Les annonces de Mario Draghi : la BCE fait de la cavalerie (Ph. Herlin)

?????????????????????????????????« Mario Draghi a fait plusieurs annonces le 5 juin, et elles ont été très bien reçues par les commentateurs. Ces mesures sont censées encourager les banques à prêter aux entreprises et à soutenir ainsi la croissance. Voyons ce qu’il en est réellement.

Plusieurs mesures se révèlent purement anecdotiques, même si ce sont des « premières », comme la baisse du taux directeur à 0,15% (le taux le plus bas jamais atteint par la BCE) contre… 0,25 précédemment. Qu’est-ce que cela va changer ? Rien, évidemment. Autre première, avec un taux de dépôt négatif de -0,10%. Il en coûtera désormais (un peu) aux banques de déposer leurs liquidités à la BCE. Soit, mais si les banques préfèrent déposer une partie de leurs liquidités à la BCE plutôt que de les prêter, comme il doit en aller normalement, aux autres banques (c’est le marché interbancaire), cela signifie qu’elles n’ont pas confiance dans leurs confrères, qu’elles craignent leur faillite et, par voie de conséquence, la perte des sommes qu’elles leur ont prêtées. La décision de la BCE ne changera donc pas grand-chose, sauf les inciter à mettre plus de cet argent sur les marchés actions et à prolonger ainsi la bulle…

Après les mesures cosmétiques et médiatiques, on passe aux choses sérieuses : de nouveaux « LTRO », c’est-à-dire des prêts géants aux banques à taux réduit. La BCE parle de 400 milliards d’euros, du sérieux, on vous le dit.

Elle ne pouvait pas faire autrement : les deux précédents prêts géants de 500 milliards d’euros chacun dataient de décembre 2011 et février 2012 et étaient d’une durée de trois ans ; ils arrivaient donc à échéance en décembre de cette année et en février 2015, et il est de notoriété publique que les banques italiennes et espagnoles, notamment, qui en ont beaucoup profité, ne peuvent pas toutes les rembourser. La BCE fait donc ici de la cavalerie, qui plus est à des conditions plus intéressantes (4 ans au lieu de 3 pour les anciens LTRO, 0,25% d’intérêt l’an au lieu de 1%). Champagne ! Enfin, plutôt Prosecco et Porto ! Nous avions expliqué à plusieurs reprises (par exemple dans ce texte) que la BCE serait obligée de faire « rouler la dette » des banques européennes : nous y voici.

Ces prêts aux conditions très avantageuses seront liés au montant des prêts à l’économie que les banques auront effectués ; autrement dit, plus une banque prête aux entreprises et soutient donc la croissance, plus elle pourra tirer sur sa ligne de LTRO, nous explique la BCE. Nous y voyons ici surtout de l’habillage afin de ne pas effrayer les Allemands, toujours rétifs à la planche à billets, et aussi de plaire aux gouvernements « keynésiens » au pouvoir dans la quasi-totalité des pays de la zone euro (le gouvernement français s’est bruyamment réjoui de ces mesures). De cette façon, les banques en difficulté pourront continuer à survivre avec leurs créances pourries.

Pour couronner le tout, la BCE a réaffirmé sa « forward guidance », à savoir qu’elle maintiendra ses taux au plus bas « pendant une longue période de temps », ce qui offre l’assurance d’une politique accommodante durant longtemps… Tout cela démontre que le secteur bancaire européen est encore malade et que la BCE est obligée de le maintenir sous perfusion. Mais en faisant croire que ces mesures vont relancer la croissance, Mario Draghi a prouvé qu’il est un roi de la communication. Bravo l’artiste ! »

Philippe Herlin, Goldbroker.com, le 12 juin 2014

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Ecouter aussi Olivier Delamarche : « Tout ça est une vaste fumisterie avec une belle opération de communication, mais il n’y a rien derrière »…

(BFM Business, 9 juin 2014)

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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8 commentaires pour Les annonces de Mario Draghi : la BCE fait de la cavalerie (Ph. Herlin)

  1. Depuis le temps qu’ils répètent sans cesse les mêmes recettes foireuses pour maintenir en vie le système monétariste keynésien fondé sur la création de fausse monnaie crédit par les banques, on aurait pu penser qu’ils finiraient pas se rendre à la raison. Mais non, « on ne change pas une équipe qui gagne », même si les foyers de violence se multiplient dans les « zones à risques » privées de « capitaux risqués », pour cause de non conformité avec les normes du NOM. Au contraire, il faut surenchérir dans le délire, sous prétexte que les risques sont mieux maîtrisés grâce à un surcroît de réglementation, avec les mêmes conséquences qui produiront les mêmes effets appelant les mêmes réponses désastreuse. La contradiction sera infailliblement taxée de pessimisme aigu, sans que personne ne trouve rien à redire à des infractions élémentaires aux règles de la bonne gestion financière, sous prétexte qu’elles sont commises par les banquiers centraux avec la bénédiction de la Bundesbank.

