Des marchés actions à l’assurance-vie, les banques centrales truquent le casino (S. Wapler)

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« ▪ Est-ce le grand krach qui va nous croquer à la sauce 2000, 2008… ou n’est-ce qu’une « consolidation » qui nous offre une opportunité d’achat, pour reprendre la terminologie chère aux traders ?

« Vendez tout et fichez le camp pour sauver votre peau »

« Vendez tout et fichez le camp pour sauver votre peau », conseillait le vendredi 17 octobre un investisseur légendaire, Jim Rogers, co-fondateur du Quantum Fund qui partage l’analyse du stratège de la Société Générale Albert Edwards.

Mais il y aura bien un QE4 pour que les marchés actions ne se vautrent pas au tapis, non ? C’est effectivement ce que tout le monde veut croire. Les marchés ne peuvent plus baisser, ou tout au moins, leur baisse ne peut être que limitée. Les banques centrales sont là.

Avant, pour que des cours de Bourse montent, il fallait que les entreprises aient des perspectives de chiffre d’affaires et de bénéfices en hausse. Maintenant, il suffit que des entreprises empruntent pour pas cher et rachètent leurs propres actions.

Mais le procédé est-il éternel ? L’annonce chez IBM d’un recul de 99% de son bénéfice et de 4% de son chiffre d’affaires a été plutôt mal accueillie. Le cours d’IBM a perdu plus de 7%. Depuis 2012, IBM a dépensé 37 milliards de dollars pour racheter ses propres actions ; sa dette est de 36,1 milliards de dollars et elle verse un dividende de 2,40%. Sa capitalisation est désormais de 169 milliards de dollars, presque 13 milliards partis en fumée, mais la dette, elle, reste.

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▪ Est-ce qu’un QE4 peut faire monter le cours d’IBM qui vend moins et fait moins de bénéfice ?

Cela m’est égal, j’ai décidé de rentrer en hibernation, je colle à la stratégie de Bill Bonner : on achète des actions lorsqu’elles ne sont pas chères et on les vend lorsqu’elles sont trop chères. On les achète avec un ratio cours sur bénéfice inférieur à 10 et on les revend dès que le ratio cours sur bénéfice est supérieur à 20.

Il faut avoir le courage de ne rien faire malgré les boniments du consensus

Entre temps, il faut avoir le courage de ne rien faire malgré les boniments du consensus. IBM se paye 10,65 fois ses bénéfices : c’est trop cher… et même beaucoup trop cher pour une entreprise dont le chiffre d’affaires baisse.

Depuis que les taux d’intérêt sont manipulés à la baisse et que l’impression monétaire est la règle, les marchés sont devenus un casino où la triche est la norme. Imaginez un joueur naïf. Il change son vrai argent, qu’il a honnêtement acquis, contre des jetons du casino. Il pénètre dans la salle de la roulette (ou du baccara, ou de la boule, peu importe). Là, il s’attable avec des joueurs professionnels à qui les croupiers donnent des jetons.

Si ces joueurs professionnels sponsorisés par les croupiers perdent, ils reçoivent encore plus de jetons pour se refaire une peau. C’est vrai dans la salle des marchés actions et c’est vrai aussi dans la salle des marchés obligataires.

▪ Et pour l’euro ?

Mario Draghi, croupier en chef de la table euro, va-t-il intervenir pour que les taux d’emprunt à 10 ans de la Grèce qui dépassent à nouveau 8% retombent ? Va-t-il la racheter pour que les joueurs sponsorisés qui ont acheté de la dette souveraine grecque depuis 2012 ne se retrouvent pas en difficulté ? Le consensus le pense… mais une ancienne de Goldman Sachs, Natacha Valla, dans l’émission C dans l’air intitulée « Budget, l’épreuve de sincérité », indiquait le 15 octobre à propos de l’assurance-vie en euros :

« Si la dette qui est en face des contrats d’assurance-vie perd 50% de sa valeur, à mon avis, il faudra que quelqu’un prenne la perte ».

Ce quelqu’un peut-être l’épargnant, le contribuable ou l’assureur (si Mario refuse de lui donner d’autres jetons). Interrogée sur le sort de l’assurance-vie, Natacha Valla répond : « moi, je n’ai plus d’assurance-vie ». Au moins c’est clair : plutôt que de jouer avec des tricheurs, les ours avertis rentrent en hibernation.

Croyez-vous une minute que notre joueur naïf attablé avec les joueurs sponsorisés aux jetons gratuits va revoir la couleur de son vrai argent

Croyez-vous une minute que notre joueur naïf attablé avec les joueurs sponsorisés aux jetons gratuits va revoir la couleur de son vrai argent ? Les professionnels prudents — Jim Rogers, Charles Gave, Natacha Valla et d’autres comme Mohamed El-Erian, l’un des gérants du plus gros fonds obligataire mondial PIMCO — ont déjà quitté les salles du casino. Ils ont préféré changer leurs jetons contre du vrai argent.

Les langues de certains joueurs professionnels commencent à se délier, ce qui laisse penser que ce système de tricherie organisée par les gouvernements et les banques centrales touche à sa fin. Les ours qui auront encore du vrai argent sortiront ensuite de leur tanière ».

