Le moment de Minsky : le film d’horreur financière que personne ne veut voir (S. Wapler)

▪ »Les économistes et les financiers aiment utiliser des mots mystérieux pour noyer le poisson. Ils sont comme les médecins de Molière. Le « moment de Minsky » fait partie de leurs expressions. Ce moment est celui où les investisseurs surendettés sont contraints de vendre massivement pour payer les intérêts de leur dette. Mais plus ils vendent, plus les prix baissent — et la course au cash pour payer les intérêts entraîne un krach. A ce moment, les prêteurs réalisent que leur débiteur est mort. Il ne paiera jamais : ni les intérêts, ni le principal, foi de cigale.

Moment-de-Minsky-chronique-agoraCela peut-il se produire aujourd’hui ? Non, pensent les professionnels des marchés. C’est le syndrome du « trop gros pour faire faillite ». Le niveau d’endettement est tel qu’un moment de Minsky entraînerait la GAF, Grande Apocalypse Financière. Lorsque le moment de Minsky s’annonce, une banque centrale intervient pour éviter la spirale baissière mortelle. C’est ce qui s’est produit en 2008 et en 2011 en Europe en freinent le désendettement.

« Une économie financière basée sur le crédit a besoin, pour sa survie, que le crédit émis progresse sans arrêt. Sans crédit nouveau additionnel, les intérêts sur les dettes qui ont été émises précédemment ne peuvent être payés. Ils ne peuvent être payés que par la vente d’actifs existants, ce qui, en retour, produit un cercle vicieux de déflation de dettes, de récession et finalement de dépression. […] La question est : quel est le taux de croissance du crédit nouveau qu’il faut engendrer pour pouvoir payer la note des crédits anciens et, surtout, quel est le volume de quantitative easing qu’il faut faire pour obtenir ce taux de progression du crédit ? »
Bruno Bertez, L’Agefi Suisse, 30 septembre 2014

Bill Gross, le gérant démissionnaire du plus gros fonds obligataire, PIMCO, a répondu à cette question : 2 500 milliards de dollars par an de création monétaire. Peu importe que ce soit la Fed, la Banque du Japon, la Banque centrale européenne, la Banque d’Angleterre. Il faut 2 500 milliards de dollars, 208 milliards par mois pour éviter la GAF.

Depuis 2008, la Fed, la BCE, la Banque du Japon, le Banque centrale européenne et la Banque d’Angleterre ont repris presque 11 000 milliards de dollars de mauvaises dettes et injecté autant d’argent frais ; il suffit de continuer ainsi, de transformer des mauvaises créances privées en mauvaises créances publiques.

  • Intérêts et principal… normalement…

Je ne vous ai pas parlé du principal mais seulement des intérêts parce que déjà aujourd’hui, tout le monde sait que le principal ne sera jamais remboursé. Ce qui compte, c’est uniquement la capacité à rembourser les intérêts. Puisque la dette a été nationalisée et est devenue publique, disons plutôt que c’est la capacité des contribuables à rembourser les intérêts qui compte.

Ces intérêts, le service de la dette, sont du vrai argent ; il faut que quelqu’un l’ait vraiment gagné en vendant avec profit quelque chose à quelqu’un d’autre qui peut le payer sans crédit.

Prenez le cas de la Grèce. Chaque Grec doit 18 146 $, le PIB par habitant y est de 24 389 $, les salaires ont baissé de 24% depuis 2010 et le taux de chômage est actuellement de 27%. Avec quoi les Grecs vont-ils payer les intérêts ? Qu’ont-ils à vendre ? Ils vendent leur travail — et ils le vendent de moins en moins cher. Malgré deux faillites, le taux d’intérêt sur la dette grecque à 10 ans a à nouveau dépassé 6,50%. Le moment de Minsky de la Grèce serait-il proche ? Non, la BCE interviendra. L’Allemagne paiera, on a tellement confiance dans sa dette que les investisseurs institutionnels sont prêts à payer pour lui donner de l’argent. Tant que les gens ne s’offusquent pas des taux d’intérêt négatifs, il n’y aura pas de moment de Minsky.

L’or est au plus bas. Les gérants de fonds le vendent à découvert, ils préfèrent payer pour avoir le droit de prêter sans recevoir d’intérêt plutôt que de payer un coffre pour conserver de l’or. Car s’ils le faisaient, ils savent qu’ils déclencheraient le moment de Minsky, la GAF et ils perdraient ainsi tout espoir de rente.

Malgré tout ceci aura une fin. Car quand vous manipulez du vrai argent que vous avez gagné légitimement vous n’êtes pas prêt à payer pour le prêter sans intérêt. Vous préférez acheter de l’or et de l’argent. Ainsi, l’or baisse, le dollar passe pour fort, mais l’US Mint (l’équivalent américain de notre Monnaie) vend plus de pièces en or et en argent qu’en juillet ; sur le marché de Shanghai, le plus gros marché de l’or physique, les demandes de livraison dépassent les 40 tonnes hebdomadaires — un des niveaux les plus haut de l’année.

