Espirito Santo : des dessous pas affriolants (F. Leclerc)

banco espirito santo faillite« Où sont passés les 3,5 milliards d’euros prêtés en catastrophe à la BES avant son sauvetage par la Banque du Portugal (BdP) ? Tous les mystères relatifs à cet engagement de fonds publics soigneusement masqué et qui vient d’être révélé ne sont pas encore éclaircis.

Non sans imprécisions, faute d’une information officielle, les journaux économiques portugais dévoilent aujourd’hui de nouveaux épisodes du sauvetage de la BES. On a ainsi appris que la BCE avait le 1er août dernier cessé d’accepter la BES au titre de contrepartie, la coupant de tout financement et l’obligeant à rembourser à l’Eurosystème 10 milliards d’euros le 4 août au plus tard. Puis que la BdP avait auparavant utilisé la procédure des aides d’urgence (ELA) pour prêter à la BES – après accord obligatoire de la BCE – 3,5 milliards d’euros à échéance du 1er août, afin de lui permettre de faire face à une crise aiguë de liquidités, en raison de retraits massifs des dépôts soigneusement tus. À noter que nous étions alors à quelque jours de l’effondrement de la BES et de sa restructuration, décidée le 3 août mais en préparation depuis plusieurs jours, et que cette procédure réclame formellement que la banque bénéficiaire soit solvable…

Mais on ne sait pas si ce prêt d’urgence a été remboursé, les opérations de la BES ayant été interrompues le 4 août, ou s’il figure toujours en tant qu’engagement au bilan de l’une des deux structures, la mauvaise ou la bonne banque après transfert (Novo Banco). La BdP, qui est garante au nom de l’État de ce prêt, n’a pas jusqu’à maintenant répondu aux sollicitations.

Cette interrogation n’est pas sans portée, car la mission d’audit confiée par la BdP à PriceWaterhouseCoopers, afin de valoriser Novo Banco ne pourra de toute évidence pas être menée à bien tant que son périmètre ne sera pas clairement délimité. La question épineuse à venir sera de savoir si la vente de Novo Banco pourra, quand elle interviendra, rapporter plus que les 4,9 milliards d’euros de sa capitalisation. Les premières estimations des analystes financiers portugais ne vont pas en ce sens.

Dernier enjeu, tous les dessous du capitalisme de connivence sont loin d’avoir été encore été dévoilés au cours de ce feuilleton qui n’est pas fini. Les bouches de ceux qui connaissent sa musique vont-elles enfin commencer à s’ouvrir ou bien rester fermées ? Afin de couper court, il va être tentant de tenir pour seul responsable Ricardo Salgado, le chef de la famille Espirito Santo.

P.S. de Paul Jorion : Si l’argent prêté par la Banque du Portugal a été créé ex nihilo dans le cadre du programme ELA (Emergency Liquidity Assistance), il se retrouvera de toute manière dans la comptabilité du système Target2 de la zone euro, allant se placer sous forme de dette en « monnaie de singe » (parce qu’équivalente à un trou financier plutôt qu’à une richesse nouvellement créée) envers diverses banques et ira grossir la dette du Portugal envers les pays auxquels appartiennent ces banques. Ce qui veut dire que les 3,5 milliards d’euros créés de toute pièce, qu’ils soient « perdus » ou encore « localisables », sont allés s’ajouter à l’ardoise collective de la zone euro ».

François Leclerc, Blog de Paul Jorion, le 12 août 2014

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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3 commentaires pour Espirito Santo : des dessous pas affriolants (F. Leclerc)

  1. Qu’est-ce que 3,5 milliards d’euros à côté des trillions déjà créés par la BCE? Oh bien sûr, il ne s’agit pas d’argent créé ex nihilo, au sens où la BCE tire un chèque sur elle-même mais d’une contrepartie de prêts. Sauf qu’en l’occurrence le prêt n’a pas été remboursé après rachat des titres défaillants par la BCE, a contrario des autres plans de LTRO qui se sont plutôt bien terminés, les prêts temporaires étant en général soldés en temps et en heure par les banques. Dans le cas de Espirito Santo, on est devant un cas de chaises musicales, où une perte chasse l’autre au gré de la circulation de l’argent entre des filiales à la comptabilité opaque. C’est qu’à force de multiplier les structures ad hoc et autres structures spéciales pour refiler les mauvaises dettes au voisin en manipulant la comptabilité par des transferts d’actifs, on n’arrive à ne plus savoir qui est quoi ou qui dans une incroyable chassé-croisé entre les bilans des structures bancaires, jouant sur le bilan et le hors bilan, les structures détachées et autres structures offshore toutes couvertes en fin de compte par l’Eurosystem.
    Cet Eurosystem est la caisse noire de l’Europe chargé de solder les balances de paiement des membres de l’Euro zone en compensant les comptes entre la BCE et les banques centrales correspondantes et entre celles-ci et les banques commerciales, au moyen d’opérations d’échange de titres servant de collatéral à des prêts toujours temporaires, donc de fait permanents. C’est une machine à corrompre la comptabilité bancaire en entretenant les mauvaises dettes contractés par les Etats et les entreprises en mal de recettes aux dépens de la BCE, qui se comporte comme le prêteur en dernier ressort de la Buba qui finalement subventionne les exportations allemandes par des lignes de crédit en direction des banques des pays déficitaires.
    D’où toutes ces mauvaises dettes en suspens un peu partout du fait des distorsions entre des recettes en chute libre par implosion économique et des crédits en attente de remboursement qui tiennent lieu d’actifs fictifs à des banques en déserrance faute de clients solvables. Il est fort probable que des poches de dettes existent comme cela un peu partout dans la zone euro créant autant de bombes à retardement pour la BCE et les gouvernements nationaux courant après les incendies, que leur refus de renoncer à la dette comme moyen de financement crée à foison.
    Nul besoin de préciser que ce modèle d’escroquerie financière généralisée ne peut perdurer qu’autant que les politiques continuent leur jeu de faussaires de concert avec les régulateurs et les banquiers, jusqu’au moment où la machine explosera.
    Les divergences croissantes entre les performances économiques de l’Allemagne et de la France sonne déjà le glas de l’Eurosystem qui traite les deux pays sur un pied d’égalité créant des distorsions intenables entre les taux d’intérêt sur la dette maintenus artificiellement au plancher et la réalité d’une France en déroute. La BCE ne peut continuer ainsi à payer les déficits de la balance des paiements du Sud de l’Europe. La crise ukrainienne aidant, les divergences entre les Etats de l’UE ne cessent de se creuser, créant autant d’opportunités pour chaque Etat de reprendre en main sa politique économique en fonction de ses intérêts spécifiques et non d’une politique commune devenue absurde et inopérante.

    • matbee dit :

      Qu’est-ce que 3,5 milliards d’euros à côté des trillions déjà créés par la BCE?

      Oui ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan des magouilles comptables et financières…. l’important étant comme toujours le procédé utilisé : toujours cette même confusion « connivente » du système que votre style foisonnant et baroque décrit parfaitement… :-)…

      • zorba44 dit :

        Monnaie de singe, monnaie de singe …tout n’est, en effet, que devenu monnaie de singe dans l’océan des dettes en ce (très) bas monde.

        Jean LENOIR

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