  2. Demander à J. Kerviel de payer une amende de quinze milliards d’euros, c’est juste, mais seize milliards à la BNP, c’est trop et c’est injuste. On rit aux larmes devant la déclaration de M. Barnier qui trouve de bien curieux arguments pour défendre la banque française. Tiens, je croyais que les commissaires européens se devaient de ne pas prendre partie dans des affaires nationales pour des raisons de conflits d’intérêts potentiels:

    Michel Barnier, the EU’s internal market commissioner, told reporters in Washington any fine should be “proportionate, fair and objective”.
    “Given the importance of this case and the importance of this bank … we are closely following the situation and we simply wish that this affair be handled in a proportionate, fair and objective manner,” said Barnier.
    http://euobserver.com/economic/124598

  3. zorba44 dit :

    Bonjour Olivier,

    Vous ou quelqu’un pouvez me dire ce qu’encourt une entreprise ou un particulier qui s’adonne à la cavalerie bancaire, pénalement ? Merci

    Ne cherchez pas ! 10 ans lorsqu’elle est opérée en bande organisée et un petit million d’euros d’amende… (pas beaucoup en regard des centaines de milliards d’euros de préjudice)

    Pouvez-vous, par contre, établir la liste exhaustive de ceux qui se sont organisés en bande, s’il vous plaît ? …pardon ils se sont auto-absous par une loi sur-mesure.

    Jérôme a de la chance : 3 ans contre dix ans (mais où sont ses complices ???) et aussi car il ne sera pas même en mesure de payer un million !

    Jean LENOIR

    • Trend dit :

      La BNP va prendre une raclée et pas une petite, surtou quand l’idiot du village est allé dicter sa loi au procureur américain.

      Ce procureur élu par le peuple ne va pas perdre la face.

      En résumé shorter BNP au bon moment

  4. Beaucoup de politiciens et fonctionnaires français ont été formés à l’Ecole nationale d’administration qui sur le plan de l’enseignement de l’économie avait trente ans de retard, en restant à Keynes et ignorant les économistes plus modernes comme Hayek. Résultat : on a les impôts les plus décourageants du monde, un interventionnisme brouillon de l’Etat et des réglementations archaïques. Dernier exemple cité dans le Figaro de ce jour : le marché immobilier. La ministre Cécile Duflot qui a été deux ans ministre, une écologiste favorable aux drogues dites « douces » (cannabis) a créé une réglementation détaillée qui bloque les ventes et les achats immobiliers. C’est à un tel point que le gouvernement de monsieur Valls veut revenir sur cette réforme catastrophique. Madame Duflot n’avait toujours pas compris qu’avantager trop les locataires face aux propriétaires finirait par réduire l’offre immobilière au détriment de tout le monde. Elle a repris de vieilles idées dépassées des années 1950.
    Lire la suite: http://french.ruvr.ru/2014_06_11/La-formation-archaique-Des-politiciens-francais-0282/

  5. Ping : Les annonces de Mario Draghi : la BCE fait de l...

  6. Trend dit :

    Il a tout fait raison Mr Delamarche les emplois créés sont dans les tranches d’ages de 18-25 ans et au-dessus de 65 anhs , il y a quelques semaines on a annoncé plus de 200000 emplois créés aus USA mais celà concernait ces deux tranches d’age et en même temps il y avaitt dans la tranche de 25-64 ans l’équivalant en inscription au chomage.

  7. Visiblement Delamarche ne sait pas bien comment fonctionne le bilan d’une banque de détail Certes la banque crée un crédit par une écriture comptable, mais ce crédit doit être financé par un poste au passif afin de préserver l’équilibre entre l’actif et le passif. Dans la banque de détail le financement des actifs crédit provient essentiellement des dépôts et les actifs doivent faire l’objet d’une pondération pour prendre en compte le risque de crédit sur le client et le risque de marché sur le taux. Certes il y a un effet de levier entre l’actif et le passif représenté par l’endettement de la banque sous la forme d’endettement externe en capital permettant de générer plus de crédits à l’actif que les dépôts au passif, mais il est strictement encadré par le régulateur, La réglementation Bâle 3 prévoit un ratio de 8% entre le capital de la banque de détail et ses actifs pondérés en risques)…

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