Partout dans le monde, Main Street — les gens de la rue — a de moins en moins confiance dans « l’effet richesse » créé par Wall Street et les banques centrales. Le vrai moment de Minsky se produira lorsque la confiance s’évanouira et fera place à la défiance ».

Simone Wapler, La Chronique Agora, le 2 octobre 2014

Rappel :

Economie mondiale : La « combinaison toxique » d’une dette élevée et d’une croissance faible va-t-elle provoquer une nouvelle crise ?

A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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13 commentaires pour Le moment de Minsky : le film d’horreur financière que personne ne veut voir (S. Wapler)

  1. haro sur l'usure privée dit :

    « A ce moment, les prêteurs réalisent que leur débiteur est mort. Il ne paiera jamais : ni les intérêts, ni le principal, foi de cigale. »

    C’est pour ça que la France en faillite devrait convoquer dès aujourd’hui ses créanciers et leur dire « vous acceptez un haircut massif ou vous ne serez jamais remboursés »…. Ils vont hurler, s’indigner, gémir mais seront obligés d’accepter, comme en Grèce.
    D’autant plus moral qu’une grosse partie de la dette publique est totalement illégitime, elle n’a servi qu’à engraisser les banksters et les riches…. dénommés « marchés financiers » !

    • brennec dit :

      Alors la c’est ce qui s’apelle cracher dans la soupe. Que les banksters soient des banksters et des riches je n’en disconviens pas (de toute façon a qui emprunter de l’argent sinon a des banksters et a des riches?) mais si on ne veut pas avoir affaire avec eux il vaut mieux avoir des budgets equilibrés. Notre gouvernement n’est pas capable d’économiser 21 milliards et va devoir en emprunter 188, que croyez vous qu’il se passerait s’il décidait de ne pas le faire? Si vous pensez que le seigneuriage ou l’inflation serait une meilleure méthode plus efficace pour appauvrir les français, je suis d’accord, mais je ne préfère pas. Que la france fasse défaut sur une partie de sa dette (même minime) et aussitôt on se retrouve tous, vous compris, dans une grécitude bien sentie. La premiere chose sera le chypriotage de l’épargne et des comptes en banque, dont le votre bien sur. Les banksters sont des banksters mais il n’y a pas pire voleur qu’un état et d’ailleurs les deux travaillent de concert.

      • Que la france fasse défaut sur une partie de sa dette (même minime) et aussitôt on se retrouve tous, vous compris, dans une grécitude bien sentie/
        Ce n’est pas aussi dichotomique que vous le présentez.
        L’argent n’est rien en soit.
        Ce qui important, c’est la production physique.
        Autrement dit, que peut offrir le pays France pour échanger contre des besoins qu’elle ne possède pas.
        C’est cela qui est important…
        Maintenant la France ce n’est pas la Grèce, ni l’Argentine…
        Si la France fait défaut, c’e’st le MONDE ENTIER qui fait DEFAUT !
        Donc les solutions type Argentine ou Grèce n’auront pas cours…
        Et on revient à l’étape 1, que peut offrir la France ?

      • Alcide dit :

        @ brennec ,
        Il semblerait que vous n’avez rien compris à la monnaie .

        La dette publique est illégitime car constituée de monnaie crée hors du néant par le système bancaire rothschildien que les gouvernements signataires du traité de Lisbonne s’obligent à emprunter contre intérêts alors qu’ils pourraient le faire gratuitement auprès de leur banque centrale publique.

        La dette publique est une arnaque qui permet , in fine, le pillage total d’un pays au seul bénéfice des ploutocrates du système bancaire à réserve fractionnaire.

        La raison et la justice voudraient qu’en pays mentalement sain et démocratique de répudier cette dette qui est odieuse depuis sa fondation par la loi de 1973 et bien évidemment de pendre haut et court banquiers , politiciens , hauts fonctionnaires et journalistes complices de cette forfaiture qui détruira immanquablement notre société.

        Les quelques péquins qui possèdent un peu de dette publique dans leur portefeuille sont responsables de leur mauvais choix et de leur bêtise crasse.

  2. zorba44 dit :

    Relisons nos classiques. Le jeudi 24 octobre 1929 une rumeur déclencha l’effondrement de 12% des cours …et on ira ainsi jusqu’en 1932 avec un plus bas de -82% par rapport aux cours avant krach.
    Ici c’est un peu plus vicieux puisqu’on imprime du papier pour payer les intérêts. Mais la capacité d’impression, même électronique, a ses limites.
    Mais cette fois ça pourrait être une ogive nucléaire partie accidentellement et explosée qui pourrait faire imploser le système financier.

    Personne ne conteste que ça va arriver, dans un contexte dramatique d’effondrement généralisé.

    Allez, bonne nuit… (rappelez-vous les mots du copilote du vol de Malaysian Airlines disparu depuis quelques mois !) …bonne nuit et bon week-end.