Simone Wapler, La Chronique Agora, le 23 octobre 2014

Rappel :

Le moment de Minsky : le film d’horreur financière que personne ne veut voir (S. Wapler)

 

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A propos Olivier Demeulenaere

Olivier Demeulenaere, 54 ans Journaliste indépendant Macroéconomie Macrofinance Questions monétaires Matières premières
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12 commentaires pour Des marchés actions à l’assurance-vie, les banques centrales truquent le casino (S. Wapler)

  1. Alcide dit :

    Bravo Simone !
    J’ attends le crash depuis quelques années maintenant et j’ai donc été obligé de changer plusieurs fois le champagne et le foie gras devant fêter l’événement.
    Comme ça se précise , je mets une deuxième bouteille au frais.

  2. MARcel dit :

    En illustration 4 superbes allégories des banques centrales…. avec tout leurs charmes vénéneux pour faire tomber les particuliers dans l’attrape-gogos : la Bourse…..

    • zorba44 dit :

      Les croupières ont de beaux appâts …mais elles savent sucer les joueurs à sec ! Attention aux yeux de vautours déguisés en regard de biches !

      Jean LENOIR

  3. Non justement, le jeu financier auquel se livre les banques ressemble plus à un système machiavélique d’asservissement minutieusement organisé qu’à un casino où les joueurs joueraient au petit bonheur la chance. Les profits du cartel bancaire ne doivent rienau hasard, mais à une stratégie d’investissement très élaborée où les market-makers tiennent la main pour démultiplier les opportunités de gains au gré des cycles de marché. Ainsi la récession en Europe est une chance pour les banques qui investissent à la baisse couverte (pourquoi vendre quand il suffit d’investir à la baisse avec des dérivés??), tout comme le casse de l’immobilier chinois peut devenir l’opportunité du XXIème siècle pour les produits dérivés libellés en Renminbi qui seront émis depuis les places offshore, Londres en particulier, mais aussi les autres centrales de clearing entre l’euro et la monnaie chinoise contre l’euro sur le continent européen. Donc plus il y a de dettes plus les opportunités de financement de dérivés augmentent, ce qui transforme le casino en rotative à très haute vitesse de monnaie électronique. Pas besoin d’aller piquer une machine à imprimer des dollars pour financer des agences occultes, comme le suggère certains. Tant que la société civile n’aura pas trouvé la parade à cette fausse création de valeur sur son dos, le système de domination bancaire est destiné à perdurer. Plus il engendrera de crises, et plus la technocratie les utilisera pour se renforcer en prétextant le rôle de sauveur attitré. Le drame est que le plan B alternatif tarde à arriver. Les nationalistes patriotes deviennent tout d’un coup bien timides quand il s’agit de sacrifier la poule aux oeufs d’or des marchés qui financent non seulement les déficits publics mais aussi les déficits sociaux (chômage, sécu, retraites, etc). Le jeu des marchés intégrés entre les zonez géographiques a paradoxalement créé une communauté de destin dont il est difficile de s’échapper, sauf à compromettre l’ensemble des infrastructures économiques et sociales qui composent la société civile qui ne peut survivre sans perfusion de dettes en jet continu. Le modèle alternatif serait un modèle patriarcal corporatiste autonome privilégiant l’intérêt des individus sur celui du collectif, en ce sens que ce sont les corps intermédiaires qui coopèrent au salut collectif et non le collectif qui déterminé l’individu comme dans le système normatif actuel. Foin de gouvernance technocratique, c’est un véritable gouvernement qu’il faut retrouver dans la recherche de l’intérêt national bien compris en collaboration étroite avec nos partenaires européens pour reconstituer le patrimoine des familles pillé par la dette publique.

    • zorba44 dit :

      Tout un tas de bonnes raisons pour interdire les marchés à terme ! …qui privilégient l’enrichissement des forts sur le dos des bonnes gens.

      Jean LENOIR

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  7. Geraldine dit :

    Décidément Olivier votre post sur l’assurance-vie selon Natacha Valla a eu un sacré succès !
    Repris partout sur les sites économiques et les blogs d’actus…

  8. Nanker dit :

    Comme quoi même un larbin comme Yves Calvi peut (bien malgré lui) participer à l’effondrement du Système. Bravo Yves continuez!

    Sinon rubrique « larbins du Système » le Canard de cette semaine nous apprend que l’immense François Lenglet va aller faire un « ménage » pour la modique somme de 8500€.
    http://www.arretsurimages.net/breves/2014-10-21/8500-euros-prix-d-une-conference-de-Francois-Lenglet-id18100

    La crise quelle crise?

  9. brunoarf dit :

    Nous sommes dimanche après-midi !

    Et qu’est-ce qu’on regarde à la télévision le dimanche après-midi ?

    A la télévision, on regarde les stress-tests des banques européennes !

    C’est trop mignon, les stress-tests des banques européennes !

    On regarde « L’école des fans » !

    C’est un programme télévisé trop mignon !

    Une douzaine de petits enfants chantent une oeuvre de leur chanteur préféré, un enfant après l’autre. Quand un enfant a fini sa chansonnette, les autres doivent lui donner une note, de 0 à 10 !

    A la fin de « L’école des fans », aucun enfant n’a gagné, aucun enfant n’a perdu, tous repartent avec plein de cadeaux, c’est trop mignon !

    Hé bé les stress-tests des banques européennes, c’est pareil !

    81 % des banques européennes seraient suffisamment capitalisées pour résister au prochain krach !

    100 % des banques françaises seraient suffisamment capitalisées pour résister au prochain krach !

    Toutes les banques françaises ont gagné, avec la note maximale, 10 sur 10 !

    Les banques françaises repartent avec plein de cadeaux, des posters de Dorothée, des disques de Chantal Goya, tout ça !

    Regardez bien notre émission télévisée « Les stress-tests des banques européennes » :

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