchent désespérément des investisseurs étrangers pour continuer à faire tourner la machine à générer du crédit. Il n’est pas dit que les bonnes recettes de la FED soient intégralement transposables en Chine qui n’a pas les mêmes capacités de réserves monétaires.

  3. coockburn dit :

    personne ne sait ni ou ni comment l étincelles va partir
    pour ma par tous converge debut 2015
    et que dire de l attaque sur bnp …….
    je ne sait ce qui se passe en coulisse ,mais sa bouge
    l or le wti l euros/doll sont de bon indicateurs
    pour les indice eco les bancaires sont a suivre comme le lait sur le gaz
    dans ce jeu de dupe il bon de prendre les indices comme des leurs

    good time

  4. Surya dit :

    Ce qui compte ce n’est pas la valeur brute mais la valeur nette (les positions ouvertes). C’est juste un chiffre pour faire peur qui reflète un volume d’activité et n’est pas vraiment un indicateur de risque.

    Le lecteur averti peut se renseigner sur la directive EMIR

    • matbee dit :

      « C’est juste un chiffre » : vous avez lu l’article ? Il explique justement pourquoi c’est à très haut risque…

      • Surya dit :

        à aucun moment l’auteur n’explique ce qu’est un notionnel; d’ailleurs ce n’est pas le notionnel d’un produit dérivé qui est au bilan de la banque mais sa juste valeur.

        Cet article n’explique absolument rien

      • Surya dit :

        Je rajoute qu’en fonction des référentiels comptables (us gaap vs ifrs) les dérivés peuvent être plus ou moins compensés entre actif et passif; dans certains cas on ne règle même que le solde net si la contrepartie est la même, le montant du notionnel n’est pas interprétable et ne représente pas le risque maximal de perte (sauf dans le cas d’un CDS par exemple; mais les dérivés de crédit ne sont pas majoritaires sur la totalité du marché des dérivés).

        Donc les 710 000 milliards ne sont là que pour faire peur leur interprétation est bien moins aisée qu’il n’y parait.

      • matbee dit :

        Ici :
        « Ainsi toutes les grandes banques se vendent entre elles des produits dérivés, ce qui explique la concentration dont nous parlions plus haut, et ce qui signifie que si l’une d’entre elles fait faillite, toutes les autres plongent ! C’est ce qui a failli se produire avec la faillite d’AIG en septembre 2008 qui était la contrepartie de nombreux établissements financiers, et qui a été sauvée en catastrophe par l’Etat américain. »

        Et là :
        « Si les banques centrales venaient à perdre la main, si des crises ou des krachs venaient à dépasser leur capacité d’intervention ou la crédibilité de leur parole, ces taux d’intérêt pourraient connaître des mouvements brusques qui prendraient à revers les marchés. Et la montagne de ces dérivés de taux exploserait. »

        CQFD.

      • Surya dit :

        Et maintenant vous apprendrez que les directives récentes poussent les banques non plus à contractualiser de gré à gré mais via des chambres de compensation qui sécurisent les engagements via des appels de marge.

        CQFD.

  5. coockburn dit :

    la valeur des produit dérivé n est qu un flux de créations monétaire
    les produits dérivé
    le privilège d utilisé une réserve fractionnaire afin de prendre un paris avec levier
    commission a l achat ,commission a la vente et commission sur la duré du pari
    le flux peut être créé a l infinie seul le profit tiré de ce flux a valeur
    force est de constaté qu il faut de plus en plus de flux pour sortir de moins en moins d intérêt
    le citrons bientôt a sec

  6. Tout cela n’est que poussière au vent, à côté de l’apocalypse nucléaire causée par Fukushima, en sus de la sécheresse persistante, qui fait sentir ses ravages sur l’ensemble du territoire des Etats-Unis…

    A lot of people are in a LOT of trouble and no one is talking about it.. in fact there is a concentrated, organized effort by the media and the US government to hide the truth from the American people.

    A chart just published on the Mid America Land Restoration / Microbes / Probiotics’s Facebook page today, shows that alarmingly high radiation levels are being seen from one end of America to the other.

    More disturbing is the Nuclear Emergency Tracking Center’s algorithm, which is explained by a representative in an article by Live Free or Die on January 2, 2014, doesn’t list these areas at « alert » levels because the radiation levels have been so high for more than three months, they are now considered the norm for that area.
    http://wwwwakeupamericans-spree.blogspot.fr/2014/05/its-huge-and-happening-now-lot-of.html#.U4jwxvnoQj4

    Pour voir les relevés des retombées radioactives aux Etats-Unis:
    http://netc.com/

    Pour avoir un aperçu des dégâts causés par la sécheresse aux Etats-Unis:

    • THEOPT NEWZE dit :

      Inondation de la planète sous un déluge de produits dérivés versus assèchement de la dite planète. Rien de bon pour la faim et la soif !

  7. Ping : Le montant des produits dérivés d...

  8. A propos des CDS, c’est l’agence ISDA qui décide de leur activation ou non. Par exemple dans le cas de la révocation de la dette grecque à plus de 70%, elle avait décidé que les CDS vendus comme protection sur la dette grecque ne seraient pas activés. Le plus grand mystère règne quant à l’indemnisation des banques qui ont acheté ces CDS. Comme quoi, en finance de marché, tout est fonction de la manipulation du prix des actifs avec la complicité des banques centrales et de la communauté bancaire. On est en plein régime des cartels socialistes, seul le proxy des banques privés donnant encore l’illusion que nous sommes en économie de marché. Mais les membres du cartel eux-mêmes se rebiffent contre l’interventionnisme prolongé des banques centrales qui empêche la libre fixation du coût de l’argent et partant l’impossibilité de trader les courbes des taux toujours à la merci d’une intervention de la banque centrale qui garde le pied au plancher dès que le financement des liquidités bancaires est compromis et partant le financement des dettes publiques. Résultat la volatilité est à zéro sur les marchés obligataires, alors que les marchés actions sont entrés dans une phase de lévitation surréaliste. Dans ces conditions, autant financer les Etats directement par les banques centrales et non par les marchés hors d’état ou presque de générer des profits avec le trading des dettes publiques. L’interventionnisme à tout crin se retourne donc contre ses auteurs, avec à la clef le gel des marchés suivi inévitablement d’une remise à zéro des compteurs. Mais il n’est pas sûr que notre monde survive à une réactualisation du coût de la dette publique. Quand on sait que l’immobilier représente 80% du PNB chinois en termes d’activités tirées par la spéculation, on imagine sans peine ce qui va se passer en Chine dans les mois à venir, et ce d’autant plus que le gouvernement chinois semble disposer à abandonner les investisseurs à leur triste sort. Cette inconnue quant au scénario de sortie de crise explique sans doute le regain d’agressivité de la Chine contre ses voisins en mer de Chine, au gré des provocations de plus en plus risquées. Tout est prêt pour une réaction violente des deux grandes puissances eurasiatiques contre leur mentor américain, qui leur a appris les recettes de l’expansion économique miracle, tout en rêvant de les faire retourner à l’âge de pierre, une fois venu le temps de réaffirmer la prééminence américaine sur ses clones mondialistes.

  9. zorba44 dit :

    Douze fois le PIB mondial (à la louche) sur le tapis vert. Autant dire qu’aucun joueur ne va gagner à cette folie… Et nous sommes tous dans le casino, même si nous ne sommes pas joueurs !

    Jean LENOIR

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