    Jean LENOIR

    • Udarne dit :

      « Personne ne conteste que ça va arriver, dans un contexte dramatique d’effondrement généralisé. »
      Il est peut être l’heure de chercher une méthodologie pour sortir de l’impasse plutôt que de contempler béatement le ciel s’obscurcir…
      http://www.le-message.org/?lang=fr
      Ces propos ne sont pas dirigés vers vous spécifiquement, je tente juste de faire germer une idée qui ne parait pas si saugrenue.
      Cordialement

  3. Ping : PART-01|L'OLIGARCHIE FINANCIERE | Pearltrees

  4. brunoarf dit :

    Vendredi 3 octobre 2014 :

    « La BCE à court de solutions, les bourses européennes vacillent… ! »

    Hier, Mario Draghi a pris la parole lors de sa traditionnelle conférence de presse et, en gros, il a parlé pour ne rien dire ou plus précisément Mario Draghi n’a pas cherché, cette fois, le conflit avec l’Allemagne ou à jouer au plus malin avec les autorités économiques et politiques allemandes.

    Pire, il n’a pas cessé de demander avec insistance à tous les pays jugés comme peu vertueux, comme la France et l’Italie, à faire encore plus de réformes structurelles.

    Le message implicite délivré à l’issue de cette conférence de presse est clair et sans ambiguïté. Au moment où j’écris ces lignes, c’est l’Allemagne de Merkel qui tient bon les cordons de la bourse européenne et refuse fondamentalement toute création monétaire pure de forte ampleur et un quantitative easing européen de grande importance.

    L’Allemagne de Merckel est un pays vieillissant et l’inflation, même modérée, serait particulièrement mauvaise pour l’économie germanique. D’ailleurs, Angela Merkel l’a expliqué sans détour aux autorités françaises. Ce faisant, l’Allemagne, depuis le début de la crise en 2007, joue uniquement sa propre partition et poursuit ses propres intérêts en ne s’intéressant qu’à la marge aux difficultés de ses voisins.

    En gros, l’Allemagne se penche sur le sort malheureux des autres pays européens uniquement si cela lui permet de rafler à bon compte quelques beaux actifs ou si cela menace sa propre stabilité, comme ce fut le cas avec les épisodes grecs où les banques allemandes, bourrées de titres grecs pourris, se seraient effondrées, sans interventions publiques fortes.

    http://www.lecontrarien.com/2014/10/03

  5. xola29 dit :

    Mais non la crise est derrière nous à dit Francois Hollande ! ^^
    Ahah, il est clair que nous n’avons jamais assister auparavant à ce qui va arriver bientôt.
    Perte de confiance de la monnaie fiduciaire, défaut de paiement bancaire. Ils sont tellement en manque de liquidités que les seuls taux qu’ils peuvent se permettent sont 0 !
    Et on veut faire de la croissance avec ca ? Bon courage !

    JE pense qu’il faut se protéger contre l’effondrement en achetant de l’or et de l’argent car ce sera un opportunité monstre si nos monnaies papier s’éffondrent.

    Xolali

    http://eco-pourtous.fr

  6. brunoarf dit :

    Vendredi 3 octobre 2014 :

    Sur le site Romandie.com, une phrase très importante concernant les Etats-Unis :

    La participation au marché du travail, qui compte les personnes ayant un emploi et celles qui en recherchent un activement, a très légèrement reculé à 62,7% contre 62,8%, ce qui a un peu aidé à faire glisser le taux de chômage.

    http://www.romandie.com/news/USA-le-taux-de-chomage-recule-a-son-plus-bas-niveau-en-six-ans-en_RP/523787.rom

    En clair :

    De plus en plus de citoyens étatsuniens abandonnent la recherche d’un emploi et ne sont même plus comptabilisés. Ils disparaissent des statistiques officielles, et le taux de chômage baisse donc mécaniquement !

    Autrement dit :

    Aux Etats-Unis, le taux de participation au marché du travail n’arrête pas de baisser.

    De janvier 2000 à avril 2000, le taux de participation au marché du travail était de 67,3 %.

    Malheureusement, depuis avril 2000, ce taux n’arrête pas de descendre.

    En septembre 2014, le taux de participation est de seulement 62,7 %.

    Ci-dessous, regardez le graphique intitulé « Labor Force Participation Rate ».

    http://www.zerohedge.com/news/2014-10-03/labor-participation-rate-drops-36-year-low-record-926-million-americans-not-labor-fo

    Voici les chiffres officiels du gouvernement US :
    « Labor Force Participation Rate » :

    http://data.bls.gov/timeseries/LNS11300000

    • zorba44 dit :

      On retrouve toujours la vérité quelque part, merci pour le dernier graphe « Labor Force Participation Rate qui a le mérite de remettre les pendules à l’heure.

      Jean LENOIR

  7. Ping : Crise du crédit : le jour où votre carte bancaire ne servira plus à rien - News360x

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